• 10 avril 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

     

    Le combat de Möckern

    D’après « Campagne de 1813 » – G. Clément – 1904

     

    Dès que Wittgenstein fut informé de la marche de l’armée française, il résolut de l’attaquer. Le projet qu’il conçut était simple : il voulait attirer le prince Eugène loin de Magdebourg, puis lorsqu’il se serait suffisamment avancé, le contenir de front avec les corps de Borstell et de Bulow, tandis que les corps d’York et de Berg le prendraient en flanc.

    Pour cela, il prescrivit à Borstell de reculer en combattant de Möckern sur Görzke ; à Bulow, de se porter de Brandenbourg sur Ziezar ; à Berg, de venir de Belzig à Leitzkau, et à York, de se rendre de Sentz à Zerbst. Kleist, avec son détachement renforcé de deux bataillons et une batterie, devait continuer la construction des ponts de Rosslau destinés à favoriser la communication avec Winzingerode.

    Dans la nuit du 3 au 4, Borstell quitta Möckern et se retira sur Hohensiatz.

    Le 4 avril, le prince Eugène poussa une nouvelle reconnaissance de 8 000 fantassins sur Möckern. En arrivant en ce point, il vit le corps de Borstell en retraite sur la chaussée d’Hohensiatz à Gloina, mais il se replia sur Nedlitz et procéda à l’organisation des retranchements que Napoléon lui avait indiqués.

    Le même jour, Borstell s’établissait à Gloina, Bulow un peu en arrière de Ziezar, Berg à Leitzkau, et York à Zerbst, où fut installé le quartier général des alliés.

    Les coalisés présentaient devant le prince Eugène un total de 28 000 hommes et en supposaient 40 000 à leur adversaire ; l’attaque projetée était donc audacieuse, « et cette audace même est la mesure de la confiance que les revers de nos armes inspiraient aux alliés » (Charras). Berg avait 8 000 hommes, Borstell 5 000, non compris les cosaques, Bulow 6 000 et York 9 000.

    Le 5 avril, Wittgenstein apprit que l’armée française se disposait à repasser sur la rive gauche de l’Elbe. Il avait compté ne livrer le combat que le 6, car il jugeait que Bulow était encore trop éloigné ; mais, devant la nouvelle qui lui arrivait, il prit ses dispositions pour attaquer le 5.

    York donna en son nom l’ordre suivant :
    L’ennemi est derrière Danigkow, Vehlitz et Zehdenick.
    Le comte Wittgenstein marche pour l’attaquer.
    Le général York se porte sur Gommern par Danigkow ; le général Berg sur Vehlitz.
    Le général Bulow (Bulow avait Borstell sous ses ordres) tâchera de s’approcher de Zehdenick pour déborder l’ennemi par le flanc gauche et l’occuper. Il se dirigera en cela d’après le bruit du canon.

    La nouvelle donnée à Wittgenstein sur la retraite des troupes du prince Eugène était inexacte ; ces troupes étaient occupées à construire des redoutes, par conséquent peu disposées à repasser l’Elbe.

    Leurs positions étaient les suivantes : le corps de Grenier avait sa droite à Gommern, sa gauche à Nedlitz ; Lauriston avait deux divisions à Gerwisch et Woltersdorf, la troisième (Lagrange) était en seconde ligne à Wahlitz, tenant Gommern par un détachement ; la garde, en troisième ligne, était sur le Cluss-Damm, dont elle gardait la tête.

    Le 5, dit un rapport d’Eugène, le vice-roi, comprenant qu’il allait être attaqué par toute l’armée ennemie, déploya son armée. De fortes colonnes adverses lui avaient, en effet, été signalées en marche de Ziezar, Gloina et Zerbst.

    Le front de l’armée était couvert par le cours de l’Ehle, rivière peu profonde, mais coulant à travers un terrain marécageux qui en rend le passage difficile.

    Si on examine de près la situation des troupes du prince Eugène, on voit que la division Lagrange, qui est à Wahlitz, est seule disponible, toutes les autres troupes sont chargées de la garde des voies de communication se dirigeant sur Magdebourg.

    Quant à l’armée alliée, ses corps vont partir de la ligne Ziezar, Gloina, Zerbst, dont la longueur est de 40 kilomètres environ, et marcher concentriquement sur la position française. Dans ces conditions, il est certain que si le prince Eugène, qui avait la supériorité numérique, avait pris nettement l’offensive sur une direction, après avoir fermé les deux autres, il eût fait payer cher aux alliés leur témérité.

    Mais, pour cela, il ne lui restait, avec les dispositions qu’il avait prises, que la division Lagrange, qui fut employée, du reste, dès le début du combat. Il eût été plus logique de faire garder les débouchés avec moins de monde et de grouper la majeure partie des forces sur le plateau de Nedlitz, à partir duquel on peut rayonner dans toutes les directions. Au lieu de cela, le prince a un dispositif en cordon, qui lui interdit toute manœuvre et qui, forcé en un point, doit entraîner la chute de toute la ligne.

    York avait à sa disposition les deux brigades Hünerbein et Horn ; la première était venue à Leitzkau dans la matinée du 5, la seconde était restée à Zerbst. Il reçut l’ordre, vers 2 heures, d’attaquer Danigkow et y dirigea immédiatement la brigade Hünerbein.

    Dès que le canon se fit entendre vers sa droite, le prince Eugène prescrivit à Grenier de placer deux bataillons dans chacun des villages de Danigkow, Vehlitz et Zehdenick, et à Lagrange de se porter sur Kahlenberg pour garder les passages de l’Ehle.

    Borstell s’était porté sur Zeppernick pour attaquer Zehdenick par sa gauche, tandis que Bulow l’attaquerait par la droite. Mais, en entendant le canon, il se conforma à l’ordre d’York et marcha dans la direction de Lietzkau. Vers 4 heures, il rencontra le corps de Berg, qui attaquait Vehlitz, et concerta son attaque avec lui.

    Les deux généraux Berg et Borstell formèrent alors deux colonnes d’attaque de deux bataillons prussiens chacune, soutenues par deux bataillons russes. Ces colonnes traversèrent l’Ehle, les hommes ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, atteignirent la rive gauche du cours d’eau et enlevèrent Vehlitz aux troupes du corps de Grenier qui l’occupaient.

    Au même moment, la brigade Hünerbein s’emparait de Danigkow. Rejointe par la brigade Horn, elle allait continuer sa marche, lorsqu’elle fut arrêtée par la division Gérard.

    A la gauche française, Zehdenick avait été évacué devant l’arrivée de Bulow, qui était accouru de Möckern à la tête de son avant-garde. Il s’établit à Zehdenick et lança sa cavalerie, forte de 800 chevaux, contre la cavalerie française. Celle-ci attendit la charge et fut culbutée. Fort heureusement, les bataillons de la division Grenier formèrent des carrés et obligèrent la cavalerie prussienne à reculer jusqu’à Zehdenick.

    La nuit était venue, fort heureusement pour Eugène, et les alliés occupaient les trois passages de Zehdenick, Vehlitz et Danigkow.

    Dans cette lutte, on voit Wittgenstein attaquer trois points espacés sur une ligne de près de huit kilomètres, formant ainsi trois combats séparés. Ses colonnes s’engagent successivement, à la hâte, sans liaison entre elles. Il n’a pas de réserve pour donner le coup décisif, pas plus d’ailleurs que le prince Eugène.

    Celui-ci, en effet, avait envoyé à Kahlenberg la seule division dont il pût se servir comme réserve. Il n’a qu’une préoccupation, qui est de garder les routes, et l’envoi de la division Lagrange à Kahlenberg n’est motivé que par la crainte de voir l’ennemi passer entre l’Elbe et l’Ehle. Toutes les troupes sont engagées, disséminées et immobilisées par la mission qui leur a été donnée.

    De plus, les généraux, ceux de Lauriston en particulier, ont reçu l’ordre de tenir solidement, mais d’engager peu de monde. Dans la soirée, les trois divisions du 11e corps sont débordées par leurs ailes, et le prince ne se décide pas à le faire reculer. Il a estimé que l’ennemi ne lui a pas montré plus de 15 à 18 000 hommes, et, comme il s’est proposé d’attirer vers Magdebourg le gros des forces opposées, il ne veut pas reculer devant une partie des effectifs adverses.

    Il s’est donc engagé à fond, malgré lui, et a été obligé d’accepter le combat alors qu’il voulait le refuser. Il est hors de doute que si, au lieu de répartir toutes ses troupes sur les routes, il avait simplement disposé des avant-postes solides ou des avant-gardes sur les voies de communication, en se réservant une masse de manœuvre, il aurait pu refuser la bataille et, dans tous les cas, rétablir la lutte à son profit par une vigoureuse offensive.

    « Si Eugène eût cédé peu à peu à Danigkow, dit le colonel Charras, il aurait attiré vers Gommern les deux brigades d’York ; s’il eût cédé de même à Vehlitz, il aurait attiré jusque sur le plateau Borstell et Berg et, en faisant rapidement changer de front à Grenier, l’aile gauche en avant, le jetant avec Lagrange et la garde impériale sur les audacieux qui venaient le braver avec tant d’imprudence, il les aurait accablés sous le nombre, repoussés sur l’Elbe en dehors de toute ligne de retraite ; il aurait trouvé, ensuite, tout ouverte devant lui, la route de Berlin et du bas Oder ; il serait entré dans la capitale de la Prusse, aurait débloqué Stettin et Küstrin ; il aurait frappé ainsi des coups qui auraient retenti d’une façon terrible à Kalisch, à Breslau, dans toute la Prusse, à Hambourg, dans l’Allemagne entière.
    Cette manœuvre, avec ces résultats, était, pour ainsi dire, écrite sur le terrain ; il ne l’aperçut pas ou ne l’osa pas. En cette absence de clairvoyance ou d’audace, il aurait dû, au moins, ce que la bravoure de ses soldats, sa supériorité numérique lui rendaient facile ; il aurait dû empêcher la prise de Danigkow et de Vehlitz, et, au pis aller, les reprendre après les avoir laissé enlever. Et il n’en avait rien fait ».

    Sans aller aussi loin que le colonel Charras, qui, en somme, se reporte au projet de Napoléon, on peut affirmer que l’échec de Möckern aurait été évité si Eugène avait pris des dispositions meilleures et si, une fois engagé, il n’avait pas pris l’attitude timide que lui occasionnèrent ses hésitations et son idée de rester sur la rive gauche de l’Elbe.

    D’après son rapport, les journées de Möckern lui coûtèrent 900 hommes, dont 100 prisonniers. Les coalisés déclarent avoir perdu 600 hommes.

    Dans la nuit du 5 au 6 avril, le prince Eugène apprit que les alliés avaient construit des ponts à Rosslau et avaient commencé à passer l’Elbe. Ce renseignement n’était pas exact, puisque seul le faible détachement de Kleist était occupé devant Rosslau et Wittenberg. Il accepta cette nouvelle avec d’autant plus de foi qu’elle répondait au désir qu’il avait de se tenir sur la rive gauche de l’Elbe, contrairement, d’ailleurs, aux ordres de Napoléon. Persuadé qu’il n’avait eu devant lui qu’une simple démonstration, tandis que le gros des forces alliées devait passer l’Elbe vers Wittenberg et Rosslau, il donna les ordres pour passer sur la rive gauche du fleuve.

    Dans la nuit du 5 au 6, il battit donc en retraite sur Magdebourg, porta ses troupes sur la rive gauche, fit replier les deux ponts du génie et rompre celui du Cluss-Damm, et mit ainsi le cours de l’Elbe entre son adversaire et lui. Le mouvement s’accomplit sans avoir été inquiété.

    Le colonel Charras résume comme il suit la conduite du prince Eugène, depuis sa retraite de l’Oder sur l’Elbe : « Continuant la série des fautes qui l’avait ramené sitôt sur l’Elbe, Eugène avait imaginé, pour en défendre le cours, d’en occuper la rive gauche en disséminant ses troupes sur un long cordon dépourvu de force.
    Il avait ainsi facilité la course de Tettenborn sur Hambourg, la défection des duchés de Mecklenbourg, l’insurrection des villes hanséatiques et du bas pays entre l’Elbe, le Weser et l’Ems, soulèvement qui bouleversait les remontes de la cavalerie françaises en Hanovre, obligeait Napoléon à y envoyer plus de quarante mille hommes et portait une grave atteinte au prestige de la domination impériale.
    Il avait changé de système sur les ordres détaillés, répétés, pressants de Napoléon, et s’était massé sur Magdebourg. Mais, cette concentration à peine opérée, il s’était laissé tromper par quelques incursions de cosaques, et, déjà oublieux de ses instructions, était allé se concentrer sur l’Ohre. Au bout de quelques jours, il avait reconnu son erreur. Il était revenu à Magdebourg et avait débouché sur la rive droite de l’Elbe. Son apparition en avant de cette forteresse avait suffi pour attirer sur lui Wittgenstein.
    Cela lui prouvait la justesse des calculs de Napoléon et lui montrait l’excellence de la position offensive qu’il venait de prendre. Mais, au lieu de la garder, il s’était hâté de l’abandonner ; au lieu de profiter de l’heureuse fortune que lui avait offerte l’imprudente audace de Wittgenstein venant le combattre à forces considérablement inégales, il avait laissé battre ses avant-postes, évité la bataille, décampé nuitamment, abandonné ses retranchements ébauchés et repassé l’Elbe, se donnant les apparences d’un vaincu.
    Tel est le résumé exact, fait sur pièces, de la conduite d’Eugène depuis le 8 mars, jour où il repassa l’Elbe à Wittenberg après l’abandon de Berlin, jusqu’au 6 avril, jour où il le repassa encore une fois à Magdebourg. Il serait difficile, nous y insistons, d’y trouver la preuve qu’il fût doué des qualités du général en chef ».

    La prise de possession du prince Eugène sur la rive droite de l’Elbe, les 2, 3, 4 et 5 avril, ne retarda pas d’un jour le passage du cours d’eau par Wittgenstein. Celui-ci, en effet, franchit le fleuve le 10 avril, lorsque Blücher eut rejoint et que son avant-garde atteignit Leipzig.

    Les combats de Möckern eurent un grand retentissement en Allemagne. Leur importance très grossie redoubla l’exaltation populaire ; des réjouissances eurent lieu pour célébrer cette « grande victoire », qui avait empêché Eugène de marcher sur Berlin !

    Dans cette partie de la campagne, il faut rappeler les résultats obtenus par les détachements francs de Czernitchev, Tettenborn et Dörnberg. Leur action eut une influence considérable sur la conduite du prince Eugène, elle motiva en grande partie et surtout elle expliqua les retraites qu’il accomplit jusqu’aux combats de Möckern et même après ces combats. En allumant, en soutenant l’insurrection sur le bas Elbe, ils menacèrent la Hollande, retardèrent l’organisation des forces françaises, surtout celle de la cavalerie, et obligèrent Napoléon à jeter sur Hambourg et sur le territoire de la 32e division militaire un corps d’armée entier qui affaiblit d’autant la masse principale des forces avec lesquelles il allait manœuvrer.

    Aussitôt après qu’il eut passé l’Elbe, le prince Eugène apprit que les alliés traversaient le cours d’eau vers Dresde et Wittenberg. Comme il a été dit déjà, ce renseignement n’était pas exact, mais il cadrait bien avec l’idée du prince de se maintenir sur la rive gauche de l’Elbe. En réfléchissant à la situation, le vice-roi conclut que l’intention des coalisés était de se porter sur le corps du maréchal Ney, qui, en ce moment, était en marche de la vallée du Mein vers Erfurt.

    Pour s’opposer à cette entreprise, Eugène résolut de prendre position sur la basse Saale.

    Il n’est pas nécessaire de dire que cette résolution n’était pas conforme aux instructions de Napoléon. Tous les écrivains militaires sont d’accord pour reconnaître que si le projet prêté par le prince aux coalisés était exact, il suffisait qu’Eugène débouchât à nouveau de Magdebourg, en menaçant Berlin et en utilisant sa supériorité numérique pour infliger un échec à Wittgenstein, qui était isolé avec 28 000 hommes environ.

    Mais il ne voulut pas comprendre cette manœuvre, qui lui avait été si bien tracée par l’Empereur, et il abandonna définitivement la rive droite de l’Elbe.

    Avant tout, il compléta la garnison de Magdebourg en faisant venir dans cette place dix bataillons de la 1e division de Davout et quatre du corps de Victor.

    La défense de Magdebourg fut confiée au général du génie Haxo. Cette mesure, dont le résultat fut de dégarnir le bas Elbe, permit aux partisans adverses que Davout avait refoulés de repasser sur la rive gauche du fleuve et de s’avancer jusqu’au Weser.

     

     

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