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  • 10 août 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

     

    La bataille navale de Gondelour

    D’après « Gloires et souvenirs maritimes » – Maurice Loir – Georges Gustave Toudouze – 1922

     

    En juin 1783, Suffren apprit que le corps expéditionnaire qui combattait dans l’Inde avec M. de Bussy à sa tête était sur le point d’être enfermé dans Gondelour entre l’armée anglaise et l’escadre de l’amiral Hughes. Avec quinze mauvais vaisseaux, il s’élança contre les dix-huit vaisseaux anglais sortant de l’arsenal de Bombay.

    Le 20 enfin, la brise d’ouest régnait toujours, et donnait le vent à notre escadre ; elle se trouva plus près de l’ennemi que les jours précédents.

    Le Bailli de Suffren passa à bord de sa frégate, fit former la ligne de bataille, et laissa arriver sur l’ennemi. A une heure après midi, la distance des deux armées était telle, que l’amiral anglais ne pouvait plus éviter le combat, à moins de s’abandonner à une fuite d’autant plus honteuse que la supériorité du nombre devait lui assurer l’avantage sur notre escadre ; mais il savait qu’elle était commandée par un Suffren. L’intrépidité de celui-ci, si elle était secondée, lui en imposait sans doute. L’ennemi fit quantité de virements de bord, temps que notre escadre avait employé à l’approcher, en courant vent arrière.

    La ligne anglaise se forma dans l’ordre renversé, en prenant la bordée du large. Si la précision de la manœuvre des Français ne fut pas telle qu’on pouvait le désirer, on y apercevait du moins cette bonne volonté, ce désir de bien faire, que le général avait regretté quelquefois de n’avoir pas rencontrés.

    Le vaisseau le Flamand, lourd et difficile à évoluer, se trouvait au vent de la ligne qui était déjà en panne. M. Salvert, qui le commandait, prit le parti d’arriver vent arrière, pour se ménager, en revenant au vent, la facilité de reprendre son poste. Cette belle manœuvre, qui le porta presque dans la ligne ennemie au moment où l’on n’attendait plus que le signal du combat, parut hardie, et fut justement admirée, comme la seule qui pouvait le rétablir dans sa ligne. Pourquoi faut-il que ce capitaine laissât un autre en recueillir le fruit ? Une pluie de fer qui tomba à bord de son vaisseau, ayant essuyé la première bordée de deux vaisseaux dirigés contre le sien, l’enleva, et fit un ravage affreux à bord de ce bâtiment.

    On était presque à la portée de fusil lorsque le combat s’engagea. Le signal en avait été fait de part et d’autre en même temps. Le Bailli de Suffren à bord de sa frégate, veillant à tout, parcourait sa ligne, tenant le signal d’approcher l’ennemi à portée de pistolet, donnant ses ordres à tous les vaisseaux. Mais, convenons-en à la gloire de tous et d’un chacun, il n’eut pas d’occasion de stimuler l’ardeur de ses vaisseaux ; tous combattaient vaillamment, surtout l’avant-garde, qui soutint le plus grand effort de l’ennemi.

    On continua à combattre vaillamment de part et d’autre ; mais le feu des Français parut toujours plus vif et mieux servi, et forçait de temps en temps l’ennemi à faire de fortes arrivées ; mais nous le serrions, le tenant toujours à demi-portée de fusil.

    La Consolante veillait aux mouvements de l’arrière-garde ennemie, pour la tenir en respect, et pour empêcher que quelques-uns de leurs vaisseaux n’essayassent à nous doubler au vent ; mais aucun ne parut même en faire la démonstration.

    Il était entré dans les calculs de l’amiral anglais de ne se laisser approcher et de ne commencer le combat qu’au moment où le soleil serait assez avancé dans sa course pour ne permettre qu’un engagement de peu de durée. (Il était trois heures et demie lorsque le signal de combat avait été arboré de part et d’autre.)

    Mais à voir l’ardeur dont nos équipages étaient animés, la manœuvre de l’ennemi qui pliait sans cesse, on peut assurer, sans présomption, que deux heures encore de jour, et la journée eût été infiniment glorieuse pour la France.

    La nuit put à peine séparer les deux escadres ; la nôtre ne cessait de porter sur l’ennemi, malgré le signal de retraite qui avait été arboré au soleil couchant. Nos canonniers épiaient la lueur des feux qu’ils pouvaient apercevoir à bord des vaisseaux anglais pour diriger leurs pièces : on avait de la peine à les arracher des batteries pour se porter à la manœuvre..

    Aucun des vaisseaux de l’une ou l’autre escadre ne parut cependant avoir éprouvé de dégréement considérable. Le vaisseau le Flamand fut le plus maltraité ; il perdit, outre son capitaine, plus de cent hommes.

    L’amiral anglais montra ses feux les premières heures de la nuit, mais ensuite ils disparurent. Les frégates françaises parcoururent notre escadre, en donnant l’ordre de se tenir prêts à recommencer le lendemain. Les équipages, épuisés de fatigues, étant en branle-bas depuis six jours, travaillèrent néanmoins avec zèle à se réparer, bien persuadés que le combat recommencerait dès que le jour paraîtrait.

    Les courants firent tellement dériver les vaisseaux, qu’au jour ils se trouvèrent sous le vent de Pondichéry. M. de Suffren fit mouiller l’escadre, pour ne pas s’écarter de Gondelour, qu’il couvrait en quelque sorte, et pour empêcher Sir Edouard Hughes d’en approcher ; mais le combat de la veille en avait ôté l’envie à celui-ci. Le Coventri signala à midi l’ennemi au sud-est, c’est-à-dire au large ; M. de Suffren l’attendit vainement.

    Le jour paraissait à peine le 22, qu’il nous fit apercevoir les Anglais faisant route au nord-nord-ouest, sans ordre. L’amiral anglais s’attendait peu à nous rencontrer là et à se trouver sous notre écoute. Cependant, dès qu’il fit assez jour pour distinguer notre escadre mouillée près de terre, il tint le vent, s’imaginant sans doute en imposer par cette manœuvre. Plusieurs de ses vaisseaux dégréés travaillaient à se regréer ; lui-même avait dépassé son grand mât de hune. M. de Suffren fit aussitôt signal d’appareiller, et successivement celui de former la ligne de combat, et d’arriver sur l’ennemi.

    Chacun témoigna la meilleure volonté dans l’exécution ; mais l’amiral anglais, loin de seconder de bonne grâce le désir que témoignait M. de Suffren de renouveler le combat, laissait toujours arriver. La supériorité de la marche de ses vaisseaux ne laissait aucun espoir au général français de pouvoir l’atteindre ; il nous eût conduits jusque sous les forts de Madras, où il se retirait, avant de pouvoir le joindre. M. de Suffren, jugeant cette poursuite inutile, et ne voulant pas se laisser entraîner sous le vent et perdre de vue Gondélour, fit tenir le vent à son escadre et fit route pour cette rade.

    Ainsi, quoique ce combat n’eût rien en lui-même de décisif, M. de Suffren obtint tout l’avantage qu’il s’était proposé, en osant venir braver un ennemi plus fort que lui ; mais son ambition ne se bornait pas au stérile honneur du champ de bataille, dont il était resté maître.

    Il réussissait, il est vrai, à faire lever le blocus de Gondelour par mer ; il privait les assiégeants du secours que leur fournissait leur escadre, soit en munitions, soit en les alimentant par le moyen des bâtiments de transport. C’était beaucoup, sans doute ; mais il voulait plus, il voulait sauver l’armée. Il projeta de délivrer totalement la place, et de forcer l’ennemi à lever le siège ; en conséquence, il vint montrer son pavillon triomphant à Gondelour, et au camp de l’armée anglaise.

    Cette apparition, qui assurait la retraite de l’ennemi, parut comme un prodige : la joie, l’ivresse se communiquent dans tous les esprits. Les yeux, fatigués depuis longtemps de la perspective du pavillon ennemi, ne se lassent point de contempler le pavillon français, auquel la valeur de M. de Suffren donnait tant d’éclat. On oublie presque que l’ennemi est sous les murs de la place, et qu’elle peut être emportée : on accourt sur le rivage, on s’impatiente de ne pas voir descendre M. de Suffren. Il paraît enfin : les acclamations, les transports de la joie la plus expansive l’accueillent, et retentissent sans doute jusqu’au camp des ennemis.

    Chacun veut mettre la main pour monter sur le rivage la chelingue qui l’a apporté : le soldat veut ravir aux noirs chargés de cet emploi l’honneur de le porter dans son palanquin ; M. de Suffren s’y oppose. Quelle pompe triomphale fut plus digne de son âme grande et sensible, que le respect de ces cœurs reconnaissants pour le service signalé qu’il leur rendait, que ces transports d’allégresse qui l’accompagnent dans sa marche ! Oh ! ce moment, le plus beau sans doute de sa vie, fut et la récompense de sa persévérante valeur, et le dédommagement de toutes les contrariétés qu’il avait éprouvées.

    Enfin, déposé sur la place où M. Bussy l’attendait à la tête de son état-major : « Voilà notre sauveur », dit ce général, en prenant M. de Suffren par la main, et le présentant à tous les officiers de l’armée. (Le Capitaine Trablet, second du Flamand).

     

     

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