•  

    Le 21 juillet 1798 - La bataille des Pyramides dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-des-pyramides-150x150

    La bataille des Pyramides

    D’après « Explication du panorama, et relation de la Bataille des pyramides »
    Jean-Charles Langlois – 1853

     

    Après s’être emparée d’Alexandrie le 1er juillet 1798, l’armée en partit le 7, et arriva le 19 à Omn-Dinar, vis-à-vis de la pointe du Delta, à cinq lieues du Caire. Elle aperçut pour la première fois les Pyramides ; elles étaient à huit lieues de là. Toutes les lunettes furent braquées sur ces plus grands et ces plus anciens monuments qui soient sortis de la main des hommes. Les trois pyramides bordaient l’horizon du désert, elles paraissaient comme trois énormes rochers ; mais, en les regardant avec attention, la régularité des arêtes décelait la main des hommes. On apercevait aussi la mosquée du Mokatam. Au pied était le Caire.

    L’armée séjourna le 20, et reçut l’ordre de se préparer à la bataille. L’ennemi avait pris position sur la rive gauche du Nil, vis-à-vis le Caire, entre Em-Babèh et les pyramides. Il était nombreux en infanterie, en artillerie et en cavalerie. Une flottille considérable, parmi laquelle il y avait même une frégate, protégeait son camp. La flottille française était restée en arrière : elle était d’ailleurs fort inférieure en nombre. Le Nil étant très-bas, il fallut renoncer aux secours de toute espèce qu’elle portait et aux services qu’elle pouvait rendre.

    Les mameluks, les agas, les marins, fiers de leur nombre et de la belle position qu’ils occupaient, encouragés par les regards de leurs pères, de leurs mères, de leurs femmes, de leurs enfants, étaient pleins d’ardeur et de confiance. Ils disaient « qu’aux pieds de ces pyramides bâties par leurs ancêtres, les Français trouveraient leurs tombeaux et finiraient leurs destins ! ».

    Le 21, à deux heures du matin, l’armée se mit en marche. Au jour elle rencontra, à Geziret-el-Mohamed, une avant-garde de mameluks qui disparut après avoir essuyé quelques coups de canon. A huit heures, les soldats poussaient mille cris de joie, à la vue des quatre cents minarets du Caire. Il leur fut donc prouvé qu’il existait une grande ville qui ne pouvait être comparée à ce qu’ils avaient vu depuis qu’ils étaient débarqués.

    A neuf heures, ils découvrirent la ligne de bataille de l’armée ennemie.

    La droite, composée de vingt mille janissaires, spahis et milices du Caire, était dans un camp retranché en avant d’Em-Babèh, sur la rive gauche du Nil, vis-à-vis Boulac. Ce camp retranché était armé de quarante pièces de canon.

    Le centre et la gauche étaient formés par un corps de cavalerie de douze mille mameluks, agas, scheykhs, et autres notabilités de l’Egypte, tous à cheval et ayant chacun trois ou quatre saïs à pied pour le servir, ce qui formait une ligne de cinquante mille hommes. Vingt beys les commandaient et obéissaient à Mourad-Bey, le plus intrépide et le plus redouté d’entre eux.

    L’extrême gauche était formée par huit mille Arabes bédouins à cheval, et s’appuyait aux pyramides. Cette ligne avait une étendue de trois lieues. Le Nil, d’Em-Babèh à Boulac et au vieux Caire, était à peine suffisant pour contenir la flottille, dont les mâts apparaissaient comme une forêt. Elle était de trois cents voiles, parmi lesquelles soixante bâtiments étaient armés.

    Sur la rive droite, à Guez, était le camp d’Ibrahim-Bey, rival influent et quelquefois heureux de Mourad-Bey. A cette époque ils se partageaient la puissance, et Ibrahim s’était chargé d’observer la rive droite du Nil, de combattre tout ce qui arriverait de ce côté, et de contenir le Caire. Sa maison était de douze cents mameluks et de trois à quatre mille sais. Entre son camp et la ville, se pressait toute la population du Caire, hommes, femmes et enfants, qui étaient accourus pour voir cette bataille d’où allait dépendre leur sort. Ils y attachaient d’autant plus d’importance, que, vaincus, ils deviendraient esclaves de ces infidèles.

    Les cinq divisions de l’armée française prirent le même ordre de bataille dont elles s’étaient si bien trouvées à Schobrakit, mais parallèlement au Nil, parce que l’ennemi en était maître.

    La division Desaix formait la droite, appuyée à Bechelyl, hors la portée du canon du camp retranché. La division Reynier la suivait. Au centre, était le général en chef, avec la division Dugua et la réserve. Les divisions Bon et Menou formaient la gauche ; cette dernière, commandée par le général Vial, appuyait au Nil, près de Geziret-el-Mohamed.

    Chaque division formait un seul carré sur six hommes de hauteur, d’environ cent cinquante mètres de front et vingt-cinq de flanc. Elles se protégeaient entre elles à demi-portée de canon. Dans chacune d’elles était un peloton de cinquante cavaliers montés avec les mauvais chevaux qu’on avait amenés de France. Le reste, au nombre de trois mille hommes à pied, était à bord de la flottille.

    Six et jusqu’à huit pièces de canon étaient attachées à chacune des divisions ; elles étaient placées aux angles et entre les brigades. La force totale de l’armée, sur le champ de bataille, était de dix-huit mille hommes de toutes armes, dont seize mille en infanterie. La chaleur était accablante, la marche lente et difficile. On mit près de trois heures pour terminer cet ordre de bataille : la plus grande prudence, la plus grande circonspection avaient présidé à ces dispositions.

    Les officiers d’état-major reconnurent le camp retranché. Il consistait en de simples retranchements et en longs boyaux qui pouvaient être de quelque effet contre la cavalerie, mais étaient nuls contre l’infanterie. Le travail était mal tracé, à peine ébauché ; il avait été commencé depuis trois jours seulement. L’artillerie était composée de grosses pièces, la plupart en fer, sur affûts marins ; elle était fixe et ne pouvait pas se remuer.

    L’infanterie paraissait mal en ordre et incapable de se battre en plaine. Son projet était de combattre derrière ses retranchements. On ignorait quelle serait sa contenance, mais on connaissait et on redoutait beaucoup l’habileté et l’impétueuse bravoure des mameluks. Aussi les dispositions de Napoléon furent-elles spécialement dirigées contre eux.

    Telle était la position des armées. Depuis quelques instants elles s’observaient en silence : celle des mameluks, déjà si nombreuse, semblait s’accroître encore. On voyait accourir et galoper de toutes parts, sur les flancs et les derrières de nos colonnes, ces nuées d’Arabes qui n’avaient pas cessé de harceler l’armée française depuis son débarquement, égorgeant impitoyablement tout ce qui s’écartait de ses rangs. Ainsi avaient été massacrés le général Muireur et plusieurs aides de camp et officiers d’état-major.

    Selon les témoins et les acteurs de cette grande journée, les combattants surgissaient de toutes parts de cette terre embrasée ; elle en était couverte. Le soleil, qui dardait ses rayons sur les riches costumes des mameluks, sur leurs armes étincelantes, sur leurs casques, leurs cottes de mailles, sur leurs chevaux couverts des plus riches ornements, faisait briller de tout son éclat cette brave et indomptable milice que l’on apercevait partout, dirigeant tout. Et au milieu de cette plaine diaprée des plus brillantes couleurs, marchaient lentement nos carrés aux teintes sombres, aux armes de fer sans ornements. Couverts de poussière, ils présentaient l’aspect de la pauvreté au milieu de l’opulence.

    La division Desaix reçut l’ordre de se diriger sur le centre de la ligne des mameluks, afin découper cette ligne sans être exposée au feu du camp retranché. Reynier, Dugua, Bon, Vial, la suivirent à distance.

    Un village, Myt-Oqbeh, se trouvait vis-à-vis du point de la ligne ennemie qu’on voulait percer ; c’était le point de direction. Il y avait une demi-heure que l’armée s’avançait dans cet ordre et dans le plus grand silence, lorsque Mourad-Bey, qui commandait en chef, devina l’intention du général français, quoiqu’il n’eût aucune expérience des manœuvres des batailles. La nature l’avait doué d’un grand caractère, d’un brillant courage et d’un coup d’œil pénétrant.

    Il saisit la bataille avec une habileté qui aurait honoré le général le plus consommé. Il sentit qu’il était perdu s’il laissait l’armée française achever son mouvement, et qu’avec sa nombreuse cavalerie il devait attaquer l’infanterie pendant qu’elle était en marche. Il partit comme l’éclair avec sept à huit mille chevaux, passa entre la division Desaix et celle de Reynier, et les enveloppa.

    Ce mouvement se fit avec une telle rapidité qu’on craignit un moment que le général Desaix n’eût pas le temps de se mettre en position. Son artillerie était embarrassée au passage du bois de palmiers de Bechtyl, mais les premiers mameluks qui arrivèrent sur lui étaient peu nombreux. Une décharge en jeta la moitié par terre. C’étaient deux à trois cents kachefs et mameluks conduits par Sélim-Bey (Abou-Diap), l’un des plus beaux et des plus intrépides chefs de cette redoutable milice. Au milieu de cette décharge meurtrière, trente à quarante d’entre eux, arrivés sur nos soldats et ne pouvant les culbuter, retournèrent leurs chevaux avec fureur, les firent se cabrer, et se renversèrent avec eux sur nos baïonnettes. Percés de coups, ils expirèrent. Mais ils avaient ouvert une brèche par où pénétrèrent une trentaine de mameluks, qui tous périrent dans le carré.

    Si la masse ennemie était arrivée dans cet instant, c’en était fait de la division française. Mais quelques minutes d’intervalle suffirent au général Desaix pour bien former son carré, et, lorsqu’elle arriva, elle fut mise en désordre par la mitraille et la fusillade engagées sur les quatre côtés avec une extrême violence. Se précipitant alors sur la division Reynier, qui avait pris position et commencé le feu sur les quatre faces de son carré, elle se trouva exposée aux feux croisés de ces deux divisions. Pendant ce temps la division Dugua, où était le général en chef, avait changé de direction, s’était portée entre le Nil et le général Desaix, coupant par cette manœuvre l’ennemi du camp d’Em-Babèh et lui barrant le fleuve ; elle se trouva bientôt à portée de commencer la canonnade sur la queue des mameluks.

    Alors leur désordre devint effroyable : quarante à cinquante hommes des plus braves, beys, kachefs, mameluks, moururent dans les carrés. Le champ de bataille fut couvert de leurs morts et de leurs blessés. Ils s’obstinèrent pendant une demi-heure à caracoler à portée de mitraille, passant d’un intervalle à l’autre au milieu de la poussière, des chevaux, de la fumée, de la mitraille, de la fusillade, des cris des mourants. Mais enfin, ne gagnant rien, ils s’éloignèrent et se mirent hors de portée.

    Mourad-Bey avec trois mille chevaux opéra sa retraite sur Gisèh, route de la haute Egypte, et fut ainsi séparé, vers le milieu de la bataille, des principales forces de son armée. Le reste se trouvant sur les derrières des carrés appuya sur le camp retranché, au moment où la division Bon marchait pour l’aborder, et la division Vial pour couper la retraite à ceux qui l’occupaient.

    Aussitôt que ces généraux furent à portée, ils ordonnèrent aux première et troisième divisions de se former en colonnes d’attaque, tandis que les deuxième et quatrième divisions, conservant leurs mêmes positions, formaient toujours le carré, qui ne se trouvait plus que sur trois de hauteur, et s’avançait pour soutenir les colonnes d’attaque.

    Le camp retranché s’appuyait à un canal dont les digues assez élevées interceptaient la communication entre Em-Babèh et Gisèh. Un mauvais pont servait à le franchir, et formait un étroit défilé dont il importait de s’emparer. Le général Marmont, avec un bataillon et demi de la 4e demi-brigade légère, s’y porta au pas de course. En même temps, le général Rampon, avec les compagnies d’élite de la division Bon, se jetait sur les retranchements avec son impétuosité ordinaire, malgré le feu d’une assez grande quantité d’artillerie.

    De nombreux mameluks sortirent à sa rencontre et le cernèrent de toutes parts, tandis qu’à l’intérieur, d’autres s’élançaient pour exterminer ceux de nos soldats qui avaient déjà franchi les retranchements. Cette colonne eut le temps de faire halte, de faire front de tous côtés, de les recevoir la baïonnette au bout du fusil, et par une grêle de balles. A l’instant même, le champ de bataille fut jonché de leurs morts et de leurs blessés.

    Soutenus par de nouveaux combattants, ils renouvelèrent leur attaque avec furie ; les uns se renversaient avec leurs chevaux sur nos grenadiers, d’autres ébréchaient les canons de nos fusils et nos baïonnettes avec leurs sabres ; les blessés eux-mêmes se traînaient expirants pour couper les jambes de nos soldats, tandis que quelques-uns, dont les vêtements s’étaient embrasés sous le feu de nos armes, mouraient dans des flammes que personne se songeait à éteindre. Dans le même instant, des mameluks en fuite se précipitèrent en foule sur la gauche pour s’ouvrir un passage; mais le bataillon du 4e léger, appuyé par la division Dugua, les reçut par un feu à bout portant qui en fit une effroyable boucherie et les obligea, après une longue hésitation, à se jeter dans le Nil.

    La plus horrible confusion régnait dans tout le camp d’Em-Babèh. Pendant que des mameluks en sortaient à la rencontre de nos colonnes d’attaque, d’autres y rentraient poursuivis par elles et se jetaient sur leur infanterie, qui, perdant toute confiance et voyant les mameluks battus, se précipita sur les djermes, caïques et autres bateaux pour repasser le Nil.

    Beaucoup le firent à la nage ; le plus grand nombre descendit le fleuve le long de la rive gauche, ou passa entre les carrés sous une grêle de balles, et se sauva dans la campagne à la faveur de la nuit.

    L’avant-garde des mameluks, qui jusque-là s’était tenue à la droite du camp retranché pour le protéger, n’avait pu prendre aucune part à cette terrible bataille dont elle avait vu le désordre. Attaquée à son tour par des colonnes de la division Vial, ne pouvant rentrer dans le camp où arrivaient déjà celles de la division Bon, elle ne put résister et fut précipitée dans le Nil, où un millier d’hommes se noyèrent. Dix d’entre eux seulement purent rejoindre le camp d’Ibrahim sur la droite du Nil.

    Mourad-Bey avait fourni plusieurs charges, dans l’espoir de rouvrir la communication avec son camp et de lui faciliter la retraite : toutes ces charges manquèrent. Blessé, couvert de sang, il fut obligé de se retirer lui-même, et donna le signal de la retraite par l’incendie de la flotte. Le Nil fut sur-le-champ couvert de feu. Sur ces navires étaient les richesses de l’Egypte, qui périrent au grand regret de l’armée.

    Mais bientôt la division Bon, débarrassée des ennemis qui l’entouraient, entra dans le camp à la suite de ses colonnes. Ce fut le coup de grâce pour les nombreux mameluks qui l’encombraient encore. Coupés partout, repoussés de toutes parts, ils hésitèrent, flottèrent plusieurs fois, et enfin, par un mouvement naturel, s’appuyant sur la ligne de moindre résistance, ils se jetèrent dans le Nil, qui en engloutit plusieurs milliers. Aucun ne put gagner l’autre rive. Retranchements, canons, chameaux, bagages, tout tomba au pouvoir des Français.

    De douze mille mameluks, trois mille seulement avec Mourad-Bey se retirèrent dans la haute Egypte. Douze cents, qui étaient avec Ibrahim-Bey sur la rive droite, firent depuis leur retraite sur la Syrie Sept mille périrent dans cette bataille si fatale à cette brave milice, qui ne s’en releva jamais. Les cadavres des mameluks portèrent en peu de jours, à Damiette, à Rosette et dans les villages de la basse Egypte, la nouvelle de la victoire de l’armée française.

    La perte totale de l’armée ennemie, en tués, blessés ou noyés, fut de dix mille hommes, mameluks, Arabes, janissaires, azabs, etc., et jusqu’à des notabilités du Caire. De ces dix mille hommes, près de deux mille, tués ou blessés, étaient restés sur le champ de bataille. La perte de l’armée française fut de trente-cinq à quarante hommes tués, et de deux cent soixante blessés grièvement.

     

    Ce fut au commencement de cette bataille que Napoléon adressa à l’armée ces paroles devenues si célèbres : « Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! ».

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso