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  • 8 juillet 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

     

    La bataille de Midway

    D’après la revue « L’Aérophile » – Mars 1946

     

    Si l’aviation a profondément modifié les formes de la guerre sur terre, elle a eu, aussi, une action décisive dans les opérations sur mer. La grande bataille aéronavale de Midway, encore mal connue en France, en est un exemple typique.

    On lira certainement avec intérêt la description très complète qu’en donne notre éminent collaborateur le Général Niessel (du cadre de réserve), ancien inspecteur général de l’Aéronautique.

    L’aviation a profondément modifié les formes de la guerre sur mer. Dans le Pacifique en particulier, aux immenses étendues, — 15 000 kilomètres de Panama au Japon, — les porte-avions, combinant, leur action avec celle des avions basés sur les îles, ont joué un rôle décisif et pris une place de premier plan dans la composition de la flotte.

    Les Etats-Unis y ont eu en action 112 porte-avions, dont 27 de combat et les autres d’escorte, et jusqu’à 50 000 avions de la marine, pour 18 cuirassés et 200 sous-marins, alors qu’au début de la guerre, ils ne disposaient que de 7 porte-avions dont 5 seulement se trouvaient dans le Pacifique : le « Wasp » collaborait en effet avec les Anglais en Méditerranée, et le « Ranger » était réservé pour le débarquement en Afrique du Nord.

    Le commandement américain organisa autour de chacun des cinq porte-avions disponibles un groupement de navires destinés à les escorter et portant le nom de Carrier Striking Force ou Task Force ; ces groupements opérèrent tantôt isolément, tantôt plusieurs réunis sous un même commandement.

    Une première bataille de porte-avions avait eu lieu les 7 et 8 mai 1942 dans la mer de Corail. Son résultat avait été la dispersion de deux convois de troupes japonaises destinées à occuper des bases navales au nord et au nord-est de l’Australie. Dans cette bataille, premier échec grave de la marine japonaise, un porte-avion japonais avait été coulé et un autre avarié, et le porte-avions américain « Lexington » coulé. Elle fut suivie au début de juin par la bataille aéronavale de Midway qui a marqué le tournant de la guerre sur mer dans le Pacifique en faveur des Etats-Unis.

    L’île de Midway, située à 2 000 kilomètres des Iles Hawaï, constitue un relai sur la route aérienne de cet archipel aux Philippines ; les deux autres relais, Wake et Guam, avaient été conquis par les Japonais au début de la guerre. Ceux-ci se proposaient de s’emparer de Midway et d’augmenter leur emprise sur les îles Aléoutiennes pour surveiller de plus près le nord-est du Pacifique.

    L’état-major américain en était informé, ayant pu surprendre des radios chiffrés japonais. Il ne se laissa pas tromper par une seconde attaque vers les Iles Aléoutiennes et l’Alaska, et prit ses dispositions pour résister à celle contre Midway. Il dirigea donc de ce côté, le 3 juin, trois Carrier Striking Forces : les porte-avions « Enterprise » et « Yorktown » réunis sous les ordres de l’amiral Flechter, « Hornet », sous ceux de l’amiral Spruance. Aucun cuirassé n’accompagnait ces groupes qu’escortaient seulement des croiseurs, des destroyers et des sous-marins. L’ensemble était sous les ordres de l’amiral Halsey, mais celui-ci, malade, fut remplacé par l’amiral Spruance.

    En face d’eux allaient se trouver six porte-avions japonais venant de l’ouest : quatre de combat : Kaga, Akagi, Soryu, Hiruyu ; et deux d’escorte : Zuiyo et Hosko. Plusieurs cuirassés, des croiseurs et des bâtiments légers escortaient les porte-avions et le convoi.

    Au point de vue aérien, les Américains avaient le précieux appui d’une forte aviation basée sur Midway : des bombardiers rapides B26 de l’armée de terre, des forteresses volantes venue des Hawaï, deux formations de bombardiers en piqué du corps des fusiliers marins, une formation d’avions-torpilleurs de la flotte, et quelques grands hydravions à coque P.B.Y. Mais l’île ne disposait que d’un groupe de chasse, 25 Brewster ; sa D.C.A. était insuffisante et on ne pouvait pas envoyer d’avions de chasse des Hawaï, à cause de la trop grande distance.

    L’Enterprise et le Hornet se trouvaient dans les eaux des Hawaï, mais le Yorktown venait de la Mer de Corail, loin au sud, et n’arriva qu’au cours de la bataille après être passé par les îles Hawaï.

    Il faut noter que des grains de pluie obscurcirent la visibilité à plusieurs reprises pendant la bataille et que, par suite, certaines attaques d’avions donnèrent dans le vide.

    Les procédés tactiques furent complètement différents dans les deux partis. Les porte-avions japonais naviguaient relativement rapprochés, visibles entre eux, tandis que des porte-avions américains, espacés hors de portée de la vue, restaient à même de combiner l’action de leurs avions tout en obligeant l’adversaire à disperser la sienne.

    Le 3 juin, les avions partis des porte-avions japonais exécutèrent une violente attaque contre Midway en y causant d’énormes dégâts, surtout au détriment de la D.C.A. Mais les avions américains, basés sur cette île, ripostèrent dans la soirée contre les navires japonais qui se trouvaient encore loin au nord de celle-ci. Un transport au moins fut coulé, un porte-avions endommagé ; plusieurs bâtiments du convoi furent atteints plus ou moins gravement par les bombes et de nombreux avions japonais détruits.

    Le 4 juin au matin, les quatre porte-avions japonais lançaient de nouveau leurs avions sur Midway. Mais ils furent à leur tour attaqués par les avions torpilleurs et bombardiers basés sur l’île. Les avions torpilleurs furent interceptés par la chasse japonaise, mais les forteresses volantes et les bombardiers en piqué américains agirent vigoureusement. Les porte-avions américains n’étaient pas encore arrivés sur le théâtre de l’action.

    Depuis 3 heures du matin, leurs pilotes étaient en alerte et tenus au courant par radio du trajet suivi par les Japonais. Sur certains navires, les postes récepteurs recueillaient les bruits de la bataille, l’annonce de l’attaque japonaise sur Midway, parfois même les ordres donnés aux escadrilles et les exclamations des combattants.

    A 7h30, les équipages montèrent sur les appareils mais reçurent peu après l’ordre d’en descendre. Les porte-avions continuaient en hâte leur route vers l’ouest. Une légère brume voilait l’horizon de ce côté ; pourtant, vers 9 heures, la position des porte-avions japonais était nettement repérée. Un peu plus tard, la brume se dissipa ; il restait cependant des nuages dans la zone où se trouvaient les Japonais.

    De l’Enterprise, 14 avions lance-torpilles, 26 bombardiers en piqué et leur escorte de chasseurs partirent à l’attaque, et un nombre analogue d’appareils s’envola des deux autres porte-avions.

    Une escadrille d’avions-torpilleurs du Hornet se perdit dans les nuages et ne put d’abord découvrir l’ennemi. Vers 11 heures seulement, il aperçut les quatre porte-avions de combat japonais groupés avec leur escorte autour d’eux. Elle partit à l’attaque, bien qu’entourée de chasseurs japonais ; plusieurs avions-torpilleurs furent détruits tandis que le groupe des porte-avions japonais cherchait à se dérober à midi vers le sud, car l’apparition de nombreux avions américains venant de l’est, était pour eux une surprise et l’annonce d’un gros danger.

    Les avions américains continuaient énergiquement leurs attaques. Le Kaga fut incendié complètement et coula. L’Akagi et le Soryu étaient également en flammes, et des incendies s’étaient déclarés sur deux des cuirassés de l’escorte. Toutefois, le succès avait coûté cher. Sur 41 avions lance-torpilles américains partis à l’attaque, six seulement purent rejoindre leur porte-avions.

    Les destroyers japonais s’efforcèrent, pendant toute la bataille, de sauver les équipages des navires incendiés ou coulés. La flotte japonaise était nettement battue. Seul, de leurs quatre porte-avions de combat, l’Hiryu restait capable d’action offensive.

    Les trois porte-avions américains, toujours largement espacés, poursuivaient, guidés par leurs avions.

    Le Yorktown qui se trouvait le plus au nord, fut alors attaqué par 36 bombardiers en piqué partis de l’Hiryu et qui avaient suivi des avions américains regagnant leur bord. Sept seulement de ces bombardiers échappèrent aux chasseurs américains et trois furent encore abattus tout près de leur objectif. Mais une première bombe atteignit le Yorktown et y alluma un incendie. Une autre frappa l’ascenseur avant et incendia les réservoirs des avions voisins. Une troisième traversa le pont près de la cheminée et éteignit les feux dans la chambre des machines, et causa l’arrêt du navire. Ces incendies furent cependant maîtrisés et les machines suffisamment remises en état pour qu’on pût repartir à petite vitesse.

    Sur  les navires américains, on avait le sentiment du succès, mais on ne se rendit compte de son étendue que dans le rapport des aviateurs rentrant à bord par petits groupes. Le succès d’ailleurs coûtait cher.

    L’escadrille d’avions torpilleurs du Hornet avait été complètement détruit ; une partie des bombardiers de ce navire fut obligée d’amerrir faute d’essence ; d’autres purent atteindre Midway. Un des six groupes de bombardiers du Yorktown rentra en formation, comme après une manœuvre ; les autres revinrent par petits groupes. A mesure que les avions rentraient, ils faisaient leur plein d’essence, se ravitaillaient en munitions, et les équipages mangeaient hâtivement pour être prêts à repartir, afin d’aller attaquer le dernier porte-avions de combat japonais, l’Hiryu, qui s’était séparé du gros de la flotte japonaise, et essayait de se dérober avec son escorte vers le nord-est.

    Mais un avion parti du Yorktown le découvrit et signala avec une grande précision et si exactement sa direction, sa vitesse et la répartition de son escorte qu’on pût répartir les objectifs entre les avions repartant à l’attaque. Le pont d’envol de l’Hiryu fut d’abord démoli, puis d’autres bombes y allumèrent un incendie général.

    Arriva à ce moment une escadrille de forteresses volantes venant des îles Hawaï. Malgré la violence du tir de D.C.A. des navires japonais, trois bombes achevèrent l’Akagi. Deux croiseurs furent touchés ainsi qu’un destroyer déjà incendié et à demi submergé. Ces forteresses volantes allèrent ensuite se poser à Midway.

    Mais, à peu près à la même heure, 15 avions lance-torpilles avec une escorte de chasseurs qui étaient partis de l’Hiryu atteignirent le Yorktown. Malgré l’intervention d’avions américains qui abattirent sept avions lance-torpilles et plusieurs chasseurs, deux torpilles, — sur cinq lancées, — atteignirent le Yorktown qui, en raison de sa vitesse très réduite, ne put toutes les éviter. Touché à l’avant et au milieu, il s’arrêta donnant si fortement de la bande, que les avions ne pouvaient plus s’y poser. Un incendie émettait une fumée noire épaisse.

    Le  pilote d’un des avions du Yorktown, grièvement blessé, essaya de se poser sur le pont du Hornet. Là, il perdit connaissance et s’affala sur la commande de sa mitrailleuse dont le tir se déclencha et abattit huit hommes de l’équipage.

    Le Soryu fut coulé dans la soirée par un sous-marin, et le Hiryu achevé par un avion en piqué.

    Les porte-avions américains poursuivirent la flotte Japonaise les 5 et 6 juin, appuyés par les forteresses volantes qui s’étaient posées à Midway. Des croiseurs qui en faisaient l’arrière-garde furent coulés. Par contre, le Yorktown fut atteint de nouveau par deux torpilles parties d’un sous-marin japonais, et il fallut l’abandonner.

    La bataille de Midway était une grande victoire pour la flotte américaine. Les Japonais avaient perdu quatre porte-avions de combat et 275 appareils. Ces pertes, ajoutées à celles subies pendant la bataille de la Mer de Corail, les privaient en un mois de cinq porte-avions de combat sur dix, plus un avarié, tandis que les Américains n’en avaient perdu que deux sur sept.

    En outre, l’industrie américaine achevait des cuirassés rapides et des navires de tout genre, en particulier de nombreux porte-avions ; il est vrai que deux des cinq porte-avions restants se trouvaient sur d’autres théâtres d’opérations.

    Les deux adversaires furent donc amenés à créer sur de nombreuses îles, des bases aériennes d’où l’aviation participa très largement aux opérations aéronavales et amphibies qui vont, à partir de ce moment, se dérouler très nombreuses dans la guerre du Pacifique.

    La bataille de Midway est vraiment le type complet de la guerre aéronavale. En effet, les porte-avions qui y ont été engagés ne se sont jamais vus directement. Toute la besogne, sauf les rares interventions de bâtiments légers, a été faite par les avions.

     

     

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