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    La bataille de Camaret

    D’après « Revue du génie militaire » – Janvier 1900

     

    Au printemps de l’année 1694, le roi de France avait reçu avis que les Anglais préparaient une expédition contre Brest. Il avait immédiatement donné l’ordre à Vauban de s’y rendre sans retard et avait mis sous son commandement les évêchés de Dol, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier, Cornouailles et Léon, l’autorisant à convoquer le ban de la noblesse et à prendre toutes les mesures qu’il jugerait utiles à la défense. Il lui apprenait en même temps qu’il dirigeait sur Brest 6 bataillons d’infanterie, un régiment de cavalerie et un régiment de dragons, pour renforcer la garnison se composant à ce moment de 1 500 hommes.

    Vauban arriva le 23 mai à Brest et déploya la plus grande activité pour mettre la ville, la rade et les points de débarquement en état de défense.

    La situation dans laquelle il se trouvait était des plus délicates. En fait de troupes régulières, il n’avait à sa disposition que deux bataillons de marine comprenant de bons soldats, mais perpétuellement épuisés et troublés par les fréquents détachements qu’on en fait pour des armements, ce qui fait qu’ils sont le plus souvent composés de pièces et de morceaux. A ces forces, il pouvait joindre quelques centaines de cavaliers formés du ban de la noblesse, et les milices garde-côtes composées de paysans sans instruction ni organisation militaire, très mal commandés et dont la moitié était armée de piques.

    La côte qu’il avait à défendre est séparée en deux parties par la rade et le goulet, de telle sorte qu’il ne pouvait espérer faire soutenir en temps utile les troupes défendant une de ces parties par celles qui se trouvaient sur l’autre, le danger et la probabilité d’une descente étaient d’ailleurs les mêmes des deux côtés.

    Outre ces deux attaques, on avait d’ailleurs encore à redouter de voir l’ennemi forcer le passage du Goulet, dont les batteries étaient très imparfaites, et pénétrer dans la rade pour venir bombarder la ville et l’arsenal.

    Dès son arrivée à Brest, Vauban dirigea deux compagnies de marine sur le Conquet, où il se proposait de mettre deux bataillons quand les renforts annoncés lui seraient parvenus, et envoya un bataillon à Quélern pour défendre la descente de Camaret qu’il regardait comme la plus pernicieuse de toutes. En même temps, il convoqua les milices et leur prescrivit de construire des retranchements pour fermer le fond et les côtés de toutes les plages de débarquement possibles. Il fit lui-même tracer des batteries pour flanquer les plus importantes et établir des redoutes aux Blancs-Sablons, à Camarret et à Cézon, à l’entrée de la rivière de l’Aberwrach. Ce développement considérable de retranchements, qui n’étaient sans doute que de simples tranchées, eut très probablement, ainsi que nous le verrons, une grande influence sur le succès de la défense.

    Le 16 juin, à dix heures du soir, Ouessant signala une grande flotte en vue ; ces signaux furent confirmés le lendemain matin, mais le vent soufflant de l’est, ce ne fut qu’à 5 heures du soir que les navires ennemis purent venir mouiller entre Bertheaume et Camaret, dans cette baie que l’on appelle depuis le vestibule du Goulet.

    Vauban les observa des batteries de Mengam et de Cornouailles où il se rendit, sans pouvoir reconnaître sur quel point devait se porter leur attaque. Le vent contraire rendant le forcement du Goulet momentanément impossible, il n’hésita pas à se dégarnir des troupes qu’il avait conservées pour la défense de la ville, et il dirigea aussitôt deux compagnies de marine qui lui restaient sur Quélern, et un bataillon suisse, arrivé le jour même, sur Bertheaume.

    Ces renforts parvinrent à leur poste au grand jour et n’eurent que le temps de se préparer à l’attaque.

    Malgré l’heure tardive de leur arrivée, les Anglais firent, paraît-il, une reconnaissance immédiate de la baie de Camaret, mais, reçus vigoureusement par les batteries dont ils ignoraient l’existence, ils durent remettre leur entreprise au lendemain.

    Par une circonstance fort heureuse pour les Français, la matinée du 18 juin fut très brumeuse et le brouillard ne se dissipa qu’à 10 heures du matin. L’attaque commença aussitôt, soutenue par sept frégates ou vaisseaux dont le feu devait contrebattre celui de la défense et permettre l’approche des chaloupes portant les troupes de débarquement.

    Une première division de celles-ci put en effet atterrir dans la grève de Trez-Rouz, près de l’isthme de la presqu’île de Quélern, mais, les soldats anglais se trouvant pris d’enfilade par une batterie de deux pièces qui balayait la plage, un certain désordre se manifesta dans leurs rangs. Les officiers qui commandaient les deux compagnies de marine occupant le retranchement dé cette plage saisirent habilement ce moment favorable pour charger l’ennemi et transformer le désordre en déroute.

    Ils furent soutenus par les milices et un détachement de cavalerie voisins, et, en un instant, les Anglais étaient repoussés dans leurs embarcations dont le plus grand nombre se trouva échoué sur le sable ; les 1 200 ou 1 300 hommes qui avaient pris pied furent massacrés ou faits prisonniers.

    Les troupes qui n’avaient pas encore débarqué, témoins de cet échec, hésitèrent à continuer leur attaque et finirent par battre en retraite, non sans éprouver des pertes sérieuses par le tir des batteries. Les navires avaient également beaucoup souffert du feu des 31 canons et des 2 mortiers que nous avions en batterie sur ce point ; un vaisseau hollandais s’échoua sur la digue de Camaret et fut obligé d’amener son pavillon, de sorte qu’après la réunion d’un conseil de guerre, l’ennemi, rebuté par l’énergie de la défense, se décida à abandonner la partie et leva l’ancre le lendemain.

    La perte des Anglais s’éleva à près de 1 700 hommes tués, blessés ou prisonniers, tandis que de notre côté il n’y eût, dit-on, que 45 tués ou blessés.

     

     

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