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  • 27 septembre 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Les combats de Platzberg et de Tripstadt

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français » – 1829

     

    Après le combat de Kayserslautern, l’armée du Rhin, trop faible pour former de grandes entreprises, s’était bornée à se tenir sur la défensive. Cependant, quoique le général prussien Moëllendorf, qui était chargé d’agir contre elle, eût des forces bien supérieures, il était lui-même resté dans l’inaction, et, comme si une faible armée de seize a dix-huit mille hommes eût été dans le cas de lui en imposer, il semblait ne s’appliquer qu’à chercher des positions inabordables et à l’abri de toute attaque. Les nombreuses divisions qu’il avait sous ses ordres campaient toutes dans des lieux inaccessibles, sur des montagnes ardues, où , pour emprunter l’expression du général Jomini, elles se tenaient perchées isolément et sans ensemble.

    Les deux armées, alliée et française, décidées, la première par une tactique plus que prudente, et l’autre par nécessité, à ne point agir, passèrent ainsi a s’observer une partie du mois de mai et tout le mois de juin.

    Mais ayant reçu des renforts, le général Michaud se vit bientôt en mesure de quitter le rôle passif qu’il avait gardé jusqu’alors. En effet, au commencement de juillet, dix mille hommes détachés de l’armée de la Moselle vinrent se réunir  à la sienne, et lui donner les moyens de marcher rapidement à la victoire.

    Dès le 3 juillet, Michaud mit en mouvement son armée ainsi renforcée , et vint attaquer les Prussiens dans les postes de Hochstadt, de Haimhach et de Fraischbach, entre Spire et Landau.

    L’ennemi, qui se reposait avec sécurité sur sa force, ne s’attendait point à cette agression. Les divisions du centre et de la gauche des Français, tombant sur lui a l’improviste, égorgèrent, les avant-postes, et, malgré la supériorité de leur artillerie, les alliés furent repoussés sur tous les points, et obligés de se retirer après avoir perdu le général autrichien qui les commandait, plusieurs officiers, plus de quatre cents hommes tués, une grande quantité de blessés, des déserteurs, des prisonniers et du canon. Le lendemain, les colonnes victorieuses se mirent encore à harceler l’ennemi. Cette manœuvre, qui dura plusieurs jours, et au moyen de laquelle les Français remportèrent toujours l’avantage, ne put tirer le général Moëllendorf de son inaction, et l’engager à faire usage de ses masses pour disputer la victoire. Au contraire, il n’en parut que plus attaché à son système de s’isoler et de se retrancher dans des positions partielles et éloignées.

    Michaut sut habilement profiter de cet état de torpeur pour poursuivre ses avantages. Les deux armées du Rhin et de la Moselle débouchèrent sur trois colonnes, par les revers des Vosges. La colonne de droite devait inquiéter le prince de Hohenlohe dans la vallée du Rhin, celle du centre devait marcher sur Tripstadt, et celle de gauche sur Deux-Ponts et Lautern.

    Les avant-postes ennemis furent promptement forcés et vivement poursuivis. Vainement la cavalerie prussienne, commandée par le général de Courbière, voulut chasser la division de gauche : trois fois l’infanterie républicaine l’arrêta, et, lui présentant un front de baïonnettes croisées, la força à se retirer avec une grande perte.

    La division de droite, postée derrière la Queich, marchant par son centre sous la conduite du général Desaix, chercha à forcer le point de communication entre le prince de Hohenlohe et celui des Autrichiens. Elle s’empara d’abord de Hochstadt, de Fraischbach et de Freimersheim. Mais le prince de Hohenlohe ayant fait marcher contre lui sa gauche, composée des brigades Blücher, Wolfradt et prince de Baden, tandis que les Autrichiens faisaient également avancer leur droite, Desaix, qui n’était d’ailleurs chargé que de faire une fausse attaque, prit une position en arrière, et se contenta de tenir en échec les corps qui voulaient le combattre.

    La division du centre, la plus forte des trois, était chargée de l’attaque principale. Son objet était de s’emparer des hauteurs dominantes des Vosges, et d’isoler de cette manière les deux armées autrichienne et prussienne. Il fallait, pour y réussir, chasser les différents détachements de communication qui s’étendaient depuis Tripstadt jusqu’a Neustadt.

    Le général Voss gardait le Schangel avec trois bataillons de grenadiers, et formait le premier poste à la droite du prince de Hohenlohe ; un second détachement tenait le Saukopf. Le Johanniskreutz et le Sande étaient gardés par la brigade de gauche de l’armée de Moëllendorf. Le gros de cette armée occupait les hauteurs du Platzbourg et de Tripstadt.

    La journée du 13 fut employée aux différentes attaques qui devaient précéder celle plus générale que l’on méditait sur cette armée entière, et les Français, après avoir éprouvé une résistance plus propre à aiguillonner leur courage qu’à l’abattre, réussirent parfaitement dans ces différentes opérations partielles.

    Le lendemain, à la pointe du jour, les divisions françaises qui avaient bivouaqué sur le terrain, recommencèrent leurs attaques. La division de l’extrême gauche de l’armée de la Moselle, partit des Deux-Ponts, et s’avança sur Mertensé. La division Taponnier se dirigea vers Tripstadt, qu’occupaient l’avant-garde de l’armée de Moëllendorf et les corps de Kalkreuth et de Ruchel. Pendant ce temps, une troisième division française se jeta dans les gorges des montagnes entre Heldersberg et Schmalenberg, dans le but de déborder la gauche de Moëllendorf, et d’accabler les postes de communication en arrière de Jokanniskreu et de Sande.

    En même temps, le général Desaix, à la droite de l’armée du Rhin, avait l’ordre de faire, de même que la veille, une fausse attaque; de tenir le corps du prince de Hohenlohe en haleine, d’attirer son attention, et enfin de lui inspirer des craintes, en faisant sur lui un feu continuel d’artillerie, tandis que le gros de l’armée, aux ordres des généraux Saint-Cyr, Desgranges et Siscé, devait attaquer le Platzberg, en combinant leurs opérations avec celles de Taponnier.

    Le Platzberg est la hauteur la plus élevée du duché de Deux-Ponts. Les Prussiens, qui l’occupaient, s’y étaient retranchés par tous les moyens que l’art des fortifications indique. Ils attendaient les Français avec confiance, et, malgré leurs revers précédents, ils comptaient sur un succès assuré. Cependant les troupes françaises, sous le feu d’une artillerie formidable, gravirent les pentes ardues du Platzberg, et en atteignirent le sommet.

    Après un combat meurtrier, les Prussiens furent obligés de céder la position, en abandonnant neuf pièces de canon, des caissons, des chevaux et un grand nombre de blessés et de morts. Parmi ces derniers se trouva le major-général Pfau, qui commandait les troupes. Ce succès amena l’occupation de la montagne de Saukopf, point également important, et d’un accès non moins difficile. Le général de brigade Sibaud, qui attaquait ce poste, vit tout-à -coup les Prussiens se retirer devant lui avec tant de précipitation, qu’il lui fut impossible de les atteindre.

    Le major Borck défendit avec beaucoup de valeur le Kesselberg. Il n’avait avec lui qu’un bataillon et trois compagnies de chasseurs. Tourné par la vallée de Modebach, ce brave officier ne trouva plus d’autre parti à prendre que celui de se faire jour a travers les troupes françaises qui l’entouraient. Réunissant en conséquence sa petite troupe, il la fit charger la baïonnette en avant, et parvint à se retirer en sacrifiant un tiers environ de ses soldats.

    Pendant que les divisions de l’armée du Rhin réussissaient ainsi, celles de l’armée de la Moselle, qui devaient attaquer Tripstadt, combattaient avec une égale bravoure et plus de difficultés encore. Tripstadt, position non moins favorable que le Platzberg, était environnée de fortes redoutes, hérissées de canon. Les Prussiens, pour augmenter les obstacles, s’étaient entourés d’abattis, et une nombreuse cavalerie devait seconder leurs efforts.

    Les soldats français abordèrent franchement l’ennemi, qui leur opposa d’abord la plus vigoureuse résistance. La cavalerie prussienne paraissait surtout très redoutable. Cinq fois l’infanterie républicaine fut repoussée dans ses efforts. La cavalerie prussienne fit plusieurs charges heureuses, et força les troupes françaises à se former en carrés ; mais la division Taponnier, après avoir combattu avec succès sur le flanc gauche de la montagne, s’étant emparée d’une redoute, en dirigea les canons contre l’ennemi. La cavalerie prussienne ne put tenir contre ce feu, et fit sa retraite. Alors l’infanterie française s’élança au pas de charge, et telle fut la vigueur de ce dernier choc, que les Prussiens se virent contraints de céder le terrain. Ils furent enfoncés, rompus sur toute la ligne.

    Les Français s’emparèrent des retranchements, massacrèrent les canonniers sur leurs pièces, et, vainqueurs enfin après un combat qui avait duré dix-neuf heures, ils devinrent maîtres du camp de Tripstadt, des batteries de l’ennemi, de ses munitions, de ses magasins. La nuit les empêcha de poursuivre les Prussiens.

    La défaite des ennemis dans cette journée leur coûta plus de quatre mille cinq cents hommes restés morts sur le champ de bataille, beaucoup de blessés, peu de prisonniers, mais une quantité considérable de déserteurs , entre autres une compagnie de grenadiers tout entière.

    La perte des Français fut beaucoup moindre en proportion. Le colonel du quatrième régiment d’artillerie à cheval, Ferveur, fut fait prisonnier pour avoir engagé trop avant trois pièces de canon, dont l’ennemi s’empara. Le général Laboissière fut également pris en cherchant à dégager cette artillerie.

     

     

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