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  • 13 avril 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat de Guéréda

    D’après « Histoire militaire de l’Afrique Equatoriale française » – Commandant Maurice Eugène Denis ; colonel René André Marie Viraud – 1931

     

    La situation s’aggravait au Ouadaï. Tandis que les Senoussistes au nord, les Massalit au sud, s’agitaient et paraissaient disposés à l’offensive, que Doudmourrah semblait s’apprêter à rentrer en scène, une colonne forienne de 4 000 fusils environ sous les ordres d’Adoum Roudjial, grossie d’un millier de Ouadaïens dissidents, d’Arabes et de Zaghaoua commandés par Badiour, envahissait le Dar Tama. Elle occupait, le 8 mars, Niéry, chassait le sultan Hassan, et réinstallait Othman. Les contingents foriens et ouadaïens poussaient leurs incursions jusqu’à 50 kilomètres d’Abéché, brûlant les villages, emmenant avec eux les gens et les biens.

    La zone particulièrement menacée était comprise dans le triangle Niéry, Mourrah, Bir Taouil.

    Il importait tout d’abord de couvrir cette région. Le commandant Julien envoya à cet effet, dès le milieu de mars 1910, un détachement, sous les ordres du capitaine Lagrange, sur Mourrah, tandis que deux groupes de partisans d’Acyl étaient chargés de garder, la zone comprise entre les routes Mourrah-Bir Taouil et Mourrah-Niéry, et la région au nord de cette dernière route.

    Bientôt les mouvements de concentration ordonnés par le lieutenant-colonel Moll permirent de renforcer le détachement. Le capitaine Chauvelot (remplaçant du capitaine Lagrange, qui rentra à Ati) allait se trouver assez fort pour prendre l’offensive. Pour des raisons de ravitaillement, le capitaine Chauvelot se porta de Mourrah sur Mabrone. Là, il apprit par des Arabes venant du Tama que les Foriens étaient établis à Guéréda, dans des campements solidement défendus par des palanques et des zéribas. Un fort détachement était à Niéry avec Othman.

    Le 3 avril, au matin, le capitaine reçut les derniers renforts d’Abéché, en même temps que les instructions du chef de bataillon.

    « La situation générale du territoire et de la circonscription, écrivait le commandant Julien, ne peut supporter même un demi-succès : victoire ou rien. Ne vous engagez pas contre les Foriens sans être absolument sûr de la victoire ; dans le doute, abstenez-vous, notre mission spéciale étant de gagner du temps pour permettre l’arrivée des renforts qui nous mettront en situation de parler haut et ferme. D’autre part, la question Doudmourrah grossit à vue d’œil et cette question est pour nous bien plus importante que celle du Tama. Aurons-nous seulement huit jours à notre disposition ? J’en doute ».

    La soirée du 3 fut employée à l’organisation définitive de la colonne qui comprenait 6 officiers (capitaine Chauvelot, lieutenants Crépin, Georg, Hamel, de Joncquières, médecin aide-major Armstrong) ; 4 sous-officiers européens ; 202 tirailleurs des 1e, 2e, 3e compagnies ; 50 auxiliaires avec l’aguid El Rachid Barkaï.

    Partie de Mabrone le 4 avril au matin, la colonne atteignit le 5, Guilmé, où l’on apprit qu’Othman avait évacué Niéry et rejoint Adoum Roudjial à Guéréda. Par Bir Nassoun, on arriva, le 6 au soir, à un point d’eau distant de 13 à 14 kilomètres des campements foriens. On campa à l’abri d’une forte zériba. Une ample provision d’eau fut constituée, le seul puits que l’on devait rencontrer étant celui de Guéréda, d’où il fallait d’abord déloger l’ennemi.

    Le 7 à 4 heures du matin, la colonne fut mise en marche dans la formation suivante :
    - Avant-garde :
    Aguid Barkaï avec 15 cavaliers auxiliaires ; 1/2 section (lieutenant Georg).
    - Gros :
    1/2 section (sergent Giudicelli); 1 section (lieutenant de Joncquières) ; convoi encadré par 2 sections (lieutenants Crépin et Hamel).
    - Arrière-garde :
    5 cavaliers et 10 partisans à pied.
    - Flancs-gardes :
    10 cavaliers auxiliaires sur chaque flanc.

    Vers 8 heures, la colonne arriva sur une croupe dénudée au sud-ouest du massif rocheux A B. Deux groupes d’une centaine de cavaliers apparurent à droite et à gauche. Malgré les salves dirigées contre eux, ils harcelèrent le détachement jusqu’à ce qu’il ait franchi le col B C, et s’éclipsèrent alors en tournant par le nord et par le sud les deux mouvements de terrain.

    Le col franchi, la colonne, évitant de longer le couvert épineux bordant la rive droite du ravin, suivit les pentes est du massif A B, protégée sur sa gauche par des rochers inaccessibles.

    A 9 h. 30, l’aguid Barkaï, qui éclairait en avant, rendit compte de ce que toutes les forcés ennemies étaient à droite sur les pentes de l’ouadi Guéréda. Le capitaine Chauvelot dirigea la section Georg sur le mouvement de terrain E F qui séparait la colonne de l’ennemi. Parvenu sur la crête, le lieutenant Georg aperçut les forces adverses massées à 400 mètres de là, en avant des campements. Il déploya sa section et ouvrit le feu. La section de Joncquières vint le prolonger à sa droite. Le convoi fut abrité en arrière de la crête.

    La position était excellente, un peu en arrière d’une crête qui masquait parfaitement les tirailleurs, tandis que les masses ennemies étaient abonne portée sur un superbe glacis complètement découvert. A droite était un couvert épineux ; une masse de guerriers en surgit brusquement. Le lieutenant Hamel leur fit face, tandis que le lieutenant Crépin, qui, jusque-là, avait dû faire front au nord-est contre un mouvement tournant exécuté par les cavaliers de Badiour, se portait sur la ligne entre les sections de Joncquières et Hamel.

    A 9 h. 45, les quatre sections étaient en ligne. En arrière, le sergent Verdet avec une vingtaine d’hommes couvrait le convoi contre des groupes de cavaliers qui cherchaient à y jeter le désordre.

    Devant la ligne, les Foriens présentaient un groupe principal relié par une chaîne de tirailleurs à un autre groupe important sur la droite française.

    Les forces adverses se pressaient autour de cinq bannières qu’un ennemi audacieux avait réussi à planter, par bonds successifs, à 100 mètres des sections en ligne. Dans ces masses profondes, le feu fit des trouées terribles.

    Les bannières tombèrent, un flottement se produisit, le feu ennemi diminua d’intensité. C’était l’instant propice. Le capitaine fit sonner la charge.

    Devant les baïonnettes des tirailleurs, l’ennemi, démoralisé, lâcha pied sans opposer de résistance.

    Il était 10 heures ; la chaleur était torride, les dernières gouttes d’eau épuisées ; Européens et tirailleurs étaient exténués. Barkaï et 30 cavaliers furent chargés de la poursuite : ils rentrèrent vers midi n’ayant surpris que quelques traînards.

    L’ennemi laissait sur le terrain les cadavres de 200 hommes et de 45 chevaux, 3 bannières, 63 fusils. Du côté français, 17 tirailleurs ou auxiliaires blessés, dont 2 mortellement.

    Sur la rive droite de l’ouadi Guéréda, on trouva les campements abandonnés par l’ennemi. Les deux plus importants (ceux de Badiour et d’Adoum Roudjial) étaient entourés d’une palanque faite de forts troncs d’arbres, et d’une zériba de 4 à 5 mètres d’épaisseur, séparés de la palanque par un chemin de ronde.

    « Les Foriens avaient ainsi installé de formidables défenses en avant desquelles ils se sont heureusement portés pour nous attaquer ; il eut été impossible de franchir ces obstacles pour les atteindre, mais il est toutefois à remarquer que, placés comme ils l’étaient en bas d’une pente, à la partie inférieure d’un superbe glacis, ils eussent été facilement balayés par notre feu et aucun de leurs défenseurs n’eut pu s’échapper par les étroites sorties ménagées dans chacune des zéribas » (Rapport du capitaine Chauvelot en date du 5 mai 1910).

    Le 7, au soir, le campement fut installé sur un petit mamelon, à l’ouest de l’ouadi Guéréda.

    Le lendemain, bien que ne se faisant guère illusion sur l’efficacité d’une poursuite sans cavalerie, le capitaine Chauvelot partait sur les traces de l’ennemi en fuite vers le Dar Four, lorsqu’il obtint d’un transfuge les renseignements suivants : les Foriens devaient reculer très loin dans leur pays ; pendant que la colonne française serait occupée avec eux, Doudmourrah et les Massalit s’avanceraient respectivement par le nord et par le sud.

    C’était l’encerclement méthodique du Ouadaï.

    Or les instructions du chef de bataillon étaient précises : « La question Doudmourrah grossit à vue d’œil et cette question est pour nous bien plus importante que celle du Tama ». Le commandant du détachement estima avec raison que sa présence serait plus utile à Abéché. Le 9 avril, la colonne quitta Guéréda ; le 15, elle était de retour dans la capitale du Ouadaï.

     

     

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