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    Le combat de Hasheen

    D’après « Les expéditions anglaises en Afrique » – Lieutenant-colonel breveté Albert Septans – 1896

     

    Le général Graham devait, d’après les instructions du marquis de Hartington, poursuivre un double but : l’écrasement d’Osman Digma et la construction du chemin de fer Suakim-Berber.

    D’après le service de renseignements, l’ennemi occupait, à 16 kilomètres environ de Suakim, les trois points de Tamaï, Hasheen et Handub.

    Tamaï était occupé par 7 800 hommes. C’était la position principale de l’ennemi sur laquelle le général Graham décida de concentrer ses efforts ; mais comme la ligne Suakim-Tamaï était prise en flanc par l’ennemi posté à Hasheen, le général résolut d’enlever d’abord ce dernier point.

    Le 17 mars, la colonne Graham comptait : 491 officiers, 10 222 hommes, 1 616 chevaux, 2 759 chameaux, 791 mulets, 2 629 followers (domestiques).

    L’infanterie montée avait débarqué la veille. Le général Graham télégraphia au War Office qu’il espérait pouvoir se porter en avant dans quelques jours.

    Le 19 mars, à 7h45 du matin, une reconnaissance sortit de Suakim vers Hasheen. Elle comprenait le général Graham, la brigade de cavalerie et l’infanterie montée ; l’infanterie indienne suivait en réserve à six kilomètres environ.

    La reconnaissance s’avança jusqu’à Hasheen, et après une légère escarmouche, rentra à midi et demi à Suakim. Le terrain qu’elle avait parcouru, présentait de grandes difficultés au point de vue de la marche : il était raboteux et couvert d’un épais fourré, dans lequel se dissimulait l’ennemi, qui n’offrit d’ailleurs qu’une faible résistance.

    Le lendemain, à 6h20 du matin, le général Graham marchait de nouveau sur Hasheen, à la tête d’une colonne comprenant :
    - la Guards Brigade ;
    - la seconde brigade, moins le bataillon Shropshire laissé à Suakim ;
    - le contingent Indien ;
    - la brigade de cavalerie ;
    - la batterie à cheval, la batterie de Gartners ; une réserve de munitions ;
    - le royal Engineers ;
    Soit un total de 306 officiers et de 8 000 hommes environ.

    La colonne prit la formation de marche en carré ; sur la face en avant, la brigade Mac Neill en ligne de colonne de compagnie ; chaque compagnie marchant par le flanc en doublant ; Sur les faces droite et gauche, la Guards Brigade, les compagnies formées sur des alignements parallèles et successifs à une distance l’une de l’autre égale à leur front. La face arrière était ouverte. A l’intérieur du carré, se trouvaient l’artillerie, les Engineers, le transport. La brigade cavalerie couvrait le front et les flancs.

    A 8h35, l’infanterie atteignit un groupe de collines à 11 kilomètres environ à l’ouest de Suakim. Le général Graham s’établit avec son état-major sur la plus méridionales de ces hauteurs pour diriger le combat, pendant que les Engineers et les sapeurs et mineurs de Madras, soutenus par le bataillon East Surrey, construisaient trois redoutes sur les autres collines et un zeriba à leur base.

    Pendant ce temps, l’ennemi s’était posté sur les Dihilbat et Beehive Hills, hauteurs situées à deux kilomètres à l’ouest des redoutes en construction et immédiatement au sud du village de Hasheen. Le général Graham le fit déloger par deux bataillons, Berkshire et Marines, soutenus par le Contingent Indien et la batterie à cheval. La Guards Brigade était en réserve et la cavalerie était répartie sur les deux flancs.

    Le bataillon Berkshire s’avança en position d’attaque soutenu par la moitié du bataillon de Marines ; l’autre moitié de ce bataillon avançait en échelon en arrière et à droite du Berkshire : l’ennemi abandonna le Dihilbat.

    D’un autre côté, le Contingent Indien, la Guards Brigade, la batterie à cheval et la batterie de Gartners s’avancèrent lentement dans la gorge entre le Dihilbat et le Beehive, arrêtant par le feu tous les assauts des Arabes.

    Sur la gauche, c’est-à-dire vers le sud, deux escadrons du 9e Bengal Cavalry, lancés à la poursuite de l’ennemi qui se retirait du Dihilbat sur Tamaï, mirent pied à terre et ouvrir le feu. Chargés à leur tour par les Arabes, ils furent vigoureusement ramenés sur le carré de la Guards Brigade.

    « Ces malheureux cavaliers, démontés au milieu d’un épais fourré, passèrent subitement du rôle de poursuivants à celui de poursuivis ; il n’y eu que ceux qui furent assez heureux pour sauter à temps à cheval qui sauvèrent leurs existences.
    Un officier qui était avec ces cavaliers, ayant perdu son cheval, courut à pied une grande partie du chemin à une allure qu’il ne serait jamais cru capable de soutenir et serré de très près par les Arabes : on le trouva assis sur une pierre tout à fait hors d’haleine et très excité par cette course pour la vie.
    Il n’y avait pas possibilité de charger sous un fourré aussi dense, car les branches épineuse des mimosas s’entrelaçaient, et les Arabes, rampant comme des serpents sous ces arbustes, coupaient les jarrets des chevaux au passage, et quelques fois même, sautaient sur les montures pour poignarder les cavaliers dans le dos.
    Une demi-douzaine de chevaux sans cavaliers, arrivant au pied de la petite colline où nous nous tenions, fut le premier indice de cet incident ».

    Les Arabes, continuant leur poursuite, vinrent donner sur le carré de la Guards Brigade, qui ouvrit le feu et arrêta les assaillants à 15 mètres. Les Arabes, se débandèrent alors, poursuivis par le 5e Lancers et quelques Bengal Cavalry.

    Sur la droite, les deux escadrons du 5e Lancers et deux escadrons du 9e Bengal Cavalry arrêtèrent par leurs charges un corps considérable ennemi qui cherchait à tourner la droite anglaise.

    A midi 45, le général Graham ordonna de rompre le combat et, vers une heure, la colonne se retira au sud des redoutes construites par les Engineers. A 2 heures et demi, la marche rétrograde commença, protégée par le feu de la batterie à cheval. Seul le bataillon East Surrey resta pour occuper les redoutes avec une section d’artillerie et quatre Gardners. A 6 heures du soir, la colonne était de retour à Suakim.

    Les Anglais comptaient 3 tués dont un officier, et 39 blessés dont 3 officiers ; le résultat obtenu fut la création des redoutes de Hasheen, dont la présence fit cesser désormais les attaques de nuit continuelles sur Suakim.

    Ce combat de Hasheen a provoqué plusieurs critiques : les sacrifices en hommes ne furent pas en rapport avec les résultats obtenus. S’il ne s’agissait que de protéger le flanc droit d’une colonne en marche sur Tamaï et de s’assurer un observatoire près des montagnes pour tenir les tribus en respect, il n’était pas nécessaire de marcher jusqu’à Hasheen ; il eût mieux valu près des collines où fut construit le zeriba. Si l’ennemi avait voulu prendre l’offensive, il aurait été ainsi obligé de s’avancer en terrain découvert sur lequel l’artillerie et la cavalerie auraient eu beau jeu.

    Les dispositions tactiques prises par le commandement ont également soulevé des objections : il eût été préférable de faire attaquer de front Dihilbat Hill par une brigade, pendant que les deux brigades auraient contourné la colline par le nord et par le sud, coupant ainsi la retraite de l’ennemi et affirmant le succès.

    « Il est vrai que les Arabes se retirèrent devant nous ;  mais ils attendirent tranquillement derrière la colline pendant que nous abandonnions la position, sachant bien que nos hommes ne pourraient y rester sans nourriture et sans eau ; et de ce fait, dès que nous évacuâmes la colline, ils la réoccupèrent immédiatement.
    Aussi Osman Digma célébra-t-il le combat de Hasheen comme une victoire, disant non sans quelque apparence de raison que bien qu’ayant pris l’initiative de l’attaque, nous avions été contraints de nous retirer et de lui abandonner le terrain que nous avions occupé auparavant… ».

     

     

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