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    Les batailles de Stockack et d’Engen

    D’après « France militaire » – Abel Hugo – 1836

     

    L’armée du Rhin était divisée en quatre corps de trois divisions chacune. Lecourbe commandait l’aile droite, formée des divisions Vandamme, Lorges, Montrichard, et d’une réserve sous Nansouty. Saint-Cyr, le centre, composé des divisions Baraguey d’Hilliers, Tharreau et Ney, et d’une réserve aux ordres de Desbrulys, remplacé plus tard par Sahuc.

    Sainte-Susanne avait sous ses ordres la gauche, qui réunissait les divisions Souham, Legrand, Collaud et une réserve sous Delaborde. Le quatrième corps formant la réserve de l’armée resta sous les ordres directs de Moreau ; il se composait des divisions Delmas, Leclerc, Richepanse et de la réserve de cavalerie aux ordres de d’Hautpoul.

    L’aile droite, forte de 29 000 hommes, occupait la ligne du Rhin helvétique, depuis Lauffenbourg jusqu’à Ragatz, où elle s’appuyait à la division Montchoisi, chargée de la défense de la Suisse et des débouchés des Alpes valasanes. Les trois divisions de la réserve, fortes de 20 000 hommes défendant Bâle et son camp retranché, occupaient la Haute-Alsace.

    La grosse cavalerie cantonnait au pied des Vosges, entre Saint-Dié et Remiremont. Environ 30 000 combattants, cantonnés de Brisach à Robsheim, composaient le centre. Les divisions de la gauche ne s’élevaient guère qu’à 18 000 hommes. Elles occupaient le camp de Kehl, Strasbourg et les cantonnements entre cette ville et Haguenau. Ces troupes composaient l’armée active. Les garnisons de la Suisse, celles de Landau, de Spire, de Mayence et les troupes réunies dans les divisions militaires voisines du Rhin, s’élevaient en outre à 32 000 hommes.

    Kray avait son quartier général à Donaueschingen. Son armée, comme l’armée de Moreau, était divisée en quatre corps : celui de droite, aux ordres de Starray, d’environ 16 000 hommes, était posté sur le Mein ; celui de gauche, sous le prince de Reuss, occupait le Tyrol ; il se composait de 26 bataillons, de 12 escadrons et de 10 000 hommes de milices tyroliennes. Les deux autres corps, de plus de 55 000 hommes, étaient établis sur le Danube, ayant des avant-gardes sur le Rhin ; l’une sous Kienmayer, vis-à-vis de Kehl ; l’autre dans le Brisgau, sous le major général Giulay ; une troisième dans les villes forestières des environs de Bâle, sous les ordres du prince Ferdinand ; enfin une quatrième, commandée par le prince Vaudémont, vis-à-vis Schaffouse.

    D’après le plan de Moreau, Sainte-Susanne, avec ses trois divisions, passa le Rhin le 28 avril, sur le pont de Kehl, et s’avança par les routes de Rastadt et d’Appenweyer. Il devait attaquer brusquement Kienmayer, afin d’attirer sur ce point l’attention de l’ennemi. Le but de cette diversion atteint, il avait ordre de repasser le Rhin, de remonter la rive gauche, et de rejoindre le reste de l’armée. Le même jour le centre passait le fleuve à Brisach.

    Sainte-Susanne, en effet, rejeta Kienmayer sur Offenbourg. Saint-Cyr porta la division Ney vers Burkheim et Hochstetten, comme pour se lier avec Sainte-Susanne. La division Tharreau enleva le village de Saint-Georges, et rejeta Giulay sur Fribourg. A ces mouvements, Kray crut que Moreau voulait forcer les vals d’Enfer et de la Kinzig pour gagner les sources du Danube, et tourner la gorge du Kniebis. Il manœuvra comme s’il eût dû être forcé par sa droite.

    Les deux corps français qui avaient passé le Rhin restèrent, le 26, dans leurs positions. Le 27, Sainte-Susanne, masquant sa retraite avec un rideau de troupes, repassa le pont de Kehl et marcha sur Brisach.

    Saint-Cyr se porta vers Saint-Blaise, après avoir occupé Fribourg, et laissé la division Tharreau à l’entrée du val d’Enfer. Moreau déboucha de Bâle le même jour, et vint s’établir entre Lauffenbourg et Sebonau. La grosse cavalerie de d’Hautpoul arriva à Neubourg et à Mulheim. Saint-Cyr, le 28, poursuivit sa route sur Saint-Biaise. La division Baraguay-d’Hilliers franchit le col de Neuhoff et se lia avec Richepanse dont la gauche occupait Schonau. Celui-ci détacha aussitôt son avant-garde sur Saint-Blaise. Le passage de l’Alb, quoique défendu par trois redoutes, fut tourné et enlevé par Delmas.

    Le Rhin était passé, l’armée française en pleine manœuvre ; Kray, ne sachant quel parti prendre, avait laissé à Moreau tout le temps nécessaire pour exécuter son plan.

    Le 29 et le 30, le général en chef français rectifia sa ligne. Le corps de bataille fut posté en avant de Waldshut s’étendant à gauche vers Saint-Blaise. Sainte-Susanne traversa le Rhin le même jour à Brisach, et arriva à la tête du val d’Enfer.

    Lecourbe ne traversa le Rhin que le 1er mai, à Paradis et à Richlingen. Deux bataillons, jetés sur la rive droite, facilitèrent la construction d’un pont, où passa le reste de l’aile droite. La division Vandamme se dirigea sur Hohentweil en remontant l’Aach. La division Montrichard se porta à Randegg, et se plaça sur les routes qui vont à Engen et à Stokach. La division Lorges marcha sur Schaffouse. Une de ses brigades, aux ordres du général Goullu, eut à soutenir un rude combat au village de Busingen. Néanmoins la division occupa les hauteurs de Schaffouse et se lia le même jour avec Moreau.

    Pendant ce combat de Busingen, Vandamme faisait capituler le fort d’Hohentweil, garni de trente-six bouches à feu, approvisionné pour trois mois et situé sur un point inaccessible. L’armée française se trouva ainsi réunie sur la Wutach dans les premiers jours de mai, à l’exception du corps de Sainte-Susanne, dont une division tenait Neustadt, dont les deux autres occupaient Fribourg et le val d’Enfer, observant Kienmayer et Starray.

    Moreau se rapprocha de l’aile droite et concentra la réserve entre Thayngen et Schaffouse. Saint-Cyr remplit par quelques troupes le vide qu’avait laissé ce mouvement. Lecourbe porta sa droite à Uberlingen et son centre en avant d’Hohentweil, tenant ainsi les routes de Schaffouse à Engen et Stokach.

    Pendant ces opérations, qui ne s’exécutèrent qu’assez lentement, Kray, de son côté, ordonna divers mouvements et concentra, le 2 mai, une grande partie de ses troupes vers Engen, dans le but de gagner le lendemain les hauteurs de Stokach pour y combattre avec ses forces réunies, ou protéger au moins l’évacuation de ses magasins, rassemblés assez imprudemment sur les points les plus avancés de sa ligne.

    Le général autrichien, quoique surpris, en quelque sorte, par les manœuvres de son adversaire dont il n’avait pas d’abord compris le but, avait néanmoins réuni dans la position d’Engen avec une masse d’environ 45 000 hommes.

    On ne conçoit pas comment avec ces forces, il ne profita point de la lenteur des mouvements de Moreau et des passages successifs du Rhin, par les divers corps de l’armée française, pour attaquer ces corps et les écraser séparément.

    Moreau, tirant habilement parti de l’erreur où la première manœuvre de Sainte-Susanne avait jeté son ennemi, résolut de l’attaquer avant que l’aile droite impériale que Starray ramenait par la haute vallée du Necker l’eût rejoint, et d’empêcher ainsi un changement de front en arrière. Ce changement aurait eu pour résultat de rétablir la ligne de bataille des Autrichiens, en affermissant leur gauche dans la position de Stokach.

    Le général français se proposait de tourner cette aile gauche pour la séparer du lac de Constance et s’établir sur la ligne d’Eugen à Stokach, où se trouvaient les magasins ennemis. Lecourbe, qui avait quitté, le 2 mai, Hohentweil et s’était rapproché de Stokach, devait être chargé de cette dernière opération, pendant que Moreau, avec la réserve, se porterait lui-même de front sur Engen, et que Saint-Cyr marcherait sur la droite de cette position.

    Le 3 mai, au point du jour, Lecourbe se mit en marche sur trois colonnes et assaillit Stokach, que défendait avec 12 000 hommes le prince Vaudémont de Lorraine. Vandamme, à la droite, tourna la position par Bodman et Walwhies. Au centre, Montrichard, accompagné de la réserve de cavalerie du général Nansouty, marcha directement sur Stokach au pas de charge par la chaussée de Singen.

    Lorges, à la gauche, partagea sa colonne en deux sections : l’une, qu’il conduisit lui-même, alla renforcer le corps de Moreau, alors en mouvement sur Engen ; l’autre, aux ordres du général Goullu, remonta le vallon de l’Aach pour couper entre Engen et Stokach la communication avec Kray.

    L’avant-garde de Vaudémont, postée au débouché des bois près Walwhies et Bodman, fut attaquée la première, et presque aussitôt rejetée sur le corps de bataille déployé en avant de Stokach et couvert par une ligne de cavalerie que Nansouty fit plier après une charge brillante.

    Les Français étaient plus nombreux, mais l’excellente position de l’artillerie ennemie retarda longtemps la défaite des Autrichiens ; enfin une vigoureuse attaque de Molitor permit à Vandamme de déborder la position et de menacer la ligne de retraite. L’ennemi fut intimidé : Montrichard, profitant de ce moment d’indécision, attaqua le centre et le fil plier. Ce mouvement, soutenu par une charge de la cavalerie Nansouty, détermina la défaite.

    Presque toute l’infanterie autrichienne mit bas les armes. Le prince de Lorraine, dont la retraite sur Engen était coupée par le mouvement de la brigade Goullu, s’enfuit par les routes de Moeskirch et de Pfullendorf, abandonnant aux Français 4 000 prisonniers, huit canons, 600 chevaux et des magasins contenant des approvisionnements de toute espèce.

    Moreau, pendant cette affaire, était aux prises avec Kray, et remportait à Engen, à six lieues de Slokach, une victoire également décisive, mais beaucoup plus contestée. Le général français, qui ne s’était décidé à livrer si promptement bataille que pour empêcher son adversaire de se masser à Engen, ignorait qu’il y eût déjà réuni 45 000 hommes. Moreau n’avait alors avec lui, y compris la partie de la division Lorges, détachée du corps de Lecourbe, qu’environ 32 000 combattants.

    Saint-Cyr se trouvait encore avec le centre à Stüblingen, à six lieues sur la gauche. Moreau lui envoya l’ordre de se porter en toute hâte sur Engen, en flanquant la gauche du corps de réserve. Mais, prévoyant la longueur de cette marche, il ne crut pas néanmoins devoir attendre son arrivée, et seulement avec ses 32 000 hommes de troupes disponibles, il aborda de front les positions ennemies.

    Le terrain qui allait devenir le théâtre de la bataille, est très boisé, couvert de villages, et raviné par les sources d’une petite rivière nommée l’Aach, ce qui le rend propre à la défensive.

    Kray sut profiter assez habilement de cette disposition. Il avait posté en avant de Wetterdingen, pour couvrir son flanc gauche, une forte avant-garde, qui, ayant été rejetée par Delmas au-delà du village, s’établit sur un plateau favorable au jeu de l’artillerie. L’infanterie autrichienne garnissait un bois contigu au village de Welchingen. Cette nouvelle position était dominée par la hauteur de Stülhausen, sur laquelle, Lorges, déployé a la droite de Delmas, eut ordre de se porter. L’avant-garde autrichienne fut encore chassée du plateau où elle s’était retirée, et les troupes qui garnissaient le bois, ayant alors été chargées par Delmas et Grandjean, furent en quelles instants forcées à la baïonnette.

    Le mamelon ou plutôt le plateau de Hohenhowen, au bas duquel s’étend la grande plaine d’Engen, était le point le plus élevé de cette position qu’il domine et dont on pouvait le regarder comme la clef.

    Kray l’avait fait couvrir de retranchements à l’abri desquels se ralliait son infanterie repoussée des villages ; la force de cette position s’accroissait encore d’une masse de 15 000 chevaux déployés dans le lieu le plus découvert de la plaine.

    Moreau appuya sur sa gauche pour se réunir le plus tôt possible à Saint-Cyr, et envelopper Engen par les hauteurs qui sont au nord. Il avait chargé le général Richepanse, avec une des trois divisions de la réserve, de tourner la position par Wetterdingen et Leipferdingen.

    L’artillerie ennemie fit d’abord essuyer de très grandes pertes à Richepanse. Kray, pour déjouer son attaque, résolut de faire un effort par le village de Welchingen, afin de se placer entre les divisions Delmas et la brigade Bastoul, de la division Leclerc, qui s’y appuyaient, l’une par la droite, l’autre par la gauche. Moreau, sans cesser sou mouvement oblique vers sa gauche, et pour déconcerter la manœuvre du général autrichien, qui eut un commencement de succès, fit attaquer vivement le village d’Ehingen qui servait de pivot à la gauche de l’ennemi, et par où celui-ci pouvait être tourné.

    Une brigade de carabiniers et cinq bataillons de la division Lorges, conduits par le général Bontems, marchèrent sur ce point où s’engagea une lutte acharnée. Ils s’emparèrent du village, malgré le feu de douze pièces qui les prenaient de front et d’écharpe. Kray y dirigea aussitôt huit bataillons de grenadiers et toute sa cavalerie. Le choc de cette masse fut si impétueux, que les Français se virent forcés d’abandonner Ehingen. Le désordre où ils étaient, leur aurait fait essuyer une grande perte, si Moreau n’était accouru avec la moitié de la division Leclerc et la réserve de cavalerie de d’Hautpoul. Il rallia les fuyards, rétablit le combat et reprit en partie le village. Le jour était alors sur son déclin.

    Le combat continuait néanmoins sur tous les points. On entendait à la droite de l’ennemi, derrière Hohenhoven, le feu de Richepanse dont la gauche n’avait pas cessé d’être a découvert et sans appui. L’ennemi avait en vain fait des efforts inouïs pour l’envelopper.

    Saint-Cyr, qui s’était mis en marche à cinq heures du matin, avait été constamment harcelé par Nauendorf, et avait eu à livrer de rudes combats à la chapelle Sainte Ottilie, au défilé de Zolham et sur les hauteurs en arrière de Riedeschigen.

    Nauendorf, repoussé sur les hauteurs de Leipfertingen, s’y réunit au prince Ferdinand, dont le corps, formé de vingt bataillons et de quatorze escadrons, avait la droite à l’Ostrach, la gauche au bois de Stetten, et enfilait avec une batterie le ravin par où les Français devaient passer. Un combat plus terrible encore que les précédents, s’engagea sur ce point.

    Saint-Cyr, ayant été renforcé par la division Ney, restée d’abord en arrière, força les Autrichiens à se retirer dans la direction de Stetten : sa jonction avec la réserve put dès lors s’effectuer. La division Baraguey-d’Hilliers se porta aussitôt, par la lisière des bois, au soutien de Richepanse. La brigade Roussel, arrivée la première en ligne, attaqua impétueusement la droite du corps que Richepanse avait en tête.

    Le combat fut longtemps indécis, à cause des troupes fraîches que Kray ne cessait d’envoyer sur ce point ; mais Richepanse, rassuré sur sa gauche, fit un nouvel effort contre Hohenhöwen, qu’il parvint enfin à emporter. Delmas concourut à cette attaque, après laquelle Moreau forma sa ligne, adossée aux bois sur les revers du côté d’Engen.

    Kray, quoique ses deux ailes fussent rompues, défendit vigoureusement jusqu’à dix heures du soir sa dernière position. La nouvelle de l’échec du prince de Lorraine à Storkach acheva d’abattre les Impériaux, qui ne combattaient plus que pour assurer leur retraite, et accrut le courage des Français.

    Lecourbe, après avoir isolé l’aile gauche ennemie du reste de l’armée, se dirigeait sur Mœskirch pour couper les communications des Autrichiens : Kray se hâta de l’y prévenir.

    L’archiduc Ferdinand se replia sur Tutlingen. Le gros de l’armée impériale prit la direction de Liptingen et de Mœskirch, afin de s’y réunir au prince Vaudémont qui avait rétrogradé sur ce point par la roule de Pfullendorf.

    La division Tharreau, détachée par Saint-Cyr du côté de Blumberg, n’avait eu qu’un engagement sans importance avec Giulay. qui se réunit pendant la nuit au corps du prince Ferdinand.

    Cette bataille coûta à chaque armée 6 à 7 000hommes hors de combat. Les Français firent en outre 7 000 prisonniers, et enlevèrent à l’ennemi quelques pièces de canon et d’immenses approvisionnements de tout genre.

    Mais un des plus importants résultats de la victoire fut de relever le moral des troupes, abattu par les défaites nombreuses qui avaient signalé l’année 1799.

     

     

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