• 14 août 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La bataille de Nachod

     

    La bataille de Nachod

    D’après « L’oeuvre de Bismarck, 1863-1866: Sadowa et la campagne des sept jours » – Joseph Vilbort – 1869

     

    Voici quelle était la position des armées ennemies au 27 juin, cette date fameuse dans les fastes militaires de la Prusse, où s’ouvrit la campagne dite des Sept-Jours :
    - D’un côté, les Prussiens de la 1ère armée et de l’armée de l’Elbe s’avançaient par Turnau et Münchengraetz vers Gitschin ; les Austro-Saxons du général Clam-Gallas et du prince royal de Saxe se retiraient vers le même point, en laissant à Münchengraetz de forts détachements pour couvrir leur retraite.
    - De l’autre côté, le 10ème corps autrichien marchait sur Trautenau à la rencontre du 1er corps prussien ; le 6ème corps autrichien sur Skalitz et Nachod à la rencontre du 5ème corps prussien.

    Le corps de la garde prussienne se trouvait à Braunau et à Politz, prêt à venir en aide soit à l’aile droite, soit à l’aile gauche de l’armée de Silésie.

    Du côté des Autrichiens, le 8ème corps fut dirigé sur Dolan pour servir au besoin de soutien au 6ème ; le 4ème corps fut ramené de Lanzow à Jaromir, se rapprochant ainsi du comté de Glatz ; le 3ème corps était à Kœniggraetz ; le 2ème que les Prussiens croyaient alors réuni aux Austro-Saxons sur la ligne de User, se trouvait au contraire à la droite autrichienne, vers l’est au delà de Pardubitz. La réserve de cavalerie, sauf la 1ère division, et la réserve d’artillerie étaient encore à une journée de marche en arrière vers Wildenschwerdt, Hohenmauth et Leitomischel.

    Dans la matinée du 27 juin, le quartier général de l’armée de Silésie avait quitté Braunau ; le prince royal et son état-major suivaient un long défilé, tantôt entre des montagnes boisées, tantôt à travers des villages abandonnés, quand soudain un bruit terrible éclate dans l’air : c’est le canon.

    Ceux qui n’ont pas été à la guerre ne peuvent s’imaginer quelle angoisse poignante vous étreint au moment où cette voix sinistre vient pour la première fois frapper vos oreilles, et que vous vous dites : là-bas, derrière cette colline, il y a des milliers d’hommes qui ne se haïssent pas, qui ne se connaissent même pas, et que la politique contraint pourtant à s’entretuer.

    A l’idée de ce sang qui coulait, de cette boucherie humaine que j’allais voir, moi, spectateur désintéressé, je ne pus retenir un sanglot convulsif, et c’est la sensation la plus pénible que j’aie éprouvée dans toute ma vie. Vers onze heures, le général en chef arriva sur le plateau de Nachod.

    Nachod est une bourgade couchée au fond d’un, ravin où coule la Metau. Deux routes s’y rejoignent : celle de Braunau par Hronow que nous avions suivie, et celle de Glatz par Reinerz, sur laquelle s’avançait le 5ème corps (général Steinmetz). Au delà de Nachod, le défilé monte vers un plateau où la route, se bifurquant de nouveau, court à l’ouest vers Skalitz par Kleny, au sud vers Neustadt par Wrchowin.

    C’est dans l’angle formé par ces deux bras, au sortir du défilé de Nachod, que la lutte était engagée depuis le matin entre l’avant-garde du 5ème corps et trois brigades du 6ème corps autrichien (général Hamming).

    Le général Steinmetz devait occuper Nachod ce jour-là avec son corps d’armée et la brigade Hoffmann du 6ème corps prussien, qu’on lui avait adjointe. Dès la veille au soir, un détachement avait restauré le pont de la Métau et établi deux autres passages sur cette rivière.

    Le 27, l’avant-garde commandée par le général Lœwenfeld se mit en marche à six heures du matin pour gravir le plateau, et atteignit vers huit heures, au delà d’Alstadt, le point de bifurcation des deux routes de Skalitz et de Neustadt. L’ennemi ne se montrant nulle part, l’avant-garde reçut l’ordre d’établir ses bivouacs sur le plateau, et des dispositions furent prises pour le campement du corps d’armée tout entier qui était en marche depuis le point du jour.

    A ce moment-là, des dragons prussiens, envoyés en reconnaissance, signalèrent de fortes colonnes autrichiennes sur la route de Neustadt : c’était la brigade Hertweck qui occupa bientôt Wenzelsberg et Prowodow ainsi que les bois autour de ces deux villages ; sur sa gauche, à Domkow, s’avançait la brigade Jonak, et en arrière, à Schonow, marchait la brigade Rosenweiz. En outre, par la route de Skalitz, venait la brigade Waldstætten se dirigeant sur Wisochow et Branka, c’est-à-dire vers le point où le défilé de Nachod débouche sur le plateau.

    Ainsi, vers dix heures du matin, l’avant-garde prussienne qui ne se composait que de cinq bataillons et demi de ligne et de deux pelotons de chasseurs avait en face d’elle tout le 6ème corps autrichien, soit vingt-huit bataillons ; de plus, le général Ramming avait fait marcher de Kleny sur Wisochow la brigade de cavalerie Solms.

    La situation des Prussiens était donc des plus critiques : il fallait absolument que leur avant-garde se maintint sur le plateau pour que le 5ème corps pût y déboucher. Or, cela exigeait un temps considérable, les troupes marchant sur une seule ligne dans un étroit défilé et devant toutes passer par Nachod avant d’atteindre le plateau à Alstadt, Branka et Wisochow. Et ce qui rendait la position plus périlleuse encore, c’est qu’au delà de la route de Neustadt, à l’est, le plateau se termine brusquement par des pentes rapides descendant vers Brazetz et la Métau, et tout à fait impraticables à l’artillerie. De ce côté, la retraite était donc impossible ; elle ne pouvait se faire que par le défilé de Nachod, et il est inconcevable que les Autrichiens n’aient point fortement occupé la veille, ou même pendant la nuit, un point stratégique d’une si réelle importance.

    De huit heures et demie du matin à midi, l’avant-garde du 5ème corps se maintint sur le plateau dans l’angle formé par les deux routes, entre Wisochow, Branka, Alstadt et Wenzelsberg. Ces jeunes soldats qui étaient au feu pour la première fois, résistèrent avec une intrépidité héroïque à tous les efforts d’un ennemi au moins quatre fois plus nombreux ; ils prouvèrent ainsi, dès le début de la campagne, qu’une force morale animait l’armée prussienne au point de lui inspirer le mépris de la mort.

    En voyant venir les Autrichiens par Wenzelsberg, Prowodow et Domkow, le général Lœwenfeld avait fait occuper Wisochow pour garder la route de Skalitz à Nachod ; il envoya ensuite au-devant de l’ennemi un détachement formant l’extrême avant-garde, tandis que ses autres bataillons se déployaient sur le plateau, le long de la route de Neustadt et dans les bois à gauche de cette route.

    Au moment où s’engageait le combat, 12 pièces prussiennes seulement purent répondre au feu de 42 pièces autrichiennes.

    Le premier choc eut lieu vers neuf heures près de Wenzelsberg entre le 37e régiment dit des fusiliers de Westphalie et la brigade Hertweck. Celle-ci fut rejetée au sud de ce village : en voyant leurs lignes décimées par le terrible fusil à aiguille, les Autrichiens prirent peur et tournèrent les talons. En même temps et avec un égal succès, dû aux effets foudroyants de leur tir autant qu’à leur bravoure, les Prussiens repoussaient l’attaque ennemie à leur gauche dans le ravin de Bracetz, et à leur droite au nord et à l’ouest de Wenzelsberg où la brigade Jonak venait d’entrer en ligne.

    Ce succès les laissa en possession des bois de Wenzelsberg et raffermit encore davantage le moral des défenseurs du plateau, bien qu’ils eussent de leur côté subi des pertes cruelles, car chez les Autrichiens, la supériorité numérique tant de l’infanterie que de l’artillerie avait largement compensé la puissance destructive du fusil à aiguille.

    Vers dix heures et demie, la lutte cessa pour reprendre bientôt avec une nouvelle violence. Le général Ramming rassemblait ses forces en vue d’une attaque générale et décisive. Le général Steinmetz pressait la marche de ses régiments, celle surtout de son artillerie toujours engagée dans les défilés de Nachod et de Reinerz. A onze heures, la brigade de cavalerie Wnuck avait seule pu atteindre le plateau.

    A onze heures et demie, les Autrichiens attaquèrent sur toute la ligne : la brigade Rosenweig à gauche, la brigade Jonakau centre et la brigade Hertweck à droite.

    La brigade Rosenweig se porta sur les bois au nord de Wenzelsberg et contraignit le faible détachement prussien qui l’occupait à se retirer vers Alstadt. La brigade Jonak fut un moment arrêtée et dut même reculer ; mais ici également les Prussiens, accablés par le nombre, rétrogradèrent pas à pas, jusqu’à la lisière orientale du plateau ; enfin à la gauche prussienne s’opéra le même mouvement de recul, et toute l’avant-garde du 5ème corps fut ainsi ramenée vers la route de Neustadt, poursuivie, attaquée ou menacée sur son front et sur ses deux flancs, car la brigade Waldsætten s’avançait elle aussi, venant de Skalitz par Kleny. Par derrière, c’était le précipice vers Brazetz et la Métau, ainsi que le défilé de Nachod tellement encombré de troupes de toutes armes que la retraite de ce côté n’était point praticable.

    Il était environ midi et ce fut le moment le plus critique de la journée. Soutenu par la conscience de ce qu’exigeait le salut commun autant que par l’exemple de ses chefs, le soldat résolut de ne plus reculer d’une semelle ; et en effet les Autrichiens se trouvèrent bientôt arrêtés sur toute la ligne de bataille.

    Alors aussi des hauteurs d’Alstadt, le général en chef de la 2ème armée vit, près de Wisochow, le choc terrible de la brigade Wnuck et de la brigade Solms.

    La cavalerie autrichienne jouissait d’une grande renommée ; la cavalerie prussienne avait encore à faire ses preuves. Les Uhlans et les dragons de Prusse marchèrent à la rencontre des cuirassiers d’Autriche d’abord au pas, puis au trot et comme si l’on eût été à la parade. Tout à coup, ce fut une mêlée furieuse qui laissa sur le terrain un effroyable amas d’hommes et de chevaux mutilés, sanglants, expirants. La brigade Solms venait de tourner bride, abandonnant au vainqueur deux de ses étendards, quand à midi le 5ème corps déboucha enfin sur le plateau si héroïquement défendu par son avant-garde.

    En moins d’une heure, les bois de Wenzelsberg furent repris par les Prussiens qui s’y établirent solidement ainsi qu’à Wisochow. L’artillerie prussienne vint à son tour prendre position sur le plateau que quatre-vingts pièces autrichiennes, mises en batterie sur les hauteurs de Kleny, couvraient d’une grêle d’obus et de mitraille.

    Cependant les trois brigades, ayant échoué dans la seconde attaque comme dans la première, se retiraient en inclinant sur la gauche vers Kleny où arriva à une heure la brigade Waldsætten, la seule du 6ème corps qui fût encore intacte. Deux attaques successives dirigées par le général Ramming sur Wisochow à une heure et à une heure et demie demeurèrent sans succès, de même qu’un mouvement tournant exécuté au nord de ce village sur la ferme de Llotek. Un combat acharné s’engagea dans Wisochow même, et se termina vers trois heures de l’après-midi par la déroute des Autrichiens qui perdirent de ce côté un drapeau, sept canons et un grand nombre de prisonniers.

    Alors le 6ème corps autrichien tout entier battit en retraite sous le feu de quatre-vingt-quatorze pièces prussiennes.

    Le général Ramming rassembla ses quatre brigades mutilées à Skalitz, en établissant son arrière-garde à Dubno et à Kleny. Si la poursuite n’avait pas été poussée plus loin par le vainqueur, c’est que les hommes et les chevaux, marchant ou combattant depuis le point du jour, tombaient littéralement de fatigue.

    Les Autrichiens avaient perdu 225 officiers et 7 275 soldats dont environ 2 500 prisonniers. L’état officiel des pertes prussiennes s’élève pour la journée de Nachod à 62 officiers et 1 060 soldats tués ou blessés.

    Le 5ème corps établit ses bivouacs sur le champ de bataille. Jusqu’à minuit on releva les blessés, et pendant toute la nuit on enterra les morts. Quel horrible spectacle ! Je verrai toujours, près de Nachod, ce défilé où les morts et les mourants étaient couchés les uns sur les autres, tous frappés par devant; et, sur le plateau même, le 6e bataillon de chasseurs tyroliens, tombé sur place par rangs entiers, frappé comme une cible par la balle du fusil à aiguille.

    Le quartier général de l’armée de Silésie s’établit à Hronow près Nachod le 27 au soir. J’y vis arriver le général en chef à la nuit tombante; sur le siège de sa voiture était planté le drapeau du régiment Deutmeister, fameux dans les fastes militaires de l’Autriche.

    Le vainqueur de Nachod, qui était allé visiter les blessés et les prisonniers après la bataille, vint à moi et me dit : « C’est une bataille et une victoire. Ce premier succès produira un bon effet sur l’esprit de l’armée ». Et d’une voix altérée, il ajouta : « Mais croiriez-vous qu’un des régiments les plus maltraités est précisément celui qui porte mon nom en Autriche ! Il m’a été bien pénible de trouver parmi les blessés, son colonel, le comte Wimpffen ».

    Le mess de l’état-major, ce soir-là, fut silencieux, grave, triste même. Il y avait de la joie pourtant au fond des cœurs, mais contenue par je ne sais quelle amertume. Au milieu du repas, le prince de Pless vint s’asseoir à côté de moi : il était très-pâle et il y avait du sang sur son uniforme. Il porta sa cuiller jusqu’à ses lèvres, puis la remit sur son assiette. Le prince de Pless était le chef des Johanniter ou chevaliers de Saint-Jean, c’est-à-dire des ambulances volontaires de la 2ème armée. Il avait passé la journée et la soirée à relever les blessés du champ de bataille.

     

     

  • One Response à “Le 27 juin 1866 – La bataille de Nachod”

    • Jean Yves Collin on 31 octobre 2019

      Merci d’avoir publié cette description de la bataille, L’oberst Fredinand von Below dans l’avant-garde y gagna la crois de l’ordre « Pour le Mérite »(ordre né en français) avec d’autres que je cherche.

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