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    La bataille de la Bicoque

    D’après « Victoires, conquêtes, revers et guerres civiles des Français » – 1822

     

    Après la prise de Novare, rien n’arrêta la jonction de Montmorenci avec le maréchal de Foix. Ils prirent, en passant, Vigevano, et se hâtèrent de rejoindre Lautrec à Cassano, où celui-ci n’avait point rempli l’objet qui l’avait retenu dans ce poste. Sforce avait trompé sa vigilance, trop souvent endormie ; au moyen d’un grand détour, il s’était rendu a Festo, et, bientôt secondé par Prosper Colonne, qui était venu à sa rencontre, ils étaient entrés l’un et l’autre dans Milan.

    Ces jonctions étant ainsi opérées de part et d’autre, les deux armées étaient en mesure de tenter le sort des armes ; leurs forces étaient à peu près égales, elles étaient à une très petite distance l’une de l’autre, et tout semblait annoncer un événement décisif.

    Colonne, persuadé qu’il perdait sa gloire en se tenant enfermé dans des murailles, sortit de Milan pour tenir la campagne. Lautrec voulut faire le siège de Pavie : son artillerie et celle des Vénitiens battirent la place avec tant de vigueur, que les brèches permirent bientôt de livrer l’assaut.

    On disposa tout pour cette action ; mais Sainte-Colombe, lieutenant de la compagnie de Lautrec, exécuta mal les ordres dont dépendait le succès de l’assaut. Deux mille hommes d’infanterie à ses ordres ne soutinrent point, comme ils le devaient, quatre cents archers, qui, abandonnés, furent taillés en pièces ; cet échec empêcha l’assaut de réussir, et fit repousser les assiégeants avec beaucoup de perte pour eux. En outre, Prosper Colonne envoya au secours de la ville deux mille hommes d’élite. Ce détachement, à la faveur de la nuit et par la présence d’esprit de son chef, passa, avec autant d’habileté que de hardiesse, au travers du camp des assiégeants.

    Colonne ne s’en tint pas là, il marcha lui – même, avec toutes ses forces, pour faire lever le siège, et vint campera la Chartreuse, à trois milles du camp des Français ; mais les pluies ayant tellement enflé le Tésin, que les barques qui transportaient de la Loméline les vivres de l’armée française ne purent plus arriver, Lautrec fut obligé de s’éloigner. Il alla d’abord à Marignan pour recevoir des vivres du Lodessan et du Crémonois. Il prit ensuite la route de Monza, on il pouvait tirer des vivres du Bergamasque.

    Un intérêt pressant l’obligeait de s’avancer vers le nord du Milanais ; les Suisses, mal payés, commençaient à murmurer, et la caisse militaire était restée à Arona, sur la rive droite du lac Majeur.

    Moron, pour ôter aux Français toute communication avec cette ville, et pour enlever la caisse, si elle sortait, avait fait partir de Milan, Anchise Visconti avec un camp volant. Cet officier, étant venu occuper le poste de Festo, sur la rive gauche du lac Majeur et du Tésin, avait les yeux ouverts sur Arona et sur tout le cours du Tésin. Rien ne pouvait passer sans être exposé au feu de Festo. Il fallait donc forcer ce poste pour arriver à Arona, et payer les Suisses. Tous les autres postes, situés entre le Tésin etMilan, étaient occupés par les ennemis ; ce qui obligeait de faire un long circuit au levant de Milan; et de tourner ensuite au nord-ouest : ce fut pour prendre cette route que les Français allèrent d’abord campera Monza.

    Cette marche, qui rapprochait les Français de Milan, et qui les mettait à portée de surprendre cette place, inquiéta Colonne, qui se pressa de remonter vers Milan, et prit poste à la Bicoque, entre Lodi, Monza et Milan.

    La Bicoque était un vieux château, bâti dans un parc immense, où les anciens ducs de Milan venaient prendre le plaisir de la chasse. Ce parc, environné de toutes parts de profonds et larges fossés, pouvait renfermer un corps de vingt mille hommes, et formait naturellement un camp inexpugnable.

    La campagne des environs était coupée d’une infinité de ruisseaux, qui, suivant l’usage de la Lombardie, servaient à arroser les prairies. Colonne ajouta encore aux avantages de son campement, en faisant relever les bords des fossés, en élevant de distance en distance des plateformes qui dominaient la campagne, et sur lesquelles il plaça son artillerie.

    On ne peut se rendre raison de ces dispositions de la part de Colonne, et surtout de ses précautions si multipliées pour rendre son camp aussi fort, si, comme le disent les relations contemporaines, il ne pouvait pas, dans cette position, empêcher les Français de marcher sans obstacles vers Festo et Arona.

    C’était en effet le projet de Lautrec ; mais il ne fut pas, dit-on, le maître de le suivre. Les Suisses se plaignaient de ce qu’on fuyait devant Colonne, et surtout de ce que l’on ne les payait pas : en vain leur représenta-t’on qu’on s’approchait d’Arona, où était la caisse ; qu’on enlèverait aisément le poste de Festo avec des forces si considérables ; qu’alors la caisse passerait sans obstacle le Tésin, et qu’après les avoir satisfaits sur leur solde, on se rapprocherait de Milan, et on marcherait à l’ennemi ; qu’il n’était prudent ni utile de l’attaquer actuellement dans son camp de la Bicoque, si on ne voulait pas s’exposer à une défaite certaine.

    Les Suisses n’écoutèrent rien, et ils chargèrent Albert de La Pierrre de porter à Lautrec leurs dernières propositions; argent, congé ou bataille.

    Lautrec, emporté par son caractère bouillant, choisit des deux derniers inconvénients celui qui lui parut sans doute le moindre, et disposa tout pour le combat, ou plutôt pour sa défaite.

    Quelques historiens, pour excuser ce général, ont prétendu qu’il avait cédé malgré lui à la violence des Suisses; mais le bon Brantôme n’est pas de leur avis : « Il les devait très bien et beau laisser aller, et les recommander à tous les diables ; car jamais le fait ne va bien, quand il faut que le général obéisse à ses soldats, et combatte à leur volonté ».

    Comment, en effet, dit le judicieux Servan, pouvoir excuser une faute aussi grave ? Livrer une bataille, dont la perte était aussi évidente, sous le prétexte qu’une partie de son armée l’y forçait ! Encore ici les Suisses laissaient l’alternative de les congédier ! Que pouvait-il, après tout, en arriver ? L’affaiblissement de l’armée ? Mais elle pouvait alors effectuer facilement sa retraite, et prendre telle position où elle aurait pu s’assurer de ses vivres, se tenir sur la défensive, et attendre les événements.

    Eh quoi ! tous les généraux et les principaux officiers de l’armée étaient dans la conviction qu’on allait mener les troupes à une boucherie horrible et infructueuse, et ce même Lautrec, qui avait refusé à Rebec d’écraser, d’affamer ou de détruire dans sa retraite l’armée des confédérés, ose, avec une imprudence extrême, les attaquer dans une position où il doit s’attendre à une défaite honteuse et infiniment meurtrière.

    Quelques autres historiens veulent que ce maréchal ait fait pour cette funeste bataille les meilleures dispositions que le génie et la prudence pouvaient suggérer. Nous allons mettre nos lecteurs à même de juger si cette assertion est fondée.

    La gendarmerie, placée à l’avant-garde et commandée par le maréchal de Foix, devait attaquer un pont de pierre qui avait été reconnu la veille ; c’était le seul endroit par où il fût possible, à force de courage, de pénétrer dans le camp ennemi.

    Montmorenci, à la tête de huit mille Suisses, eut ordre d’attaquer le côté diamétralement opposé au pont. Comme il n’y avait là, aucun chemin par lequel on pût s’introduire dans le camp, il fallait traverser les fossés et franchir les retranchements. Cette attaque, devant être la plus meurtrière, appartenait naturellement aux Suisses, qui avaient voulu absolument combattre ; ils étaient appuyés par l’artillerie, tandis qu’un vallon les mettait hors de la portée de celle des ennemis.

    Lautrec se plaça, avec le maréchal de Chabanne, le bâtard de Savoie et le grand écuyer Saint-Sévérin, au corps de bataille, auquel on n’avait fixé aucune attaque particulière. Les Vénitiens formaient l’arrière-garde, sous le commandement du duc d’Urbin, qui, après avoir reconquis ses états, était venu rejoindre l’armée. Pierre de Navarre dirigeait les travaux des pionniers. Pont-Dormi, à la tête d’un corps de réserve, devait tout observer, se porter partout, et s’opposer a toutes les sorties que l’ennemi voudrait faire.

    A ces dispositions, que quelques historiens trouvent admirables, et par lesquelles le maréchal de Lautrec, disent-ils, s’était montré si supérieur à lui-même, qu’il méritait d’être couronné par le succès, Colonne opposa l’assiette de son camp et une sage distribution de ses troupes dans les différents postes. L’infanterie allemande et toute l’artillerie furent chargées de repousser l’attaque de Montmorenci. Sforce se chargea de défendre le pont avec quatre cents chevaux et six mille fantassins italiens de nouvelle levée. Le reste des troupes était répandu avec intelligence derrière les retranchements.

    Outre les dispositions dont nous venons de rendre compte, Lautrec s’était proposé de faire une attaque aux environs du pont de pierre, et, pour en assurer le succès, il avait fait quitter aux soldats chargés de l’entreprise la croix blanche, signal du parti français, et leur avait fait prendre des croix rouges, à l’instar de celles des troupes impériales : cette troupe devait s’avancer par la route de Milan à la Bicoque, pour persuader aux impériaux que c’était un renfort qui leur arrivait de cette ville ; mais Colonne, instruit par ses espions, afin d’éviter la confusion et la méprise dans la mêlée, distingua ses soldats en leur faisant mettre des épis de blé sur leurs casques.

    Le succès des deux principales attaques dépendait du concert qui régnerait entre elles. Suivant les ordres qu’il avait reçus, Montmorenci s’arrêta dans le vallon, où sa troupe était à l’abri du feu des retranchements. Il y attendait que son artillerie fût arrivée et dirigée de manière à faire taire celle de l’ennemi ; que Pierre de Navarre, avec ses pionniers, eût ouvert les chemins pour arriver au point de l’attaque ; enfin, que le maréchal de Foix fût arrivé au pont qu’il devait attaquer. Mais l’impatience des Suisses ne souffrit aucun délai.

    Leur valeur, ce jour-là, était une ivresse, une fureur ; ils accumulèrent faute sur faute ; ils entraînèrent Montmorenci à l’assaut, plutôt qu’il ne les y conduisit. Dès lors, on rendit nulles toutes les dispositions, on dérangea toutes les combinaisons du général ; on sortit inconsidérément du vallon, on parut à la vue des retranchements et à la portée du canon dont ils étaient couverts.

    Bientôt plus de mille Suisses sont renversés par les premières décharges. Les autres en deviennent plus furieux ; ils se précipitent dans le fossé, mais ils sont forcés de reconnaître, trop tard, que les retranchements étaient si escarpés, qu’il était impossible de les franchir.

    En même temps, des mousquetaires espagnols, cachés dans les blés, faisaient un feu terrible sur les Suisses, qui se consumaient en efforts surnaturels et superflus. Déjà Albert de Lapierre, leur brave commandant, et vingt-deux capitaines étaient tués sur la place ; plusieurs gentilshommes de la première distinction avaient été moissonnés par le canon. Montmorenci, lui-même, jeté par terre d’un coup de mousquet, est retiré avec beaucoup de peine de dessous un monceau de morts et de mourants.

    Enfin les Suisses, entièrement découragés, prennent le parti de se retirer, et de se réfugier dans ce vallon, qu’ils auraient dû quitter plus à propos, pour ne pas y revenir battus et horriblement maltraités ; ils avaient perdu plus de trois mille hommes.

    Tandis qu’ils se livraient à un abattement non moins excessif que leur témérité et leur ridicule entêtement, le maréchal de Foix avait attaqué le pont de pierre et après s’en être rendu maître, avait pénétré dans les retranchements. Lautrec se hâta de le joindre avec ses troupes, et il fit demander aux Suisses quelques compagnies pour le renforcer ; mais les Suisses, qui avaient tout perdu, n’osèrent rien réparer.

    Cependant Colonne, voyant l’attaque des Suisses absolument abandonnée, porta toutes ses forces contre le maréchal de Foix, en y envoyant successivement des troupes fraîches ; celles-ci chargèrent sans interruption celles du maréchal, qui, déjà excédées, diminuant continuellement et n’étant point soutenues, furent obligées de reculer, de repasser le pont et de se mettre en bataille de l’autre côté.

    Les Français, dans cette journée, avaient donné de grandes preuves de valeur. Mais la bataille avait été livrée si inconsidérément, l’entêtement des Suisses de vouloir se battre, celui non moins funeste de leur part, d’attaquer hors de propos, le refus de marcher après avoir été repoussés, l’inaction funeste des troupes vénitiennes ; tout, avant, pendant et après la bataille, sembla concourir à rendre cette journée une des plus funestes dont on puisse lire le récit dans nos annales militaires.

    Après la bataille, Lautrec proposa à son armée, ainsi maltraitée, de passer la nuit à la vue de la Bicoque et de renouveler le combat le lendemain. Mais les Suisses rebutés voulurent retourner au camp de Monza, et de là dans leur pays.

     

     

  • One Response à “Le 27 avril 1522 – La bataille de la Bicoque”

    • Kadomtzeff on 6 août 2017

      Mises au point :
      Sforce c’est Maximilien Sforza ?
      Rebec ?
      Pierre de Navarre ?
      Monza est proche de Bergame ?
      Quel rôle pour Arnold von Winkelried et Ulrich von Sachs ?
      Manquait il de l’argent dans la caisse militaire ?
      Combien de Maréchaux de Chabanne y a il eu au 16eme siècle ?
      Lesquels ?
      Je crois qu’il y en avait un à la bataille de Jarnac ?
      Merci
      Bonne journée
      Pierre Kadomtzeff

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