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     Le combat d'Haynau

     

    Le combat d’Haynau

    D’après « Histoire critique des exploits et vicissitudes de la cavalerie pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, jusqu’à l’armistice du 4 juin 1813 » – L.-A. Unger – 1849

     

    Depuis le voisinage de Goldberg, les rameaux des montagnes qui séparent la Silésie de la Bohême descendent vers le nord et l’est, et vont se perdre dans les plaines fertiles de la Basse-Silésie. A partir de Haynau, dans la direction de Liegnitz, le terrain forme la transition entre la contrée montueuse et la plaine complètement unie qui s’étend depuis Liegnitz jusque vers Schweidnitz et Breslau.

    Plusieurs ruisseaux, coulant tous de l’ouest à l’est, coupent les chemins qui mènent de Haynau à Liegnitz ; la Schnelle-Deichsel coule près de Haynau même ; à 6 kilomètres plus loin, au sud, et presque parallèlement à la Schnelle-Deichsel, coule un second ruisseau baignant une vallée tapissée de prairies où se trouvent les villages de Scheilendorf, Schierau, Pohlsdorf et Pantenau, presque contigus les uns aux autres ; à 4 kilomètres plus loin coule encore un troisième ruisseau, analogue au second.

    Tous ces petits cours d’eau, réunis à plusieurs autres, forment le Schwarze-Wasser qui se jette dans la Katzbach près de Liegnitz. Le chemin de Haynau à Liegnitz franchit ces ruisseaux au milieu d’une plaine découverte, bordée à l’ouest par les collines que forment les derniers rameaux expirants des Sudètes. Ces collines sont en partie boisées ; en général, les petits bois sont répandus en assez grand nombre dans cette partie de la province, ce qui constitue dans la nature du terrain des alternatives bien plus fréquentes que dans la plaine presque entièrement cultivée comprise entre Breslau, Schweidnitz et Liegnitz, ou, d’un autre côté, dans les vastes forêts de la Haute- Silésie et de la rive droite de l’Oder.

    Il est évident qu’un pays ainsi conformé est des plus propres à dresser des embuscades à un ennemi qui marche sans précaution, et l’idée d’en profiter fait honneur à qui la conçut. Néanmoins il est certain que l’ennemi, avec l’attention et la précaution nécessaires, pouvait rendre le succès d’une surprise fort problématique ; il fallut donc que l’embuscade fût assez considérable pour pouvoir au besoin exécuter son dessein à force ouverte, sans quoi le tout dégénérait en une bagatelle digne tout au plus d’une guerre de partisans.

    La droite de l’armée alliée marcha le 26 sur Liegnitz, en trois colonnes ; la gauche resta près de Goldberg, jusqu’à ce que la droite eût opéré son mouvement de conversion. Ce jour-là, le général Blücher prit le commandement de l’arrière-garde.

    Voici quelles furent ses dispositions : 3 bataillons et 12 escadrons, formant l’arrière-garde de la droite, qui marchait sur Liegnitz, et commandés par le colonel Mutius, devaient rester devant Haynau jusqu’à l’arrivée de l’ennemi, et se replier alors sur Pohlsdorf, où ils trouvaient pour soutien la brigade du général Zieten, postée derrière le ruisseau dont nous avons parlé.

    20 escadrons et 3 batteries à cheval, sous les ordres du colonel Dolfs, allèrent se poster entre les villages de Baudmannsdorf et de Schellendorf, derrière une hauteur qui les masquait et d’où ils devaient fondre sur l’ennemi lorsqu’il s’avancerait à travers la plaine contre Pohlsdorf et Panthenau. L’incendie du moulin à vent de Baudmannsdorf devait leur servir de signal. Le général Zieten fut chargé de diriger le combat.

    L’armée française avait passé le Bober à la suite des Alliés ; le 25 mai, Napoléon était arrivé Bunzlau, où se trouvait aussi le maréchal Ney, qui avait le commandement des 3e, 5e et 7e corps, et poursuivait à leur tête la droite de l’armée coalisée. Le 5e corps (Lauriston) était le 25 au soir à Thomaswalde, à 5 lieues de Haynau, sur le chemin de Bunzlau. Ce corps formait l’avant-garde le 20, ayant en tête la division Maison. La distance entre leur campement de la veille et Haynau explique assez pourquoi la tête de la colonne ne déboucha de Haynau que vers 5 heures de l’après-midi. On sait d’ailleurs qu’il était d’usage dans l’armée française, lorsque rien ne pressait, de faire faire la soupe le matin et de ne se mettre en marche que vers 9 ou 10 heures.

    Le général Maison hésitait, dit-on, à s’aventurer avec sa division au milieu de cette plaine, et ce fut un ordre exprès du maréchal qui le poussa au-devant de sa destinée. Quoi qu’il en soit, ce qu’il y a de certain, c’est qu’aucune patrouille française ne fut envoyée pour éclairer le chemin qui conduit à Goldberg par Uberschaar, ni aucune partie du terrain sur le flanc droit de la division, comme l’aurait commandé la prudence la plus sommaire, et sans autre motif que les règles générales relatives aux mesures de sûreté d’une troupe en marche.

    La précaution, on le sait, n’est pas la vertu la plus commune chez les Français ; en outre, le soldat, comme l’homme en général dans toutes les conditions possibles, oublie aisément une chose pour une autre ; le brave, habitué aux succès, oublie la prudence, la néglige d’abord et finit par la mépriser comme une misère gratuite et une fatigue inutile ; l’homme prudent, si l’amour des précautions le domine à l’excès, peut tomber dans un pédantisme méticuleux et pusillanime.

    A Haynau, les Français eurent évidemment tort de ne pas explorer un terrain qui pouvait offrir des dangers réels : que la faute doive en retomber sur Ney ou Maison, toujours est-il qu’ils oublièrent qu’ils ne pourchassaient point une armée en déroute, une multitude débandée vis-à-vis de laquelle on peut tout se permettre.

    Quand la tête de la colonne ennemie eut dépassé de quelques milliers de pas le village de Michelsdorf, le signal convenu se montra du côté de Baudmannsdorf. La cavalerie placée en embuscade non loin de ce dernier village, avait à peu près une demi-lieue de terrain à franchir avant d’atteindre les Français.

    Dolfs forma ses 20 escadrons sur trois lignes : dans la première, la cavalerie légère de la garde et les cuirassiers de Silésie ; dans la seconde, les cuirassiers de la Prusse orientale ; dans la troisième, les gardes-du-corps et les cuirassiers de Brandebourg ; entre ces deux derniers régiments, les batteries à cheval.

    Il eût été à désirer que l’ennemi se fût avancé plus vite et se trouvât déjà plus éloigné de Haynau lorsque l’attaque eut lieu ; mais l’affaire une fois découverte, il ne restait plus qu’à charger sans perdre de temps. Hésiter plus longtemps, c’eût été perdre une occasion qui était encore assez belle comme elle était.

    Dolfs le comprit ainsi : il fit partir au grand trot les régiments placés en tête. Sans s’arrêter un instant, sans attendre l’artillerie qui n’avait pu suivre son mouvement avec la même rapidité, il fondit sur la masse d’infanterie la plus voisine à la tête de la cavalerie légère de la garde prussienne.

    En même temps, les cuirassiers de Silésie enfoncèrent les autres masses, et les cuirassiers de la Prusse orientale, arrivés un peu plus tard, firent le tour de Michelsdorf, et tombèrent sur les troupes ennemies qui se trouvaient entre ce village et Haynau.

    Au moment de l’attaque, il y avait sur le terrain 8 bataillons français, 18 bouches à feu et un détachement de cavalerie. Cette dernière vida la place sans essayer de combattre ; une partie de l’artillerie, ayant à la hâte ôté les avant-trains là où elle se trouvait, ira à mitraille sur les Prussiens ; l’infanterie s’entassa en quatre masses compactes.

    Rien ne résista à l’impétuosité du premier choc : en moins d’un quart d’heure, tout ce qui avait passé la Schnelle-Deichsel était en déroute et hors d’état de combattre. Une multitude d’hommes étaient sabrés. 300 à 400 étaient restés prisonniers ; le reste s’enfuit en désordre du côté de Michelsdorf, poursuivi par les cuirassiers de Silésie qui, jusque dans le village, sabrèrent encore un bon nombre de fuyards, avant qu’ils pussent se mettre à l’abri dans les maisons. Quelques escadrons donnèrent la chasse à ceux qui fuyaient du côté de Haynau et les poursuivirent jusque dans les faubourgs.

    Toute l’artillerie fut laissée entre les mains des vainqueurs, qui néanmoins n’en purent emmener que 11 pièces, faute de chevaux d’attelage.

    La cavalerie du colonel Mutius, ainsi que les deux régiments de réserve, arriva à peine à temps pour prendre encore part au combat. L’artillerie prussienne, aussitôt arrivée, dirigea ses feux contre les colonnes ennemies qui, pendant ce temps, avaient passé le ruisseau au-dessus de Haynau.

    Cette brillante affaire ne coûta aux Prussiens que 70 hommes morts ou blessés ; mais dans ce nombre on comptait 16 officiers. Dolfs lui-même, leur digne chef, avait trouvé une mort glorieuse au milieu des rangs ennemis, au moment même de son triomphe.

     

     

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