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     La bataille de Guilford Court House

     

    La bataille de Guilford Court House

    D’après « Histoire de la guerre de l’indépendance des États-Unis d’Amérique » – Carlo Botta, Charles Louis de Sevelinges – 1813

     

    Lord Cornwallis, apprenant que les drapeaux américains avaient reparu dans la Caroline, quitta Hillsborough, et, passant le Haw plus bas, il alla se poster près de l’Allemance-Creek, faisant battre le pays jusqu’à la rivière Deep par les dragons de Tarleton.

    Ainsi les deux armées s’étaient rapprochées au point de n’être plus séparées que par le Haw. Il en résultait de fréquentes escarmouches. Dans l’une de ces rencontres, Tarleton maltraita beaucoup le corps du colonel Lee, auquel s’étaient joints des monta- gnards et des milices aux ordres du capitaine Preston.

    Les deux généraux manœuvrèrent longtemps avec une habileté peu commune ; l’Américain pour éviter la bataille, l’Anglais pour l’y contraindre.

    Greene eut l’art ou le bonheur de ne faire que ce qui lui convenait. Mais, vers le milieu de mars, il reçut des renforts qui consistaient principalement en troupes continentales. Il fut rejoint, à la même époque, par des milices de Virginie commandées par le général Lawson, et quelques milices des Carolines que lui amenèrent les généraux Butler et Eaton.

    Acquérant plus de confiance dans ses forces, Greene prit la résolution de ne plus éviter une action décisive, mais, au contraire, de marcher droit à l’ennemi. En conséquence, il porta toutes ses troupes en avant, et vint établir son quartier-général à Guilford Court House.

    Il avait réfléchi qu’étant supérieur en nombre, et principalement en cavalerie, il ne pouvait essuyer une défaite totale et sans remède. Le résultat le plus funeste que pût avoir une bataille perdue, était de le mettre dans la nécessité de repasser en Virginie, où il aurait trouvé toutes les facilités de refaire son armée. Il dut encore considérer que les nombreuses milices rassemblées dans son camp, se débanderaient promptement s’il ne mettait aussitôt à profit leur première ardeur.

    D’un autre côté, si les Anglais étaient battus, loin de leurs vaisseaux, enfoncés dans un pays où ils étaient abhorrés, et sans moyens de retraite, leur armée pouvait-elle échapper à une destruction totale ? Ils avaient donc des chances beaucoup plus graves à courir que les Américains, en laissant aux armes à décider de leur sort.

    Lord Cornwallis ne pouvait se dissimuler, de son côté, qu’il y aurait une imprudence inexcusable à demeurer plus longtemps au milieu d’une population dont tout lui apprenait à se méfier, tandis qu’un ennemi formidable le menaçait de front. Mais la retraite, de toutes manières si préjudiciable aux intérêts du roi, n’était-elle pas accompagnée de tant de dangers, qu’elle devenait, pour ainsi dire, impraticable ? En fixant ses regards sur son camp, le général anglais voyait tous soldats nourris dans les travaux de la guerre, et formés à la victoire dans une foule de combats.

    Bannissant donc toute hésitation, il s’arrêta au parti, sinon le moins périlleux, du moins le plus honorable, et il donna l’ordre de s’avancer sur Guilford. Sa résolution était prise irrévocablement de mettre un terme à toutes les incertitudes, en frappant un coup décisif.

    Pour alléger sa marche et faciliter sa  retraite, en cas d’échec, lord Cornwallis envoya ses charrois et son bagage, sous forte escorte, à Bell’s Mills, lieu situé sue le Deep.

    Greene fit passer également ses charriots à Iron- Works, à quatre lieues derrière sa position. Les éclaireurs des deux armées allaient de tous côtés à la découverte. La légion de Lee et celle de Tarleton se rencontrèrent dans une de ces reconnaissances, et se chargèrent avec fureur.

    Lee obtint d’abord de l’avantage ; mais il fut obligé de plier à son tour, lorsque Tarleton eut été renforcé. Ces escarmouches n’étaient que le prélude de la bataille à laquelle on se préparait de part et d’autre.

    Les Américains étaient au nombre de six mille, dont la plupart faisaient partie des milices de la Virginie et de la Caroline du nord ; le reste consistait en troupes réglées de la Virginie, du Maryland et de la Delaware. Les Anglais, en y comprenant les Hessois, formaient un total de deux mille quatre cents hommes.

    Toute la contrée des environs était plantée de bois épais, coupés par intervalles de champs labourés. Une pente douce et couverte d’arbres régnait tout le long de ce terrain, et s’étendait au loin des deux côtés de la grande route, qui mène de Salisbury à Guilford. Cette route elle-même traversait la forêt. En front, et avant d’arriver au pied de la colline, se trouvait un champ large de six cents pas. Derrière la forêt, entre sa lisière inférieure et les maisons de Guilford, s’étendait un autre champ encore plus ouvert, et propre aux manœuvres.

    Le général Greene avait jeté du monde dans le bois qui couvrait la colline, et il avait également fait occuper la plaine adjacente. C’est dans cette position qu’il attendait l’ennemi.

    Son ordre de bataille consistait en trois divisions : la première, composée des milices de la Caroline du nord, et commandée par les généraux Butler et Eaton, était appuyée au revers de la colline, sur la lisière antérieure de la forêt ; son front était couvert par une haie épaisse ; deux pièces de canon défendaient le grand chemin. La seconde division comprenait les milices de Virginie, aux ordres des généraux Stephens et Lawson : elle était rangée parallèlement à la première, dans le bois, à-peu-près à huit cents pas derrière elle.

    Les troupes de ligne, à la tête desquelles étaient le général Huger et le colonel William, remplissaient la plaine qui s’étend de la forêt à Guilford : ce terrain leur permettait de se déployer et de faire éclater leur valeur. Deux autres pièces de canon placées sur une hauteur qui couvrait leur flanc, commandaient également la grande route. Le colonel Washington, avec ses dragons et les chasseurs de Linch, flanquait l’aile droite, et le colonel Lee la gauche, avec un détachement d’infanterie légère et les dragons de Campbell.

    L’armée britannique se formait en bataille de son côté. Le général Leslie, avec un régiment anglais et le régiment hessois de Bose, occupait la droite de la première ligne et le colonel Webster la gauche, avec deux régiments anglais. Un bataillon des gardes formait en quelque sorte la réserve du premier, et un autre aux ordres du général O’Hara celle du second.

    L’artillerie et la cavalerie marchaient serrées sur le grand chemin. Tarleton s’y rangea aussi avec sa légion. Il avait l’ordre de ne point s’ébranler, à moins d’un cas très urgent, jusqu’à ce que l’infanterie, après avoir emporté le bois, se fût avancée dans la plaine, où la cavalerie pourrait manœuvrer librement.

    L’action s’engagea par une canonnade assez meurtrière. Les Anglais, laissant ensuite leur artillerie, s’avancèrent sous le feu de l’ennemi dans la plaine intermédiaire. Les milices de la Caroline les laissèrent approcher sans s’ébranler, puis commencèrent à tirer.

    Les Anglais ne firent qu’une seule décharge, et se portèrent aussitôt sur ces milices la baïonnette basse. Elles ne firent aucune contenance. Sans attendre le choc de l’ennemi, malgré la force de leur position, elles lâchèrent le pied, et prirent honteusement la fuite. Leurs officiers essayèrent vainement de dissiper leur effroi et de les rallier

    La première ligne de l’armée américaine se trouva ainsi totalement culbutée. Le général Stephens, voyant la déroute des milices de la Caroline, se hâta, pour rassurer celles qu’il commandait, de leur crier que les autres avaient ordre de se replier après les premières décharges. Il ouvrit ses rangs pour laisser passer les fuyards, et les referma aussitôt.

    Les Anglais s’avançant toujours, attaquèrent les milices de Virginie. Elles soutinrent courageusement leur choc, et disputèrent longtemps le terrain. Obligées enfin de céder, elles se replièrent, non sans quelque désordre, sur les troupes continentales. Cependant, tant par l’effet du combat que par celui de l’inégalité du terrain, entrecoupé d’arbres épais, la ligne des Anglais s’était aussi ouverte et rompue sur plusieurs points. Leurs généraux s’en aperçurent, et, pour remplir ces vides, ils firent avancer les deux réserves.

    Alors, toute cette division ayant franchi le bois, se forma dans la plaine qui était derrière, et fondit sur les troupes continentales ; mais toute l’impétuosité de cette attaque échoua contre l’intrépidité de ces corps. Leur résistance était tellement opiniâtre, que pendant quelque temps la victoire parut incertaine.

    Le général anglais Leslie, ne pouvant parvenir à entamer la gauche des Américains, et ayant beaucoup souffert lui-même, fut obligé de se retirer derrière un ravin, pour y attendre l’avis de ce qui se serait passé en d’autres parties.

    Le combat se soutenait au centre avec un acharnement inexprimable. Le colonel Steewart, avec le second bataillon des gardes et une compagnie de grenadiers, était tombé si vivement sur les troupes de la Délaware, qu’il les avait enfoncées, et leur avait enlevé deux pièces de canon ; mais les Marylandais vinrent promptement à leur secours. Ils rétablirent non seulement le combat, mais ils mirent même les Anglais dans un grand désordre.

    Ce fut alors que le colonel Washington survint avec sa cavalerie; fondant brusquement sur les royalistes, il les rompit entièrement, en sabra un grand nombre, et leur reprit les deux pièces dont ils s’étaient emparés. Le colonel Steewart lui-même périt dans le carnage.

    Dans cet instant, le sort de la journée ne tenait plus qu’à un fil. Si les Américains avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir, toute l’armée anglaise était écrasée. Après la défaite des gardes anglaises et la mort du colonel Steewart, si les insurgés eussent occupé une hauteur qui s’élève à côté du grand chemin sur la lisière postérieure du bois, et qu’ils l’eussent garnie d’artillerie, on ne peut douter que la victoire ne se fût déclarée pour eux. Alors, en effet, les Anglais n’auraient pas eu la possibilité de faire avancer de nouvelles troupes dans cette partie. Leur aile gauche aurait été coupée du centre et de la droite ; les bataillons des gardes n’auraient pu revenir de la confusion où ils se trouvaient.

    Mais les Américains, satisfaits de l’avantage qu’ils venaient d’obtenir, au lieu de s’emparer de la hauteur, allèrent reprendre les postes qu’ils occupaient avant l’engagement.

    A la vue de cette faute, le lieutenant-colonel Macleod sentit qu’il en pouvait profiter ; il fit avancer l’artillerie, la plaça sur cette éminence, et ouvrit un feu très vif contre le front des troupes continentales. Les grenadiers et un autre régiment anglais reparurent au même instant sur la droite de la plaine, et firent une charge vigoureuse sur le flanc de ces troupes.

    Un autre régiment anglais menaçait en même temps leur gauche, pendant que le colonel Tarleton arrivait avec sa légion. Le général O’Hara, quoique blessé grièvement, était parvenu à rallier les gardes anglaises. Tous ces secours arrivèrent si à propos, que le désordre du centre et de la première ligne fut promptement réparé.

    Les troupes réglées des Américains, qui avaient seules à soutenir tout le poids de l’action, assaillies de toutes parts, commencèrent à songer à leur retraite. Elles la firent au pas, sans rompre leurs rangs, et tout en conservant une attitude menaçante. Elles furent contraintes cependant d’abandonner sur le champ de bataille, non seulement les deux canons qu’elles avaient repris, mais encore deux autres pièces.

    Le colonel Webster, rejoignant alors le centre avec son aile gauche, chargea vivement l’extrémité de la droite de Greene, et la força de plier. Lord Cornwallis ne fit point poursuivre les Américains par la cavalerie de Tarleton ; il en avait besoin dans une autre partie.

    Sa droite était encore engagée avec la gauche de Greene. Le régiment hessois de Bose, commandé par le colonel de Buy, qui, dans cette journée, déploya une brillante valeur, et les autres troupes anglaises, faisaient les derniers efforts pour enfoncer l’ennemi, qui se défendait vaillamment.

    Le terrain était inégal et semé de broussailles ; les Américains en profitaient pour combattre en tirailleurs avec leur adresse accoutumée. Ils semblaient se multiplier pour paraître sur tous les points à la fois. Au milieu de cette mêlée, ou plutôt de cette foule de combats partiels, Tarleton, qui avait défilé derrière l’aile droite, et qui était couvert par la fumée des feux de peloton qui furent faits à dessein, fondit brusquement sur l’ennemi, et balaya en un moment le terrain qu’il occupait. Les milices se jetèrent dans les bois, et les Hessois se virent entièrement dégagés, après plusieurs heures de l’engagement le plus opiniâtre.

    C’est ainsi que se termina cette bataille de Guilford, où la victoire fut si longtemps et si vivement disputée.

    Les Américains y perdirent, en tués, blessés, prisonniers, égarés, plus de treize cents hommes. Il y eut très peu de prisonniers. Presque tous les blessés appartenaient aux troupes continentales, et les fuyards, égarés ou rentrés dans leurs habitations, aux corps de milice. Les généraux Huger et Stephens étaient parmi les blessés.

    La perte des Anglais fut, en proportion de leur nombre, beaucoup plus considérable. Leurs morts et leurs blessés s’élevèrent à plus de six cents. Outre le colonel Steewart, ils eurent encore à regretter le colonel Webster. Les généraux Howard et O’Hara, les premiers de l’armée après lord Cornwallis, et le colonel Tarleton , reçurent des blessures assez graves.

    Après la bataille, le général Greene fit retirer ses troupes derrière le Reedy-Fork, où il attendit quelque temps pour recueillir les fuyards et les égarés. Continuant ensuite sa retraite, il alla prendre poste à Iron Works, sur la petite rivière Troublesome.

    Cornwallis resta maître du champ de bataille. Mais, non seulement il ne put recueillir aucun des fruits ordinaires de la victoire, il se vit même forcé de recourir au parti qu’embrassent les vaincus. La fatigue de ses soldats, la multitude de ses blessés, la force de la nouvelle position qu’avait prise le général américain, enfin la supériorité de l’ennemi en troupes légères et spécialement en cavalerie, ne lui permirent pas de poursuivre ses avantages.

     

     

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