• 14 août 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La bataille de Little Big Horn

     

    La bataille de Little Big Horn

    D’après « L’Explorateur » – Juillet 1876

     

    Les collines Noires (Black Hills) des États-Unis sont, en raison de leur sol fertile et des richesses minérales qu’elles renferment, fort convoitées par les mineurs américains, et, quoique ces collines fassent partie da la réserve des Sioux indiens et que, par conséquent, personne n’ait le droit d’envahir leurs terres, des bandes d’aventuriers armés s’y rendent depuis quelque temps pour exploiter les mines d’or ; ils le font à leurs risques et périls, car lorsque les Sioux peuvent les surprendre sur leurs réserves, ils les massacrent sans pitié et s’emparent de leurs chevelures.

    Ces collines sont situées au sud-ouest du territoire de Dakota et embrassent toute l’étendue des terrains renfermés entre les bras nord et sud de la rivière Big Cheyenne, à partir de leur jonction et en avançant vers l’ouest jusqu’au 105e méridien.

    La nation des Sioux est forte de 28 300 personnes parlant le même langage ; elle est divisée en 12 tribus. Elle a, de plus, pour alliés, 2 700 Cheyennes et Arapahoes du Nord, qui vivent chez elle. Les Sioux ont donc une population totale de 31 000 âmes, dont 10 000 sont des guerriers bien montés et armés de fusils du nouveau modèle et à longue portée. Ils occupent le territoire borné au nord par le 48e degré de latitude, et au sud par la limite nord de l’état de Nebraska, à l’est par la rivière Missouri, et à l’ouest par le 101e degré de longitude ouest de Greenwich. Leur réserve forme ainsi une étendue de 40 570 milles carrés, soit 26 964 800 acres de terre, qui leur est spécialement attribuée par le traité de 1868, sous le nom de Réserve des Sioux.

    Par le même traité, ils ont le droit de chasse sur la rivière Platte, au sud de la rivière Yellowstone, et au nord et à l’est du Missouri, jusqu’au sommet des montagnes du Big Horn.

    Les Sioux sont venus du haut Mississipi, d’où ils furent chassés par les Chippeways dans le Minnesota. De là, ils traversèrent le Missouri, chassant devant eux les Pawnees, les Cheyennes, les Arapahoes, les Crows, et les Shoshones. Tous ces indiens habitent des wigwams ou loges ; chaque loge contient six personnes dont deux sont des guerriers. Les Sioux sont constamment en guerre avec les Pawnies, les Utes, les Crows, les Snakes et les Arikaras. Ils campent pendant l’hiver autour des collines Noires, où ils trouvent du bois pour se chauffer et du gibier en abondance.

    Le pouvoir des chefs indiens est limité, les tribus qu’ils président, sont pour la plupart gouvernées par des sociétés de guerriers telles que la société du « ceinturon blanc », la société des « cœurs braves ». Ces sociétés donnent des lois à leur tribu et décident de la guerre ou de la paix ; leur décision est sans appel et ils sont vraiment les gouvernants de leur tribu respective.

    Ces Indiens n’ont aucune idée de la population, des richesses et des ressources des Etats-Unis. Quand Red-Cloud et Spotted-Tallont été visiter, comme délégués des Sioux, leur « Grand-Père », le président des Etats-Unis à Washington, en 1874, on les a fait voyager dans les principales villes des Etats-Unis et ils ont pu voir, par eux-mêmes, la force numérique, les richesses et le pouvoir des Américains. Etant arrivés à New-York, ils furent invités à une grande réunion publique au Cooper-Institute. On les plaça sur une estrade en vue d’un immense auditoire ; comme il voyait devant lui un océan de visages blancs, un des chefs indiens voulut s’assurer s’il n’était pas là en présence de toute la population des Etats-Unis ; il sortit furtivement de la salle et, quand il fut dans la rue, il trouva que la multitude des blancs qu’il avait laissée dans la salle n’avait pas diminué la foule des passants qu’il voyait aller et venir, il put alors se faire une idée de l’immense population des Etats-Unis.

    Un autre chef avouait avoir été stupéfait da la multitude des blancs et de leurs richesses. Il se figurait qu’ils étaient éparpillés dans le pays, occupant de petits forts, éloignés les uns des autres, comme à la frontière. Mais il a vu, disait-il, tant de grandes villes qu’il ne peut s’en rappeler le nombre, et, quant aux habitants, il lui serait impossible de les compter. Il est monté sur le toit de l’hôtel où il logeait, et, regardant de tous côtés, il n’a trouvé que des maisons à perte de vue. On penserait, disait-il, que le monde entier vit dans cette ville, et cependant il a vu une autre grande ville au sud-ouest avec des maisons à n’en plus finir. Quant aux grands canots (les steamers) ils sont énormes et rapides, mais il n’aime pas entrer dedans. Celui sur lequel il a traversé la rivière (le bateau Ferry), faisait un bruit infernal et était secoué avec tant de force qu’il est surprenant qu’il n’ait pas été mis en pièces. Ce chef se trouve bien à l’hôtel où on lui donne abondamment de quoi manger, mais il lui tarde d’être de retour dans sa tribu. Les dames américaines, ajoutait-il, sont très belles, mais il trouve que leurs toilettes sont disgracieuses et qu’elles s’habillent d’une manière extravagante.

    Quand ces chefs furent de retour dans leurs tribus, ils dirent aux Indiens que les Blancs étaient aussi nombreux que les grains de sable sur la rive des grands fleuves, mais leurs compatriotes leur ont répondu qu’ils mentaient et que les blancs leur avaient fait prendre une mauvaise médecine pour les tromper et les bercer d’illusions. Ces chefs se trouvèrent alors en danger de perdre leur influence sur leur tribu. Depuis lors, ils n’osent plus dire ce qu’ils ont vu et qu’ils savent être un fait certain.

    Les guerriers Sioux ne veulent pas croire que les blancs soient aussi nombreux et aussi forts qu’eux, et ils pensent qu’ils pourront, par leurs prouesses, forcer le gouvernement des Etats-Unis à abandonner les postes militaires qu’il occupe sur le territoire indien, et en chasser ensuite les colons américains.

    C’est malgré les avertissements et les défenses des autorités fédérales que les expéditions des mineurs se sont organisées ouvertement dans les territoires voisins des collines Noires pour y aller chercher de l’or.

    Pour prévenir les conséquences de cette violation du traité avec les Sioux, le gouvernement fédéral avait envoyé sur des points voisins des localités menacées plusieurs détachements de troupes avec ordre de repousser toute tentative d’envahissement des terres appartenant aux tribus indiennes. Mais comme les mineurs paraissent déterminés à ne pas renoncer à leur projet, il y avait lieu de redouter des conflits d’autant plus fâcheux que les Sioux ne manquèrent pas d’y prendre part et qu’il peut en résulter un soulèvement général des indigènes.

    En prévision de ces complications et en vue de les écarter, on avait tenté de faire comprendre aux Sioux qu’il serait avantageux pour eux de rétrocéder au gouvernement des Etats-Unis cette partie de leur territoire où se portent les blancs. Ils repoussèrent d’abord cette proposition, mais circonvenus et pressés par d’entreprenants agents, un certain nombre de leurs chefs consentirent à se rendre encore une fois à Washington pour écouter et discuter les propositions qu’on avait à leur faire. Nous avons raconté les négociations et l’insuccès auquel elles aboutirent.

    Les chefs Indiens demandaient que le Gouvernement leur promit, en échange des Black Hills de les nourrir et entretenir durant sept générations (environ deux cents ans). De plus, ils voulaient qu’on leur donnât en présent des chevaux, des vaches, des moutons, des poules, des outils d’agriculture, des fusils, des munitions, des maisons et des meubles, et surtout ils insistaient pour qu’on établit dans leurs réserves des missions catholiques.

    Les Commissaires leur offrirent pour prix de la rétrocession de leurs collines 6 250 000 dollars, payables en quinze versements annuels ; lesdites sommes devant être employées annuellement pour leur subsistance et leur civilisation.

    Les chefs indiens trouvèrent cette somme insuffisante, refusèrent de l’accepter et se retirèrent après avoir serré la main aux commissaires et les avoir assurés qu’ils partaient en amis comme ils étaient venus. Mais comme ils avaient refusé les offres du gouvernement et qu’ils paraissaient mécontents, on devait craindre qu’ils eussent recours aux armes pour protéger leurs réserves contre les envahissement des mineurs américains.

    Ces prévisions ne se sont que trop réalisées, car on apprit que le chef indien, Sitting-Bull, s’était retiré avec une force considérable de jeunes guerriers dans les montagnes du Big-Horn, d’où il répandit la terreur par le pillage et le meurtre sur le territoire du Montana.

    Le gouvernement des Etats-Unis envoya alors le général Crook avec des troupes suffisantes pour forcer ces indiens hostiles à retourner dans leurs réserves.

    Le général Crook partit avec ses troupes le 16 juin 1876 au matin avec des rations pour quatre jours, et s’avança sur la rive du Rosebud, un des affluents de la rivière Yellowstone, dans le territoire de Montana. Le lendemain, à cinq heures du matin, ses éclaireurs, composés de Crows et de Snakes Indiens, lui apprirent que les Sioux hostiles étaient en force sur les collines voisines. A huit heures et demie, Crook mit ses troupes en position. L’ennemi commença l’attaque par un feu très vif, et comme les soldats étaient engagés dans une gorge de la montagne, ils recevaient un feu d’enfilade qui leur blessait beaucoup de monde. Le général, voyant le péril de ses hommes, ordonna aux Crows et aux Snakes auxilliaires de chasser l’ennemi de sa position, ce qu’ils firent avec beaucoup d’entrain et de succès. Les soldats s’avancèrent alors pour charger les Sioux, mais ceux-ci ne les attendirent pas et se sauvèrent en grande confusion. Le combat avait duré quatre heures.

    Le général Crook resta maître du champ de bataille et y établit son camp où il passa le reste de la journée. La perte des soldas était de neuf tués et vingt et un blessés, celle des Crows et des Snakes auxiliaires de treize.

    Après le combat, les Crows indiens qui avaient soutenu la première attaque des Sioux et avaient eu treize des leurs tués, tinrent conseil entre eux et trouvèrent que les soldats ne les avaient pas bien soutenus pendant l’engagement. Ils prévinrent le général Crook qu’ils allaient retourner dans leur tribu, ce qu’ils firent à l’instant. Les Snakes indiens restèrent avec le général, mais il était à craindre qu’ils ne suivissent l’exemple des Crows.

    Le général, manquant de vivres, et voulant que ses blessés fussent bien soignés, fut obligé de retourner à son camp où il avait laissé ses fourgons et ses bêtes de charge. Il envoya le général Custer à la poursuite des Sioux.

    Le général Custer partit de Rosebud Creek, territoire de Montana, le 22 juin 1876, avec douze compagnies du 7° régiment de cavalerie et s’avança dans la direction de Little-Big-Horn. Dans la soirée du 24, ses éclaireurs indiens découvrirent des traces fraîches des Sioux hostiles, et, le 25 au matin, on aperçut à environ quinze milles de distance, un village indien s’étendant sur une longueur de deux ou trois milles.

    Quoique la troupe eût fait une marche de soixante-dix-huit milles en vingt-quatre heures, Custer s’avança rapidement et quand il fut à peu de distance du village, il vit que les Sioux paraissaient se sauver à la hâte, en abandonnant leurs loges. Le général plaça quatre compagnies de cavalerie en réserve sur une colline et ordonna au major Reno de se porter avec trois compagnies sur les derrières du village pour couper la retraite aux Indiens, pendant que lui, Custer, les chargerait de front.

    Reno, avec ses trois compagnies, partit l’instant pour exécuter les ordres de son supérieur, mais il fut bientôt entouré par une multitude de Sioux qui firent feu sur son détachement de toutes les directions et lui tuèrent beaucoup de soldats.

    Après une heure d’un combat acharné, il traversa la rivière, fit descendre ses hommes de cheval et se retrancha sur une colline escarpée où il fut bientôt rejoint par le colonel Benton avec les quatre compagnies de réserve. Les Sioux les attaquèrent avec fureur, mais furent repoussés avec perte des leurs. Cependant les Indiens parvinrent à s’établir sur une colline plus haute que celle que Reno occupait et, leurs fusils ayant une plus longue portée que les carabines de la cavalerie, ils purent faire sur les soldats un feu continuel et meurtrier, jusqu’au soir.

    Le major fortifia sa position pendant la nuit, et se prépara pour une autre attaque qui, en effet, eut lieu au point du jour et dura toute la journée.

    Depuis trente-six heures, les soldats do Reno étaient privés d’eau et ils souffraient horriblement de la soif. Dans cette extrémité, le colonel Benton prit la résolution d’atteindre le bord de l’eau à tout hasard. Il fit une sortie pendant la nuit avec une compagnie de soldats et chassa les Sioux qui gardaient les approches de la rivière.

    Des tirailleurs indiens étaient embusqués vis-à-vis l’ouverture d un ravin par ou les soldats s’approchaient ; mais, maigre le feu incessant de l’ennemi, ceux-ci atteignirent l’eau et en puisèrent assez pour étancher leur soif et celle de leurs compagnons d’armes.

    Le combat durait depuis quarante huit heures et on n’avait eu aucune nouvelle du général Custer.

    Les Sioux recommencèrent le feu de plus belle le lendemain matin et pendant toute la journée ; mais, tout à coup, ils s’enfuirent avec grande confusion et le major Reno comprit alors que des renforts venaient à son secours. En effet, les généraux Ferry et Gibbon avec un corps d’infanterie, s’avançaient rapidement pour opérer leur jonction avec le 7e de cavalerie.

    Quand ces deux généraux furent arrivés, ils demandèrent à Reno où était le général Custer et sa troupe, mais il leur répondit qu’il n’avait pas entendu parler de lui depuis près de trois jours. On se porta alors à l’endroit où Reno avait laissé Custer prêt à charger avec ses cinq compagnies le front du village indien, et on le trouva mort et horriblement mutilé, ainsi que tous ses officiers et ses soldats.

    Un des éclaireurs indiens qui avait échappé au massacre en se cachant dans un ravin, raconta que la fuite apparente des Sioux et l’abandon simulé de leur village n’était qu’un stratagème pour attirer Custer dans une embuscade. Lorsqu’il crut pouvoir charger l’ennemi de front pendant que Reno les chargerait par derrière, il se trouva tout à coup entouré par quatre mille Indiens qui, embusqués derrière des arbres et des rochers, tiraient à bout portant sur ses soldats et les massacrèrent tous en moins de temps qu’il ne lui en fallut pour le raconter.

    Custer, les officiers et les soldats morts avaient été dépouillés de leurs habits et leurs corps étaient horriblement mutilés. Les Sioux avaient dû faire un grand butin, car ils avaient emmené près de 400 chevaux et emporté les armes, les munitions, les uniformes et l’argent des soldats qui avaient reçu leur paye au moment de leur départ, et dont la somme totale est évaluée à 80 000 dollars.

    L’Indien qui a vu le massacre ajoute que c’est le chef Rain-in-the-Face qui a tué Custer, lui a ensuite arraché le cœur, l’a fixé au bout d’une pique et a exécuté, avec ses guerriers, une danse de guerre autour de ce sanglant trophée.

    Le rapport concernant le nombre des tués et des blessés est fort contradictoire, mais comme il est certain que les cinq compagnies de Custer donnaient un total de 300 hommes et que Reno, avec sept compagnies, en comptant la réserve, avoue avoir perdu le tiers de ses soldats, on peut aisément conclure que la perte est d’environ 400 tués et 50 blessés.

    Les généraux Perry et Gibbon, après avoir fait enterrer les morts et donné les premiers soins aux blessés, les ont fait transporter au confluent de la rivière Big Horn, où ils ont été embarqués sur un vapeur de l’Etat, qui les a conduits à l’hôpital le plus proche de l’embarcadère.

    On vient d’apprendre que, le 16 juillet, le lieutenant Sibley était parti du camp du général Crook avec 34 cavaliers pour faire une reconnaissance et tacher de communiquer avec les forces du général Perry, lorsqu’il fut tout à coup attaqué par une immense bande de Sioux. Il n’eut que le temps de faire démonter ses hommes, abandonner ses chevaux et ses équipements, et s’échapper promptement dans les montagnes. Quand les soldats purent rejoindre leur camp, ils étaient entièrement épuisés de fatigue et de faim, étant restés deux jours entiers sans manger.

    On rapporte encore que le corps de réserve du général Gibbon a été attaqué par une bande de Sioux victorieux, montés sur les chevaux et vêtus de l’uniforme des soldats de Custer qu’ils avaient massacrés et pillés.

    On a reçu la nouvelle que, le 17 juillet, 800 Cheyennes et un grand nombre de Sioux étaient partis, armés en guerre, de l’agence de Red Cloud, pour aller se joindre aux bandes de Sitting Bull dans les montagnes de Big Horn.

     

     

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