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    Le combat de Ky Lua

    D’après « Histoire militaire de l’Indochine française des débuts à nos jours (juillet 1930) » – 1931

     

    Après le combat de Dong-Dang, des reconnaissances de Dong-Dang et de Yên-Cua se heurtent à l’ennemi à 7 kilomètres au delà de Ky-Lua. Une reconnaissance, partie dans la direction de Loc-Binh, rencontre les Chinois à environ 20 kilomètres de Lang-Son.

    Le 27 mars dans l’après-midi, quelques Chinois viennent se heurter à nos avant-postes et se retirent.

    Le lendemain 28 mars, à 7 heures du matin, des éclaireurs ennemis prennent contact avec la compagnie Romani, du 3e bataillon de légion, aux avant-postes. La 2e brigade prend immédiatement ses postes de combat.

    À 10h45, nos batteries tirent les premiers coups de canon de la journée sur l’ennemi débouchant des chemins de Dông-Dang et de Yên-Cua-Ai. Celui-ci tente une violente attaque au centre de notre système de défense ; il est repoussé et fuit. C’est à ce moment que le général De Négrier est grièvement blessé. Le commandement passe au lieutenant-colonel Herbinger.

    La situation était alors meilleure pour nous qu’un instant auparavant ; les pavillons chinois, qui étaient apparus dès le début de l’action, avaient disparu, et seuls quelques tirailleurs ennemis couvraient la retraite des débris des colonnes qui avaient attaqué nos troupes. Nous avions 3 tués, 37 blessés et 4 disparus.

    Cependant, le commandant provisoire de la colonne télégraphiait au général commandant en chef : « Pris commandement de la colonne. Profiterai de la nuit pour rétrograder sur Dông-Song et Thanh-Moi en deux colonnes. Impossible maintenir nos positions, faute de munitions et de vivres. Me dirige personnellement sur Cut et Thanh-Moi. Commandant Schoeffer, de la légion, prend le commandement de la colonne de Lang-Son ».

    Avant de prendre cette décision, le lieutenant-colonel Herbinger avait fait consulter le général De Négrier blessé, qui avait dicté au lieutenant Dégot la note suivante indiquant son point de vue : « D’après mon avis, il y aurait lieu de faire tenir les routes de Pho-Vy et de Thanh-Moi aux passages importants par des échelons. Faire écouler tout ce qui peut être gênant, et dans cette situation, observer ce que fait l’ennemi en ne laissant à Ky-Lua qu’une arrière-garde, tandis que toutes les troupes se tiendraient sur les hauteurs de la rive gauche, de telle sorte que si, comme je le crois, l’ennemi n’a plus envie d’attaquer, il devienne inutile d’évacuer. Le colonel Herbinger, qui voit la situation, est meilleur juge ; aussi je ne lui donne cet avis que comme ma manière de voir ».

    Le commandant provisoire de la 2e brigade maintint l’idée préconçue, qu’il s’était faite de la situation et donna les ordres d’évacuation de Lang-Son.

    Le 28 mars à 10 heures du soir, la première colonne sous les ordres du lieutenant-colonel Herbinger quitte Lang-Son pour Cut et Thanh-Moi ; elle comprend le 3e régiment de marche (bataillon du 23e, du 111e et du 143e), la 4e batterie-bis (Roperth), le 2e bataillon d’infanterie légère d’Afrique et la moitié de la Cavalerie. Cette colonne est suivie un moment après d’un deuxième détachement sous le commandement du commandant Schoeffer, composé des deux bataillons de Légion de la 22e batterie (De Saxcé), des deux compagnies de tirailleurs tonkinois et du restant de la cavalerie (la 1e batterie-bis de 4 de marine fut sur l’ordre du commandant de la colonne jetée dans le Sông Ki-Kong). Le deuxième détachement avait comme point de direction Bac-Viay et Pho-Vy.

    Les deux colonnes arrivent à Chu le 30 mars et 1er avril, sans avoir été inquiétées par les Chinois.

    Il n’est pas douteux qu’il y avait eu affolement de la part du commandant provisoire de la 2e brigade, c’est ce que le général commandant en chef télégraphiait au ministre de la Guerre le 1er avril : « L’évacuation de Lang-Son, lui disait-il, et surtout la précipitation de la retraite sont dues à une faiblesse dans le commandement après la blessure du général De Négrier. La 2e brigade à Lang-Son avait encore pour 20 jours de vivres et les munitions suffisantes pour attendre les convois qui étaient en route et annoncés.
    La batterie de 4 de marine a été jetée dans la rivière par ordre et sans protestation du commandant De Douvres. Le trésor abandonné (130.000 piastres) également jeté par ordre, tout cela après la réussite de nos contre-attaques. Même précipitation pour l’évacuation de Dong-Song avec encore moins de raison. Les Chinois jusqu’à présent paraissent se borner à occuper leurs anciennes positions au nord de Deo-Quan et de Deo-Van. En somme, situation non compromise et meilleure que pouvaient le faire supposer des renseignements alarmants ».

    Le 4 avril, après avoir donné le commandement provisoire de la 2e brigade au colonel Borgnis-Desbordes. Le général commandant en chef vient à Chu passer en revue la brigade et, le 8 avril, adresse l’ordre du jour suivant aux troupes du corps expéditionnaire :
    « Officiers, sous-officiers et soldats,
    L’ennemi que vous aviez mis si vaillamment en déroute sur son territoire un mois avant, s’est présenté devant vous décuplé et retranché dans des positions formidables. Pour la première fois, il fallut vous replier sur les ouvrages enlevés la veille.
    Le 28 mars, alors que l’ennemi, renforcé de plus en plus, osait vous disputer les positions de Ky-Lua, vous infligiez encore à ses masses une sanglante défaite.
    Mais, par une amère dérision du destin, au moment même où les colonnes chinoises précipitaient leur retraite sous l’effort de votre contre-attaque, vous appreniez que votre vaillant chef, le général De Négrier, ce brave entre les braves, venait d’être emporté à l’ambulance. Le commandement, du fait de ce malheur, tombait entre des mains insuffisamment préparées.
    Au lieu de vous faire prendre la seule attitude convenable à des vainqueurs qui n’avaient jamais compté la nuée de leurs ennemis, on vous a fait battre en retraite la nuit.
    Vous êtes arrivés à Chu épuisés de fatigue, mais sans pertes. Les vaincus du 28 mars, ne pouvaient, en effet, songer à vous poursuivre. A peine revenus de leur étonnement, ils montrent encore la plus grande circonspection. Ils sentent que s’ils osaient vous inquiéter, vous les décimeriez avec le même entrain et le même succès qu’autrefois.
    Maintenant plus forts que jamais, vous êtes appuyés sur des positions inexpugnables entre des mains de conscrits.
    Soldats de la 2e brigade, souvenez-vous que depuis que le monde existe, jamais une armée chinoise n’a forcé une position défendue par des troupes européennes ».

    Les cols de Quan et de Van sont réoccupés par nos troupes sans combat. La garnison de Kep est renforcée par le bataillon du 111e de ligne et le général Giovaninelli (promu le 11 mars) établit son quartier général à Dap-Cau, où une colonne mobile est constituée, prête à être envoyée sur le point le plus exposé par une attaque chinoise.

    Le 14 avril, les Chinois se montrent aux environs de Kep ; ils sont repoussés par un détachement de la place envoyé par le lieutenant-colonel Godard. Le lendemain 15 avril, le général commandant en chef fait savoir aux troupes du corps expéditionnaire qu’un armistice était signé. Les commandants de place de postes devront aviser les chefs chinois en face d’eux et se tenir sur leur garde.

     

     

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