• 17 avril 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

     

    Le massacre de Fort Pillow

    D’après « Revue trimestrielle » – Juillet 1864

     

    Le 12 avril 1864, le Fort Pillow, un poste très secondaire sur le Mississippi, a été pris par une colonne mobile confédérée, qui l’a abandonné le lendemain.

    On a beaucoup parlé dans le Nord, du massacre de la garnison, qui a été accompagné de circonstances horribles et dont je vais donner les détails les plus authentiques. Mais je dois avertir que le fort n’avait pas capitulé, qu’il a été enlevé d’assaut, et que par conséquent, les prisonniers du massacre desquels on parle ici, s’étaient rendus individuellement à un ennemi qui ne faisait pas quartier, et qui poussait à l’extrême les conséquences de l’assaut. Certes cette circonstance ne rend pas les atrocités moins horribles ; mais dans le récit de pareils événements, il convient de bien établir les situations.

    L’extrait qui suit, est pris du rapport officiel de la commission d’enquête du Congrès de Washington, sous la date du 5 mai :

    « … Alors suivit une scène de cruauté et de meurtre sans parallèle dans une guerre civilisée, une scène où il ne manquait que le tomahawk et le bistouri à scalper pour dépasser les plus affreuses atrocités qui aient été jamais commises par des « sauvages ». Les rebelles commencèrent un massacre sans distinction, n’épargnant ni l’âge ni le sexe, ni les blancs ni les noirs, ni les militaires ni les bourgeois.

    Les officiers et leurs soldats paraissaient lutter à l’envi dans cette œuvre diabolique. Partout où ils trouvaient des hommes, des femmes ou des enfants, ils les tuaient à coups de fusil, ou les frappaient et les hachaient avec leurs sabres. Des enfants qui n’avaient pas plus de dix ans furent mis en face de leurs mères et contraints de les voir fusiller.

    Les malades et les blessés furent massacrés sans pitié ; les rebelles étant entrés dans l’hôpital, les firent sortir pour les fusiller, et tuèrent ceux qui ne pouvaient pas se lever ni par conséquent faire résistance. Ce n’était qu’une boucherie sur tout le flanc du coteau.

    Un certain nombre des nôtres furent formés en lignes ou groupes, et fusillés de sang-froid. Quelques-uns furent atteints par les fusils dans la rivière, pendant que d’autres étaient tués sur la rive et jetés ensuite dans l’eau, avant qu’ils fussent morts, mais dans un tel état qu’ils ne pouvaient faire aucun effort pour se sauver.

    Quelques-uns des rebelles s’étaient placés sur le sommet de la colline, ou un peu de ce côté en descendant, et de là, ils appelèrent nos soldats en leur disant de les rejoindre. Mais quand ceux-ci approchèrent, ils tirèrent sur eux de propos délibéré, et si leurs fusils ou leurs pistolets rataient, ils les forçaient d’attendre jusqu’à ce qu’ils eussent rechargé. De toutes parts retentissaient les cris : « Pas de quartier ! Pas de quartier ! Tuez les j… f… de nègres ! Tirez dessus ! ». Ceux qui demandaient grâce étaient accablés d’injures et de sarcasmes.

    Quelques-uns furent épargnés dans le moment ; mais c’était seulement pour qu’on pût les massacrer dans des circonstances plus horribles. Aucune des cruautés que la plus affreuse méchanceté puisse inventer, n’a été oubliée par les assassins. Un soldat blanc qui était blessé à la jambe, et qui était incapable de marcher, fut contraint de se lever, et quand il fut debout, on le fusilla. D’autres blessés étaient incapables de se soulever : on les mit sur leurs jambes, pour les abattre à leur tour à coups de fusil.

    Un officier rebelle ordonna à un nègre de tenir son cheval ; le noir ayant fait quelque observation, l’officier le tua. Un autre officier avait pris un nègre tout jeune et l’avait fait monter en croupe derrière lui. Chalmers (le général confédéré) l’ayant aperçu, lui dit de mettre le nègre à terre et de lui brûler la cervelle, ce qui fut exécuté.

    Une grande partie des blessés s’étaient sauvés dans des baraqués et des tentes, auxquelles le feu fut mis ce soir-là, puis le matin suivant, pendant que les blessés y étaient encore. Ceux-là seuls ont pu s’échapper qui avaient la force de sortir, ou qui ont eu l’aide de camarades moins blessés qu’eux-mêmes. Quelques-uns des hommes qui se sauvaient des flammes furent saisis par ces forcenés, et fusillés brutalement ou assommés.

    Un soldat fut attaché au plancher d’une tente, le visage en haut, par des clous qui prenaient dans ses habits et qui entraient dans les planches. Ceci fait, et la victime une fois placée dans l’impossibilité de s’échapper, le feu fut mis à la tente. Un autre fut cloué à la paroi extérieure d’une maison de planches, hors des limites du fort, puis la maison fut incendiée. Les restes charbonnés de cinq ou six corps ont été retrouvés, mais ils sont tellement brûlés et défigurés qu’un seul a pu être reconnu, et même l’identité n’est-elle pas certaine. (Suit le nom avec la description).

    Ces meurtres et ces cruautés se sont terminés à la nuit, pour se renouveler encore le lendemain matin. Ces furieux ont cherché de tous côtés, parmi les corps étendus, s’il y avait des blessés en vie, et lorsqu’ils en ont trouvé, ils les ont tués.

    Le jour même du massacre, des détachements envoyés de nos canonnières ayant eu l’autorisation de venir à terre, se mirent à enlever les blessés et à enterrer les morts.

    Les rebelles avaient fait semblant d’enterrer une grande partie de leurs victimes ; mais ils s’étaient contentés de les jeter pêle-mêle dans des tranchées, en différents endroits du fort, et dans les ravins sur le flanc de la colline, en ne les recouvrant de terre qu’en partie. On voyait sortir de toutes parts des pieds, des mains, des têtes. Nous en avons vu encore quinze jours après, quand la commission a visité le terrain, bien qu’on eût employé plusieurs détachements à ré-inhumer les victimes, et qu’on y travaillât encore dans ce moment.

    Au temps de notre visite, les traces des meurtres et des cruautés faisaient encore horreur. Nous avons vu, à quelque distance du fort, les cadavres découverts de certains malades, qui avaient fui de l’hôpital et qui avaient été affreusement assommés et laissés sur place. Nous avons vu encore des figures, des jambes, des bras, blancs et noirs, qui sortaient de terre, aux endroits où les terrassiers n’avaient pas passé. Bien qu’il fût tombé beaucoup de pluie pendant les deux semaines, le sol était encore teint du sang de nos braves et malheureux soldats, surtout au flanc et au pied du morne où se sont commis la plus grande partie des assassinats. Les pieux et les arbres ne portaient que trop visiblement les traces des atrocités dont ils ont été les témoins.

    Que d’autres preuves de cruauté nous pourrions citer ! Mais votre commission se voit obligée de renvoyer, pour les détails les plus affreux, aux dépositions étendues ci-annexées. Ces dépositions sont celles des témoins oculaires et des victimes. Bien des témoins étaient couchés sur leur lit de douleur; quelques-uns étaient si faibles qu’ils ne parlaient qu’avec peine, pour raconter les cruautés qu’ils avaient souffertes ou qu’ils avaient vu infliger.

    Quant au major Bradford, qui commandait le fort au moment de l’assaut, il ne peut y avoir de doute sur son sort. Chacun paraît d’accord qu’il a été massacré brutalement, le lendemain du jour où il avait été fait prisonnier… ».

    J’ajouterai un petit nombre d’extraits des dépositions ; je me permets de les abréger :

    W.-P. Walker, sergent à la Cie D du 13e de cavalerie de Tennessee. — Il a déposé les armes ; ensuite les confédérés l’ont dépouillé, et lui ont finalement tiré quatre coups de feu. Une balle lui a cassé le bras gauche, une est entrée dans le cou, une autre dans l’épaule droite, et la quatrième lui a enlevé l’œil gauche. Les rebelles qui l’ont volé, lui ont dit qu’ils avaient l’ordre de ne pas accepter de prisonniers, mais de tuer tout le monde.

    Daniel W. Harrison, soldat à la Cie D du 13e de cavalerie de Tennessee — Il s’est rendu ; on lui a pris sa montre et 90 dollars en argent ; puis il a reçu trois coups de feu. Une balle a passé dans la mamelle gauche, une est entrée dans le côté gauche, et la troisième a frappé l’épaule droite. Il a reçu ces blessures pendant qu’on le conduisait au morne comme prisonnier. Après être tombé, il a demandé à un confédéré de lui donner une goutte d’eau, et celui-ci a répondu en jurant, qu’un Tennesseen qui se mettait avec des noirs et se battait côte à côte avec eux, ne valait pas mieux qu’un nègre.

    W. Robinson, 18 ans, soldat à la Cie A du 13e de cavalerie de Tennessee. — Il a reçu sept blessures après avoir déposé les armes. Une balle lui a cassé la jambe gauche, une a passé à travers la cuisse gauche, une lui a cassé l’index de la main droite, une lui a fait une autre blessure à la même main, une est entrée dans le côté gauche, une dans le ventre, et une a traversé le bras droit. Il a reçu dans le corps la décharge entière d’un grand revolver de marine. Après avoir reçu ces six balles, il était étendu à terre, quand un confédéré a passé disant qu’il allait tuer un yankee, et il lui a tiré le septième coup, après quoi il lui a volé son portefeuille, son chapeau, ses bretelles et son peigne.

    David Taylor, soldat à la Cie E du 13e de cavalerie de Tennessee. — Il a été blessé cinq fois après s’être rendu, à la mâchoire inférieure, à l’épaule droite, au ventre, à la cuisse gauche, à l’autre cuisse avec fracture du fémur. Après qu’il avait reçu quatre blessures, un confédéré lui a dit qu’il allait l’achever, a chargé son fusil et a fait feu sur lui.

    Robert Hait, homme de couleur, soldat à la Cie C du 1er d’artillerie d’Alabama. — Il était malade, à l’hôpital, et n’a pas pu participer au combat. Après avoir été fait prisonnier, il a reçu trois coups de sabre sur la tête. En levant la main pour parer, il a perdu un doigt. Il était alors dans son lit à l’hôpital.

    William Jordon, soldat à la Cie D du 1er d’artillerie d’Alabama. — Après s’être rendu, il a été blessé à la cuisse droite, à la jambe gauche et au bras gauche, puis on lui a cassé le bras gauche d’un coup de bâton. Il a subi depuis l’amputation de la jambe. Il dépose qu’il a vu les soldats du Sud faire entrer des nègres dans des maisons (de bois), puis y mettre le feu. Après l’avoir insulté, les confédérés lui ont dit : « Il est inutile aux nègres de se rendre ; nous voulons les tuer tous ».

    Daniel Tyler, de la Cie B du 1er d’infanterie de Tennessee, faisant fonction d’aide de camp. — Il s’est rendu, et les confédérés lui ont demandé s’il s’était battu contre eux. Il répondit non, et là-dessus ils l’appelèrent menteur, et l’un d’eux le renversa d’un coup de crosse de fusil qui lui creva l’œil droit, après quoi il lui logea une balle entre les épaules. Un autre confédéré qui était là tout près, lui tira un coup de pistolet dans le dos. Ils le jetèrent alors dans une tranchée et le recouvrirent de terre. Mais un des brigands s’arrêta, et dit à quelques soldats du Nord de retirer leur camarade, « parce qu’il n’est pas permis d’enterrer des hommes en vie ».

    On comprendra mieux le sentiment des confédérés à l’égard des troupes noires ou mêlées de noirs, par l’extrait suivant d’un journal de Richemond :

    « Seymour est le même général qui, à Océan-Pond, en Floride, a jeté ses régiments noirs au devant des canons confédérés. S’il avait été pris en flagrant délit, à la tête d’esclaves fugitifs qui attaquent leurs maîtres, il est à supposer qu’il aurait été pendu ou fusillé, comme il le mérite trop bien ». [Examiner de Richmond, 18 mai 1864]

     

     

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