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    La bataille de Tsushima

    D’après « Revue militaire générale » – Juillet 1913

     

    Le 27 mai 1905, l’amiral Rojetswensky se présentait sur deux colonnes dans le détroit de Corée près de Tsushima, faisant  route au nord-est.

    Douze navires composaient la colonne de gauche dont l’Osliabia, cuirassé neuf qui était en tête. La colonne de droite, comprenait quatre cuirassés récents : le Kniaz-Souvarow, l’Alexandre III, le Borodino, l’Orel.

    Sous les ordres directs de l’amiral Togo, se trouvaient placées deux escadres de six navires ; la première était formée de quatre cuirassés modernes, dont le Mikasa, navire amiral, et de deux croiseurs achetés en Italie : le Nisshin et le Kasaga. La deuxième, sous les ordres de l’amiral Kaminura, était composée de six croiseurs cuirassés de 1ère classe.

    Pendant la bataille, les Russes donnèrent une vitesse de 10 à 13 nœuds, les Japonais de 16 nœuds ; le temps était brumeux, le vent venant de l’ouest-sud-ouest était fort, la mer creuse. Très surchargés et de stabilité médiocre, les bâtiments russes roulaient lourdement.

    Les deux escadres japonaises en ligne de file ayant esquissé un mouvement de passage à contre-bord de la colonne de gauche assez mal composée et qui eût gêné le tir de la colonne de droite, l’amiral Rojetswensky signala à cette dernière de prendre la tête de la formation russe.

    Changeant immédiatement d’objectif, l’amiral Togo vint sur la gauche par la contremarche de manière à couper la à la colonne russe. La manœuvre était hardie, car quand l’Osliabia ouvrit le premier le feu à 11 000 mètres, les Japonais étaient en pleine évolution et se masquaient les uns les autres.

    Ils ne répondirent d’ailleurs pas et ce ne fut que lorsque le Mikasa fut à la nouvelle route et à 6 400 mètres de l’Osliabia qu’il commença à tirer sur la tête de ligne russe encore en paquet.

    Sa manœuvre fut imitée par les onze autres navires japonais à mesure de leur arrivée sur la ligne ; quatre d’entre eux prirent l’Osliabia comme cible et quatre autres le Souvarow.  Cribblés de projectiles à explosifs violents, à fusées très sensibles, éclatant au contact du moindre obstacle, les deux navires de tête russes furent la proie de nombreux incendies qui désorganisèrent tous les services.

    Bien qu’ayant reçu sur le Mikasa et les navires de ses deux escadres de nombreuses atteintes de projectiles éclatant rarement, l’amiral japonais profita du désordre de la ligne russe pour recommencer à plusieurs reprises la manœuvre initiale qui consistait à gagner de vitesse la colonne ennemie et à écraser sous un feu concentré de tous ses bâtiments le ou les navires de tête. Deux heures après le début du combat, les Japonais étaient maîtres de la situation.

    L’Osliabia, le Souvarow, l’Alexandre III, le Borodino, coulaient ou chaviraient dans le courant de la journée et dans la soirée.

    A la tombée de la nuit, l’amiral Togo signala un rendez-vous général à tous ses bâtiments pour le lendemain matin (îles Ulmeung) et se retira laissant le champ libre aux torpilleurs et aux destroyers japonais qui, au début de la journée, étaient au nombre de 60 (20 divisions) pour les premiers, et de 21 pour les derniers.

    L’amiral Nébogatof, auquel l’amiral Rojetswensky avait cédé le commandement à 19 heures par le torpilleur Bounye, se dirigeait lentement vers Vladivostock avec un groupe de bâtiments qui avaient rallié sa division (11 navires).

    Pendant toute la nuit, avec une énergie digne d’un meilleur sort, les malheureux débris de la flotte russe repoussèrent les attaques incessantes des torpilleurs ou destroyers ennemis.

    Le groupe même de l’amiral Nébogatof les déjoua en grande partie, en n’allumant pas ses projecteurs, mais les navires qui par suite d’avaries tombèrent en arrière, finirent par succomber malgré leur résistance désespérée. Étant donné l’état lamentable du Sissoi-Veliky, du Navarin, du Nakinow, et malgré le nombre élevé des assaillants (52), le résultat fut médiocre : 7 torpilles seulement atteignirent les navires russes.

    Quand le jour se leva après cette nuit tragique, l’amiral Nébogatof n’était plus à la tête que de cinq navires : deux cuirassés, le Nicolas Ier, l’Orel (si avarié qu’il était incapable de combattre), le Seniavine, l’Apraxine, garde-côtes cuirassés, et le croiseur l’Isomroud.

    Cernés de tous côtés par les Japonais qui finirent par être au nombre de 27, recevant des projectiles de navires postés à des distance de précaution que les affûts vieux modèle et à pointage limité de ses pièces ne lui permettaient pas d’atteindre, l’amiral jugeant sa situation sans issue, et voulant sauver la vie aux 2 000 hommes qu’il avait sous ses ordres, se rendit aux Japonais avec quatre bâtiments.

    L’Isomroud auquel il avait refusé le matin même « liberté de manœuvre » pour se rendre à Vladivostock  trouva le moyen de s’échapper, mais s échoua sur une roche en entrant de nuit dans la baie de Vladimir, près de Vladivostock ; son commandant le fit sauter.

    Pour sa défense, l’amiral Nébogatof a déclaré qu’il a estimé qu’il était dans les conditions de l’article 354 du règlement de la marine russe (Édition de 1899). Il y est dit en substance : « Le commandant donne l’exemple du courage et continue le combat jusqu’à l’extrême possibilité. Pour éviter une effusion inutile de sang, il est permis de capituler, avec l’assentiment de tous les officiers, mais à condition que l’artillerie soit devenue inutile par suite de l’épuisement complet de toutes les munitions et qu’il ne soit pas possible de détruire le navire ou de sauver les hommes soit à la côte, soit avec des embarcations ».

    Le résultat de la bataille de Tsushima fut le suivant :
    Sur 8 cuirassés, 6 furent coulés ou chavirèrent ; 2 se rendirent.
    Sur 9 croiseurs, 3 furent coulés, 3 sous les ordres de l’amiral Enquist s’enfuirent à Manille où ils furent désarmés. L’Almaz parvint à Vladivostock, l’Isomroud fit naufrage et le Dimitry-Donskoy fut coulé par son commandant.
    Sur les 3 garde-côtes, l’Outchakof fut coulé en combattant ; l’Apraxine, le Seniavine se rendirent.
    Sur les destroyers, le Biedowy qui portait l’infortuné  Rojet-swensky fut pris, 4 furent coulés par le feu de l’artillerie ; sur les 3 autres, le premier disparut sans nouvelles, le second coula en route, le troisième atteignit Vladivostock.

     

     

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