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    Le combat de Djoua

    D’après « Histoire militaire des colonies, pays de protectorat et pays sous mandat. Histoire militaire de l’Afrique Equatoriale française » – Colonel René Viraud – Commandant Maurice Denis – 1931

     

    A la suite du combat de Dekotchi, les Ouadaïens s’étaient ralliés à la mare de Sabaïa près de Birket Fatmé.

    Doudmourrah, à qui des renforts avaient été demandés, fit répondre que les adjaouil, après avoir juré de rapporter la tête des blancs d’Ati et celle d’Acyl, n’en avaient rien fait et qu’aucun de ses ennemis n’était mort ; il n’envoyait en conséquence aucun renfort et ordonnait aux adjaouil de rester sur place. L’épuisement de l’eau à Birket Fatmé les contraignit à se porter à la mare de Sadet en avant de Dekotchi. Un camp fortifié fut construit en ce point.

    Cependant la garnison d’Ati, à court de munitions, ne pouvait intervenir et achevait de fortifier son nouveau poste. Le manque d’eau obligea l’aguid Mahamid à venir occuper le 14 juin le point de Djoua, à 32 kilomètres d’Ati. La sécurité même de ce poste exigeait une action immédiate.

    Le commandant Julien réunit à Ati une colonne mobile formée de : 188 tirailleurs de la 1ère compagnie, 88 de la 3ème compagnie, 40 artilleurs avec 2 pièces de 80 millimètres, 60 spahis, le sultan Acyl et son contingent.

    L’intention du commandant était de se porter sur Djoua de manière à attaquer le campement par l’est le 16 juin à l’aube. Il pensait, de cette façon, lui couper ou lui rendre difficile sa retraite sur Ourel ou El Kreneg.

    A 19 heures, le 15 juin, la colonne quitta Ati. A minuit 30, elle atteignit le point d’eau d’Ambadaye dans le lit du Batha. Ordre fut donné de faire boire hommes et animaux et de remplir bidons et récipients.

    On apprit que des fourrageurs ouadaïens étaient venus dans l’après-midi du 15 à Ambadaye et en étaient repartis vers Djoua à 19 heures. L’ennemi n’avait donc pas, vraisemblablement, connaissance de l’approche de la colonne.

    A partir d’Ambadaye, conduite par des guides sûrs, la colonne quitta le sentier suivant le Batha, de manière à contourner les villages où pourraient se trouver des postes ennemis.

    A 4 h. 40, la colonne était à 1 500 mètres du camp ouadaïen.

     

    Première phase. — Marche d’approche (4 h. 50 – 5 h. 20).

    Les guides ne pouvaient préciser les dimensions du camp ; le jour était près de venir. Ordre fut donné de se diriger vers un point correspondant à l’extrémité Est supposée du camp, puis de faire face à l’Ouest en occupant les rives du Batha.

    En premier échelon, sous les ordres du capitaine Jérusalémy, la 1ère compagnie fut renforcée à gauche par le peloton de cavalerie du lieutenant Deschamp et le contingent d’Acyl (120 fusils).

    Le deuxième échelon, constituant réserve sous les ordres directs du chef de bataillon, comprenait : la 3ème compagnie commandée par le lieutenant de Joncquières, la section d’artillerie avec un soutien de 30 tirailleurs, le convoi et sa garde.

    A 4 h. 55, la marche fut reprise.

    Vers 5 h. 10, des femmes ouadaïennes, ayant aperçu la colonne s’enfuirent en poussant des cris stridents. La marche fut hâtée et la première ligne se déploya à l’exception d’une section en réserve à droite.

    A 5 h. 15, on entendit des clameurs dans le camp.

     

    Deuxième phase. — Ayant bénéficié de la surprise, la ligne atteint d’un bond les abords du camp ouadaïen (5 h. 20 – 5 h. 40).

    A 5 h. 20, la 1ère compagnie arriva devant une ligne de taillis à 300 mètres de la rive nord du Batha où des groupes ennemis étaient en position. Elle leur fît face et ouvrit le feu.

    Ordre fut donné à l’artillerie de soutenir la 1ère compagnie. Efficacement appuyée par les canons de 80, la 1ère compagnie refoula l’ennemi et atteignit d’un bond une position à 100 mètres environ de la rive nord du Batha. Pendant ce temps, le peloton Deschamp et les auxiliaires d’Acyl étaient arrivés sans résistance sur le bord même du Batha.

    Les Ouadaïens, dont la surprise avait été complète, se rassemblaient pour défendre la rive nord de la rivière.

     

    Troisième phase. — L’ennemi menace la gauche et bouscule le contingent d’Acyl. Le lieutenant Deschamp rétablit la situation. Le lieutenant Legrand enfonce le centre. Une attaque sur la droite est repoussée (5 h. 40 – 6 h. 05).

    A 5 h. 45, enlevé par son capitaine et après une courte préparation par les deux canons tirant à mitraillé, la 1ère compagnie s’élança et culbuta le centre ouadaïen dans le Batha. Les spahis et le contingent d’Acyl à gauche ouvrirent le feu.

    A ce moment, un fort parti ouadaïen venu du village de Djoua dessina un mouvement débordant vers la gauche du dispositif français sur les gens d’Acyl. Affolés, ceux-ci lâchèrent pied, mettant le désordre dans le peloton de spahis. Le lieutenant Deschamp put néanmoins ramener quelques cavaliers, faire face à gauche, et, après un feu rapide, mettre en fuite les assaillants.

    Reprenant son mouvement en avant, cet officier avec ses spahis, suivi des auxiliaires ralliés, parvint par bonds successifs dans le camp ouadaïen. Mais un deuxième groupe ennemi venant de l’est réussit à occuper une zériba à environ 150 mètres du convoi et l’attaqua par le feu en même temps qu’une fusillade nourrie éclatait à l’Ouest.

    Le capitaine Jérusalémy, qui s’était porté vers l’Est à l’annonce de la reculade du contingent d’Acyl, disposa le soutien d’artillerie et l’escorte du chef de bataillon face à l’Est. Sous les feux croisés de ces deux fractions et de la garde du convoi, l’ennemi lâcha pied. A l’Ouest, la 3ème compagnie avait dû s’engager pour répondre à un élément ennemi qui tirait dans le flanc de la colonne. Après avoir exécuté quelques salves, cette compagnie put reprendre sa place en réserve.

    Le lieutenant Legrand, laissé sur la ligne de combat pendant ces incidents, avait enlevé les 1ère et 3ème sections de la 1ère compagnie à la baïonnette et abordé le camp, défendu avec acharnement par les Ouadaïens.

    Ainsi à 6 h. 05, le centre ouadaïen était enfoncé. La situation inquiétante de la gauche française était rétablie. La tentative ennemie sur la droite avait échoué.

     

    Quatrième phase. — La 1ère compagnie et les spahis enfoncent définitivement le centre et l’aile droite ouadaïenne. Une vive résistance est brisée sur la rive nord à l’extrémité ouest de la position par l’artillerie et la 3ème compagnie (6 h. 05 – 6 h. 30).

    Les deux sections entraînées par le lieutenant Legrand ayant traversé le lit du Batha gravirent le bord sud et progressèrent. A 6 h. 30, délogés de leurs positions, les Ouadaïens qui leur faisaient face se dispersaient vers le sud.

    A droite, dans le lit même du Batha, les spahis du lieutenant Deschamp essuyaient un feu violent venant de la rive sud et des cases de paille du lit de la rivière. Dans un hangar, l’aguid Mahamid, chef suprême des Ouadaïens, fut tué sur les cadavres de ses deux fils. Les Ouadaïens parvinrent à reprendre son corps aux hommes d’Acyl qui en assuraient à ce moment la garde. Bientôt les spahis prirent pied sur la rive sud et prolongèrent la gauche du lieutenant Legrand.

    A droite, un fort groupe de Ouadaïens, ne pouvant plus fuir par la rive sud occupée par les troupes, essaya de se réfugier sur l’éperon servant de position à l’artillerie. Progressant par des ravinements naturels qui conduisaient au Batha, se terrant dans la berge coupée de fossés formant autant de tranchées, les Ouadaïens ouvrirent un feu violent auquel répondit tout d’abord la section de soutien.

    La section d’artillerie, voyant le danger couru par son soutien, ne pouvait lui venir en aide en tirant par-dessus ; les servants portèrent résolument les pièces à bras sur la ligne, perdant 5 des leurs (1 tué, 4 blessés) dans ce mouvement. Le terrain fut criblé par un tir à mitraille.

    La 3ème compagnie, engagée par le commandant Julien à droite des ravinements, s’élança à la baïonnette, arriva à la berge du Batha et en prit à revers les défenseurs. Le sergent Le Noan tomba grièvement blessé.

    Une contre-attaque débouchant sur le flanc droit fut prise à partie par la section de la 3ème compagnie de l’adjudant Le Bayon ; brisée par les feux, poursuivie pendant 400 mètres et culbutée dans le lit de la rivière, elle fut de nouveau fusillée par les 1ère et 3ème sections de la 1ère compagnie qui, n’ayant plus rien devant elles vers le sud, se rabattaient sur le Batha.

    Affolés, les Ouadaïens échappés à la mort s’enfuirent vers l’ouest.

    A 7 h. 10, tout était terminé et le rassemblement était effectué dans la zériba rive nord.

     

    Les pertes étaient de 7 tirailleurs tués 1 ou blessés mortellement et de 20 blessés dont 2 Européens.

    Les pertes ennemies étaient effroyablement plus lourdes. Malgré la surprise à près peu complète et quoique mitraillés et fusillés presque à bout portant, les Ouadaïens avaient tenu en plusieurs endroits avec une ténacité et un mépris de la mort admirables. 1 000 des leurs restaient sur le champ de bataille.

    Les blessés qui avaient pris la fuite ne purent aller bien loin, faute d’eau. Beaucoup périrent sur les routes d’El Kreneg et d’Ourel.

    Sur les treize adjaouil qui se trouvaient au combat, sept furent tués, deux autres moururent de leurs blessures, deux furent blessés et deux seulement purent fuir indemnes.

    24 étendards d’aguid, 173 fusils à tir rapide, 271 autres armes à feu, des caisses de cartouches et de poudre, 152 chevaux restaient entre les mains des Français. 150 indigènes enlevés par les Ouadaïens et emmenés en captivité étaient délivrés.

     

    A 13 heures, le jour même, la colonne reprit le chemin d’Ati. A 23 heures, elle arriva à ce poste, ayant couvert en vingt-huit heures environ 70 kilomètres, livré un combat et mis en déroute un ennemi dix fois supérieur en nombre.

     

     

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