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  • 13 août 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

     

    La bataille de Crefeld

    D’après « Batailles et principaux combats de la guerre de sept ans » – Carl von Decker – 1839

     

    Par suite d’un enchaînement d’opérations parfaitement conduites, le duc Ferdinand de Brunswick était parvenu à chasser la grande armée française du Hanovre et même de la rive droite du Rhin, et avait poursuivi ses succès jusque sur la rive opposée de ce fleuve. Le prince de Clermont se serait sans doute retiré encore plus loin, si les ordres de sa cour ne lui eussent pas enjoint de risquer une bataille. Le duc, en ayant été informé, ne voulut pas attendre l’ennemi et préféra l’attaquer lui-même.

    L’armée française, dans un état de détresse, suite de sa mauvaise administration et des fatigues d’une retraite longue et pénible, était tellement démoralisée, que chacun ne voyait que la défaite partout où l’on rencontrait l’ennemi.

    Le prince de Clermont, qui d’abbé était devenu général en chef, offrait, comme le dit un critique, « l’image de l’incapacité la plus absolue ». Il n’y a donc que la connaissance parfaite d’un tel état de choses, qui puisse justifier les dispositions du duc Ferdinand pour la bataille de Crefeld, dispositions qui toutes étaient en pleine contradiction avec les principes de la haute tactique : deux mots suffiront pour le prouver.

    Les deux armées concentrées étaient en présence. Le duc de Brunswick partagea la sienne en trois grandes divisions, qui divergeaient entre elles comme les rayons d’une circonférence, et qui, sous les yeux de l’ennemi, restèrent séparées les unes des autres par plusieurs lieues de distance et ne se revirent que lorsque cet ennemi fut battu. Si une telle manœuvre réussit, ce ne peut être que par miracle ; et le miracle se fit.

    La première division, commandée par le général Spoerken, et forte de 14 bataillons et 23 escadrons, devait marcher sur Crefeld et inquiéter l’aile droite de l’ennemi. La seconde, sous les ordres du général Oherg, et composée de 6 bataillons et 6 escadrons, avait ordre de faire une démonstration sur l’aile gauche, à une lieue sur la droite de la première division. La troisième, forte de 17 bataillons et 24 escadrons, ayant le duc à sa tête, devait se porter, par un détour de trois lieues, sur les derrières de l’ennemi.

    Le manque de matériaux nous met presque dans l’impossibilité d’indiquer la part que l’artillerie prit à cette bataille. Jamais il ne fut moins question de cette arme qu’en cette occasion ; il semble même qu’elle n’existât pas. Si donc des indications générales et approximatives remplacent ici les données exactes, ce n’est pas faute de bonne volonté et d’efforts de notre part pour arriver à un résultat satisfaisant.

    L’armée du duc Ferdinand était, comme dans la campagne précédente, composée d’éléments différents dont les plus nombreux étaient les troupes hanovriennes et hessoises. Dans l’hiver de 1757 à 1758, bien des choses manquaient encore ; l’artillerie de campagne était presque sans chevaux, et à peine existait-il de l’artillerie de position.

    Mais l’activité infatigable du duc pourvut à tout, et s’étendit au complément et à l’amélioration de cette arme. Il fut secondé en cela par le Roi, qui lui donna une partie de son nombreux matériel, et les villes de Hoya, Minden et autres lui en fourniront également pendant sa marche sur le Rhin. A Lippstadt, on trouva aussi 10 pièces de 24, dont naturellement on ne put se servir en campagne ; peu à peu la position de l’artillerie s’améliora et l’on peut admettre qu’à l’époque où eut lieu la bataille de Crefeld, il pouvait y avoir 2 pièces 1 /2 par mille hommes.

    Le jour même de la bataille, l’armée comptait un peu plus de 32 000 hommes, dont 8 000 cavaliers ; elle devait donc avoir 80 bouches à feu réparties comme il suit : Pour 37 bataillons, 37 pièces légères. En réserve, 43 de gros calibre. Total 80.

    Quelques auteurs donnent deux pièces de trois à chaque bataillon hanovrien ; mais c’est une erreur. Des 43 pièces de gros calibre, 6 sont désignées comme faisant partie de la division Oberg ; c’est le seul chiffre cité par la relation. Il y est dit aussi, en parlant du général Spœrken, qu’il fit avancer « ses batteries de gros calibre ». Comme on parle au pluriel, il est certain que ce général devait avoir au moins deux batteries.

    La colonne du duc, n’étant pas de beaucoup plus forte que celle du général Spœrken, devait avoir également deux batteries : ainsi, les deux dernières colonnes avaient ensemble quatre batteries. Si donc on déduit du nombre total des pièces de gros calibre, les 6 bouches à feu du général Oberg, il reste 37 pièces, conséquemment 8 à 10 par batterie.

    D’après ce calcul, l’artillerie du duc Ferdinand aurait été répartie de la manière suivante : Division du général Spœrken, 14 pièces légères, 17 de gros calibre. Division du général Oberg, 6 pièces légères, 6 de gros calibre. Division sous le commandement spécial du duc, 17 pièces légères 20 de gros calibre. Total (inclus 7 obusiers), 80 bouches à feu.

    Les Français avaient introduit dans leur artillerie de régiment une espèce de légers canons construits sur le modèle des pièces suédoises dont ils portaient le nom. Chaque bataillon en avait une à sa suite. Le nombre des bouches à feu de l’armée française se montait à 278,ce qui aurait réduit la proportion de l’artillerie par rapport aux autres armes, à moins de 2 pièces par mille hommes, si l’armée avait en réellement l’effectif porté sur le papier, lequel était de153 000 hommes ; mais le nombre des combattants diminuait de jour en jour ; et, à l’époque de la bataille, il y en avait à peine 100 000 sous les armes, de manière qu’on peut raisonnablement admettre la proportion de 3 pièces par mille hommes.

    Le jour même de l’action, il n’y avait en ligne que 47 000 hommes, qui, par conséquent, devaient avoir 144 bouches à feu. Sur ce nombre, 91 canons de petit calibre auraient été répartis dans 91 bataillons ; et alors il serait resté 50 pièces de réserve, dont le calibre n’est pas connu. Il sera parlé plus tard de la répartition probable de ces dernières. Leur garde était confiée aux bataillons d’artillerie Menouville et la Motte.

    D’après la manière de faire la guerre à cette époque, nul terrain ne pouvait être plus défavorable que celui de Crefeld pour livrer bataille. Quoique présentant une vaste plaine, il est tellement coupé par des fossés, des haies, des arbres et des bouquets d’arbres isolés, que la vue est constamment interceptée.

    L’armée française s’était campée sur la partie la plus dégagée qu’elle eût pu trouver à plusieurs milles à la ronde. De leur côté, les alliés avaient à combattre pendant leur marche les difficultés que leur présentait, à chaque pas, un terrain difficile et des chemins étroits. Leurs colonnes, morcelées et isolées, marchaient à une perte certaine, si l’ennemi n’eût été saisi d’une indolence sans exemple. Entre Crefeld et Willich, au milieu des landes dont nous avons parlé plus haut, s’élève une digue entourée de deux fossés, et qu’on nomme la Landwehr.

    C’est là qu’était appuyé le front de l’armée française sur une étendue d’un mille, entre Gathe et Stockhut. Il est à remarquer que, dans cette contrée, presque tous les villages ne se composent que de quelques maisons isolées et éparpillées. A l’aile gauche de la position, près de Stockhut, un large fossé venant aboutir dans celui de la Landwehr, se trouvait en partie sur le flanc gauche de l’ennemi et en partie sur ses derrières, et comme les deux fossés formaient un angle aigu à leur jonction, le terrain où était assis le camp présentait la figure d’un triangle.

    Soixante-huit bataillons sur deux lignes étaient en position derrière la Landvvehr ; 75 escadrons formaient une troisième et quatrième ligne. Venaient ensuite en cinquième ligne 11 bataillons en réserve derrière le centre ; puis 12 bataillons, également en réserve, derrière l’aile droite, mais en potence et faisant front en dehors ; enfin 26 escadrons derrière l‘aile gauche, faisant face au fossé : le tout ayant beaucoup de ressemblance avec un ordre de bataille contre les Turcs.

    Comme on attendait l’ennemi sur le front, c’est-à-dire dans la direction de Crefeld, l’artillerie de position y aura sans doute été placée. Sur la partie de la Landwehr occupée par les troupes du prince de Clermont, il existait quatre passages principaux près desquels des batteries avaient été élevées : c’est là tout ce qu’on sait de l’artillerie française. Quelque mauvaise que fût la tactique de cette arme, la position choisie par le prince de Clermont était si simple, qu’il aurait fallu plus que de la faiblesse d’esprit pour distribuer l’artillerie autrement que sur ce front prolongé.

    Il ne s’agit plus maintenant que de découvrir approximativement quels étaient les intervalles entre les batteries dont nous voulons essayer d’indiquer le nombre au moyen d’un calcul fort simple.

    La première issue, à l’extrême droite, se trouvait sur la route de Crefeld à Fischelen ; il doit y avoir eu sur ce point une batterie, que nous désignerons sous le n° 1. Le second passage situé près de Gathe, à 900 pas du premier, devait être défendu par une batterie. La troisième issue près de Hueckelsmey, sur la route de St.-Antonius à Willich, était à 4 000 pas de la seconde ; quatre batteries, au moins, étaient nécessaires pour couvrir une telle étendue ; mais comme les abords n’étaient pas faciles, nous nous restreindrons à trois batteries. Enfin la quatrième et dernière issue, près de Stockhut, se trouvait à 3 000 pas de la troisième ; nous voulons admettre pour cette ligne deux batteries.

    Au moyen de ce calcul, nous obtenons 4 batteries principales et 3 batteries secondaires. Si pour chaque batterie principale, on admet 8 pièces d’artillerie, et pour chaque batterie secondaire,6 pièces, il en résulte qu’il devait y avoir 50 bouches à feu pour les besoins de ces batteries : et c’est justement à quoi se montait l’artillerie de réserve des Français. Il n’était pas d’usage alors d’avoir une réserve particulière.

    Examinons maintenant la part que l’artillerie opposée a prise ou, du moins, aurait dû prendre à la bataille.

    Par suite des dispositions du due, la bataille dégénéra en trois combats de poste bien distincts, car ces trois divisions combattaient, chacune pour son propre compte, sans se soutenir mutuellement et sans aucune réserve, dont, au besoin, on aurait pu disposer sur un point quelconque, dans le moment décisif.

    Le général Spœrken, qui était le plus près de l’ennemi, chassa son avant-garde de Crefeld, marcha ensuite sur Gathe, fit avancer ses deux batteries, et entretint une canonnade avec les trois batteries françaises de l’aile droite. La relation dit qu’il ouvrit son feu sur la Landwehr ; mais nous voulons bien croire qu’il y a là une faute de rédaction. Comme le but de cette division n’était pas de pénétrer sur ce point, elle se tint à la plus grande distance possible de l’ennemi et aussi loin que pût porter un boulet.

    Le général Oberg marcha sur St.-Antonius et canonna, dans le même but et à la même distance, le centre de l’armée française près de Hueckelsmey.

    Le Duc eut à vaincre dans sa marche d’innombrables obstacles, et fut souvent obligé de faire percer des routes à travers les bouquets d’arbres et les haies, pour sa cavalerie et son artillerie. Il passa devant St.-Antonius et Steinheide, se dirigea vers la gauche, franchit l’étroit défilé de Berschel, laissa Anrad à sa droite, et, après une marche de dix heures, se trouva enfin près de Stormshof sur les derrières de l’ennemi, mais séparé de lui par un fossé large et profond.

    L’ennemi avait fait preuve d’une grande modération sur son front, en se contentant de répondre à la canonnade des généraux Spœrke et Oberg. Toutefois, il avait montré plus d’activité sur son flanc gauche ; instruit par ses éclaireurs de l’approche du duc, il avait envoyé des détachements pour occuper les habitations isolées et arrêter sur ce point la marche des confédérés.

    De cette manière, le prince de Clermont changea la grande guerre en petite guerre ; c’est-à-dire qu’il se contenta d’agacer son adversaire, quoique l’occasion lui fût offerte de le battre complètement. Lorsque le duc fut arrivé sur les derrières du prince, ce dernier fit occuper immédiatement le fossé principal par 15 bataillons de la seconde ligne, et avancer les 26 escadrons pour les soutenir.

    Il envoya aussi à sa réserve l’ordre de se porter sur l’aile menacée ; mais elle n’arriva pas. On prétend même qu’elle s’était égarée dans la plaine.

    Les Français n’ayant pas d’artillerie de position sur ce point, et les batteries VI et VII étant retenues sur le front, ils ne purent opposer au duc que leurs 15 pièces de bataillon. La relation dit que l’artillerie des alliés eut bientôt l’avantage sur celles des Français, d’où il faut conclure que le duc a du se servir de ses 20 pièces de position ; non, comme le firent ses généraux, à une longue portée, mais bien à la distance où le boulet pouvait produire son effet.

    Après une vive canonnade, l’infanterie marcha à l’ennemi et chercha à forcer le fossé, d’abord par des attaques générales. Les Français abandonnèrent enfin le premier fossé et se retirèrent derrière un second. Le combat, qui dura deux heures sur ce point, prouve que les Français s’y sont bravement battus. Une nouvelle attaque de l’infanterie, que la cavalerie française chercha en vain à repousser, mit fin à l’action à 6 heures du soir.

    L’artillerie de position du duc Ferdinand paraît n’être parvenue que tard de l’autre côté du fossé ; mais cependant assez à temps pour poursuivre l’ennemi à coups de boulets. Toute autre poursuite était devenue impossible, à cause de la fatigue extrême des troupes. Depuis une heure du matin, elles étaient sur pied; et avaient attendu pendant quatre grandes heures au rendez-vous, tandis qu’on lisait les dispositions dans la tente du duc et qu’on y délibérait.

    Les Français perdirent 4 000 hommes et 3 canons seulement, ce qui fait honneur à l’activité de leur artillerie. La perte des confédérés fut de 1 700 hommes.

     

     

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