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    La bataille de Prague

    D’après « Histoire de France pendant le dix-huitième siècle » – Jean Charles Dominique de Lacretelle – 1830

     

    L’invasion de la Saxe par le roi de Prusse avait irrité le gouvernement autrichien qui cherchait, en excitant l’indignation de l’Europe, à couvrir la honte d’avoir laissé prévenir et déconcerter tous ses plans. D’habiles négociateurs employaient tous les moyens pour faire partager aux grandes puissances les ressentiments et les fureurs de la cour de Vienne. On n’était que trop disposé en France à suivre cette impulsion.

    Des succès assez brillants, obtenus dans le Canada par le marquis de Montcalm, et surtout la prise de Port-Mahon, avaient inspiré au cabinet de Versailles une folle confiance. La marquise de Pompadour surtout s’abandonnait aux espérances les plus flatteuses. La multiplicité des entreprises amusait et n’effrayait pas son imagination.

    L’abbé de Bernis cherchait seul à la modérer et lui montrait encore le danger de subordonner à l’Autriche toutes les forces militaires de la France. Mais comme elle lui offrait le ministère pour prix d’une entière docilité, il suivit, en gémissant, des plans absurdes qu’il espérait modifier dans leur exécution.

    La marquise fit rappeler au conseil, avec le titre de ministre d’État, le maréchal de Belle-Isle ; elle était sûre de trouver dans ce vieillard ambitieux un ardent promoteur de la guerre. Pour entraîner le roi, elle poussa l’artifice jusqu’à se servir des prières et des larmes de la dauphine, quoiqu’elle fût ennemie de cette princesse.

    On avait entrepris, en 1733, une guerre qui n’avait d’autre but quelle soutenir contre Auguste III les droits du beau-père de Louis XV ; on donna pour prétexte à une nouvelle guerre, l’engagement imposé par l’honneur, de rétablir ce même Auguste, père de la dauphine, dans l’électorat dont il venait d’être chassé. Un roi, trop enclin à la mollesse pour savoir bien maintenir la paix, sacrifia tout intérêt politique à de telles considérations.

    On ne s’occupa plus que de combattre le roi de Prusse, et l’on parut oublier entièrement la guerre maritime. Une armée puissante marchait pour enlever à Frédéric ses possessions sur le Bas-Rhin, et pour conquérir le Hanovre. On promit des subsides à la Suède et même à la Russie. Enfin, Marie-Thérèse semblait disposer des trésors aussi bien que des armées de la France. C’était avec la même facilité qu’elle entraînait toute l’Allemagne à l’exécution de ses projets. Le roi de Prusse avait été traduit au ban de l’Empire. On levait l’armée des cercles.

    Frédéric, qui avait pris ses quartiers d’hiver dans la Saxe, essayait en vain de rompre le nœud de cette ligue ; quoiqu’il fût déjà vainqueur, il n’était écouté nulle part. Il calcula les forces, les projets, et les passions de ses ennemis, et résolut d’attaquer d’abord l’Autriche. Ce n’était pas assez pour lui que de vaincre, il fallait accabler ses ennemis. Au mois de mars 1757, l’Autriche paraissait seule être prête à soutenir le combat.

    Les milices des cercles de l’Empire n’étaient pas encore rassemblées. La Suède et la Russie même attendaient pour agir, l’or de la France ; mais ce gouvernement, aussi obéré que prodigue, était à la fois embarrassé de payer et ses auxiliaires et ses propres armées. Celles-ci ne pouvaient pénétrer que lentement dans le nord de l’Allemagne.

    Le roi de Prusse se reposait du soin de couvrir le Hanovre, la Basse-Saxe et la Westphalie, sur le duc de Cumberland qui s’était fait à la hâte une armée de Brunswickois, de Hanovriens et de Hessois. Il résolut de tomber sur la Bohême, d’anéantir l’armée autrichienne qui défendait les frontières de ce royaume, de marcher ensuite vers une seconde armée qui se formait plus loin ; enfin de ne prendre conseil que de son courage et de la nécessité.

    Vers la fin du mois de mars, Frédéric lève ses quartiers d’hiver, pourvoit avec soin à la défense de la Saxe, et plus faiblement à celle de la Poméranie et de la Prusse qui ne peuvent être attaquées que plus tard, et autour de lui l’élite de ses troupes et de ses généraux. Il semble se mettre à l’abri des fautes où pourrait l’entraîner trop d’ardeur, en confiant ses principales divisions à des guerriers aussi froids dans les conseils qu’intrépides dans les combats.

    Il se réjouit de voir que la cour de Vienne lui ait opposé pour cette campagne, le prince Charles de Lorraine qu’il a deux fois vaincu. Tous ses soldats partagent sa confiance. On entre en Bohême. L’avant-garde de l’armée autrichienne, sous le commandement de Kœnigsegg, essaye en vain de défendre les défilés et la crête des montagnes.

    Frédéric, après l’avoir repoussée à chaque rencontre, pénètre jusqu’aux environs de Prague. Tous les magasins de l’armée autrichienne étaient dans cette ville. Le prince de Lorraine ne pouvait se résoudre à les abandonner. Les deux armées se présentèrent l’une à l’autre d’une manière si imposante, que le maréchal de Schwérin suppliait le roi de Prusse d’éviter la bataille, tandis que le maréchal Brown faisait les mêmes instances au prince Charles.

    Mais le roi, ainsi que le prince, s’indignèrent de ce conseil, et humilièrent un peu le général qui le leur avait donné. Schwérin et Brown résolurent de se venger d’une espèce d’affront par des prodiges de bravoure.

    La bataille se donna le 6 mai et fut vivement disputée. Malgré les savantes dispositions du roi de Prusse, les Autrichiens se défendaient par leur immobilité dans des postes excellents. Les Prussiens avaient été deux fois repoussés. Le roi fut obligé de substituer à un ordre de bataille trop méthodique, un autre qui laissait plus de place au courage.

    Le maréchal Schwérin conduit une nouvelle attaque et s’élance à la tête de son régiment, en tenant un drapeau à la main. Ce vieux guerrier, l’un des créateurs de l’armée prussienne, est tué dès le premier choc. Le général Manteufel relève le drapeau que ce héros avait teint de son sang, et anime les Prussiens à le venger ; les Autrichiens s’ébranlent ; Brown qui voit leur désordre, se dévoue comme l’avait fait Schwérin, et reçoit une blessure mortelle. Ses soldats se troublent et l’armée autrichienne est enfoncée.

    Dans cette bataille de Prague, l’une des plus meurtrières du XVIIIe siècle, les Autrichiens perdirent 24 000 hommes, et les Prussiens 18 000. De part et d’autre, on eut à regretter grand nombre de vaillants officiers et de vieux soldats. Deux guerriers qui devaient se couvrir de gloire dans cette guerre de sept ans, l’un le prince Henri, frère du roi de Prusse, et l’autre le prince Ferdinand de Brunswick, signalèrent sous les yeux de ce monarque leurs talents et leur bravoure.

    Il fallait profiter d’une victoire aussi chèrement achetée. Frédéric crut que la fortune comblait tous ses vœux lorsqu’il vit le prince de Lorraine s’enfermer dans Prague avec 40 000 hommes qui lui restaient.

    La guerre de la succession d’Autriche avait montré que cette place était un asile peu sûr. Mais, de toutes les parties de la science militaire, Frédéric n’en avait négligé qu’une seule, l’art de conduire les sièges. Il n’avait pas assez de grosse artillerie et manquait surtout d’ingénieurs habiles. Le siège différait peu d’un simple blocus ; mais 40 000 hommes devaient épuiser bientôt les provisions d’une ville assez peuplée, et la famine leur ferait subir les lois les plus dures.

     

     

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