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  • 21 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 20 juillet 1915 – La bataille du Linge dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-du-linge-150x150

     

    La bataille du Linge ou l’assaut du Lingekopf

    D’après « La Grande guerre du XXe siècle » – 1917

     

    Depuis plus d’un mois, une série d’actions énergiques et brillantes, une véritable bataille s’est poursuivie dans les Vosges pour la possession des positions dominantes du massif du Linge dont nous nous sommes rendus maîtres en majeure partie, malgré une résistance acharnée et de nombreux retours offensifs de l’ennemi.

    Les communiqués journaliers ont brièvement indiqué les fluctuations de ces combats.

    A maintes reprises, ils ont signalé nos progrès sur les pentes, puis sur les crêtes des sommets principaux, Lingekopf, Schratzmaennele, Barrenkopf.

    Mais ce qu’ils n’ont pu dire et ce qui mérite d’être maintenant signalé, c’est l’enchaînement de toutes ces actions, leur portée d’ensemble et la tâche accomplie par les troupes d’élite qui ont été appelées à y prendre part.

     

    Le but

    On sait que des Vosges moyennes, descendent vers l’Alsace deux vallées principales : celle de la Weiss, au Nord, et celle de la Fecht, au Sud, qui convergent aux environs de Colmar.

    L’une et l’autre sont parcourues par les deux seules grandes routes qui franchissent dans cette région l’ancienne frontière, la route de la Weiss, au col du Bonhomme, et la route de la Fecht, au col de la Schlucht. Entre ces deux routes qui se rejoignent, elles aussi, à Colmar, s’étend un vaste triangle montagneux dont la base est formée par le massif dominant des Hautes-Chaumes qui jalonne la frontière. De là, s’étagent vers l’Est une première série de hauteurs formant barrière du Nord au Sud, puis d’autres qui s’abaissent en promontoires vers les vallées et la plaine d’Alsace.

    De l’une à l’autre de ces vallées, serpentent deux routes transversales qui partent d’un tronc commun en avant de la Poutroye, sur la Weiss, se séparent à Orbey et rejoignent la Fecht, l’une à Stosswir, à quelques kilomètres à l’ouest de Munster, l’autre connue sous le nom de route des Trois-Epis, près du débouché même de la vallée à Turkheim.

    Entre ces deux routes s’élève un groupe de hauteurs boisées : le Rain des Chênes, le Linge, le Hohrothberg, le Frauenkopf.

    C’est la possession de ces hauteurs, ou, tout au moins, des plus importantes, celles du Linge, qui était l’enjeu de nos dernières opérations. Les possédant, l’ennemi avait sous son regard, et sous son feu, la route d’Orbey à Stosswir, formant transversale de communication en arrière de notre front. En y prenant pied, c’est nous qui allions surveiller à notre tour et empêcher les mouvements allemands sur la route des Trois-Epis.

     

    Organisation préparatoire

    La tâche était particulièrement ardue. Nous avions pu pousser nos lignes jusque sur les contreforts de la position principale et nous tenions, face au Linge, les hauteurs du Hornlesskopf ou Hurlin, du Gombekopf, du Glasborn.

    Mais les communications vers l’arrière étaient précaires. De rares sentiers muletiers, traversant les Hautes-Chaumes, étaient insuffisants pour permettre des concentrations et ravitaillements de quelque importance. Aucun village n’offrait de ressources de cantonnement.

    Pour réunir les troupes d’attaque et le matériel, pour assurer le courant régulier des approvisionnements et des évacuations, il fallut d’abord construire une grande route de montagne de plus de douze kilomètres de longueur, prolongée par de larges boyaux défilés, installer des camps, des baraquements pour les hommes et les mulets, des dépôts de munitions et d’outillage, des relais d’ambulance.

    Ce fut une œuvre préparatoire de longue haleine à laquelle toutes les compétences d’une organisation d’armée ont utilement collaboré. Le résultat leur fait grand honneur.

    Pendant tout le cours des opérations, cette longue ligne de communications, franchissant des sommets élevés, utilisant tous les couverts, parcourue par des convois de toute nature, automobiles, chariots, convois muletiers, transportant plus de 100 tonnes par jour, a été le pourvoyeur ponctuel des troupes de combat et la condition première du succès.

     

    Le terrain d’attaque

    Le terrain d’attaque présentait lui-même des difficultés exceptionnelles qui ont grandement facilité la résistance de l’ennemi et rendu la tâche de nos troupes plus ardue et plus méritoire.

    Le massif du Linge barre l’horizon d’une haute muraille de 3 kilomètres dont la crête se profile du Nord au Sud d’abord en pente régulière jusqu’au sommet du Linge proprement dit ou Lingekopf. Elle s’infléchit faiblement jusqu’à une échancrure dite le « Collet du Linge » et remonte ensuite, suivant une pente rapide jusqu’au Schratzmaennele, dont le nom ne figure pas sur la carte au 1/80 000e, mais dont le sommet domine, en réalité, tout le massif.

    De ce sommet, la ligne de crête redescend à travers les carrières et les éboulis dessinant une vaste échancrure en dépression sensible pour rebondir au Sud sur les groupes du Barrenkopf et de son prolongement, le Kleinkopf.

    Le versant qui nous faisait face était d’autant plus difficile à aborder que nos boyaux d’approche devaient d’abord franchir une vallée dénudée et marécageuse, où de nombreux affaissements sous l’action des eaux, obligeaient à consolider sans cesse et à reprendre les travaux bouleversés.

    Toute cette zone était, d’autre part, exposée à des feux d’enfilade venant du Nord et du Sud, qui rendaient la circulation à peu près impossible pendant le jour. Les pentes elles-mêmes du Linge, du Schratzmaennele et du Barren, couvertes de bois très denses, se prêtaient à une organisation défensive échappant aux vues dont il était particulièrement difficile de connaître à l’avance le dispositif et d’apprécier l’état de destruction lors des bombardements préparatoires à l’attaque.

    Vers les sommets, on apercevait, à travers certaines rares éclaircies, des pentes abruptes, un terrain très rocheux. Les blocs accumulés formaient, par endroits, des éboulis, des cahots, où la marche devait être extrêmement pénible.

    Entre le Schratzmaennele et le Barrenkopf, la pente était plus douce, mais le terrain était, par contre, entièrement dénudé sur une vaste étendue, et les Allemands avaient profité de tous les abris environnants, de tous les flanquements couverts pour rendre cette clairière à peu près inabordable.

    Un blockhaus important en occupait l’angle Sud-Ouest. On en connut, en l’occupant, la formidable organisation : murs de trois mètres d’épaisseur en béton de ciment, toits en rails et rondins, réseaux et chevaux de frise de tous côtés. La porte du réduit – ce détail en dit long – se fermait à l’extérieur.

     

    Premier assaut

    La première attaque eut lieu le 20 juillet. La préparation par l’artillerie fut particulièrement intense et prolongée parce qu’en beaucoup d’endroits, il était impossible d’en vérifier la complète efficacité.

    Elle n’avait pas duré moins de 10 heures lorsque nos bataillons de chasseurs partirent à l’assaut avec ce même élan et cet indomptable courage auxquels les Allemands eux-mêmes ont déjà si souvent rendu hommage.

    Ils abordèrent résolument le mystère encore menaçant des sous-bois et, progressant pied à pied contre un ennemi que le bombardement avait ébranlé, franchissant les réseaux et les tranchées, ils parvenaient à la fois jusqu’au sommet du Linge à gauche et au sommet du Barren à droite.

    L’attaque de gauche affirmait bientôt son complet succès et s’emparait de vive force d’une pièce de 77.

    Malheureusement, au centre, la progression n’avait pu être aussi rapide et l’ennemi conservait sur le Schratzmaennele des positions formant flanquement. Elles permirent à ses mitrailleuses d’appuyer une série de contre-attaques qui obligèrent nos troupes à abandonner les crêtes conquises pour se reformer légèrement en arrière en s’accrochant au sol, gardant toutefois une partie du terrain gagné pour faciliter un nouvel assaut.

    Celui-ci fut donné le 22 et marqua un nouveau progrès.

    L’artillerie de tout calibre, très heureusement répartie sur tout le front, reliée au poste de commandement par un réseau téléphonique minutieusement préparé et entretenu, fit cette fois d’utile besogne.

    On sut par la suite que la ligne à voie étroite desservant l’arrière-front ennemi fut détruite ce jour-là en plusieurs endroits. Les réserves allemandes éprouvèrent des pertes si sérieuses qu’un peloton entier de la 4e compagnie du 14e bataillon de chasseurs allemands disparut comme groupement distinct, et ses débris furent répartis entre les deux autres.

    Trois soldats d’une unité de première ligne se rendirent : c’étaient les seuls survivants d’une section de 47 hommes.

    A l’heure prévue, notre assaut se déclencha avec un ensemble impressionnant. Le jeu des relèves avait mis en avant des bataillons formés, pour la majeure partie, de jeunes soldats prenant part pour la première fois à un véritable combat. Le général commandant l’attaque les vit s’élancer sous le feu ennemi avec une telle furie qu’il en eut, dit-il, un frisson d’orgueil.

    D’un bond, ils franchirent les tranchées ennemies, marchant littéralement sur les Allemands qui les occupaient, atteignirent les crêtes et, dans leur élan, les dépassèrent, au lieu de procéder à un « nettoyage » méthodique des premières lignes et à une mise hors d’état de nuire des défenseurs qu’elles abritaient encore. Cet excès de témérité ne laissa pas à d’autres vagues d’assaut le temps de rejoindre nos troupes d’attaque et de les appuyer.

    L’ennemi profita de cette circonstance pour prononcer une contre-attaque et réoccupa partiellement le sommet même du Linge et du Barren. Néanmoins, deux mitrailleuses et une grande quantité de matériel restaient entre nos mains.

     

    Nouveaux assauts

    Un nouvel effort était aussitôt préparé. Le 26 juillet, nous reprenions pied sur la crête et le « Collet du Linge » et, le 27, un combat violent s’engageait sur toute la ligne. Il nous permettait de réaliser encore de nouveaux progrès et même d’occuper un instant le sommet du Schratzmaennele.

    Au Linge, une compagnie ennemie est entièrement anéantie ; le commandant de la compagnie est fait prisonnier. Sur les pentes du Barren, nos colonnes, bien orientées, progressent derrière les obus, avancent dans les bois, éclaircis maintenant par la canonnade, gagnent la crête et s’y établissent.

    La lutte continue pied à pied les jours suivants.

    Le 29, l’attaque vise plus spécialement la position du Linge, où l’ennemi reste solidement retranché.

    Une de nos compagnies atteint le réseau de fil de fer que la proximité des deux lignes ne permet plus de détruire par le canon. Elle s’y maintient sous un feu violent, à quelques mètres de la tranchée allemande. Le capitaine fait passer à son camarade d’une unité voisine ce simple billet : « Suis sur les fils de fer ; suis blessé par balle. Nous retranchons sur place. Les Boches ne nous délogeront pas. Vive la France ! ». Et, en effet, la compagnie, chantant la Marseillaise, résiste à une violente contre-attaque. On la somme vainement de se rendre. Elle tient là pendant trente-six heures et permet aux unités voisines de continuer leur progression.

    C’est une lutte désormais sans répit. De jour et de nuit, les attaques et les contre-attaques se succèdent. Le 29, nous sommes à proximité de la crête du Schratzmaennele. Le 1er août, un de nos bataillons saute dans les tranchées allemandes qu’il occupe sur une longueur de 250 mètres et s’empare de quatre blockhaus.

     

    Violentes réactions

    L’ennemi sent que, peu à peu, l’ensemble de la position lui échappe et va tenter un effort désespéré pour la ressaisir. Les 4 et 5 août, il dirige sur toutes nos lignes un bombardement méthodique d’une violence encore inconnue, 40000 obus de tous calibres s’abattent sur nos tranchées, nos abris, nos boyaux de communication et les bouleversent presque complètement.

    Les pertes sont sensibles et atteignent aussi bien les porteurs, les brancardiers, les téléphonistes que les unités combattantes. Des troupes moins bien aguerries eussent pu être démoralisées et perdre le bénéfice de tant d’efforts. Nos chasseurs et les effectifs d’infanterie qui leur ont été adjoints tiennent sans défaillance sous ce déluge de fer. Des contre-attaques violentes sont repoussées. L’ennemi ne réussit à progresser que sur la ligne de crête où il réoccupe, le 4, un blockhaus du Linge et, le 5, quelques tranchées au Collet et sur les pentes du Schratzmaennele. Il échoue complètement dans ses nouvelles tentatives des 7 et 8 août. Le 9, son effort peut être considéré comme définitivement maîtrisé.

     

    Le succès

    A notre tour, nous reprenons, le 17 août, la progression interrompue et, cette fois, l’avance est rapide et décisive.

    Une première attaque nous rend maîtres d’une partie du Schratzmaennele, dont nous occupons enfin le sommet le 22 août. Le lendemain, le succès le complète par de nouveaux progrès au Barrenkopf et au Collet du Linge, qui consolident la position et nous permettent de nous installer sur la position conquise.

    Après un mois de durs combats, l’objectif visé était enfin atteint.

    Nous avions brisé la résistance allemande sur les positions où elle s’était concentrée. L’ennemi, qui ne nous avait pas opposé moins de sept brigades engagées successivement, devait renoncer, pour le moment, à nous disputer le terrain conquis et reconnaissait sa défaite en ne réagissant plus que faiblement par des bombardements intermittents et peu efficaces.

    Du sommet du Schratzmaennele, nos chasseurs aperçoivent maintenant tout proches, la vallée de Munster, la plaine d’Alsace, Turkheim et Colmar.

     

    [Journal Officiel, 3 septembre 1915]

     

     

    Pour tout renseignement sur le Mémorial du Linge

    Beau reportage sur le Linge : le tombeau des Chasseurs

     

  • 7 commentaires à “Le 20 juillet 1915 – La bataille du Linge”

    • Michel Arnaud on 9 novembre 2013

      En suivant le déroulement chronologique de la Bataille du LINGE, on est plongé dans l’ action et le ressenti que nos valeureux poilus ont dû faire preuve en participant à cette bataille en plein massif des Vosges.
      Bataille moins médiatisée et connue que celles de Verdun, Argonne, Champagne, Chemin des Dames , Somme et Artois…
      D’autant plus que mon grand – père maternel était de ceux – là . Il faisait parti du 30 BCA qui est monté à l’ assaut du LINGE le 26 juillet 1915 à 18 heures.
      Il a été blessé à la main droite par un obus qui lui a transpercé le poignet lui emportant 3 doigts et un handicap à l’ avant bras criblé d’ éclats.
      Il s’ appelait Victor PINET né en 1889 à Erôme dans la Drôme.

    • Kinna Gaidet on 6 avril 2014

      Mon grand-oncle savoyard est porté disparu le 05/08/1915 au Lingekoft. Son décès a été fixé ce jour là.
      Il faisait partie du 27°.
      Il s’appelait Joseph Maurice Bonnevie-Perrier, né en 1895 à Villaroger en Savoie.
      Qu’il repose en paix en terre d’Alsace, lui et tous ces valeureux soldats Morts pour la France.

      • Bernard Cuadras on 10 septembre 2014

        Mon grand-oncle Jacques Bazia, né le 07 avril 1894, à Saint Jean Pla de Corps dans les Pyrénées Orientales a été incorporé au 27° bataillon de Chasseurs.
        Il est décédé le 05 août 1915.

    • Jean Imbert on 15 décembre 2014

      mon grand-père Imbert jean louis, du 14° bataillon de Chasseurs alpins tué à l’ennemi le 26 juillet 1915 lors de l assaut.
      Né le 12 février 1880 à Château-Ville-Vieille (05).
      Je me suis rendu au col du Linge en 2003, je n’ai pas trouve sa tombe, je pense qu’il est dans une des deux fosses communes.
      Ma grand-mère a bien fait de ne pas faire revenir son corps car elle avait toujours dit que peut être ce ne serait pas le sien.
      Je tiens a remercier les bénévoles pour l’entretien de ce lieu de mémoire.
      mon père prisonnier de guerre de 1940 à 1945 dans les stalags en est revenu diminué et décédé prématurément.
      Plus jamais ça.

    • Grandmaison on 13 novembre 2015

      Mon arrière grand père est tombé lors de l’assaut du 29 juillet 1915

    • Nicodème on 5 janvier 2018

      Un très bel article. J’ignorais cette terrible bataille avant d’entreprendre des recherches sur la carrière (trop courte) de mon grand-oncle, du 14e BCA. En consultant le JMO du 14e, j’ai découvert avec émotion qu’il était le capitaine de la section de chasseurs alpins qui a atteint le Collet du Linge le 26 août et qu’avec un autre, entourés de morts, ils s’y sont maintenus toute la nuit sous les tirs allemands. Il a malheureusement été tué l’année suivante, le 20 juillet (une date décidément fatidique) 1916, dans la Somme. Je suis en train d’essayer d’écrire tout cela pour ma famille. Il s’appelait Félix Chevalier. Un article du Diable au Cor, journal des Chasseurs, lui rend hommage d’une façon très émouvante.
      Toutes nos familles ont été touchées par cette effroyable guerre, il ne faut pas oublier ces hommes souvent jeunes qui se sont battus d’une façon admirable.

    • Patrice Porté on 1 juin 2018

      la lecture toujours aussi bouleversante des combats de cet endroit que je connais bien ( nous habitons Hohrodberg ) me fait pleurer , lorsque je pense à toutes ces jeunes et ardentes vies qui sont tombées là .

      Puissent-elles avoir trouvé le repos du devoir accompli pour la patrie .

    Répondre à Bernard Cuadras


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