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     La bataille de Pastrengo

     

    La bataille de Pastrengo

    D’après « Histoire générale de l’Italie de 1815 à 1850 » – Diego Soria de Crispan – 1861

     

    Après trois semaines de repos sur le Mincio, Charles-Albert, qui laissait les Autrichiens descendre des Alpes, occuper, dévaster la Vénétie, se décida de son côté à assiéger l’une après l’autre les forteresses de l’ennemi. Il commença par le siège de Peschiera, dont il voulait s’emparer au plus tôt pour avoir la liberté de marcher sur le haut Adige et de menacer Vérone.

    Peschiera est traversée par le Mincio ; les Piémontais étaient campés sur la rive droite. Pour compléter le siège, il fallait passer sur la rive gauche et enlever à l’ennemi les postes qu’il occupait entre Peschiera et Vérone, afin qu’il n’eût pas le moyen de troubler les opérations des assiégeants.

    Les troupes royales, surtout la cavalerie, avaient fait jusqu’alors plusieurs reconnaissances vers Roverbella et Villafranca. Les Autrichiens s’étaient souvent montrés à Villafranca au point du jour ; le major Maffei avait reçu du général de Sonnaz l’ordre de faire tout ce qu’il pourrait pour les surprendre, ce qui lui réussit le 20, où il tomba à l’improviste sur un escadron de uhlans, qui s’enfuirent avec une telle précipitation, qu’on ne put leur enlever que trois prisonniers et deux chevaux. Cette heureuse rencontre et d’autres semblables avaient prouvé que l’ennemi n’avait pas l’idée de conserver la rive gauche du Mincio.

    Par conséquent, le premier corps de l’armée n’eut pas d’obstacles à surmonter le 26 avril, pendant sa marche vers Roverbella. Le 27 et le 28, le reste de l’armée passa également la rivière à Goito, Valeggio, Monzambano, et sur un pont de barques jeté près de Volta, sans autre incident qu’une petite escarmouche soutenue à Villafranca.

    Les Autrichiens revinrent à Villafranca avec des forces plus grandes ; ils avaient de l’infanterie et des hussards. Le général Broglia envoya le major Saxel les attaquer avec un bataillon de Savoie, un escadron de lanciers et la compagnie des volontaires parmesans. Les Autrichiens se retirèrent à la hâte sur Sommacampagna, en combattant énergiquement; arrivés là, une charge impétueuse de cavalerie les mit en déroute. Ils perdirent quelques morts et 24 prisonniers.

    L’armée autrichienne occupait les positions importantes de cette chaîne de collines qui, partant du mont Baldo, s’étend obliquement de Pastrengo à Valeggio, entre le Mincio etl’Adige. Le 28, le premier corps de l’armée piémontaise, formé des divisions d’Arvillars et Ferrero, reçut l’ordre d’occuper les positions de Custoza, Sommacampagna et Sonà, passant par Villafranca ; ce qui fut exécuté sans combat. Les Piémontais furent accueillis à Villafranca comme des libérateurs.

    Le second corps, composé des divisions Broglia et Federici, prit en même temps position à Castelnuovo, Santa Giustina et dans les environs, entourant Peschiera des deux côtés de la rivière. Pour en compléter le blocus, le général Bes, commandant la brigade de Piémont, fut chargé de s’avancer sur Pacengo et Cola ; il avait avec lui les volontaires de Pavie et six canons.

    A Cola, son avant-garde rencontra l’ennemi, engagea le combat et rejeta les Autrichiens à deux milles au-delà de ce bourg. Mais ceux-ci ayant reçu un renfort d’infanterie et de chevaux, s’arrêtèrent et recommencèrent un feu vigoureux. Obligés enfin de se retirer, les Piémontais occupèrent Cola. L’heureux succès de ce combat permit à la division Broglia de s’établir à Sandrà.

    Le 29 avril, à huit heures du matin, une division autrichienne, commandée par le prince de la Torre Taxis, descendit en plusieurs colonnes de Piovezzano et de Pastrengo, et se présenta devant Sandrà pour en déloger Broglia. Deux régiments de la brigade de Savoie se trouvaient campés devant Sandrà et s’étendaient sur les collines de Santa Giustina pour prendre en flanc les Autrichiens ; deux régiments de la brigade Cuneo se tenaient en seconde ligne; le troisième régiment, se trouvant à Cola, reçut l’avis qu’une attaque était imminente. Le feu commença à neuf heures du matin et dura jusqu’à quatre heures et demie du soir, moment où l’ennemi, vigoureusement rejeté, se replia vers Pastrengo ; un régiment de Croates couvrit la retraite de toute la division et la sauva d’une déroute complète. Les Autrichiens perdirent beaucoup de monde ; un grand nombre de soldats italiens désertèrent du régiment Hangwitz.

    Le 29 au soir, les Piémontais occupèrent toutes les positions qui s’étendent depuis Villafranca jusqu’aux bords de l’Adige. La division de réserve se trouvait à Oliosi ; la cavalerie à San Giorgio in Salice ; la division toscane, retranchée à Curtatone et Montanara, gardait la position importante de Goito et bloquait Mantoue du côté droit du Mincio. Toutes ces places, occupées et reliées entre elles, accomplissaient le blocus de Peschiera et couvraient entièrement la Lombardie.

    Ce fut alors qu’arrivèrent au camp les derniers contingents piémontais, quatre compagnies du corps franc venues de la Sardaigne, d’autres chevaux, d’autres parcs d’artillerie, qui montèrent ainsi à quinze, deux compagnies de pontonniers munis du matériel nécessaire, et une grande quantité de munitions. Il n’avait pas fallu peu d’activité pour préparer tout cela dans un pays comme le Piémont, où la guerre n’avait pas été prévue et où rien ne se trouvait en état au départ de l’armée.

    Les petits engagements soutenus par les Piémontais, du 26 au 29 avril, avaient clairement prouvé que l’ennemi se proposait deux buts : molester les troupes sardes sur leur flanc gauche pour empêcher leur marche sur Vérone, rendre difficile le complet investissement de Peschiera, dont la position avait beaucoup empiré par le blocus de la place, sur le lac de Garde, avec deux bateaux à vapeur montés par une compagnie du Royal Navi, qui l’empêchaient de recevoir aucun secours.

    Radetzky, malgré son désir d’éviter une bataille sérieuse, après qu’il eut vu Peschiera complètement investie, réunit toutes ses troupes dans une forte position, sur la droite de l’Adige, à l’embouchure des vallées du Tyrol : c’était la position de Pastrengo, qui domine l’Adige là où la rivière fait un détour, en défend le passage à quelques lieues de Vérone, et assure les communications, par la rive droite, avec Rivoli et le Tyrol, au moyen de ponts de barques à Pescantina et à Pontone, au-dessous de Bussolengo.

    Le maréchal autrichien se montrait décidé à disputer vivement cette position, d’où il menaçait l’armée piémontaise, qui, de son côté, n’aurait pu entreprendre le siège de Peschiera qu’après avoir chassé de là l’ennemi. Charles-Albert fixa la bataille au jour suivant, 30 avril.

    Trois divisions autrichiennes défendaient les hauteurs de Pastrengo : la division Wocher, composée des brigades Wahlgemuth et archiduc Sigismond, et quatre autres brigades de Lichstenstein, de Rath, de Taxis, de Schaaffgotsche ; en tout 25 000 hommes, sous le commandement du général d’Aspre, qui avait à ses côtés l’archiduc Sigismond. Les positions avaient été visitées par Radetzky, qui, après avoir donné ses ordres, était rentré à Vérone.

    Le but principal de Charles-Albert était de s’emparer de Bussolengo, village placé dans la plaine, sur l’Adige, à quelques milles de Vérone, et protégé par des collines qui s’allongent en remontant l’Adige vers le Tyrol ; ce village est commandé aussi, au-delà de la rivière, par le village de Pescantina, où l’ennemi avait la facilité de dresser des batteries couvertes pour défendre le passage de l’Adige sur les pontons. Bussolengo étant dominé, à peu de distance, par la forte position du village de Pastrengo, on avait résolu dans le conseil de guerre que l’attaque commencerait contre ce dernier poste, le plus important.

    Le conseil de guerre avait jugé que cette attaque serait beaucoup facilitée si on l’engageait à la pointe du jour. Mais le 30 avril était un dimanche, et Charles-Albert, sacrifiant toutes les convenances stratégiques, ne voulut pas que ses soldats négligeassent d’entendre la messe et pussent mourir en état de péché. Par ce motif, l’armée ne fut pas en ordre avant onze heures.

    C’était un peu tard ; heureusement, la bravoure des Piémontais répara le temps perdu.

    Le général Broglia, avec sa division, composée de la brigade de Savoie, général d’Ussillon, d’un régiment Savone, général Conti, et d’un corps de 1 500 volontaires parmesans, arrivés au camp avec quatre canons et 40 chevaux, reçut l’ordre de s’avancer de Santa Giustina sur la droite, suivant les collines du côté de Piovezzano. Ce mouvement était appuyé par la brigade des Gardes avec le général Biscarreti, brigade appartenant à la division du duc de Savoie, qui marchait à sa tête ; quelques compagnies de bersaglieri ouvraient la marche.

    La seconde brigade du duc de Savoie, celle de Cuneo avec le général d’Aviernoz, et la brigade Reine avec le général Trotti, détachée de la division d’Arvillars, partirent de Sandrà en se dirigeant contre le centre de l’armée autrichienne, placé sur le côté gauche de la colline, vers le lac. En même temps, la brigade Piémont, avec le général Bes, eut l’ordre de tourner la gauche du village de Pastrengo. La cavalerie, placée sur le flanc droit de la ligne de bataille, devait seconder le combat et veiller sur la route de Vérone, par laquelle les Autrichiens auraient pu tenter une diversion.

    C’étaient en tout 25 000 soldats, force égale à celle de l’ennemi, qui était de plus favorisé par sa forte position. Charles-Albert, ayant ce jour-là à ses côtés César Balbo, président de son conseil des ministres, s’arrêta devant Sandrà sur une hauteur d’où il dominait tout le champ de bataille.

    La brigade de Piémont, conduite par le général Federici, est la première à l’attaque, et son impétuosité est telle, qu’après un combat long et obstiné, elle rejette vaillamment l’ennemi, de colline en colline, sur Pastrengo.

    En même temps, la brigade Cuneo, secondée par une batterie d’artillerie que le major Lamarmora dirige avec son intelligence et sa bravoure ordinaires, engage le combat sur la droite et force l’ennemi à se retirer également sur le coteau de Pastrengo ; mais là, elle rencontre devant elle un canal profond et fangeux qui l’empêche d’avancer. Un soldat de la brigade de Savoie, voyant au-delà du canal un officier autrichien, traverse le canal à la nage, s’élance à l’improviste sur l’officier, le désarme et revient en apporter l’épée à son capitaine.

    Le roi, qui voit de loin cette brigade suspendre la poursuite sans qu’il en sache le motif, descend la colline et arrive à la tête de ses troupes ; il dirige le passage du canal, et alors toute la brigade Cuneo, ainsi que la brigade de Piémont, qui était déjà arrivée au pied de Pastrengo, s’élancent sur les pentes du coteau à l’assaut du village. Le roi, entouré d’un escadron de carabiniers, se mêle aux assaillants.

    L’aile droite des Piémontais s’avance avec une impétuosité et une valeur qui sont imitées par l’aile gauche et par le centre. Mais la résistance des Autrichiens est énergique et devient à chaque instant plus vive. Résolus à tenter un dernier effort, ils se jettent violemment sur les deux brigades de la gauche des Piémontais ; leurs décharges, bien nourries et à bout portant, renversent des lignes entières d’assaillants. Ceux-ci ont un moment d’hésitation, mais leur troisième régiment d’infanterie reste inébranlable au feu, et donne aux autres corps le temps de se remettre.

    Un grand danger vient tout à coup menacer les Piémontais : une décharge vigoureuse des Autrichiens épouvante les chevaux des carabiniers, qui reculent, entraînant avec eux, au pied du coteau, le roi et une colonne d’infanterie. A cette vue, le major de Saint-Front ne perd pas courage ; il remet en ordre ses trois escadrons de carabiniers, commande la charge, et à leur tête s’élance au galop sur la pente du coteau ; tous le suivent, le roi le premier.

    Presque en même temps, l’infanterie arrive au pas de course sur le haut de Pastrengo, repousse l’ennemi dans le village, où il l’assaille, et le chasse de maison en maison. Le lieutenant Cocatrix, de la brigade de Savoie, s’efforce d’enfoncer la porte d’une maison défendue par une bande de Croates ; le soldat Perier se jette devant lui, le repousse résolument, enfonce la porte et tombe frappé de deux balles, en disant à son supérieur qu’il meurt content de lui avoir sauvé la vie : c’était un soldat qui était père de quatre enfants.

    Les Autrichiens, expulsés de toutes parts, abandonnent le coteau et rejoignent en désordre les ponts pour repasser l’Adige.

    Pendant qu’on combattait à Pastrengo, d’autres faits d’armes avaient lieu sur toute la ligne des Piémontais. Le général Manno, de la division Federici, attaquait les ouvrages avancés de Peschiera et repoussait la garnison, qui avait tenté une sortie. Le général Sala, avec sa brigade de cavalerie et un détachement d’infanterie, battait, sur le flanc de l’armée combattant à Pastrengo, un corps d’infanterie et de uhlans sorti de Vérone, et l’obligeait à prendre la fuite.

    Un autre corps de 3 000 Autrichiens, fantassins, chevaux et canons, également sorti de Vérone, assaillait Sona et Sommacampagna, où se trouvait le quartier général du roi sarde ; mais il était repoussé par le général Sommariva avec la brigade Aoste, soutenue par quelques canons et une compagnie de bersaglieri. Enfin, les Napolitains et les Toscans, qui occupaient Curtatone, ayant été assaillis par la garnison de Mantoue, l’obligeaient bien vite à rentrer dans la place; et les volontaires, campés à Governolo, faisaient, eux aussi, payer cher aux Autrichiens une sortie qu’ils avaient tentée.

    Ces combats partiels et la bataille de Pastrengo, qui dura cinq heures, firent le plus grand honneur aux soldats piémontais et aux légions des volontaires, dont l’ardeur fut un témoignage de leur attachement à la cause italienne. Tous montrèrent une valeur et une discipline admirables, et eurent peu de pertes à regretter, à cause de la vivacité de leurs attaques. Au contraire, l’ennemi parut découragé et ne tint pas ferme devant le feu de l’artillerie piémontaise, habilement dirigé. Repoussé au-delà de l’Adige, il fut contraint de se retirer sur Vérone et d’abandonner Bussolengo, où le lieutenant Riccardi eut la hardiesse de pénétrer le premier, à la tête d’un détachement des Gardes.

    Les Autrichiens perdirent, sur le seul coteau de Pastrengo, 1 200 morts ou blessés, et environ 500 prisonniers ; un de leurs généraux fut blessé. Les Piémontais n’eurent à déplorer, parmi les officiers, que la mort du jeune marquis Bevilacqua, qui, arrivé au camp le jour précédent, tomba glorieusement à la tête de son régiment de cavalerie Piémont Royal.

     

     

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