• 10 avril 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La bataille de Raclawice

     

    La bataille de Raclawice

    D’après « Histoire complète de la monarchie prussienne depuis sa fondation » – 1868

     

    La diète s’était réunie à Grodno, pour y délibérer en sûreté et échapper à la pression des baïonnettes russes ; mais les forces coalisées de la Prusse et de la Russie s’y étaient portées, pour hâter la signature des traités et intimider les opposants ; vingt mille Russes furent bientôt réunis sur ce point. L’ambassadeur justifia cette violence en déclarant qu’il venait protéger la personne sacrée du roi Stanislas et les plus dignes sénateurs, ministres et députés, contre lesquels il avait été formé une conjuration. Il avait alors jugé à propos de faire entourer le château de Grodno par deux bataillons de grenadiers avec quatre canons.

    Des sentinelles défendaient l’entrée du château au public ; une seule porte, gardée par des officiers, restait libre. Les députés avaient été prévenus que ceux qui seraient trouvés porteurs d’armes cachées, devaient être arrêtés. Enfin douze officiers russes eurent le droit d’entrer dans la salle des délibérations et de se placer sur les sièges des députés. Le général moscovite avait sa place dé- signée près du trône. Au reste, le général qui ne devait, disait l’ambassadeur, que prévenir les désordres, laisserait aux députés une entière liberté de parler.

    L’envoyé prussien avait exigé, au nom de son maître, que le projet de traité fût adopté sans amendements et sans conditions. L’ambassadeur de Russie avait appuyé cette odieuse prétention, et la diète, frappée de stupeur, avait légalisé la spoliation, en signant le traité purement et simplement. Les nobles se félicitaient déjà d’avoir acheté, au prix de la honte, quelques instants de tranquillité.

    D’après le nouveau partage, l’étendue de la Pologne était encore de 2 205 milles carrés, renfermant 762 villes, 11 260 villages, et 5 000 000 d’habitants, avec 36 000 soldats et un revenu d’environ 18 000 000 de florins.

    La part de la Russie était de 2 075 milles carrés renfermant 390 villes, 8 783 villages, 3 055 000 habitants, 24 660 soldats, avec un revenu de 13 600 000 de florins.

    La part de la Prusse était de 1 061 milles carrés, renfermant 262 villes, 3274 villages, 1 136 000 habitants, avec un revenu de 6 870 000 de florins.

    On voit à quoi aboutirent les déclarations pompeuses de Frédéric-Guillaume en faveur de la Pologne ; le roi chevalier avait abdiqué la loyauté et la générosité dont il se plaisait à faire parade, pour satisfaire son ambition et sa cupidité.

    Plusieurs régiments prussiens furent envoyés dans les nouvelles provinces annexées, qui prirent le nom de Prusse méridionale. Frédéric-Guillaume s’y rendit lui-même en novembre 1793 ; il y fut complimenté par les évêques sur ses glorieuses conquêtes. Le prince protestant en fut si flatté qu’il couvrit de riches vêtements et de joyaux une statue de la mère de Jésus, qui était en grande vénération dans toute la Pologne. Les nobles accueillirent aussi leur nouveau roi avec un empressement marqué, et obtinrent la création de trois régences et chambres de finances.

    La diète polonaise prêta elle-même les mains à l’avilissement de sa patrie, en déclarant que le roi et les États étaient convaincus que l’existence politique, la sûreté et le bien futur de la Pologne dépendaient d’une alliance perpétuelle entre la Russie et la Pologne ; elle espérait que l’impératrice présenterait un projet à cet effet, et qu’elle accorderait son entremise pour l’établissement d’un traité de commerce. L’impératrice se garda bien de laisser échapper une nouvelle occasion de resserrer les chaînes de la victime : par un traité du 16 octobre 1793, elle se réservait le droit de s’immiscer dans les affaires intérieures de la République, et indirectement celui de disposer de son territoire.

    Le peuple furieux de se voir ainsi trahi et vendu, manifestait sa colère par des actes de rébellion ; une grande fermentation régnait dans toute la Pologne. Les troupes polonaises, dans les provinces conquises, ne paraissaient pas non plus d’une fidélité inébranlable. Ainsi le roi de Prusse ayant donné des ordres pour faire marcher les divisions des palatinats de Cracovie et de Sandomir, sous le prétexte qu’elles étaient composées de sujets de ses nouvelles provinces, les officiers et les soldats avaient refusé d’obéir.

    La diète mit le comble à son impopularité, en publiant, sous le nom de Lois cardinales, une suite de décrets qui avaient pour but de perpétuer l’asservissement de la nation polonaise, de consolider les vieux abus et d’entretenir une sorte d’anarchie légale ; on y trouvait l’inspiration de l’astucieuse Catherine.

    Après avoir déterminé ses pouvoirs et ceux de la royauté, la diète consacrait l’inviolabilité des droits féodaux, déclarait la religion catholique religion dominante, mettait l’apostasie au nombre des crimes contre l’Etat, et interdisait le trône à tout prince non catholique romain ; la noblesse seule pouvait participer aux honneurs et dignités ecclésiastiques et civils, et particulièrement aux évêchés et au ministère ; au reste l’égalité parfaite était proclamée entre les nobles ; le servage était maintenu, avec cette seule restriction que le noble n’avait pas droit de vie et de mort sur son serf ; enfin les nobles étaient affranchis de la contrainte par corps.

    L’impératrice, satisfaite de la soumission de la diète, daigna déclarer qu’elle accordait aux Polonais un généreux pardon. Mais sa joie devait être de peu de durée; Varsovie s’agitait, et les Russes ne parvenaient plus que difficilement à étouffer la haine et l’indignation par la terreur. Quelques sénateurs ayant hasardé quelques représentations timides, l’ambassadeur moscovite leur avait durement répondu : « Vous avez imploré notre secours ; chassez-nous ou obéissez-nous ».

    L’armée polonaise avait été entièrement licenciée dans les provinces réunies à la Russie. Les Français qui y résidaient, avaient dû renier, sous la foi du serment, les doctrines révolutionnaires qui triomphaient dans leur pays ; et ceux qui avaient eu le courage de résister, avaient été dirigés en Sibérie ; on les traquait d’un bout à l’autre de la Pologne.

    La République avait encore conservé des représentants diplomatiques à l’étranger. Cette ombre d’indépendance déplaisant à la Russie, celle-ci exigea le rappel des ambassadeurs. Le trésor public de la Pologne ne tarda pas à être à la disposition de ses dominateurs. Ainsi l’on vit le général russe envoyer au commissariat de la liquidation, une note enjoignant qu’on lui remît sans délai un million de roubles, dont il avait besoin, disait-il, pour la solde de ses troupes.

    Le mouvement populaire qui avait éclaté dans Varsovie, fut bientôt comprimé ; les baïonnettes russes occupèrent tous les quartiers de la ville, en même temps qu’un camp se formait sous ses murs et bientôt un silence morne succéda à une généreuse effervescence ; les provinces n’étaient pas moins agitées ; les assemblées des diétines étaient devenues très tumultueuses.

    Le gouvernement russe prit alors ses mesures pour prévenir les suites d’une explosion qui ne pouvait tarder : le camp sous Varsovie reçut de nouveaux renforts, et la plupart des anciens soldats des provinces polonaises de la Russie furent incorporés, de gré ou de force, dans les armées régulières.

    L’insurrection commença aux environs de Varsovie ; les habitants coururent aux armes, se réunirent dans les forêts et s’embrigadèrent.

    Bientôt des détachements en sortirent pour faire irruption dans les villes occupées par les Russes et les Prussiens, et s’emparer des caisses publiques.

    Les généraux russes, craignant que l’armée polonaise ne rejoignît les insurgés, en ordonnèrent le licenciement, mais cette mesure ne fit que précipiter la révolte. Le général polonais Madalinski résista à cet ordre tyrannique, et négocia pendant quelques jours, afin de gagner du temps et de prendre les mesures propres à assurer le succès d’un soulèvement général.

    Après avoir réuni plusieurs régiments d’infanterie et un corps d’artillerie, et formé une nombreuse cavalerie, il passa la Vistule à Visogrod, dans l’intention de marcher sur Lowitz, où il devait être rejoint par de nombreux insurgés.

    Les Russes et les Prussiens se tenaient, de leur côté, sur la défensive, et se fortifiaient de toutes parts.

    Le général Madalinski agissait sous les ordres de Kosciusko, qui avait pris la direction du mouvement. En peu de temps, l’insurrection s’accrut et s’étendit ; jeunes gens, vieillards, paysans, citadins, accouraient de tous les palatinats et même des pays voisins, pour prêter serment entre les mains du généralissime Kosciusko. Au bout d’une semaine, l’armée nationale comptait déjà trente mille combattants ; il n’en arrivait pas moins de deux à trois mille par jour. Le général des Cosaques, Bielac, s’était mis à la tête de l’insurrection à Wilna et dans la Lithuanie. Joseph Poniatowski, l’oncle du lâche Stanislas-Auguste, venait de quitter Bruxelles pour offrir à la révolution son bras et ses conseils.

    Une véritable révolution s’était opérée : le peuple rejetait déjà la Constitution de 1790, comme trop peu républicaine ; la liberté et l’égalité étaient considérées comme inconciliables avec la royauté. Un tribunal révolutionnaire était établi, et tous les hommes en état de porter les armes mis en réquisition.

    L’insurrection se propagea bientôt jusqu’aux frontières de l’empire ottoman ; les paysans de l’Ukraine, n’ayant pas encore de fusils, avaient pris des faux et des piques, et avaient déjà eu de sanglantes rencontres avec les hordes moscovites.

    Le général Madalinski marcha d’abord sur Cracovie et Sandomir, repoussant les corps prussiens et russes qui tentaient de l’arrêter, faisant peu de prisonniers, et les fusillant ou les incorporant.

    Les généraux de Catherine et de Frédéric-Guillaume ne se crurent bientôt plus assez forts pour arrêter le torrent, et se contentèrent de former un cordon de troupes, afin d’envelopper les insurgés, dès qu’ils auraient reçu des renforts.

    Madalinski entra dans Cracovie, vers la fin de mars ; son armée se grossit alors de quinze mille polonais de l’Ukraine, de plusieurs escadrons et d’une foule immense de citoyens. De là, il marcha sur Pétrico, battit une armée de Prussiens et de Russes, et se dirigea vers le palais de Sandomir, où se trouvait la grande armée, sous les ordres de Kosciusko.

    Ce dernier venait d’adresser à la nation polonaise et à l’armée des proclamations qui respiraient un patriotisme brûlant, et les patriotes avaient été unanimes pour répondre à son appel. Élève de Washington, il s’était déjà distingué dans la guerre de l’indépendance américaine et dans les dernières campagnes des Polonais contre les Russes.

    Après avoir reçu le serment des soldats de la liberté, Kosciusko se mit en marche pour aller délivrer Varsovie, où quinze mille Russes tenaient garnison.

    L’armée nationale fut bientôt en état de livrer de grandes batailles aux armées russes et polonaises, et l’on ne tarda pas à voir les généraux et les soldats improvisés dérouter les savants tacticiens. Un cordonnier de Varsovie, Zichlinsi, avait réuni trente mille gardes nationaux.

    Les barbares coalisés essayèrent d’arrêter la marche de Kosciusko près de Skalmarz, et une action sanglante s’engagea sur ce point, le 4 avril 1794.

    Après cinq heures de combat, les piques, les faux et les baïonnettes polonaises, aidées par une excellente artillerie, enfoncèrent la ligne de l’infanterie et des chasseurs russes, qui prirent la fuite, en jetant fusils et gibernes, et en abandonnant onze canons, un drapeau et de nombreux prisonniers.

    Les troupes enfermées dans Varsovie étaient surveillées et comme cernées par la population même. Un premier mouvement éclata dans cette ville, lorsque les féroces étrangers voulurent enlever les armes amassées dans l’arsenal, dans la crainte qu’elles ne tombassent aux mains des insurgés. La lutte allait s’engager, quand les Russes reçurent l’ordre de rentrer dans leurs quartiers.

    Le peuple continua à surveiller l’arsenal et l’artillerie, jusqu’au moment où il pourrait s’en rendre maître avec le secours de l’armée polonaise.

     

     

  • One Response à “Le 4 avril 1794 – La bataille de Raclawice”

    • Agatheb2k on 3 novembre 2017

      Merci pour cette page d’histoire ;)

    Répondre à Agatheb2k


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso