• 27 avril 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     le siège du fort de Médine

     

    Le siège du fort de Médine

    D’après « Les Français au Niger » – Camille Pietry – 1885

     

    Le commandant du poste, en 1857, était un mulâtre de Saint-Louis, Paul Holle ; c’était un homme déjà connu au Sénégal par son énergie et par son intelligence, qui, à son patriotisme éprouvé, joignait même une certaine passion religieuse très sincère, capable de s’exalter encore dans la lutte contre les musulmans.

    La garnison se composait de sept Européens, vingt-deux soldats noirs et une trentaine de laptots ou marins de Saint-Louis. C’était peu, mais on verra que le courage et le dévouement peuvent suppléer au nombre.

    Le village était défendu par près de deux mille Khassonkés de Sambala, mais il était encombré par une foule de vieillards, de femmes et d’enfants, six mille environ, qui avaient fui de tous les points du Khasso à la menace de l’invasion, pour se réfugier sous les murs du poste.

    Les troupes qui venaient d’envahir ce pays composaient la plus grande et la meilleure partie de l’armée d’Al-Hadji Oumar. Elles étaient au nombre d’environ quinze mille combattants ; mais ceux-ci étaient suivis d’une si grande quantité de femmes et d’esclaves non armés, qu’à voir cette foule le long des étroits sentiers du pays, elle semblait innombrable.

    Paul Holle s’attendait depuis longtemps à une attaque ; les préparatifs de défense les plus sérieux avaient été faits. Le fort avait été relié au village par un mur en terre assez solide, renforcé d’une palissade, derrière lequel on avait construit des hangars pour abriter la foule désarmée venue du dehors.

    Pendant qu’à Médine on prenait les dernières dispositions, le prophète, à Sabouciré, faisait construire des échelles de bambou, y accumulait les munitions pour ses troupes et continuait ses prédications enthousiastes. Il se défendait, il est vrai, de pousser son armée au combat, mais lui promettait en termes obscurs que les canons ne partiraient pas contre eux, s’il plaisait à Dieu (Ché Allaho). Lui-même ne donnait plus aucun ordre ; c’étaient ses lieutenants qui préparaient l’attaque. Il ne voulut même pas y assister ! Il resta à Sabouciré.

    Les assaillants étaient partagés en trois colonnes de force très inégale. La plus nombreuse, où se trouvaient aussi les plus braves et les plus décidés, devait attaquer le fort, la seconde donner l’assaut au village et la troisième, composée en grande partie des Khassonkés de Kartoum, faire une diversion sur la face ouest du poste.

    L’assaut était décidé pour le 20 avril 1857. La veille, une femme échappée de Sabouciré vint en avertir le commandant ; la nuit, la marche de l’ennemi fut signalée. Au point du jour, il parut.

    Le village fut attaqué le premier ; mais au moment où Paul Holle dirigeait de ce côté son artillerie, il vit arriver sur le fort la colonne principale, celle du centre. Elle avançait en une masse profonde et silencieuse, tête baissée comme des hommes bien décidés à ne pas reculer.

    En tête, un guerrier marchait avec l’étendard du prophète ; derrière étaient portées des échelles pour l’escalade.

    Paul Holle avait donné ordre de ne tirer que sur un ordre de lui ; il laissa l’ennemi s’avancer à bonne portée, puis, à son commandement, les canons et les fusils du fort partirent à la fois. L’effet sur cette masse compacte fut si sanglant que les assaillants hésitèrent un instant. Malgré la prédiction du prophète, les canons partaient ; mais l’hésitation ne fut pas longue, et, entraînés par la voix des chefs, les soldats, poussant des cris, s’excitant eux-mêmes au bruit du combat, reprirent plus rapidement leur marche en avant, malgré le feu toujours meurtrier qui partait des créneaux.

    Cette fois, l’élan est si vif qu’ils arrivent en quelques minutes au pied du mur, se répandent le long de l’enceinte, placent leurs échelles et montent à l’assaut ; un moment même leur étendard paraît sur le rempart.

    Les assiégés redoublent d’efforts et une lutte corps à corps s’établit contre les assaillants les plus proches : aux créneaux, derrière chaque soldat qui fait feu, deux hommes chargent les fusils dont il fait usage.

    Pendant ce temps, une troisième attaque se dessine à l’ouest. Ce sont les Khassonkés de Kartoum qui viennent en aide à la colonne principale.

    Enfin le porte-drapeau est tué, les échelles renversées et l’ennemi recule lentement en subissant encore de grandes pertes ; il va se placer derrière les abris naturels qu’il peut trouver à petite distance. Sambala avait résisté de son mieux et avait rejeté l’ennemi loin du tata. Le feu ne cessa pas pour cela ; pendant cinq heures, le combat continua de loin, puis peu à peu, les Toucouleurs se retirèrent.

    Les morts qu’ils laissaient sur le terrain, autour de l’enceinte, témoignaient de leur opiniâtreté, et de l’ardeur de la lutte ; mais ils n’étaient pas habitués aux revers, et celui-ci ébranla leur confiance dans le prophète.

    Ils semblèrent abandonner la partie et revinrent tout découragés à Sabouciré. Ils y trouvèrent Al-Hadji Oumar, ferme et confiant dans le succès. La lutte engagée maintenant, bien que sans son aveu, il pouvait agir franchement et diriger lui-même ses soldats. Il les gourmandait, attribuait l’insuccès à leur manque de foi et à leur impatience, et enfin réussit peu à peu à relever leur courage et à leur rendre leur confiance en eux-mêmes.

    - Vous avez voulu vous battre malgré moi, leur disait-il ; vous voilà vaincus. Dieu vous punit et vous êtes désespérés comme des femmes à cause d’un revers. Je dis : Croyez-vous donc que vous n’ayez pas beaucoup péché et que Dieu ne sait pas se venger ?

    Et plus tard : – Vous avez engagé le nom de notre Dieu et vous le laissez tourner en dérision par les Kouffar. Eh bien, je vous dis : Maintenant il faut venger Dieu, il faut venger le sang d’Oumar Sané, d’Ahmadi Hamat, d’Abdoulaye et de tous ceux qui sont morts pour la foi.

    Médine un instant délivré, vit reparaître l’ennemi. En peu de temps, un blocus rigoureux se forma autour de ses murs. Il fut surveillé par une foule de petits postes cachés à bonne portée, et désormais aucune tête ne pouvait se montrer sans qu’elle fût accueillie à coups de fusil.

    Heureusement on avait encore des vivres. Avant de le réduire par la famine, les assiégeants essayèrent de prendre le village par la soif. Médine n’a pas de puits dans l’intérieur de l’enceinte et il tire toute son eau du fleuve. Il y avait en face du poste, au milieu du Sénégal, un îlot de sable assez élevé d’où l’on commandait la rive gauche où est Médine ; en même temps, le talus du côté opposé était assez raide pour servir d’abri contre les projectiles du village.

    Un poste de laptots occupait ce point important ; mais une nuit, ils furent surpris, chassés après un combat assez vif, et plus de cent Toucouleurs occupèrent l’îlot. Le lendemain, les habitants qui, suivant leur habitude, allèrent au fleuve, furent reçus par une grêle de balles. Le danger était sérieux ; à tout prix, il fallait reprendre la position.

    Tout d’abord, on pourvut aux premiers besoins en allant puiser de l’eau en petite quantité de la manière suivante : plusieurs hommes se plaçaient à la file sous une pirogue renversée qu’ils soutenaient sur leurs épaules et dont ils se servaient comme d’un bouclier contre les balles ennemies. Ils s’approchaient ainsi du fleuve péniblement, tout courbés, et en rapportaient chacun une calebasse remplie d’eau. C’était une manœuvre fatigante et très dangereuse, que les plus braves seuls osaient exécuter. Mais dès le lendemain, l’embarcation du poste était armée : elle était couverte et blindée de peaux de bœuf que les balles ennemies étaient impuissantes à traverser.

    Sous un feu violent, Paul Holle la mit à flot ; le sergent Desplat et une quinzaine de laptots la montèrent et lui firent prendre le large. Nos hommes, arrivés en vue de l’autre versant de l’îlot, firent feu sur l’ennemi qui se trouva ainsi entre les feux croisés du poste et de l’embarcation. Incapables de résister, les Toucouleurs finirent par se jeter à l’eau, non sans laisser sur la rive nombre de morts. L’îlot de sable fut repris et, détail hideux, pendant plusieurs jours il fut entouré de nombreux caïmans que l’odeur du sang répandu y attirait.

    Le blocus, tous les jours plus resserré, n’en continuait pas moins. Les souffrances des assiégés augmentaient. Le grand nombre de réfugiés, bouches inutiles, avait rapidement consommé des approvisionnements qui, le premier jour, semblaient considérables.

    Vers la fin de juin, il y avait encore un peu de mil, quelques arachides et même un peu de biscuit.

    Mais ce qui manquait absolument et dont on sentait vivement la privation sous ce soleil brûlant, c’était le feu. Il en fallait pour la cuisson des aliments et depuis longtemps on n’avait plus rien de combustible dans le village. On en était réduit à manger un mélange grossièrement pilé de mil et d’arachides.

    Paul Holle donnait à tous l’exemple de l’abnégation. Sa foi religieuse, exaltée par la lutte qu’il soutenait contre le prophète, lui donnait une opiniâtreté d’apôtre, car, dans ces combats journaliers avec une race pillarde et dévastatrice, il aimait à retrouver l’antique combat de la croix de Jésus contre le croissant de Mahomet. Au-dessus du drapeau français, il mettait des inscriptions de ce genre : Pour Dieu et la France ! Jésus ! Marie !

    L’activité, l’ardeur de cet homme héroïque augmentaient à mesure que la détresse du poste devenait plus grande. Il avait su communiquer à ceux qui l’entouraient la foi et la passion du devoir dont il était animé.

    Les sept Français, soldats bien humblement gradés de notre armée, avaient généreusement compris leur devoir. Ils représentaient la patrie dans ce coin du Sénégal ; l’honneur du drapeau leur était confié, et leur âme s’était élevée à la hauteur de cette noble tâche. Ils formaient auprès du commandant un état-major dévoué, prêt à tous les sacrifices, à qui pouvaient être confiés les douloureux secrets de la défense, que l’on cachait aux indigènes.

    Les munitions commençaient à manquer, mais Paul Holle prétendait en avoir ses magasins remplis. Lorsque le roi Sambala lui en demandait pour répondre au feu des Toucouleurs et repousser leurs avant postes, il répondait : - Quand le jour du combat viendra, je t’en donnerai tant que tu voudras ; maintenant, ménage celles que tu as.

    Pendant ce temps, il vidait en secret ses obus pour faire des cartouches, et il écrivait à Saint-Louis, à Bakel, à Diakandapé où était l’aviso Guet Ndar : Il ne reste au poste qu’une dizaine de paquets de cartouches. Nous avons beaucoup de fusils qui ne peuvent servir faute de pierres.

    Les eaux malheureusement, étaient encore trop basses, et les courriers, malgré toutes les ruses, ne pouvaient que très rarement traverser les lignes ennemies. Les officiers de Bakel, de Sénoudébou, du Guet Ndar voyaient le danger imminent de Médine, ils faisaient des efforts désespérés pour rallier des indigènes dévoués et les conduire au secours des assiégés. Mais la terreur était trop grande parmi la population du Haut-Sénégal, et dès qu’on approchait de l’ennemi, des désertions en masse se produisaient, les officiers restaient seuls.

    L’aviso avait essayé de profiter d’une première crue du fleuve pour se dégager et remonter vers Médine. Mais, au bout de quelques milles, il s’était échoué contre les roches de Tambokané où il avait été réduit à l’immobilité. Les Toucouleurs, qui le surveillaient de la rive, l’avaient cru perdu et à peu près sans défense.

    Ils avaient formé une forte colonne sur chaque rive, et avaient marché résolument à travers le lit du fleuve, à l’assaut du sakhar. Mais l’équipage veillait ; il laissa les assaillants s’approcher jusqu’à bonne distance dans le fleuve, au point où le gros de leur colonne était embarrassé, en désordre, au milieu des roches glissantes, gêné encore par le courant rapide de l’eau.

    Alors les Français avaient ouvert un feu meurtrier sur leurs ennemis ; ceux-ci, forcés à la retraite, n’avaient pu regagner les rives qu’après avoir laissé dans le fleuve, au courant qui les entraînait, de nombreuses victimes, morts ou blessés.

    Malgré ce succès partiel, l’impuissance où l’on était de secourir Médine était manifeste ; tous les efforts avaient échoué. Ces tristes nouvelles parvenaient jusqu’aux assiégés, amplifiées par les récits des Toucouleurs, jetant la terreur et. le désespoir dans l’âme des Khassonkés. Paul Holle essayait de les réconforter, se montrait toujours impassible et démentait ces récits qu’il ne savait que trop véridiques. Sa résistance à l’ennemi n’en devenait que plus vive et même agressive, tant il voulait montrer que les événements extérieurs ne pouvaient abattre son courage.

    Les Toucouleurs, étonnés et inquiets de cette invincible opiniâtreté, commençaient eux-mêmes à désespérer d’en venir jamais à bout. Mais le prophète était plus tenace ; il leur montrait que ces apparences de vigueur et de force dont les Français étaient plus prodigues que jamais, étaient destinées à cacher à tous les yeux l’affaiblissement de la garnison et le découragement qui gagnait les Khassonkés. Croyant peut-être lui-même les assiégés plus affaiblis qu’ils n’étaient en réalité, il disposa tout pour une attaque de nuit.

    Les hommes les plus braves étaient désignés, et l’on se disposait à partir, lorsqu’une émeute se produisit contre les exigences d’Al-Hadji : celui-ci voulait leur faire porter les pioches et les outils nécessaires pour démolir le tata du village que l’on devait attaquer le premier. Furieux de cette rébellion que peut-être il n’avait pas prévue, le prophète se précipita lui-même en avant, se chargea les épaules des outils dont ne voulaient pas ses soldats, et partit en poussant son cri de guerre : - La illah illahlah ! Mahmadou raçoul Allah !

    Les guerriers le suivirent, honteux de leur mouvement de révolte, l’empêchèrent d’aller plus loin et se portèrent avec plus d’ardeur vers le point désigné pour l’attaque..

    Mais les assiégés veillaient ; les Toucouleurs ne purent les surprendre. Malgré le feu qui s’ouvrit contre eux, ceux-ci parvinrent jusqu’au tata et, tout en combattant, commencèrent à le battre à coups de pioche. En peu de temps une petite brèche était faite, et déjà les assaillants y pénétraient, lorsque, heureusement, un secours arriva du fort.

    Les Toucouleurs furent encore une fois refoulés après un combat très vif, et aussitôt la garnison, avec des palissades et des toitures de cases, se mit en devoir de réparer la brèche.

    Mais c’était le dernier effort des assiégés. Ils venaient de brûler leurs dernières cartouches et n’auraient pu résister à un autre assaut. Il fallait le prévoir pourtant. Paul Holle n’avait plus d’autre ressource que de s’ensevelir sous les ruines du fort. Les rôles, pour cette lutte suprême, furent distribués et acceptés avec tout le calme qui convenait à des soldats.

    Le commandant devait sauter avec le bâtiment d’habitation, et le sergent Desplat avec la poudrière, dès que l’ennemi pénétrerait dans le fort.

    C’était au commencement du mois de juillet ; les assiégeants étaient maintenant embusqués à portée de la voix, des dialogues s’engageaient d’un parti à l’autre.

    - Oh ! Sambala ! toi le fils d’Awa Damba, tu es le captif des blancs !

    A quoi le roi faisait répondre : – Je méprise Oumar le voleur. Je méprise Mahomet et sa religion. Dites à votre prophète que maintenant je bois du vin et de l’eau-de-vie, et que j’en boirai toujours.

    Pendant que Médine arrivait ainsi aux limites extrêmes de la résistance, le secours si nécessaire approchait. Deux avisos étaient armés à Saint-Louis et se tenaient prêts à partir dès que la crue des eaux le permettrait. Cette année-là, elle commença heureusement plus tôt que d’habitude ;  le 2 juillet le colonel Faidherbe put s’embarquer.

    La navigation était difficile ; le prophète avait même ajouté de nouveaux obstacles à ceux que la baisse des eaux laissait encore subsister. Par ses ordres, la population riveraine du Fouta avait jeté en un point du fleuve, près de Matam, une énorme quantité de pierres qui avaient formé un barrage avec d’étroites coupures à travers lesquelles l’eau s’écoulait. La flottille n’y fut pas arrêtée, la première crue ayant emporté tout un côté de ce barrage et pratiqué un passage suffisant pour nos bateaux. Les traces de ce travail existent encore sur la rive droite du Sénégal ; les pilotes les montrent aux voyageurs et manquent rarement, à cette occasion, de citer quelque trait mémorable, plus ou moins déformé par la légende du borom Faidherba qui est resté si populaire parmi eux.

    En remontant le Sénégal, le gouverneur apprenait des nouvelles de moins en moins rassurantes. Une importante colonne de Toucouleurs traversait le Bondou pour aller renforcer Al-Hadji.

    Le Guet Ndar, crevé et à demi submergé, ne résistait aux incessantes attaques de l’ennemi que par des prodiges d’énergie et d’activité, et l’on ne savait absolument rien sur le sort de la ville assiégée. La marche était lente, malgré les plus grands efforts. Le 18 juillet, enfin la flottille arrivait en vue des Kippes, à cinq kilomètres en aval de Médine.

    Les Kippes sont deux grands rochers à pic, opposés sur chaque rive, et entre lesquels le fleuve resserré forme un courant très rapide des plus dangereux à franchir en temps ordinaire. Ce jour-là, les Toucouleurs en occupaient les sommets et les environs.

    Ayant reconnu que le passage si difficile des Kippes était défendu par de nombreux contingents couvrant les rochers qui dominent le fleuve des deux côtés, le gouverneur se décida à forcer le passage en même temps par terre et par eau.

    Attendre de nouveaux renforts, c’était s’exposer à laisser prendre Médine qui devait être à la dernière extrémité. Des personnes doutaient même qu’il fût encore en notre pouvoir.

    A six heures, le Basilic s’embossa à portée d’obusier des Kippes et les canonna alternativement. En même temps, le gouverneur débarqua pour prendre le commandement des forces à terre, avec cinq cents hommes, dont cent blancs, et un obusier. Il porta la colonne au pied de la position à enlever, fit lancer deux obus et sonner la charge : soldats, laptots, volontaires et ouvriers, officiers en tête, escaladèrent les rochers avec beaucoup d’entrain ; l’ennemi les abandonna sans résistance, et l’on ne reçut des coups de fusil que des ennemis embusqués sur le rocher de la rive gauche.

    On prit position de manière à répondre à leur feu et à protéger le passage du Basilic ; l’ordre fut alors donné à celui-ci de franchir.

    La colonne descendit ensuite sur le bord du fleuve vis-à-vis de l’aviso, et de là on aperçut, à travers une plaine de 3000 à 4000 mètres, le fort de Médine.

    Le pavillon français flottait sur un des blockhaus, mais aucun bruit, aucun mouvement ne prouvait que le fort fût occupé. Dans la plaine, on voyait les Toucouleurs embusqués ou errant çà et là.

    Toute la colonne passe alors sur la rive gauche, refoule les Toucouleurs de toutes parts et se rapproche de Médine. Mais le fort ne donnait pas encore signe de vie, et cela paraissait inexplicable quand on songeait que Médine contenait plus d’un millier de défenseurs armés de fusils. Enfin, le gouverneur, ne pouvant contenir son impatience, se lance au pas de course sur les positions ennemies.

    Les Toucouleurs montrèrent jusqu’au dernier moment une audace incroyable. Poursuivis, cernés, ils ne faisaient pas un pas plus vite que l’autre et se faisaient tuer plutôt que de fuir, tant était grande leur exaspération de voir leur échapper une proie qu’ils tenaient déjà si bien.

    Les défenseurs avaient enfin donné signe de vie. Paul Holle en tête, ils étaient sortis en poussant des cris d’allégresse et s’étaient jetés dans les bras de leurs libérateurs. Toutes les souffrances étaient donc finies, et tant d’efforts n’avaient pas été stériles !

    Mais quel spectacle navrant pour les nouveaux venus !

    Les environs du poste offraient l’aspect d’un charnier. Aucun ossement n’avait été enlevé depuis le commencement du siège, la putréfaction s’y faisait sentir encore. A l’intérieur du village, le tableau était encore plus désolant. Toute une foule affamée, en guenilles ; des enfants, des vieillards surtout pouvant à peine se traîner, entassés, grouillant au milieu des immondices et n’ayant même pas la force de remercier ceux qui venaient les délivrer. Certes le secours était arrivé bien juste à temps.

    Pendant que le combat se produisait au dehors et que les Toucouleurs vaincus reprenaient en désordre le chemin de Sabouciré, Sambala, qui voulait prendre sur Al-Hadji Oumar sa revanche de tant d’insultes, vint demander au commandant du poste cette poudre tant promise, puisque enfin le jour du combat était venu.

    - Je n’en ai pas, répondit Paul Holle.
    - Et ces magasins tout remplis ?
    - Il n’y a que des caisses vides.
    - Mais pourquoi me disais-tu… ? Ah ! Je comprends maintenant ! Vous autres blancs vous pensez à tout.

    Quelques jours après, le gouverneur poursuivait Al-Hadji Oumar sur la route de Sabouciré, lui infligeait une nouvelle défaite après un brillant combat, et en délivrait complètement le Khasso. Le prophète fuyait donc devant nos troupes, mais il ne voulait pas s’avouer définitivement vaincu par les infidèles : il allait chercher des vivres, disait-il, et promettait de revenir.

    Une pierre a été posée à la place même où se livra le combat acharné du premier jour du siège. Elle porte inscrits les noms des défenseurs de Médine.

     

     

  • One Response à “Le 20 avril 1857 – Le siège du fort de Médine”

    • Nathan Bappel on 19 mars 2016

      Excellente narration historique, d’un épisode oublié, mais impréssionant. Bravo.

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