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     La bataille de La Fère Champenoise

     

    La bataille de Fère-Champenoise

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français » – Charles-Théodore Beauvais – 1821

     

    La grande armée alliée campait, le 24 mars, sur la rive droite de la Cosle, et celle de Silésie sur les bords de la Marne, entre Châlons et Château-Thierry; la première était établie sur le front, la seconde sur le flanc gauche des ducs de Trévise et de Raguse, placés tous deux près de la gauche de la Somme-Soude, entre Vatry et Soudé. Le but des maréchaux français était de joindre Napoléon, celui des généraux alliés d’atteindre Paris.

    Le 25, de grand matin, l’avant-garde du duc de Trévise remonta la rive gauche de la Somme-Soude, et le gros de ses troupes (les trois divisions de jeune garde Christiani, Curial et Charpentier) s’avança dans la direction de Soudé-Notre-Dame.

    De son côté, la grande armée alliée marcha sur Fère-Champenoise, les gardes et réserves dans la direction de Montepreux ; le corps du général Rayewski et les Wurtembergeois dans celle de Vitry, précédés de leur cavalerie et suivis des Bavarois et du corps autrichien de Giulay. Le comte Pahlen formant l’avant-garde de la colonne du centre, envoya aussitôt ses cosaques sur la Somme-Soude.

    A huit heures du matin, et pendant que le général Belliard arrivait à Dommartin-l’Estrée avec la division Roussel, l’ennemi se montra sur le rideau, de l’autre côté de la Somme-Soude, et engagea une forte canonnade. Leduc de Raguse rassembla sur-le-champ ses troupes encore éparses dans leur camp, et les disposa en plaine, sous le canon de l’ennemi et en vue de sa cavalerie.

    Celle-ci, sous les ordres des généraux comte Pahlen et prince Adam de Wurtemberg, attaquant simultanément et par les deux flancs la position française, le maréchal se vit forcé à un mouvement de retraite sur Sommesous ; la cavalerie du général Bordesoulle, qui voulut arrêter l’ennemi, fut vivement repoussée par une des brigades de la cavalerie russe.

    Dans le même temps, la queue de la colonne du duc de Trévise, attaquée près de l’Estrée, par une nuée de cavalerie légère, perdit un certain nombre de prisonniers.

    Toutefois, les deux corps parvinrent à se réunir et à se former en arrière à droite et à gauche de Sommesous. Une canonnade eut lieu et dura deux heures à l’avantage des Français, malgré la position peu favorable de leur cavalerie. Mais à midi, le général Nostitz et le grand-duc Constantin s’étant avancés à la tête de deux colonnes de cavalerie autrichienne et russe, il fallut continuer le mouvement rétrograde, par échiquier, pour gagner Lenhare.

    Deux charges tentées par le comte Pahlen furent repoussées ; une troisième enfonça les cuirassiers du général Bordesoulle, malgré les efforts du général Roussel ; mais le général Latour Foissac, à la tête du huitième de chasseurs, exécuta une charge qui rompit un moment l’impétuosité de la cavalerie ennemie.

    Après sept heures d’engagement, les maréchaux espéraient gagner les hauteurs de Fère-Champenoise, quand une forte giboulée, qui fouettait le front de la ligne française et favorisait la cavalerie de la garde russe, accrut prodigieusement les embarras du mouvement rétrograde.

    Les cuirassiers, à peine reformés, furent culbutés de nouveau et rejetés sur l’infanterie de la jeune garde, qui n’eut que le temps de se former en carrés ; deux de la brigade Jamin furent pris ainsi que le général ; ceux de la brigade Lecapitaine perdirent leur artillerie, mais ne furent point entamés. L’orage grossissait, il grêlait avec force, on ne se distinguait plus a trois pas, et dans ce désordre extrême et inévitable, vingt-quatre pièces d’artillerie, plus de soixante caissons de munitions et un bataillon du train des équipages furent abandonnés.

    Enfin, le temps s’éclaircit, les divisions Ricard et Christiani firent bonne contenance et donnèrent le temps à la cavalerie de passer le ravin de Connantray. Le prince de Schwartzenberg se contenta alors de faire poursuivre les corps des maréchaux par l’artillerie légère, la cavalerie de Pahlen, et celle du prince Adam de Wurtemberg, qui, laissant Connantray sur leur gauche, s’étendirent dans la plaine de Fère-Champenoise.

    L’armée française était à peine ralliée derrière Connantray lorsque quelques coureurs ennemis furent aperçus débouchant du ravin ; une terreur panique saisit les troupes, elles s’enfuirent pêle-mêle vers Fère-Champenoise. Cette déroute aurait eu peut-être les résultats les plus décisifs pour les alliés, si un régiment de marche de grosse cavalerie, commandé par le colonel Leclerc, et arrivé la veille à Sezanne, ne fût accouru au secours des maréchaux.

    Débouchant de Fère-Champenoise au moment même où le désordre était à son comble, le brave Leclerc ne se laisse point rompre par les fuyards, et continuant à se porter en avant, il impose aux escadrons ennemis par sa contenance ferme, et donne aux maréchaux le temps de rallier leurs troupes sur les hauteurs de Lintehs.

    Pendant qu’ils s’occupaient de ce soin, on vit s’avancer sur la gauche une colonne soutenant un combat très vif. Le bruit se répand dans les rangs encore confus, que Napoléon arrive : les cris de « vive l’Empereur » retentissent de toutes parts, les cuirassiers du général Bordesoulle se portent les premiers en avant ; mais ils sont forcés de se replier après avoir perdu plusieurs pièces.

    Le prince Schwartzenberg, l’empereur de Russie et le roi de Prusse, arrivés à Fère-Champenoise, surpris de l’imposante attitude que reprend l’armée française, rappellent la majeure partie des troupes alliées lancées à sa poursuite, pour s’opposer à cette même colonne dont nous venons de parler, et qu’ils voient déboucher tout à coup devant eux ; profitant de cette circonstance, les maréchaux précipitent leur retraite sur Allement.

    Cette colonne, dont l’apparition inopinée étonnait et inquiétait tant l’ennemi, était composée des divisions Pacthod et Amey, présentant un effectif d’environ cinq mille baïonnettes.

    Pressée de se réunir aux ducs de Trévise et de Raguse, elle avait quitté Bergères dans la nuit du 24 au 25, et s’était mise en marche sur Vatry. Le général Pacthod, qui commandait comme le plus ancien, se voyant attaqué à Villeseneux par la cavalerie du général Korf, qui suivait la route de Châlons à Etoges, forma aussitôt ses troupes, le convoi massé en arrière. Mais, au lieu de se retirer sur Fère-Champenoise, il s’attacha à repousser de pied ferme, pendant une heure et demie, les attaques des escadrons ennemis. Ceux-ci ayant été successivement renforcés, les deux divisions françaises durent gagner Fère-Champenoise à travers champs, et, par suite, abandonner le convoi qui gênait trop la marche, après en avoir pris, toutefois, les chevaux pour doubler les attelages de l’artillerie.

    Le général Pacthod, opérant son mouvement en échiquier, espérait atteindre, dans cet ordre, Fère-Champenoise, lorsqu’une brigade de deux régiments de chasseurs à cheval russes vint s’établir sur ses derrières, et le placer dans l’alternative de se faire jour ou de se rendre.

    Le général Raymond Delort propose de charger ces nouveaux ennemis, tandis que le reste des troupes contiendra le général Korf. Sa brigade, forte de douze cents hommes et composée d’un bataillon du cinquante-quatrième régiment et de quatre bataillons de gardes nationales de la Sarthe, de Loir-et-Cher et d’Indre-et-Loire, attaque les deux régiments ennemis et les force à rétrograder ; mais la cavalerie du corps de Sacken, sous les ordres du général Wasilitschikow, accourt au bruit du canon, et force à son tour le général Delort à se replier.

    Tel était l’état des choses, quand vers quatre heures, la cavalerie et l’artillerie de la garde russe entrèrent en action. Le général Pacthod, assailli de toutes parts, harangue ses gardes nationales et leur fait jurer de vendre chèrement leur vie. L’ardeur de ces braves redouble, la cavalerie s’épuise en vaines charges contre eux ; mais bientôt les batteries criblent de mitraille les carrés français.

    Plusieurs d’entre eux, parmi lesquels celui où se trouvait le général Pacthod, sont enfoncés et forcés de mettre bas les armes. Celui du général Thevenet bravait toutes les attaques et touchait déjà aux marais de Saint-Gond, où il aurait trouvé un refuge assuré ; mais il est accablé sous le feu de quarante-huit pièces de canon, toute la cavalerie de la grande armée s’élance sur lui et en fait une horrible boucherie. Le général Thévenet fut blessé et pris, et aucun homme n’échappa, car aucun ne voulut accepter de quartier ; et, quoique enfoncés, ils combattirent a la baïonnette jusqu’au dernier soupir.

    Telle fut l’issue de la mémorable journée de Fère-Champenoise. Dans ce double combat des maréchaux avec la cavalerie de la grande armée alliée, et du général Pacthod avec la cavalerie de l’armée de Silésie et une partie des réserves russes, les Français perdirent 9 000 hommes, dont 5 000 hors de combat ; c’était presque la moitié des hommes présents.

    Les généraux de division Pacthod et Amey, les généraux de brigade Jamin, Delort, Bonté et Thevenet, qui se trouvaient au nombre des prisonniers, furent présentés à l’empereur Alexandre, qui les accueillit avec la bienveillance qu’un monarque généreux ne peut refusera de vaillants guerriers trahis par la fortune. Les alliés avaient eu 4 000 hommes tués ou blessés. Soixante bouches à feu et plus de trois cent cinquante caissons étaient entre leurs mains.

    Ce succès brillant ouvrait le chemin de la capitale aux alliés. Leurs troupes passèrent la nuit dans la plaine de Fère-Champenoise, où fut établi le quartier général du prince de Schwartzenberg et des monarques.

    Le 26, les trois corps russes de l’armée de Silésie poussèrent jusqu’à Etoges ; le gros des deux corps prussiens resta à Montmirail, un de leurs partis poursuivit celui du général Vincent sur Verdelot et Rebais ; le général York ayant entendu à midi une forte canonnade, envoya le général Ziethen en reconnaissance sur Sezanne.

     

     

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