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    La bataille de Talentino

     

    La bataille de Tolentino

    D’après « Campagne des Autrichiens contre Murat en 1815 » – Guillaume Anne de Constant-Rebecque de Villars – 1821

     

    La contrée entre Tolentino, Macerata, la Chienti et la Potenza dans laquelle se passèrent les événements importants dont nous allons faire le récit, appartient, ainsi que les Marches, à la partie la plus peuplée de l’Italie.

    La Chienti, qui passe tout près de Tolentino, est un torrent qui, comme toutes les rivières de montagnes, est sujet à s’enfler subitement, mais dans son état ordinaire, offre plusieurs gués praticables, tant à l’infanterie qu’à la cavalerie. Près de Tolentino, non loin de l’Osteria di Sforza Costa, et plus bas, sur la route de Fermo, on la passe sur des ponts de bois ; en quittant Tolentino, le vallon de cette rivière s’élargit jusqu’à environ 2 000 pas.

    Les montagnes côtoient de très près la rive droite, tandis que la gauche offre aux regards une plaine de 1 500 pas, traversée par la chaussée, très bien entretenue, qui conduit de Tolentino à Macerata ; distance de cinq lieues.

    Cette chaussée quitte, à une lieue et demie de Macerata, près de l’Osteria di Sforza Costa, le vallon, et, tournant alors à gauche, pour gravir la hauteur, elle devient tellement escarpée et si difficile pour l’artillerie ou de gros chariots, qu’ils ne peuvent la monter qu’au moyen d’une augmentation d’attelage. L’on parvient alors à Macerata, situé sur le sommet de la côte élevée, qui forme la séparation et détermine le versant des eaux dans les vallées de la Chienti et de la Potenza.

    La ville est entourée d’une haute muraille capable d’une forte résistance et la contrée qui l’environne est couverte d’arbres fruitiers, ce qui présente l’aspect d’une épaisse forêt.

    Les routes qui aboutissent à cette ville sont : 1° La chaussée qui conduit, par une pente rapide, en trois quarts d’heure, dans la vallée de la Potenza. 2° Celle qui mène, dans la direction de Fermo, en deux heures de temps, à un pont de bois sur la Chienti. 3° Le chemin de traverse qui, suivant la sommité des hauteurs, vient aboutir à Monte-Milone, petite ville entourée de murs, située sur le sommet d’une haute montagne.

    Une mauvaise route de traverse établit la communication, tant de cet endroit avec la chaussée de Tolentino, que près de Molini avec la route, praticable pour les voitures du pays, qui conduit de San-Severino, sur la rive droite de la Potenza à Ricanati. Les montagnes, depuis l’Osteria de Monte-Milone jusqu’à Molini, sont couvertes d’une forêt de 1 000 à 2 000 pas de largeur, tandis que celles situées entre Monte-Milone et Macerata, sont dégarnies de bois. De Monte-Milone, on peut arriver, dans une heure de temps, par un sentier, aux fermes éparses de Madia.

    La contrée est ici ouverte, le plateau de cette côte uni, et, par-ci par-là, marécageux. Des ravins profonds, formée pu l’écoulement des eaux des fortes pluies, crevassent et s’abaissent le long de la pente de la côte principale, pour aller se perdre dans un ruisseau qui, coulant le long de la route pendant environ 3 000 pas, va la traverser près d’Arancia, pour se jeter dans la Chienti. De Madia, la côte s’élève de nouveau. Les pentes, du côté de la Chienti et de la Potenza, sont impraticables pour la cavalerie, et couvertes de bois à différents endroits.

    Tolentino est entouré d’une haute muraille, et le côté vers Macerata est capable d’une forte résistance. En une heure et demie de temps, on arrive, par un chemin, praticable pour les voitures, à San-Severino, situé dans la vallée de la Potenza. Dans toute cette étendue, le cours de la Potenza est à peu près parallèle à celui de la Chienti, et ses bords semblables à celle-ci, sous tous les rapports.

    Sur la droite de la Chienti, après que la Fiastra a réuni ses eaux à celles de la Chienti , les montagnes, depuis le point de Vomaccio, sont moins hautes, entièrement ouvertes et labourées. Par un mauvais chemin, on arrive à Urbisaglia et San-Ginesio. Pour aller à Vomaccio, on ne trouve que des sentiers ; derrière Vomaccio, les montagnes sont toutes couvertes de forêts. Cette courte description, suffira pour donner au lecteur une idée nette du champ de bataille.

    Le 1er mai, le lieutenant-général Bianchi arriva avec sa colonne à Tolentino. Il fit les dispositions nécessaires pour mettre cet endroit en état de défense, fit camper les troupes dans la proximité, sur différentes lignes, et envoya occuper l’Osteria di Monte-Milone par une partie de l’avant-garde, sous le général Starhemberg.

    Après avoir reconnu le pays et la position de l’ennemi, près de Macerata, il se décida à recevoir l’attaque sur les hauteurs de Madia, en avant de Tolentino, au cas que Murat tenterait de forcer le passage sur Foligno, par Tolentino. Si au contraire le roi annonçait l’intention de continuer sa retraite de Loretto sur Fermo, le général Bianchi avait résolu d’attaquer dès le lendemain Macerata, de marcher en avant jusqu’à l’embouchure de la Chienti, et d’envoyer, à marches forcées, un fort détachement, par Aquila, à Popoli, au soutien du major Flette.

    La difficulté du chemin, qui d’abord longe la côte de la mer Adriatique jusqu’à Pescara, et puis gravit les hautes montagnes des Apennins jusqu’à Popoli, faisait espérer, avec raison, que l’armée napolitaine, dont les flancs étaient continuellement menacés et inquiétés, et qui se trouvait constamment devancée par les troupes autrichiennes, pourrait être ainsi dissoute dans sa marche rétrograde, même sans bataille.

    Sur la nouvelle reçue de plusieurs côtés, que Murat avait le dessein de se replier sur Foligno, par Jesi et Fabriano, le lieutenant-colonel Menninger, du régiment des dragons du grand-duc de Toscane, fut envoyé avec un détachement, à Fabriano, avec l’ordre de s’opposer, dans ce cas, à la marche de l’ennemi, conjointement avec le capitaine Mühlwerth, auquel on prescrivit de se porter de St.-Lorenzo à Barra.

    Si le lieutenant-colonel se voyait forcé à la retraite, il devait se porter sur Foligno, et tâcher de se réunir alors aux deux bataillons de Croates et à la division de chasseurs, qui étaient en marche de Florence et qu’on attendait à Foligno, vers le 5 ou le 6. Au cas que l’ennemi n’avançât point sur Fabriano, le lieutenant-colonel, ainsi que le capitaine Mühlwerth, conjointement avec le détachement du capitaine de Constant-Villars, qui avait été poussé en avant par le général Neipperg, devaient marcher, selon les circonstances, vers Jesi et Cingoli.

    Le lieutenant-général Bianchi avait, fort avant dans la même nuit, reçu la nouvelle certaine que Murat était arrivé à Macerata, avec les divisions Pignatelli, Livron et Ambrosio, et qu’il avait pris position entre les routes de Tolentino et de Fermo, dans le dessein d’avancer sur Tolentino ; il avait également reçu du général Neipperg une lettre, datée de Pesaro le 29, et ne pouvait donc compter sur l’assistance de cette colonne. Se fiant sur la valeur de ses troupes, il résolut néanmoins d’accepter la bataille.

    Les forces qu’il avait à opposer à l’ennemi consistaient en douze bataillons et dix trois quarts d’escadrons, lesquels, déduction faite des troupes détachées au nombre de 733 hommes, formaient 9 809 hommes d’infanterie, 933 chevaux et 28 bouches à feu. L’infanterie de ligne, divisée en deux brigades, était commandée par les généraux Senitzer et Eckhardt. Le général Starhemberg commandait les troupes légères. La cavalerie de réserve consistait en six escadrons de dragons du régiment de Toscane, sous le général Taxis.

    En cas de revers, ce qui était bien à admettre parmi les choses possibles, vu la grande supériorité en nombre des troupes ennemies, commandées par un roi guerrier, le lieutenant-général Bianchi espérait pouvoir toujours assez retarder la marche de l’armée ennemie, pour donner le temps au général Neipperg de le rejoindre, et alors le succès n’était plus douteux.

    Le 2 de grand matin, le général autrichien rangea ses troupes, pour recevoir la bataille qui allait se livrer. Il fit occuper les hauteurs de Madia, dans l’alignement de Cassonne, par deux bataillons du régiment de Chasteler et un bataillon du régiment de Wacquant ; et dans l’alignement de Carmaggio, par un bataillon du régiment de Hiller, un bataillon de Simbschen et un escadron de dragons. Le général Senitzer commandait ces troupes, qui formaient l’aile gauche.

    Le centre et l’aile droite étaient sous les ordres du lieutenant-général Mohr. Sur la chaussée, près de l’Osteria de l’Arancia, et derrière le ruisseau de Cassone, il y avait un bataillon de Simbschen, un bataillon de l’archiduc Charles, le 9e bataillon de chasseurs, quatre escadrons, avec 24 bouches à feu, sous les généraux Starhemberg et Taxis. La hauteur près de Vomaccio était occupée par le bataillon de Modène, un bataillon de Hiller et quelques hussards.

    Un bataillon du régiment de l’archiduc Charles et une escouade de hussards, sous les ordres du général Eckhardt, furent envoyés dans la vallée de Potenza, pour couvrir le flanc gauche. Un bataillon de ce régiment occupait Tolentino, qui avait été mis, le mieux possible, en état de défense, pour, en cas de revers, arrêter assez longtemps l’ennemi, afin d’assurer la retraite. Les avant-postes étaient placés sur le côté droit de la vallée qui va de Contrada à l’Osteria di Sforza-Costa. Monte-Milone, Trebio, San-Lucia , Guiboli étaient occupés par des détachements d’infanterie, pour protéger les avant-postes. Les bagages furent renvoyés à Serravalle et Belforte.

    Dès le moment que Murat s’était décidé à tomber, avec ses forces supérieures, sur le général Bianchi, il avait fait ses dispositions avec beaucoup de sagesse et d’intelligence. Favorisé par la forte position de Scappezanno, et en général par le terrain, le lieutenant-général Carascosa Murat, avait réussi à retarder la marche du lieutenant-général Neipperg.

    Murat pouvait donc compter avec raison, vu sa grande supériorité de forces, soit de se frayer le chemin de Foligno, en remportant une victoire complète, soit de battre les deux colonnes autrichiennes, chacune séparément, et de se maintenir près d’Ancône.

    Les troupes qu’il avait rassemblées, le matin du 2 mai, près de Macerata, étaient composées : 1° de la division des gardes, restées au quartier-général ; 2° des deux divisions des gardes, sous les ordres des généraux Livron et Pignatelli, qui avaient été dans la Toscane ; 3° de leur réserve ; 4° de la division Ambrosio ; ce qui pouvait, en total, se monter à 16 ou 17 000 hommes, parmi lesquels il y avait 2 000 chevaux.

    Murat ne crut point que le général Bianchi oserait, avec ses forces si inférieures, accepter le combat, et il comptait entrer avec sécurité à Tolentino, dans la journée même, comme il a été prouvé par ses ordres, pour le logement et la nourriture des troupes, trouvés le 4 à la préfecture de Macerata. Mais apprenant, à sa grande surprise, que les Autrichiens l’attendaient de pied ferme, il sentit bien qu’il n’y avait pas de temps à perdre, et il prit aussitôt ses dispositions pour la bataille.

    L’armée napolitaine devait marcher, en deux colonnes principales, sur Monte-Milone et Tolentino. Deux colonnes auxiliaires devaient en assurer la communication. La plus grande partie de l’artillerie et de la cavalerie devait avancer sur la chaussée ; la presque totalité de l’infanterie, dans la direction de Monte-Milone.

    Il était onze heures du matin, lorsque les colonnes napolitaines s’ébranlèrent. Les avant-postes autrichiens, placés dans la partie droite de la vallée qui va de Contrade à l’Osteria di Sforza-Costa, avaient l’ordre de se replier lentement sur leurs soutiens. Un détachement de chasseurs s’arrêta trop longtemps devant Palomara, sur la plaine qui se trouve sur les hauteurs, à gauche de la chaussée ; il fut aussitôt attaqué par la cavalerie napolitaine, entouré, et, malgré une vive résistance fait prisonnier.

    Le lieutenant-général Bianchi, qui s’était rendu en personne auprès de cette troupe, avec le chef de son état-major, le colonel Fleischer, et quelques autres officiers de l’état-major général, pour l’encourager et la tirer de ce faux pas, courut lui-même le plus grand danger. Un escadron des hussards du régiment du prince régent, qui se trouvait dans la proximité, ne s’en fut pas plutôt aperçu, qu’il chargea, avec la plus grande intrépidité, l’ennemi infiniment plus nombreux, et délivra, en grande partie, les chasseurs.

    Les Napolitains s’étaient aussi avancés, en même temps, par Sforza-Costa. Six escadrons marchant, formés en bataille, couvraient, comme avant-garde, le mouvement de la colonne ; mais à peine eurent-ils fait une demi-lieue, qu’ils furent attaqués par trois escadrons des hussards du prince régent et culbutés sur leur infanterie, sous la protection de laquelle ils parvinrent à se reformer à une grande distance.

    Le général Starhemberg, d’après les ordres donnés, fit passer les hussards sur le premier pont, puis sur le second, et leur fit prendre une position près de Castelletto. L’infanterie légère prit la sienne, entre Palomareto et la partie droite de la vallée. Le pont était défendu par six bouches à feu. Le petit bois et les broussailles, ainsi que la côte à gauche de Palomareto sur le chemin qui conduit de Monte-Milone à l’Osteria di Sforza-Costa, était occupé par des tirailleurs autrichiens.

    Cependant les Napolitains avançaient sur le côté gauche de la vallée qui est devant l’Osteria di Sforza-Costa, précédés d’un rideau de nombreux tirailleurs, et se formèrent en bataille. La fusillade devint, dès ce moment, générale et très vive, sur toute la ligne. Les batteries commencèrent leur feu, de part et d’autre, tant sur la chaussée que dans la plaine.

    Les troupes légères autrichiennes, pressées par la forte avant-garde ennemie, se replièrent sur leurs soutiens, dans la direction de Monte-Milone et de Trebio, par la vallée de Palomareto. Le détachement qui était près de Palomareto, se replia sur San-Lucia. Le général Starhemberg se vit, dans le même moment, obligé de quitter la vallée de Palomareto, et de se replier vers l’Osteriar di Monte-Milono.

    Les Napolitains suivaient par tout de près les Autrichiens qui se retiraient. Ils attaquèrent aussi les hauteurs de San-Lucia, avec beaucoup de valeur ; un bataillon du régiment de Simbschen qui défendait ce poste, repoussa cependant toutes les attaques réitérées de l’ennemi et ne commença sa retraite sur Canto-Gallo, qu’après que l’ennemi fut parvenu à s’emparer des hauteurs de Monte-Milone.

    L’abandon des hauteurs de San-Lucia força dès lors le général Starhemberg de se retirer de l’Osteria di Monte-Milone à Arancia. La cavalerie napolitaine, qui suivait de près les Autrichiens, profitant aussitôt de ce mouvement, coupa du pont, un détachement du régiment de Simbschen, sous les ordres du lieutenant-colonel Stankovich. Après une courageuse résistance, cet officier et la plus grande partie de sa troupe furent sabrés, le reste fait prisonnier.

    Le lieutenant-général Mohr retira, à présent, la plus grande partie des troupes, sur l’autre côté du vallon de Cassone, et plaça son artillerie sur des hauteurs à pentes douces, qui commandaient et balayaient avec avantage toute la route.

    Le général Starhemberg se maintenait dans Arancia et Guiboli. L’ennemi dirigea alors ses attaques sur le pont, devant Arancia. Comme il y manquait de troupes, la compagnie de pionniers du capitaine Keck, fut employée à la défendre et y rendit des services importants. Tous les assauts sur le pont d’Arancia furent repoussés. Il fut impossible à l’ennemi de pénétrer plus loin, et le combat se borna ici, de part et d’autre, à une fusillade et canonnade.

    Pendant qu’on combattait au pont d’Arancia, la colonne ennemie qui s’avançait par les montagnes, était parvenue à Monte-Milone, et commençait à descendre vers Canto-Gallo.

    Les avant-postes autrichiens firent d’abord la plus vive résistance, mais se virent ensuite forcés de céder, dès que le corps principal se fut avancé et eut renouvelé l’attaque avec des troupes fraîches. Les troupes autrichiennes se replièrent lentement et en bon ordre vers Madia et Cassone.

    Il était alors près de cinq heures du soir, et le général Bianchi, ne voulant point laisser l’ennemi, pendant la nuit, si près de sa principale position, ordonna en conséquence au général Senitzer d’avancer avec quatre bataillons et de rejeter l’ennemi dans les bois, par Vedova et Canto-Gallo. Cet ordre fut exécuté avec le plus grand sang froid. Les troupes autrichiennes s’avancèrent sans faire feu et l’arme au bras au son de leur musique guerrière. Les napolitains cédèrent partout le terrain, et allèrent se former à l’entrée du bois de Monte-Milone, dans l’attente d’une attaque sérieuse. Ceci cependant n’était pas dans le plan du général autrichien ; et la nuit tombante vint aussi s’opposer à toute entreprise ultérieure. Dès qu’il fit tout à-. fait obscur, le général Bianchi fit rétrograder dans le plus grand silence ses bataillons, dans leur première position. Les avant-postes seuls restèrent à Vedova et Gallieso, vis-à-vis des Napolitains qui occupaient la lisière du bois.

    Murat prit, cette nuit, sa position avec ses principales forces, près de Monte-Milone, Trebio et San-Lucia. L’avant-garde qui se trouvait près au 3mal » d’Arancia fut retirée derrière le ravin d’Osteria di Monte-Milone, mais les avant-postes qui se trouvaient à la droite restèrent. Le général Starhemberg poussa ses extrêmes avant-postes sur la grande route, jusqu’à l’Osteria di Monte-Milone.

    Les Napolitains s’étaient battus ce jour-là avec beaucoup de valeur. Leurs nombreux tirailleurs avaient montré de l’intrépidité et une grande adresse. On avait vu un grand nombre de leurs officiers, qui, devançant la tête de leurs troupes, les excitaient, par des paroles et par des gestes, au courage et à la fermeté. Néanmoins leur marche fut tellement retardée par la résistance des Autrichiens, qu’ils ne se virent que vers le soir dans la situation de pouvoir entreprendre une attaque sur la position principale de Madia, attaque qui cependant n’eut pas lieu, puisqu’ils furent eux-mêmes attaqués et rejetés dans les bois.

    Au lieu de passer la nuit à Tolentino, Murat dut rester à Macerata, et il ne put se dissimuler combien la perte de cette journée pouvait lui devenir funeste, par l’approche du corps du général Neipperg.

    Le lieutenant-général Bianchi avait reçu du général Neipperg, une lettre datée de Mondolfo le 1er mai à neuf heures du matin. Elle marquait : « que le général Carascosa se trouvait dans la forte position de Scapezzano, mais qu’il espérait néanmoins que la colonne du major Socher, qu’il avait envoyée par les montagnes sur le flanc gauche de l’ennemi pour tourner la position, le forcerait à la retraite ; le feu des vaisseaux ennemis, y était-il dit, mettait obstacle à pouvoir avancer avec le corps d’armée sur la chaussée qui longe la mer ».

    Le lieutenant-général Bianchi répondit à cette lettre, le 2, à quatre heures de l’après midi du champ de bataille de Tolentino. Il fit savoir au lieutenant-général Neipperg : « qu’à onze heures, Murat, avec les divisions Pignatelli, Livron et Ambrosio, l’avait attaqué ; que le combat durait toujours, et qu’il ne maintenait sa position qu’avec difficulté. Il espérait à présent que le général Neipperg essaierait d’avancer par Jesi, et de se mettre en communication avec lui, par Cingoli, où le lieutenant colonel Menninger avait ordre de se rendre avec les détachements qui étaient à Pergola et à Fabriano ; qu’il attendait une attaque générale pour le lendemain. Si les circonstances l’exigeaient, il se replierait à Camerino, et procurerait, par là, le temps au général Neipperg d’opérer, par Jesi, sur Fabriano, ou par Cingoli et Montecchio, sur les derrières de l’ennemi ».

    Comme la lettre du général Neipperg prouvait qu’il ne pouvait arriver que difficilement à Jesi avant le 3, il était clair qu’il n’y avait pas à compter sur son assistance, pour la bataille qui devait se renouveler le lendemain. Dans cet état de choses, la position du général Bianchi était fort critique, ayant la certitude que le roi mettrait le lendemain tout en œuvre pour exécuter son dessein, et renouvellerait l’attaque avec des forces bien supérieures à celles qu’il avait employées dans cette journée.

    Les calculs ordinaires et les conseils de la prudence prescrivaient de se tirer de ce pas dangereux par une retraite nocturne. Mais le général Bianchi embrassant, avec ce tact et ce coup d’œil qui caractérisent le génie militaire, l’importance du moment, le vrai de sa situation et celle de l’ennemi : se fiant à lui-même et à la valeur bien connue de ses troupes, résolut d’accepter, le lendemain, la bataille.

    Murat avait résolu de tenter, le 3, avec des forces considérablement augmentées, ce qui ne lui avait pas réussi le 2. La plus grande partie de la division Lecchi arriva à Macerata, le 2 au soir ; une brigade de la division Carascosa, le 3 au matin.

    L’armée napolitaine, rassemblée près de Macerata, était, dans ce moment, composée de 26 500 hommes, dont 3 500 de cavalerie. Elle avait 35 bouches à feu. Celle du général Blanchi, d’environ 10 000 hommes, dont 860 chevaux et 28 bouches à feu. Avec ces forces supérieures de plus du double, Murat espérait de vaincre bientôt toute résistance ultérieure des Autrichiens, et ce fut avec une pleine confiance au succès, qu’il donna la disposition suivante pour la bataille.

    L’armée devait avancer en trois colonnes principales. La première, sous les ordres immédiats du roi, composée de la garde, d’une brigade de la division Carascosa , de la cavalerie et de l’artillerie, devait commencer le combat par l’attaque d’Arancia, et attirer à soi les forces de l’ennemi ; la seconde colonne, formée d’une brigade de la division Lecchi, devait se porter par les hauteurs delle Specie sur Vomaccio, en déloger l’ennemi, tourner les positions dans la vallée, et se porter sur les communications des Autrichiens, en débouchant par Tolentino. La troisième colonne, qui était formée de la division Ambrosio, devait attendre le résultat des attaques des deux autres, et, en se tenant à portée, n’avancer qu’après que les Autrichiens se seraient affaiblis, pour soutenir le poste d’Arancia, où il lui serait dès lors facile de s’emparer de ces hauteurs.

    Le 3 de grand matin, les avant-postes autrichiens firent rapport qu’on apercevait de grands mouvements dans le camp ennemi, près de l’Osteria di Monte-Milone. Peu après, on vit les Napolitains déboucher en trois colonnes ; la première, composée de la garde et de quelque infanterie de ligne, marchait sur Guiboli ; la seconde colonne, formée pour la plus grande partie de cavalerie, avançait sur la chaussée, au centre vers le pont d’Arancia. La troisième, composée pour la plupart d’infanterie, suivait le long du bois, vers le château d’Arancia. Ce poste pouvait d’autant moins être défendu contre des forces supérieures, qu’il n’y avait qu’un seul pont sur le ravin de Cassone, et qu’une retraite forcée pouvait avoir ainsi les suites les plus funestes.

    Le général Starhemberg évacua donc Arancia et Guiboli. Pour soutenir cette avant-garde, le lieutenant-général Mohr avait posté deux batteries, l’une à droite et l’autre à gauche de la grande route, derrière le ravin de Cassone, qu’il avait fait occuper en force, ainsi que le village même, par de l’infanterie. Protégée par cette mesure, l’avant-garde traversa sans aucune perte le ravin, et prit sa position dans la ligne de bataille. Les Napolitains occupèrent alors Arancia, placèrent leur artillerie fort avantageusement à gauche du ravin, et une vive canonnade commença de part et d’autre.

    Pendant que ceci se passait sur la grande route, la colonne commandée par le général Pignatelli-Strongoli se portait sur Canto-Gallo et Cassone, par Guiboli ; elle occupa bientôt Canto-Gallo, et repoussa les avant-postes autrichiens derrière le ravin qui se trouve entre Canto-Gallo et Cassone. Murat se rendit alors en personne auprès de cette colonne, avec quelques régiments de cavalerie et deux batteries d’artillerie volante. Il posta l’une de ces batteries près de Canto-Gallo, pour diriger son feu sur les tirailleurs autrichiens, qui entretenaient la plus vive fusillade près de Gallieso et Vedova. L’autre batterie devait canonner Cassone, pour en éloigner les Autrichiens et les forcer à abandonner le ravin et le bois, afin d’en faciliter, à la colonne napolitaine du centre, le passage, que Murat allait donner l’ordre d’exécuter.

    A peine le roi s’était-il rendu maître d’Arancia, que le lieutenant-général Ambrosio avait, de son côté, repoussé par de nombreux tirailleurs, les avant-postes autrichiens qui défendaient Galieso et Vedova, et avait occupé ce dernier endroit par un bataillon du second régiment de ligne, pour servir de soutien à ses tirailleurs. Les Autrichiens se voyant alors pressés de front par des forces supérieures, et pris en flanc par le feu ennemi, se rapprochèrent de leur position principale ; mais, renforcés aussitôt par quelques détachements, ils empêchèrent néanmoins l’ennemi de faire plus de progrès.

    Il n’entrait point encore dans les vues du général Ambrosio d’en venir à une attaque sérieuse, et, tenant donc son corps d’armée toujours caché dans le bois de Monte-Milone, le combat des tirailleurs se prolongea ici pendant assez longtemps, avec beaucoup d’adresse de la part des Napolitains, et avec autant de fermeté de celle des Autrichiens. Cependant le roi s’étant aperçu que la batterie avait dirigé avec beaucoup de succès son feu sur Cassone, crut qu’il était temps d’attaquer cet endroit. Les gardes passèrent le ravin et exécutèrent leur attaque avec une grande bravoure.

    Le petit nombre d’Autrichiens qui défendaient Cassone et le bois attenant, y opposèrent la plus vaillante résistance. L’endroit fut pris et repris plusieurs fois. On se battit avec acharnement à la baïonnette, et le succès resta longtemps indécis. Enfin les Napolitains parvinrent à se maintenir dans la possession de Cassone et à forcer les Autrichiens à se retirer dans le bois. Murat fit aussitôt avancer deux canons sur Cassone, et ordonna à ses gardes de passer de l’autre côté du ravin et de se porter sur la grand route. En même-temps, il ordonna à sa cavalerie d’avancer sur la chaussée, aussitôt que les Autrichiens auraient abandonné le pont.

    Il était de la plus haute importance pour les Autrichiens d’empêcher l’ennemi de passer le attaque ravin de Cassone. Aussi le lieutenant-général Mohr fit tous ses efforts pour s’y opposer. Ses troupes rivalisaient de bravoure, et, toutes les fois que la garde napolitaine tenta de franchir le ravin profond, elle se voyait repoussée avec une perte considérable.

    Murat, voyant qu’il n’y avait pas moyen de passer par ici, dirigea son attaque de Cassone sur Madia, en suivant le long des montagnes ; mais le général Senitzer, qui occupait la hauteur avec deux bataillons, fit échouer toutes ses tentatives et repoussa ses attaques réitérées avec la plus grande valeur.

    Cependant le feu était devenu de plus en plus violent à l’aile gauche. Les tirailleurs napolitains s’approchaient de près de la position autrichienne, et le bataillon destiné à les soutenir se hasarda de Vedova, en plein champ. En même temps, les colonnes ennemies se montrèrent à la lisière du bois et parurent vouloir déboucher.

    Le lieutenant-général Bianchi, s’apercevant que les tirailleurs napolitains et le bataillon commandé à leur soutien s’étaient trop éloignés de leur corps d’armée, résolut d’en tirer parti, avant que la colonne ennemie s’approchât. Il envoya donc aussitôt l’ordre au lieutenant-général Mohr de se maintenir dans sa position jusqu’à la dernière extrémité, sans s’inquiéter pour l’aile gauche dont il aurait soin lui-même, et l’invita de lui envoyer, sur le champ, un renfort de deux escadrons. Il ordonna en même temps au régiment de Chasteler d’avancer en colonne d’attaque, au son de la musique, et à l’escadron du grand-duc héréditaire de Toscane, sa seule cavalerie, de se porter dans le flanc droit de l’ennemi, et de fondre sur le bataillon de soutien napolitain, qui s’était formé en carré.

    Le régiment de Chasteler, conduit par son commandant, le colonel Paumojarten, s’avança avec la plus grande intrépidité. Les nuées des tirailleurs ennemis s’enfuirent vers leur soutien. Dans ce même moment, l’escadron de Toscane, sous les ordres des capitaines Henn et Munichhausen, vint fondre sur le carré, avec une bravoure à laquelle rien ne put résister. Il dispersa dans un instant la masse ennemie ; tout ce qui ne se rendit pas fut sabré ; aucun homme n’échappa.

    Murat vit la défaite des siens, de la hauteur de Canto-Gallo, sur laquelle il resta pendant presque tout le combat. Il voulut envoyer à leur secours sa cavalerie, mais elle s’engagea dans le terrain très marécageux qui est de ce côté et ne put avancer.

    Après avoir remporté ce succès, le lieutenant-général Bianchi fit de suite rentrer ses troupes dans la position. Un bataillon du régiment de Chasteler et un bataillon de Wacquant occupaient la hauteur, en première ligne ; le second bataillon de Chasteler, avec l’escadron de Toscane, placé derrière la pente, formaient la seconde ligne. On n’envoya que peu de tirailleurs en avant, avec l’ordre de se replier sur le flanc, à l’approche de l’ennemi.

    Sur ces entrefaites, la colonne de l’aile gauche napolitaine, sous le lieutenant-général Lecchi, avait envoyé de forts détachements, de Rela di Cheti à Urbisaglia et San Ginesio, où les Autrichiens n’avaient que de faibles patrouilles. Cette colonne continua de s’approcher lentement de Contrada, d’où les avant-postes se retirèrent, et arriva devant les hauteurs de Vomaccio, à peu près au moment où le roi venait de prendre Cassone.

    Les hauteurs de Vomaccio furent dès lors attaquées, mais sans succès. L’ennemi avait commis la faute de s’affaiblir par de trop nombreux détachements, et cela mit le bataillon de Modène et le bataillon de Hiller, dans la possibilité de défendre seuls cette position et de repousser toutes les attaques de l’ennemi. Le bataillon de Modène y déploya le plus grand courage, à côté des valeureux Hongrois, et se montra digne de la confiance qu’on lui avait témoignée, en le plaçant à un poste aussi important.

    Il était alors environ midi. Tout d’un coup, l’on vit déboucher par Gallieso une forte colonne de troupes fraîches et l’on reconnut aussitôt que c’était celle de l’aile droite napolitaine, qui avait été masquée jusqu’ici par les bois, et dont l’avant-garde seule s’était montrée et avait été, pour la plus grande partie, sabrée. Quelques détachements de la garde vinrent se réunir à cette colonne.

    Les Napolitains, intimidés par le revers qu’avait essuyé le bataillon du second régiment de ligne, et voulant se mettre à l’abri de la cavalerie autrichienne, se formèrent, aussitôt qu’ils eurent débouché, en quatre grands carrés qui se suivaient en échelons. La force de ces troupes pouvait se monter à 8 ou 9 000 hommes.

    Le moment décisif de la bataille était venu. Si les Napolitains réussissaient à rejeter les Autrichiens et à s’emparer des hauteurs de Madia, ils pouvaient dès lors pénétrer, par les montagnes, sur Tolentino, et la retraite des Autrichiens dans le vallon devait nécessairement s’ensuivre. Dans le moment que les Napolitains descendaient des hauteurs de Monte-Milone pour former leur attaque, le capitaine d’artillerie Kunerth parut sur les hauteurs de Madia.

    Déjà la veille, on s’était efforcé inutilement d’amener de l’artillerie sur ces hauteurs, et ce ne fut qu’après avoir vaincu des difficultés inouïes que le capitaine Kunerth parvint, par son activité infatigable, à y établir une batterie, au moment même où son arrivée était de la plus grande importance.

    Les Napolitains, qui ne s’imaginaient pas qu’il pût y avoir de l’artillerie sur les hauteurs de Madia, ne furent pas peu stupéfaits, quand ils se virent tout d’un coup assaillis par un feu des plus vifs. Néanmoins ils continuèrent de s’avancer avec beaucoup de fermeté, et sans marquer de l’hésitation, conduits par leur général Aquino. Arrivés à la portée efficace de la mitraille, le premier carré fit halte, et commença, de front, un feu de files bien nourri. L’artillerie, postée près de Canto-Gallo, redoubla le sien. Le régiment de Chasteler, animé par la présence du lieutenant-général Bianchi, restait inébranlable, avec l’arme au bras, en face de l’ennemi qui ne discontinuait son feu des plus vifs.

    Les Napolitains, qui s’étaient persuadés que les Autrichiens se retireraient devant tant de supériorité de forces, furent tellement frappés de leur contenance, qu’ils cessèrent leur feu, et les deux partis se trouvèrent ainsi, pendant quelques minutes, vis-à-vis l’un de l’autre à se regarder. Le général Bianchi, apercevant l’irrésolution de l’ennemi, et l’effet que produisait sur droite des lui le feu d’une batterie, donna ordre au général Taxis, qui arrivait avec deux escadrons de dragons du régiment de Toscane, de fondre sur le flanc droit du premier carré ennemi. Il fit en même temps battre la charge.

    Aussitôt le régiment de Chasteler marcha sur les carrés de l’ennemi, toujours au son de sa musique. L’effet de l’artillerie, le mouvement de la cavalerie, le souvenir de la défaite récente des leurs, l’assurance et la contenance ferme de l’infanterie, firent une telle impression sur les Napolitains, que tous les efforts de leurs généraux et de leurs officiers furent infructueux pour les déterminer à se porter en avant. Un flottement se manifesta dans leurs rangs, ils lâchèrent pied, et bientôt toute l’aile droite fut mise en déroute, et se hâta de gagner, en désordre, Gallieso où elle se reforma sur les hauteurs.

    Ce fut encore un grand bonheur pour l’ennemi, que la cavalerie autrichienne, en voulant gagner le flanc, s’était portée trop à gauche, où elle se trouva engagée dans un terrain marécageux, qui l’empêcha de tirer aucun avantage du désordre et de la consternation de l’ennemi.

    Le roi était témoin de la défaite des siens, des hauteurs de Canto-Gallo. Il devait en être navré, et sentir que, dans ce moment, son trône s’écroulait. La faute d’avoir fait avancer ses troupes formées d’aussi loin en quatre grands carrés, au lieu de les laisser en colonne, prêtes à se former en carrés, dès que l’attitude ou l’approche de la cavalerie autrichienne l’exigerait,  avait déjà intimidé le soldat et produit, pendant la marche, un peu de lenteur et quelque désordre ; et le manque total de cavalerie, pour protéger l’infanterie dans une contrée aussi ouverte, fut la seconde faute qui prépara les revers que l’effet subit et inattendu des batteries, le courage et la fermeté du régiment de Chasteler amenèrent.

    Dès que le lieutenant-général Mohr s’aperçut des succès remportés à l’aile gauche, il attaqua de son côté l’ennemi. Après une forte résistance, Cassone et le bois attenant furent pris, et l’ennemi fut rejeté au-delà du ravin qui se trouve entre Cassone et Canto-Gallo. Le général Eckhardt, qui avait déjà reçu l’ordre de s’avancer dans la vallée de la Potenza, s’était rendu maître, vers le même temps, du pont de Molini, et se préparait à marcher sur Monte-Milone.

    Après l’entière défaite de son aile droite , Murat vit bien qu’il ne pouvait plus espérer de se frayer un passage par la route de Tolentino, ni s’arrêter plus longtemps, pouvant prévoir, pour le lendemain , l’arrivée du lieutenant-général Neipperg, dont l’avant garde, sous le major Socher, était déjà en mouvement , de Jesi vers Macerata , par Filotrano. Pour toute retraite, il ne lui restait que le chemin de Pescara, le long de la mer. Dès le matin, il y avait déjà dirigé, de Fermo, les 4 000 hommes du général Minutullo, avec ordre de s’assurer d’Aquila, et d’empêcher les troupes autrichiennes du général Nugent, qui lui donnaient beaucoup d’inquiétudes, de se porter de ce côté. Murat s’arrêta donc à la résolution de se rendre, en toute hâte, avec toute son armée, à Popoli , par Fermo et Pescara, afin d’y arriver encore avant les Autrichiens.

    Le lieutenant-général Pignatelli reçut l’ordre d’atteindre encore le soir même Monte-Olmo, et d’envoyer l’artillerie à la gauche de la Chienti, à Fermo. La division Ambrosio devait se porter sur Macerata ; la brigade de la division Lecchi, sur l’Osteria di Sforza-Costa. Mais avant que les Napolitains reçussent l’ordre pour exécuter ces mouvements, les Autrichiens, poursuivant avec vigueur les succès qu’ils avaient obtenus, avançaient rapidement. Le lieutenant-général Bianchi avait envoyé le général Taxis, avec trois bataillons, vers Monte-Milone, le général Senitzer, avec deux bataillons, vers Canto-Gallo, et s’était ensuite rendu à l’aile droite auprès du lieutenant-général Mohr. Y étant arrivé, il fit avancer trois bataillons sur Guiboli, par Cassone, et donna l’ordre aux deux bataillons de l’aile droite de se porter, de Vomaccio par Retadi-Cheti, vers l’Osteria di Sforza-Costa.

    Pour sa personne, il résolut de joindre le général Starhemberg, en se mettant à la tête de toute la cavalerie, pour poursuivre l’ennemi sur la chaussée. Aussitôt que la cavalerie autrichienne eut passé au galop, le pont d’Arancia , l’infanterie napolitaine, sous les ordres des généraux Taquilla et Médicis , se jeta dans les bois qui se prolongent à droite et à gauche de la route de Guiboli, jusque vers l’Osteria di Monte-Milone, et tout le long de la Chienti. Les troupes qui s’étaient jetées dans ceux qui bordent la Chienti, traversèrent cette rivière et se portèrent de l’autre côté vers l’Osteria di Sforza-Costa ; les autres prirent la direction de Palomareto et tâchèrent ensuite de regagner la chaussée. La cavalerie napolitaine rebroussa, en toute hâte, sur la chaussée.

    Les généraux Taxis et Senitzer n’éprouvèrent aucune résistance dans leur marche, et le général Eckhardt, ayant occupé Monte-Milone, venait d’opérer sa jonction avec le général Taxis. Les Autrichiens se formèrent derrière Guiboli, sous la direction de Gallieso. L’arrière-garde de la division Ambrosio, qui elle-même était en marche vers la chaussée, ayant pris position près de Colle, les généraux Taxis et Eckhardt l’attaquèrent. L’ennemi se maintint jusqu’à la brune, et continua alors sa retraite sur Macerata. Les généraux Taxis et Eckhardt, après l’avoir fait poursuivre par quelques troupes légères, prirent position près de Monte-Milone.

    L’ennemi, pour arrêter la poursuite des Autrichiens sur la chaussée, avait établi une batterie derrière le ravin, qui se prolonge ici entre Palomareto et l’Osteria di Sforza-Costa jusqu’à la Chienti, et, protégée par elle, la cavalerie ennemie se reformait derrière cette artillerie. Le général Starhemberg, qui s’était avancé à la brune jusqu’à la bonne portée du feu de la batterie ennemie, mit ici fin à la poursuite, ce qui empêcha cependant point aux dragons de ramasser les ennemis dispersés, jusques sous le feu même de la batterie ennemie. Mais tout-à-coup, un feu vif se fit entendre dans le dos, et on apprit que c’était la division Ambrosio et les troupes qui avaient été dispersées vers Guiboli, qui, des hauteurs, descendaient sur la chaussée.

    A l’instant même, le général Starhemberg fit faire volte face à quelques escadrons, qui se précipitèrent avec intrépidité sur l’avant-garde ennemie, qui avait déjà atteint la chaussée ; elle fut culbutée et sabrée en grande partie. Le reste de la colonne ennemie renonça à l’idée de gagner la chaussée, et accéléra sa retraite, par les montagnes, sur Macerata et l’Osteria di Sforza-Costa.

    Le combat avait cessé de toutes parts ; on entendait seulement encore quelques coups de fusil, qui cessèrent également à la nuit tombante. L’aile droite autrichienne prit sa position près de Reta di Cheti. Le centre était posté devant l’Osteria di Monte-Milone. La gauche, à Monte-Milone. Des détachements étaient en avant de St.-Lucia et à Trebio. Les Napolitains occupaient l’Osteria di Sforza-Costa et Macerata, où Murat passa la nuit. Le lieutenant-général Carascosa s’était retiré, avec sa brigade, sur Ancône, d’où il continua, pendant la nuit, sa retraite vers Civita Nuova. Murat avait également fait continuer à son armée sa marche sur Fermo, où il s’était rendu lui-même peu avant le jour. De là, il fit embarquer à Porto di Fermo les malades, les blessés et une partie de sa grosse artillerie et de ses bagages, pour accélérer et faciliter à son armée les marches difficiles qu’elle avait à faire.

    L’arrière-garde de la division Lecchi, qui avait, comme nous l’avons vu plus haut, abandonné Filotrano, se retira vers Macerata, ville qui se trouvait alors occupée par une forte arrière-garde. L’armée napolitaine était dans le plus grand désordre, et les chefs avaient beaucoup de peine à rassembler leurs soldats dispersés, dans l’obscurité de la nuit.

    Le 4, le jour commençait à peine à poindre que le général Starhemberg continua la poursuite de l’ennemi, que la nuit lui avait forcé d’interrompre. La confusion et le désordre qui régnaient chez les Napolitains leur avait fait abandonner l’Osteria di Sforza-Costa. Le général Starhemberg, retenu par rien dans son mouvement, ne fit avancer sur Macerata qu’un faible détachement de hussards, sous les ordres du colonel Gavenda, et continua sa marche dans la vallée, sur le point où s’embranchent les routes de Tolentino à Civita Nuova et de Macerata à Fermo. Le chef d’escadron Ast était déjà arrivé de Monte-Milone devant Macerata, avec un escadron de dragons de Toscane.

    Une partie des Napolitains était en position, sous les ordres du général Le Major, devant la ville; une autre partie en parcourait les rues à la débandade. Il paraissait qu’il ne s’était pas attendu à voir arriver si vite les Autrichiens, et, lorsque le colonel Gavenda s’avança aussi de son côté, personne ne pensa plus à se défendre. Tout fuyait pêle-mêle par la route de Fermo.

    Sur ces entrefaites, le lieutenant-général Mohr était aussi arrivé à l’embranchement des deux routes. L’infanterie se forma au pied et sur la pente des montagnes, la cavalerie dans la plaine ; l’artillerie fut dirigée contre la chaussée de Macerata.

    Les Napolitains furent dans la plus grande consternation, quand ils aperçurent les Autrichiens sur leur ligne de retraite, et le désordre fut au comble, lorsque le lieutenant-général Bianchi , qui arrivait dans ce moment, fit avancer deux colonnes d’infanterie sur cette route. Toutes les troupes se débandèrent et s’enfuirent dans la déroute la plus complète, par de mauvais chemins de traverse et par des sentiers à travers les montagnes, vers Civita Nuova.

    Une grande partie des bagages du roi et de l’armée, la pharmacie militaire, plusieurs affûts et fourgons restèrent sur la chaussée et tombèrent dans les mains des Autrichiens. Le lieutenant-général Bianchi continua de faire poursuivre l’ennemi, le long de la Chienti et par-dessus Monte-Olmo, vers Ferme, par les troupes légères du général Starhemberg. Le général Senitzer reçut l’ordre d’avancer de Macerata vers Civita Nuova. Près de cet endroit, et près de San Guisto, sur la route de Ferme, où les troupes arrivèrent dans la soirée, il y eut des combats avec l’arrière-garde ennemie, auxquels cependant l’approche de la nuit mit bientôt fin.

    L’ennemi occupait San Guisto et Civita Nuova. L’infanterie du lieutenant-général Mohr resta à l’embranchement des deux routes. Les brigades Taxis et Eckhardt étaient restées dans leur position près de Monte-Milone, étant destinées à marcher sur Aquila, l’une par Tolentino, l’autre par Sermano et Arquata, pour prévenir l’ennemi à Popoli.

    Ainsi se termina cette bataille mémorable dans laquelle les Autrichiens, sous leur habile général, anéantirent l’armée et la puissance de Murat, et décidèrent ainsi du sort d’un royaume et d’une dynastie.

    Ce ne fut pas sans une perte sensible, quand on considère le petit nombre des combattants, qu’ils remportèrent cette victoire glorieuse. Ils avaient eu 5 officiers et 207 sous-officiers et soldats de tués, 27 officiers et 435 sous-officiers et soldats de blessés, et 2 officiers et 108 sous-officiers et soldats prisonniers.

    La perte des Napolitains, en morts et en blessés, se montait à environ 2 000 hommes ; parmi les blessés, se trouvaient les généraux de division Ambrosio et Pignatelli et le général de brigade Campana, le colonel et adjudant-général Ducca di Rocca Romana , qui mourut de ses blessures. On avait fait prisonniers le général et aide-de-camp du roi, Selliers, trois autres aides-de-camp, trois officiers d’état-major-général, 35 autres officiers et 2 219 sous-officiers et soldats ; nombre qui augmenta considérablement le 4, durant la poursuite. L’ennemi avait perdu en outre deux canons, six fourgons et plusieurs affûts, la pharmacie militaire, plusieurs milliers de fusils, une partie des bagages du roi et de ses ministres, plusieurs chevaux d’attelage et de monture, etc.

     

     

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