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    Le combat de l’Africaine

    D’après « Dictionnaire historique des batailles, sièges, et combats de terre et de mer » – 1818

     

    Le capitaine Saunier fut appelé au commandement d’une division de frégates armées dans la rade de Rochefort, pour porter des secours à l’armée d’Egypte. Il montait la frégate l’Africaine, qui bientôt fut séparée de la flotte par la violence des vents.

    A la vue du cap Laroque, le capitaine Saunier aperçut un brick et deux frégates anglaises ; mais il parvint à leur échapper. Toujours poursuivie, l’Africaine fut forcée de traverser le détroit de Gibraltar avant la nuit. Elle aperçut au loin, sur la côte d’Espagne, deux bâtiments dont l’un lui fit des signaux auxquels elle ne répondit pas ; cependant le vaisseau ennemi chassa avec tant de vitesse, que peu d’instants après, il fut facile de le reconnaître pour une frégate anglaise.

    Afin de presser sa marche, Saunier fait jeter à la mer d’énormes caisses d’armes et de munitions de guerre, mais l’ennemi ne lui laisse pas le temps de déblayer l’entrepont, on place les grappins d’abordage et l’on attend le signal du combat. Saunier ordonne à chaque chef de pièce de pointer à démâter, afin de rester maître de combattre ou de pouvoir échapper à un ennemi infiniment supérieur à l’Africaine, chargée de munitions et de troupes, plutôt armée en transport qu’en guerre.

    A peine était-il jour, que le vaisseau anglais envoya sa première volée. A l’instant, l’Africaine reçoit l’ordre de faire feu. Le calme était parfait. L’ennemi tirant toujours en plein bois, tua beaucoup de monde sur le vaisseau français. L’inégalité du combat fit bientôt naître au capitaine Saunier l’idée d’employer la valeur des troupes de terre qu’il avait à son bord. En conséquence il commande l’abordage.

    Le capitaine anglais, qui redoutait l’effet de l’impétuosité française, parvint à l’éviter; il arrive une seconde fois en envoyant une décharge de canon et d’obus. Plusieurs pièces de l’Africaine sont démontées, ses voiles et ses gréements sont endommagés. Enfin la plupart des marins sont remplacés par des grenadiers, des chasseurs et des canonniers de l’armée de terre. Ces nouveaux et valeureux combattants donnaient et recevaient la mort avec un sang-froid admirable.

    Le feu redouble ; il n’est plus d’intervalle entre les coups de canon. Enfin, après quinze heures d’un combat meurtrier, le capitaine de la frégate française voulant terminer une affaire qui coûtait tant de sang, tente un second abordage. L’ennemi l’évite en étendant un filet au-dessus de son bord, et en envoyant une volée à mitraille. L’Africaine, entièrement désemparée, ne gouvernait plus.

    Tous les canonniers avaient été emportés par des boulets ; les ponts et les gaillards étaient couverts de morts et de blessés, lorsque le feu prit dans le vaisseau. Alors les officiers et les soldats redoublèrent d’efforts dans ce pressant danger, et parvinrent, sans le secours de la pompe brisée par les boulets, à éteindre l’incendie. Cependant les pertes de l’Africaine augmentaient à chaque minute.

    Le général Desfourneaux, frappé d’une balle à la poitrine, refuse de descendre dans l’entrepont. Cinquante officiers de terre, dangereusement blessés, continuent de combattre. Le capitaine de frégate, Magendie, mutilé par un éclat du mât d’artimon qui lui ouvrit le crâne, ne quitta son poste que sur l’ordre précis de son capitaine. L’intrépide Saunier continuait de commander et la manœuvre, et le combat avec le sang-froid qui distingue les héros, lorsqu’un boulet le renversa sur le pont. Quelques soldats accoururent vers lui, lorsqu’il respirait encore. A peine le descendaient-ils de l’échelle du dôme, qu’une grêle de balles fit une seconde blessure au brave Saunier. On tremble pour ses jours : c’en est fait, en traversant l’entrepont, il est frappé du coup mortel.

    Tous les marins avaient péri glorieusement ; les vergues et les mâts étaient brisés ; plus de six mille coups de canon avaient été tirés ; une seule pièce répondait encore au feu de l’ennemi ; le sang coulait à flots dans la batterie ; des cris plaintifs, des morts, des mourants, des crânes, des lambeaux sanglants, tel est le hideux tableau qu’offrait l’Africaine en ce moment.

    Les flancs entrouverts de cette frégate menaçaient à chaque instant d’engloutir quelques malheureux échappés à la fureur du combat. Le lieutenant Lafite, qui venait de prendre le commandement de la frégate française, voulait imiter le généreux dévouement de son capitaine et s’engloutir dans les flots plutôt que de se rendre ; mais cédant enfin au cri de l’humanité, il amena un pavillon qui avait été défendu avec une gloire immortelle.

    Le capitaine anglais, pour honorer la valeur du brave Saunier, prit le sabre dont il s’était si bien servi, et jura de le porter toute sa vie. Il voulait lui rendre les plus grands honneurs funèbres en Angleterre ; mais contrarié par les vents, il fut forcé d’ensevelir les restes du héros dans le vaste sein des mers.

    Le gouvernement, pour payer la dette de la patrie, accorda une pension extraordinaire à la veuve du capitaine Saunier, et voulut que ses enfants fussent élevés aux frais de l’état.

     

     

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