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  • 6 juillet 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat contre les Kherrata du Babor

    D’après « Histoire des villes de la province de Constantine » – Laurent Charles Féraud – 1872

     

    Le 7 mai 1856, le cheikh des Kherrata du Babor, le meilleur de nos chefs indigènes dans cette partie de la province, fut assassiné par ses gens ; il avait été invité à une noce où il devait être tué, de telle sorte que sa mort pût nous être présentée comme un accident arrivé dans la fête ; mais une discussion survenue entre lui et quelques individus, à propos d’un vol, fit que les choses ne se passèrent point comme cela avait été projeté.

    Pendant cette discussion, un coup de fusil fut, devant tout le monde, tiré au cheikh ; on se jeta sur lui, et son cadavre fut horriblement mutilé.

    Déjà, depuis quelques mois, plusieurs de nos cheikhs avaient été assassinés dans le Babor ; on avait pu croire que ces crimes n’étaient que le résultat de vengeances personnelles. Mais, cette fois, les circonstances n’étaient plus les mêmes ; le cheikh des Kherrata était tombé dans un guet-apens qu’avaient préparé toutes les tribus du Babor. Une prompte punition devait frapper les gens qui nous étaient désignés, comme les chefs du complot.

    Le colonel Desmarets, commandant la subdivision de Setif, envoya sur les lieux le chef du bureau arabe avec des goums. Le 10, au soir, cet officier écrivait que les Irzerou-Fetis, des Beni-Meraï, sur lesquels il avait cru d’abord pouvoir compter, faisaient cause commune avec les Kherrata et entraînaient avec eux les Menchar, les Beni-Menallah et les Oulad-Salah.

    Il faisait ressortir, en même temps, l’avantage qu’on retirerait d’une prompte agression exécutée avant que les contingents kabiles aient pu se réunir. A neuf heures du soir, le 10, le bataillon de tirailleurs indigènes de Setif, fort de trois cent vingt hommes, fut dirigé sur le Babor. Il arrivait, à quatre heures du matin, au point qui lui était désigné.

    Après avoir pris quelques heures de repos, ce bataillon fut lancé sur le village des marabouts des Kherrata. La mosquée de Sidi-Attia et les maisons furent brûlées, malgré la résistance des Kabiles. Mais, malheureusement, les hommes se laissèrent emporter par leur ardeur ; il fallut perdre beaucoup de temps dans la retraite.

    Les Kabiles s’étaient réunis ; ils serrèrent de près les tirailleurs et le goum, qui durent se retirer devant le nombre, toujours croissant, des insurgés, auxquels venaient se joindre des hommes de toutes les tribus du Babor, descendant de la montagne au bruit de la poudre.

    La retraite s’effectua, néanmoins, en assez bon ordre jusqu’au passage de l‘Oued-Berd ; là, les tirailleurs furent assaillis par diverses fractions des Amoucha, dont on n’avait pas prévu les intentions hostiles. Accablés par le nombre, les tirailleurs ne songent plus qu’à regagner, au plus vite, un territoire ami ; mais, dans ce mouvement, ils perdent une centaine d’hommes tués ou disparus.

    En apprenant la nouvelle de cette échauffourée, à laquelle on était loin de s’attendre en ce moment de tranquillité, le général Maissiat, commandant la province, dirigea immédiatement des troupes sur Setif, et se rendit lui-même sur les lieux pour empêcher le mouvement insurrectionnel de se propager.

    Le 31 mai, à onze heures du matin, avec sept bataillons et la cavalerie, le général, parti de Medjaz-en-Noug, poussait une reconnaissance chez les Khelf-Allah, à cinq kilomètres du camp, où de nombreux rassemblements s’étaient donné rendez-vous sur le versant du Djebel-Mentanou et au pied du Babor.

    Arrivé à Aïn-Soultan, le général et son état-major, qui se trouvaient à près d’un kilomètre en avant de la troupe, sont accueillis par une vive fusillade, qui blesse plusieurs hommes de l’escorte. L’ennemi occupe une forte position sur les deux rives de l’Oued-Berd, défendant, d’un côté, les villages des marabouts de Sidi-Rezek-Allah, et, de l’autre, les jardins et les villages d’Aïn-Soultan, en garnissant les crêtes du Djebel-Mentanou. De ces deux positions, il fait un feu croisé sur la tête de colonne qui débouche par la vallée.

    Le colonel de Margadel est lancé, avec sa brigade, à l’assaut des hauteurs, et il s’en emparé en délogeant l’ennemi des cimes du Djebel-Mentanou. Pendant ce temps, le colonel Liébert, avec ses tirailleurs, débordait la position de Sidi-Rezek-Allah.

    Victorieuses sur tous les points, les troupes occupaient d’excellentes positions défensives ; mais l’heure était avancée, et l’ennemi, embusqué à distance, n’attendait que le signal du mouvement de retraite pour talonner nos hommes, qui allaient être obligés de traverser, de nuit, les passages, accidentés et coupés de ravins, les séparant du camp.

    Le général Maissiat, avec sa vieille expérience de la manière de combattre des Kabiles, jugea à l‘instant le danger de cette retraite faite dans l’obscurité ; ne voulant laisser à l’ennemi aucune chance de prendre une revanche, il ordonna aux troupes de bivouaquer sur le terrain même du combat.

    Les Kabiles, mystifiés par cette tactique, à laquelle ils ne s’attendaient pas, car ils nous voyaient sans tentes et sans vivres pour la nuit, n’osaient plus tirer un seul coup de fusil sur nos lignes de défense.

    Vers le milieu de la nuit, un convoi de ravitaillement arriva du camp aux troupes engagées, et, le lendemain matin, le camp lui-même venait rejoindre et s’établissait autour d’Aïn-Soultan.

    L’inaction des Kabiles dura quarante-huit heures. Le 2 juin, vers midi, ils se montrèrent tout à coup devant les grand’gardes, au sommet du Mentanou, qu’ils attaquèrent avec acharnement.

    La veille, deux bataillons du 3e zouaves, revenant de Crimée, avaient rejoint la colonne. Cette troupe, pleine d’ardeur, ne demandait qu’à être lancée en avant à la première occasion ; le général lui fit franchir la montagne, et les Kabiles, coupés ainsi de leur ligne de retraite, éprouvèrent des pertes telles, que, le lendemain, des offres de soumission arrivaient de tous côtés. Plusieurs villages, entre autres celui de Taguerboust, avaient été détruits, et nos tirailleurs avaient escaladé les contre-forts du Babor, chassant devant eux et dispersant les contingents ennemis.

    Quelques jours après, le général Maissiat portait son camp à Sidi-Tallout, au sommet de la montagne, et employait immédiatement toutes ses troupes à ouvrir des routes stratégiques.

     

     

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