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    La bataille de Gandiaga

    D’après « Bulletin du Comité de l’Afrique française » – 1897

     

    Le 20 février 1897, le commandant Destenave arrivait à Ouagadougou. Il y installait, comme résident de France, le capitaine Scal avec le lieutenant Abbat, 200 tirailleurs, 70 cavaliers et une pièce de 80 de montagne, et il envoyait en mission au Gourounsi le lieutenant Chanoine, second du lieutenant Voulet, pour y organiser et renforcer par une occupation effective notre récent protectorat.

    Le 12 mars, le lieutenant Chanoine arriva à Kangatian, à 205 kilomètres au sud de Ouagadougou auprès de notre protégé Hamaria, roi du Gourounsi, avec 40 tirailleurs et 15 cavaliers.

    La situation rendait la présence et l’énergie d’un officier français indispensables. Hamaria, le roi gourounga, était sérieusement menacé par Baba-To, le chef des envahisseurs zabermabés qui, depuis une trentaine d’années, vivent sur le Gourounsi en le ravageant.

    Hamaria avait décliné les offres qu’étaient venus lui faire, en violation du traité de protectorat conclu avec la France, deux agents anglais, le lieutenant Henderson et le mulâtre Fergusson. Ces derniers lui avaient proposé de l’aider contre les Zabermabés s’il considérait comme non avenu le traité de protectorat conclu avec la France ; mais Hamaria leur répondit que les Français étaient ses maîtres, et qu’il ne pouvait avoir deux maîtres à la fois.

    Ainsi éconduits, MM. Henderson et Fergusson s’étaient retournés vers Baba-To, et ce chef, sans s’être officiellement entendu avec les Anglais, mais se sentant poussé et soutenu par eux, menaçait Hamaria d’attaquer son camp, dont il était très rapproché, et de lui couper la tête.

    Comme on savait, en outre, Baba-To, associé plus ou moins étroitement à Sarakény-Mori, fils de Samory, dont les Sofas inspirent malheureusement une terreur extrême aux Gourounga, la population était inquiète, les villages se détachaient peu à peu d’Hamaria qui risquait de se trouver bientôt sans défense en face de Baba-To. Les cavaliers de ce dernier s’approchaient sans cesse plus près du camp de notre protégé. Enfin Baba-To avait envoyé un présent aux Anglais et il avait fait prendre et brûler solennellement un drapeau français donné par Hamaria à un village en signe de protectorat.

    Il fallait donc agir : notre prestige était en jeu, la situation de Hamaria devenait très périlleuse, et Baba-To pouvait devenir un candidat anglais au trône de Gourounsi.

    Le 14 mars, le lieutenant Chanoine marcha avec des auxiliaires gourounga à l’attaque de la position occupée par les Zabermabés à Gandiaga.

    L’ennemi fort de 500 fusils et de 200 cavaliers, sans compter une foule de gens armés d’arcs, fit une résistance assez sérieuse favorisée par la marche hésitante des Gourounga d’Hamaria. Finalement les deux ailes de l’ennemi furent poursuivies jusqu’à plusieurs kilomètres, le village de Gandiaga fut occupé le lendemain après un nouveau petit combat.

    Les Zabermabés avaient perdu beaucoup des leurs : quatre de leurs chefs, parmi lesquels Ali-Gadiari, fils de Gadiari le chef conquérant songhay venu de Zaberma au Gourounsi il y a une trentaine d’années ; plus 300 prisonniers environs.

    Baba-To et les Zabermabés très démoralisés et abandonnés par tous les villages du Gourounsi qui se sont ralliés à Hamaria, se sont réfugiés au Sud dans le Dagomba, sur le territoire neutralisé de Salaga.

    Après cette opération, qui avait assuré la situation de notre protégé Hamaria, le lieutenant Chanoine se dirigea sur Asseydou-Bélélé, pour y établir l’autorité française. Ce point est important, parce qu’il se trouve au sud du Gourounsi, entre Gambakha et Oua où les Anglais se sont établis en dépit des traités réguliers de protectorat conclus en 1894, au nom de la France, par la mission Baud-Vermeersch.

    D’autre part, le lieutenant Chanoine avait toute liberté pour agir à Asseydou : aucun Anglais n’est passé par ce point, et il est séparé du Daboya, que les Anglais revendiquent, par une brousse d’une trentaine de kilomètres, ce qui, d’ordinaire constitue au Soudan la frontière entre des races et pays différents.

    Le 21 mars 1897, le lieutenant Chanoine signa un traité de protectorat, rédigé en français et en arabe avec le roi d’Asseydou, qu’il fit rentrer dans son village récemment détruit par les Zabermabés. D’ailleurs, tout le pays a récemment été ravagé par ces pillards, et la mission, sur une route de 65 kilomètres semée de ruines et de squelettes, n’a pas rencontré un seul être humain vivant.

    Le pays d’Asseydou a 80 kilomètres de long, du Nord au Sud, sur 70 de large. Le lieutenant Chanoine y a laissé comme agents, quatre sofas d’Hamaria avec un ordre écrit et un drapeau à montrer aux Européens qui pourraient se présenter.

    La prise de possession d’Asseydou assurait le sud du Gourounsi contre une extension de l’influence anglaise, établie à Oua et à Gambakha, en dépit des traités français de 1894.

    Le lieutenant Chanoine a fait plus. Aux environs d’Asseydou, il a trouvé un grand nombre d’habitants du grand village de Oua Loumbélé, complètement détruit, il y a quelque temps, par les Zabermabés. Ces gens lui demandèrent de rentrer dans leur pays sous sa protection. Le 21 mars environ, 500 indigènes sont partis pour Oua Loumbélé, avec la petite troupe du lieutenant Chanoine.

    Sur la route, la mission est passée à Funsi, dont le chef, pour un temps ami des Zabermabés, est venu au-devant d’elle. Le drapeau français flottait sur le village. Le lieutenant Chanoine a trouvé à Funsi une démonstration de la manière dont les agents de la Côte d’Or travaillent à étendre l’arrière-pays de cette colonie. Le roi lui a remis une lettre que les Anglais lui avaient fait parvenir pour la montrer aux Français de Ouagadougou, dans le cas où ils viendraient dans son pays.

    Cette lettre, rédigée en anglais, et dont le roi de Funsi ne comprenait naturellement pas un mot, lui disait que son pays relevait du Daboya, protectorat anglais mais que, vu la distance, il était rattaché à la nouvelle juridiction anglaise. Elle était signée Francis Henderson, commissaire du gouvernement de la Côte d’Or. Lorsqu’on l’eut expliquée au roi, il se récria et déclara qu’il dépendait du Gourounsi. Puis, en français et en arabe, une déclaration de vassalité du roi de Funsi envers Hamaria fut rédigée et signée devant l’assemblée du village.

    Le lieutenant Chanoine laissa à Funsi 4 sofas d’Hamaria, comme agents. Deux jours après, les habitants de Oua Loumbélé étaient réinstallés sur l’emplacement de leur ancien village. Ils signaient également une déclaration de vassalité au Gourounsi et recevaient 4 sofas d’Hamaria comme gardiens du drapeau français.

     

     

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