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    Le combat de Weissig

     

    Le combat de Weissig

    D’après un article paru dans la revue « Les Anciens du 15/1 » – N° 46 – Printemps 2013

     

    Article publié avec l’aimable autorisation de monsieur Gérard Schutz, rédacteur de la revue « Les Anciens du 15/1″ et de monsieur Jacques Declercq, auteur du livre « Quand les Belges se battaient pour Napoléon »

    Le 19, Lauriston ayant reçu de Ney l’ordre de se porter de Maukendorf sur Weissig et Opitz, le 5e corps est réuni dès le matin pour marcher vers son objectif.

    L’avant-garde française est formée de la division Maison et de la 3e division de cavalerie légère. Elle est suivie de la division Lagrange. La 19e division ferme la marche, fournissant deux bataillons à la garde du grand parc du corps. La marche s’avère d’emblée difficile dans ce terrain marécageux coupé de petits ruisseaux dont les ponts ont été détruits.

    « Arrivé à une demi-lieue de Lohsa, on aperçut des cosaques au nombre d’environ huit cents. Dans cet endroit, la route tourne pour aller par Weissig à Opitz. Il était donc nécessaire de pousser les cosaques au-delà de Lohsa. J’ai envoyé deux cents chevaux, les cosaques n’ont pas tenu. La Sprée a une infinité de ponts et est très guéable. J’ai fait détruire les ponts principaux, mais cela ne suffisait pas pour assurer mon flanc. J’ai en conséquence fait rester deux bataillons qui se relevaient de division en division afin d’assurer le passage du grand parc et des équipages » (Rapport du général Lauriston au Major-général).

    Yorck, à Hermsdorf, avait reçu l’ordre de Barclay de prendre la direction de Wartha et d’attaquer tout ce qu’il trouverait sur la route qui traverse le village. Une trentaine de hussards en éclaireurs, la brigade Steinmetz ayant à sa tête Yorck et son état-major, la cavalerie de Corswand et la brigade Horn prennent la direction de Wartha avec trente-six pièces d’artillerie.

    Le chemin va vers l’ouest, de Hemsdorf via Weissig et Neu-Steinitz, vers Wertha. Il coupe, à mi-chemin de Weissig et Neu-Steinitz, la grand-route de Spremberg à Bautzen, parallèle à l’autre grand-route joignant Wartha à Königswartha sur laquelle s’avance le corps de Ney.

    Aux environs de Weissig, les hussards de l’avant-garde prussienne tombent, dans la forêt, sur les tirailleurs de la tête de colonne du corps de Lauriston et le comte de Bandebourg, envoyé aux nouvelles, avertit Yorck de la présence d’une importante colonne française en deçà du village de Steinitz, sur la grand-route de Spremberg.

    Le général prussien, qui a fait avancer le bataillon de fusiliers de sa première brigade, s’installe avec son état-major sur l’Eichberg, colline couverte de chênes à cent pas au S.O de Weissig et d’où il peut découvrir un vaste panorama.

    Vers l’ouest, en direction de Wartha et de Königswartha, s’étend une vaste forêt. Au nord, sur la grand-route, à environ deux mille pas, le village de Steinitz et les troupes françaises en marche vers la forêt qui atteint cette route à environ mille pas. La route en suit l’orée un petit temps, se perd ensuite dans les frondaisons pour en ressortir à mille pas au sud de l’Eichberg, conduisant dans un creux large de deux cents pas qui s’étend vers l’est et se termine par un grand étang. Dans la forêt, la route passe à environ trois cents pas de la colline, mais Yorck ne peut la voir à cause Hauts Pins, sauf à un endroit où une clairière atteint la route, au S.O. de la colline.

    Vers l’est de l’Eichberg, autour de ses pentes couvertes de bosquets, s’étendent des champs vers le vord, le long de la forêt et plus loin, le long de la route, jusqu’à Steinitz, et vers le sud, jusqu’au creux signalé plus haut. Ces champs s’allongent, sur une largeur de cinq cents pas, dans la direction de Weissig, au nord duquel ils sont limités par une aulnaie. Au sud, ils sont coupés par la pointe d’un petit bois (qu’on appellera le bois de droite) derrière lequel on voit Hermsdorf.

    Les pentes S.E. sont longées par le chemin de Weissig à Johnsdorf qui borde la forêt dans cette direction. Au sud de la colline, un chemin de forêt coupe la grand-route de Steinitz à Johnsdorf et le chemin de Weissig à Johnsdorf pour se diriger vers Hermsdorf.

    Immédiatement, Yorck s’aperçoit que l’Eichberg est une position importante pour barrer la route de Bautzen au 5e corps. Il place donc avantageusement quatre pièces de la batterie à cheval de Borovsky couverte par deux escadrons de Prusse Occidentale, un bataillon de fusiliers à sa gauche dans le bois et à droite, vers Weissig, sa cavalerie de réserve.

    Quatre compagnies de la division Maison cherchent aussitôt à pénétrer dans le bois qui flanque l’artillerie prussienne. Alors qu’il ne faisait plus de doute qu’on allait en arriver à « un combat brûlant », le général prussien reçoit de Barclay, vivement poussé de son côté, l’ordre de se rendre à Johnsdorf pour lui servir de réserve. Il était clair maintenant, pour les Alliés, que deux corps français avançaient parallèlement et presque à même hauteur sur les deux chemins de Bautzen. Aussitôt, Yorck se permet-il de faire remarquer à son supérieur que « l’ennemi qui se trouve en face de lui, suit et va menacer les Russes dans leur flanc, mais qu’ici (autour de l’Eichberg), dans une position favorable, il pourrait, en combattant, aider les Russes plus efficacement que près de Johnsdorf, particulièrement s’il reçoit du renfort du côté russe ».

    Cependant, pour obéir aux ordres reçus, il ordonne à Steinmetz de couvrir, par quatre bataillons et quatre escadrons en arrière-garde, la marche de ses troupes vers Johnsdorf.

    Ce début de retraite apparaît comme une feinte à Lauriston qui écrira dans son rapport : « L’ennemi simula une retraite pour nous attirer sur les hauteurs de Weissig, derrière lesquelles il avait caché son armée ».

    Auparavant, au fur et à mesure de leur arrivée, le 151e et le 153e qui obtiendra une belle citation pour sa conduite dans cette affaire, avaient abordé les bois avec audace et y avaient trouvé une résistance qui, écrira Lauriston, « ne les étonna nullement ». Ces troupes sont repoussées et se rallient à plusieurs reprises.

    Le général en chef fait alors avancer la division Lagrange et prend position au village de Klein-Steintz pour couvrir sa droite, suivi dans son mouvement par Steinmetz qui craint à son tour d’être débordé par sa gauche. Klein-Steinitz intéresse d’autant plus les Français que ce village a une communication avec Königswartha.

    Aussitôt arrivés sur le terrain, les trois bataillons du 154e pénètrent dans les bois avec une vigueur extraordinaire. Ils ont à leur tête le général Laffitte, de la division Rochambeau, qui avait été placée en réserve avec deux bataillons de cette division.

    Pris en flanc, les Prussiens doivent se retirer avec des pertes importantes. Steinmetz doit même abandonner l’Eichberg devant l’avance rapide des voltigeurs français dans la forêt.

    « Nous rencontrâmes l’ennemi le soir, près du village de Weissig, où la route traverse une forêt. (…). Sur ce terrain uni et tapissé d’aiguilles de sapin que présente d’ordinaire les forêts de cette espèce, au milieu de ces innombrables colonnes lisses, parfois assez espacées et qui portent si haut leur dôme de verdure, dans ces chemins de traverse ménagés pour l’exploitation, non seulement l’infanterie pouvait manœuvrer , mais on pouvait aussi faire jouer l’artillerie. Une fois l’action commencée, le bruit incessant de tant d’armes à feu, rendu plus formidable encore par les échos qui les répétaient, les éclats continuels jetés par les fusils et les canons au milieu de la nuit et qui répandaient ainsi, à courts intervalles, sur les combattants et les feuilles des arbres une lumière fantastique, tout cela formait comme une magnifique décoration à cette scène guerrière qui ressemblait presque à une bataille d’opéra » (Lieutenant Martin – Souvenirs d’un ex-officier (1813-1815). Paris et Genève. Cherbuliez. 1867).

    Vers 5 heures, Yorck, qui avec sa brigade, rejoignait les grenadiers russes près de Johnsdorf, reçoit de Barclay, l’ordre de tenir Weissig et ses hauteurs jusqu’à la tombée de la nuit.

    Il fait donc aussitôt demi-tour avec cette brigade soutenue par huit bataillons de grenadiers russes et envoie à Steinmetz l’ordre de réoccuper le terrain perdu. Dans la forêt de pins et autour de l’Eichberg, on se bat avec une ardeur grandissante.

    Vers 6 heures, les troupes de Steinmetz reçoivent les renforts conduits par Yorck : artillerie, dragons de Prusse Occidentale, cavalerie de réserve, bientôt suivies par le régiment silésien n°6 de la brigade Horn accompagné de quatre cents grenadiers russes. Toutes ces troupes se déploient rapidement pour soutenir les fusiliers épuisés de Steinmetz.

    Immédiatement, Lauriston fait charger ses troupes. Le général Rochambeau marche à la tête des trois bataillons du 135e de ligne. Sous les tirs à bout portant des fantassins français, le major Zeplin, deux commandants de bataillon et plusieurs officiers et soldats prussiens s’écroulent blessés ou morts.

    Yorck forme ses troupes en colonne et foncent avec elles, baïonnette au canon, dans les bois où « un des combats au corps à corps les plus meurtriers de l’histoire ait à enregistrer », force les troupes françaises à reculer, permettant aux Prussiens d’arriver en vue de Weissig.

    « Le 135e se conduit comme les autres avec beaucoup de bravoure. Il fut ramené plusieurs fois, mais toujours sans débander » (Rapport du général Lauriston au Major-général).

    Bientôt, l’Eichberg est repris aux troupes françaises par les soldats de Kurnatovsky aidés des tirailleurs et chasseurs du régiment du Roi. Mais beaucoup d’officiers alliés sont tués ou blessés et leurs soldats doivent se diriger en bandes par eux-mêmes.

    Enfin, le 134e régiment, qui était resté jusque là en observation sur le Sprée, peut prendre part au combat. L’Eichberg est à nouveau pris, perdu, repris et encore perdu. Cette belle position est enfin enlevée définitivement à la baïonnette par les 151e, 153e, 135e et 134e régiments aux cris de Vive l’Empereur !

    « Alors, écrit Steinmetz, la volonté prussienne succomba sous la force ennemie et le soldat fléchit sur tous les point ».

    La hauteur de l’Eichberg est maintenant couronnée de six pièces françaises et l’infanterie deu 5e corps y prend position en carrés.

    Malgré une nouvelle attaque de Horn sur la gauche française, vers Weissig, une partie des batteries prussiennes est menacée dans son flanc et Yorck ordonne leur retraite tout en tentant, mais en vain, une contre-attaque sur divers points. Les tirailleurs français s’avancent vivement et font feu avec succès.

    « En avançant toujours à travers la fusillade, nous finîmes par aborder à la baïonnette les ennemis qui se barricadaient derrière des morceaux de bois coupés (…). Bientôt, tout braves qu’ils étaient, les Prussiens se mirent en retraite et nous les accompagnâmes à coups de fusils assez loin dans la forêt ». (Lieutenant Martin – Souvenirs d’un ex-officier (1813-1815). Paris et Genève. Cherbuliez. 1867).

    Les Alliés perdent l’orée des bois et Horn peut à peine freiner le déferlement français.

    Vers 10 heures du soir, les troupes de Yorck, épuisées, tentent d’établir leur bivouac. Leur général espère que « les Français, eux aussi harassés par la vigueur de leurs attaues, seront, par cette espèce de bravade qu’est l’établissement de ce campement sous leurs yeux, tentés de se retirer » (J.A. Droysen : Das Leben des Feldmarschalls Grafen Yorck von Wartenburg – Leipzig – 1868).

    Mais entre 10 heures 30 et 11 heures, Lauriston pousse ses troupes en avant ; Yorck ne peut tenir. Son bivouac détruit, il prévient Barclay qu’au lieu de ne partir, ainsi qu’il l’avait prévu, que vers minuit, il est contraint de se replier dès maintenant sur Johnsdorf.

    « L’ennemi a quitté la nuit la position qu’il avait prise en se retirant et qui était à trois quarts de lieue du champ de bataille. Nos braves soldats ont couché sur les hauteurs d’Eichberg, champ de bataille, bien disposés à recevoir l’ennemi s’il eût osé se présenter ce matin » (Rapport du général Lauriston au Major-général).

    « Les bois où la bataille fut livrée, furent tous tilliottés (sic) par le boulet et la mitraille. Des morts et des blessés ennemis couvraient la terre ; nous eûmes aussi quelques tués et blessés » (F. Marcq : Description des campagnes de guerres faites par moi, Marcq, ex-sergent-major de voltigeurs. Revue Napoléonienne – Paris – 1901).

    Le général Lauriston est très satisfait de ses troupes dont la contenance a été si belle et, dans les marches rétrogrades, l’ordre si bien maintenu, que l’ennemi n’a jamais osé chercher à les entamer.

    « Le 5e corps a eu à combattre trente-deux mille hommes, non compris les cosaques. Je n’avais à opposer que onze mille hommes. Ce sont les seuls qui aient combattu. Huit bataillons de différents régiments n’ont pas tiré un coup de fusil, se trouvant en observation sur le Sprée ou en réserve. Le soldat est content de lui, il connaît sa supériorité sur l’infanterie ennemie. Quant à la cavalerie, elle ne lui cause aucun étonnement » (Rapport du général Lauriston au Major-général).

    Cette affaire de Weissig, importante en ce qu’elle ébranle la droite coalisée, sera rapportée en ces termes dans le Bulletin de la Grande Armée daté de Görlitz le 24 mai : « Le corps du comte de Lauriston, qui marchait en tête  du Prince de la Moskowa pour tourner la position de l’ennemi, parti de Hoyerwerda, arriva à Weissig. le combat s’engagea et le corps d’Yorck aurait été écrasé sans la circonstance d’un défilé à passer, qui fit que nos troupes ne purent arriver que successivement. Après trois heures de combat, le village de Weissig fut emporté et le corps d’Yorck, culbuté, fut rejeté de l’autre côté de la Sprée.

    Le combat de Weissig serait seul un événement important. le 19, le comte de Lauriston coucha donc sur la position de Weissig, le prince de la Moskowa à Maukendorf et le comte Reynier (7e corps) à une lieue en arrière. La droite de la position de l’ennemi se trouvait évidemment débordée ».

    Yorck faisant couvrir sa retraite par les cosaques et les hussards du colonel von Löwenstern, laisse donc dans cette affaire plus de deux mille hommes et est rejeté sur le corps russe de Barclay de Tolly.

    Les pertes, bien que non négligeables du côté français, sont cependant peu de chose pour eux, alors qu’elles ont beaucoup d’importance pour les Coalisés car elles affaiblissent singulièrement un corps dont ils ont grand besoin pour la défense des positions qu’il s’agit de disputer à la Grande Armée. (A. Thiers : Histoire du Consulat et de l’Empire. Vingt volumes. Meline. Bruxelles et Leipzig. 1845-1862).

    « Notre régiment, écrira le lieutenant Martin du 154e, s’était très comporté pour son début et il avait ainsi fondé la bonne réputation qu’il conserva, mais il l’avait payée reès cher. Nous avions perdu vingt-trois officiers (dont cinq élèves de Saint-Cyr sur onze que nous étions), proportion peu ordinaire, et dans notre bataillon, la moitié de la compagnie de voltigeurs avait été couchée par la mitraille ».

    Martinien signale pour ce combat les pertes suivantes en officiers : deux tués (dont le colonel Recouvreur) et sept blessés au 151e, un tué et dix blessés au 153e, deux tués et sept blessés au 134e, deux tués et vingt-six blessés au 154e, trois tués et treize blessés au 155e, et deux tués et neuf blessés (dont le colonel Poirson au cou et à la clavicule) au 135e. Le général de brigade Boisserolles, adjudant-commandant, a été légèrement blessé, tout comme le général Rochambeau qui a eu un cheval tué sous lui.

    Le rapport du général de Lauriston donne quinze officiers tués et cinquante-trois blessés.

     

     

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