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    Le combat du bois des Oliviers

    D’après « Galeries historiques du palais de Versailles » – Musée national de Versailles – 1842

     

    Récit de cette action emprunté au journal d’un officier attaché à l’état-major de la première division.

    Nous sommes partis de Médéah vers neuf heures du matin. Notre division était d’avant-garde. Le 17e léger fermait la marche. Toute la cavalerie ennemie nous attendait sur la route de Milianah. Elle nous laissa passer devant elle sans bouger. Tout entra, presque sans coup férir, dans le bois des Oliviers ; mais quand l’arrière-garde se trouva seule de l’autre côté du passage étroit qui mène, entre deux ravins, à la naissance du bois, les Arabes chargèrent avec beaucoup de vigueur.

    Nous débouchions alors de l’autre côté, et voyions très clairement l’affaire. Le colonel Bedeau, commandant le 17e, manœuvrait avec un aplomb et une habileté rares, occupant successivement toutes les crêtes, échelonnant ses compagnies, ménageant des embuscades. Enfin il serra à son tour sur le convoi dans le bois des Oliviers.

    Notre tête de colonne, après avoir passé le long défilé et les deux ravins, arriva sur les positions qui avoisinent le col. Là nous fûmes informés de la présence de plusieurs des bataillons réguliers d’Abd-el-Kader, que nous avions déjà aperçus, et qui en ce moment manœuvraient pour menacer nos derrières. En effet la fusillade commença à être bien plus vive…

    Le maréchal se décida à nous faire prendre position sur les hauteurs où nous étions, qui protègent l’arrivée à Téniah et forcément une espèce d’amphithéâtre. Dès lors, il n’y avait plus de difficulté sérieuse, après le ravin passé, puisque la route était faite. M. le duc d’Orléans se plaça, avec le 2e léger, à droite de la route regardant Médéah. Le bataillon de tirailleurs était à gauche. Le colonel Lamoricière, avec son dernier bataillon et quelques compagnies du 2e léger, également à gauche, mais un peu en avant sur les crêtes, pour empêcher de tourner le col. On fit descendre le 2e bataillon des zouaves pour protéger la retraite. De notre position, nous voyions les Arabes arriver de tous côtés à la course.

    Ici encore le 17e léger soutint tout l’effort de l’attaque. Il fut chargé avec un grand acharnement dans le bois des Oliviers. Une compagnie de voltigeurs se vit en un moment environnée par plus de six cents cavaliers.

    Le capitaine Bisson se défendit, non pas avec courage, mais avec héroïsme : on parvint à le dégager. Dans cette longue lutte d’une poignée d’hommes contre des centaines d’ennemis, on perdit beaucoup de monde, mais pas un blessé ne fut abandonné.

    Le colonel donnait l’exemple. Son cheval avait été tué, et une balle était venue se loger dans son nez. A pied, boitant encore de sa blessure de l’Oued-Nador, le visage inondé de sang par celle qu’il venait de recevoir, appuyé sur le fusil d’un de ses soldats mort dans l’action, il conserva le commandement de son régiment, et le mena, dans ces graves circonstances, avec une énergie que tout le monde admirait.

    Le 15e léger et surtout le 48e de ligne aidèrent dignement la retraite du 17e. Cependant ils durent aussi passer le fameux ravin. Le 17e était exténué, lorsque le commandant Renaud démasqua avec ses zouaves. Leur feu, ou plutôt leur altitude arrêta l’ennemi, car beaucoup d’entre eux n’avaient point de cartouches. Enfin ils eurent de la poudre.

    Le 17e était déjà de l’autre côté du ravin. Le commandant Renaud ramena son monde, faisant avec des compagnies ce qu’un général fait dans la grande guerre avec des régiments, disputant pied à pied le terrain sur un sentier où souvent il y avait à peine la place d’un homme. Il revint avec sa troupe décimée, et eu sa bonne part des honneurs de la journée.

    A peine nos derniers soldats avaient-ils passé le ravin que les Arabes s’y élancèrent derrière eux. Et, malgré le feu qui partit de tous les points de l’amphithéâtre que nous formions, ils le traversèrent à la course. Les spahis rouges d’Abd-el-Kader, les gens à burnous noirs de la province d’Oran, tout ce qu’il y avait de braves dans cette cavalerie mit pied à terre pour soutenir les réguliers et prendre part à cette lutte acharnée. On se fusilla là pendant près d’une heure d’assez près et sans bouger.

    La fusillade allait toujours lorsque, subitement, vers cinq heures, l’ennemi repassa le ravin à toute course, emportant bon nombre de morts et de blessés. Après cela, leurs tambours battirent la retraite, et ils exécutèrent leur mouvement avec assez d’ordre. Nos troupes restèrent en position jusqu’au coucher du soleil.

     

     

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