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    Le combat de Mâcon

    D’après « Combats de Mâcon en 1814 et 1815 » – Capitaine Joseph Rougé – 1918

     

    « Sa Majesté m’ordonne de vous dire qu’elle veut que vous sortiez de Lyon et que vous réunissiez toutes vos troupes pour marcher sur Genève et sur le canton de Vaud.
    Vous vous rappellerez aussi que l’Empereur, l’armée et la France entière ont les yeux sur vous, que les moments pressent, et qu’avec une volonté énergique et bien prononcée, on parvient à vaincre tous les obstacles ».

    Tels sont les termes d’une lettre envoyée le 20 février par Clarke au duc de Castiglione : ils sont précis et formels. A cette date, Bourg, Mâcon et Chambéry sont rentrés en notre pouvoir. Une action énergique et vigoureuse, un peu de résolution et de promptitude et le plan de l’Empereur serait réalisé : Genève serait repris et Augereau, sur la route de Bâle à Langres, couperait la ligne de communication de l’armée de Bohème.

    Mais, plus que jamais, Augereau hésite, tergiverse : malgré les ordres réitérés, envoyés par duplicata et triplicata, il s’obstine à demeurer à Lyon, à laisser ses troupes sur leurs positions.

    Le 28 février seulement, il se décide enfin à se porter sur Genève ; il s’établit, de sa personne, à Lons-le-Saunier, avec la division Pannetier, la cavalerie du général Digeon et une partie de son artillerie et lance sur la Suisse les troupes de Musnier, Bardet et Pouchelon.

    Mais, ces huit jours d’inaction et de retard ont permis aux alliés de se reconnaître et de prendre leurs dispositions. Dans un conseil tenu, le 25 février, à Bar-sur-Aube et, sur la proposition du prince de Schwartzemberg, la formation d’une armée dite du Sud, de 40 000 à 50 000 hommes, est décidée.

    Cette armée se composait du 1er corps autrichien (Bianchi) 15 700 hommes, du 6e corps d’Allemagne 13 250 hommes, et d’une division de réserves autrichiennes. Total : 34 950 hommes. Le prince de Hesse-Hombourg devait réunir en outre sous ses ordres la division légère Bubna, 6 300 hommes, et le 2e corps autrichien (prince Aloys de Lichtenstein) 12 700 hommes, soit un effectif total de 53 950 hommes et défalcation faite des pertes de 46 000 hommes.

    Placée sous les ordres du prince héritier de Hesse-Hombourg, elle est destinée à en finir avec la diversion que l’on redoute de la part d’Augereau et à assurer la ligne de retraite.

    Tout de suite, cette armée s’est mise en marche et, le 4 mars, sa colonne de droite, celle du général Bianchi, atteint Chalon-sur-Saône ; elle y trouve la brigade Scheiter qui y est demeurée depuis qu’elle a été refoulée de Mâcon et n’y a pas été inquiétée. Bianchi la prend comme avant-garde et continue sa marche sur Lyon, en détachant à droite une brigade (prince de Wied-Runkel) le long de la Grosne sur Cluny et une autre (Iekardouski) sur Charolles, par Blanzy et Saint-Bonnet. Le 6 mars, il rentre à Mâcon et pousse des reconnaissances sur la route de Lyon, jusqu’à Pontanevaux et Saint-Georges.

    A l’approche de l’armée du prince de Hesse-Hombourg, Augereau fut effrayé pour Lyon « qu’il avait négligé de mettre en état de défense, n’y élevant aucun ouvrage et oubliant même d’y faire amener les quatre-vingts canons destinés à l’armement de cette place, qui étaient parqués à Avignon ».

    Renonçant, et cette fois il y était bien forcé, à la décision ordonnée par Napoléon, il rappela les troupes qu’il avait poussées sur Genève.

    A ce moment encore, il aurait pu, adoptant une offensive vigoureuse, forcer le passage de la Saône à Tournus ou à Mâcon et se placer sur la rive droite de la rivière, pour arrêter le mouvement des alliés vers le sud et donner le temps aux nombreux renforts qui étaient en route d’arriver. Il préféra s’en tenir à une défensive prudente et, le 9 mars, il rentra à Lyon où il concentra toutes ses forces (Division Pannetier, environ 4 500 hommes. Musnier (Ordonneau-Pouchelon), 5 500. Brigade Bardet, 4 000. Détachement de Rémond, 2 000. La cavalerie de Digeon, 1 800 sabres).

    Le 10 mars, le duc de Castiglione, décidé à recommencer ses opérations, mais ne sachant encore quelles forces il avait devant lui, ignorant même si Mâcon était occupé par un corps nombreux, résolut, avant de rien entreprendre, de faire faire une reconnaissance qui contraignît les alliés à déployer la majeure partie de leurs troupes.

    Il chargea le général Musnier de cette opération et lui prescrivit de partir le 11, au point du jour, pour faire une reconnaissance sur Mâcon. Il lui enjoignit de lui expédier, sur-le-champ, un officier, au cas où l’ennemi lui paraîtrait en force, et d’agir avec une extrême circonspection, afin de ne pas se trouver engagé au point d’être contraint de tenter l’enlèvement de la ville sans avoir reconnu l’ennemi et acquis l’entière certitude de réussir.

    Le Maréchal ordonna, en même temps, au général Bardet, de se porter, pour le même objet, directement de Bourg sur Mâcon, et de faire coïncider sa reconnaissance avec celle du général Musnier, afin de partager l’attention des alliés.

    Le 11 au matin, la colonne se mettait en marche, éclairée par le 12e Hussards et par un escadron du 4e.

    A la Maison-Blanche (22 kilomètres au nord de Villefranche), l’avant-garde rencontrait les postes avancés autrichiens commandés par Scheiter et composés du régiment Kaiser-hussards, avec partie du 5e bataillon de chasseurs et deux pièces. Ces troupes se gardaient si mal qu’on eut à peine le temps de sonner à cheval.

    Les deux pièces furent enlevées avant d’avoir fait feu et l’infanterie enveloppée, sabrée par les hussards de Colbert, mit en grande partie bas les armes.

    « Le 11e hussards a fait des prodiges de valeur quoiqu’il fût harassé de fatigue ; le chef d’escadron De Plessen s’est particulièrement distingué, il a blessé le général ennemi Scheiter, commandant l’avant-garde, qui s’est sauvé à pied dans la mêlée » (Augereau au ministre de la Guerre, 12 mars 1814).

    Enhardies par ce premier succès, nos troupes s’engagent imprudemment à la poursuite de l’ennemi en pleine retraite : les hussards précèdent la colonne, l’artillerie vient ensuite, flanquée, de chaque côté de la route, par deux bataillons des 20e et 67e de ligne ; le reste de la division marche en colonne serrée.

    Le général Musnier, séduit par l’espoir d’enlever la ville, ne retient plus ses hommes et s’avance à leur tête sans savoir si Mâcon n’est pas défendu par des forces considérables, oubliant l’objet de sa mission toute spéciale ; plutôt que de manœuvrer pour forcer l’ennemi à paraître sans se compromettre lui-même, il ne songe qu’à attaquer pour tout de bon.

    Quand, sur les 2 heures, Colbert, auquel la fatigue de ses chevaux ne permettait plus guère de s’éclairer, arriva à la hauteur de Varennes, en vue des clochers de Mâcon, il vit fortement occupées les hauteurs au-delà de la petite Grosne, ainsi que celles qui, de Chainré à Vinzelles et jusqu’au mamelon isolé de Saint-Léger, courent parallèlement à la Saône. Il en prévint Musnier qui, à ce moment, débouchait de Crèches.

    En effet, au bruit du combat de la matinée, Bianchi s’était cru attaqué par toute l’armée française. Résolu à recevoir le combat sous Mâcon, il y avait réuni toutes ses forces : les brigades Hirsch, Haugwitz, Qualemberg, et moitié de celle de Furstenwerther ; les cuirassiers de Kuttalek ; son artillerie de 36 pièces : soit, avec les débris de la brigade Scheiter (un bataillon et 12 escadrons plus ou moins maltraités), 13 à 14 000 hommes.

    Le prince Wied-Runkel, qui était à Cluny avec la brigade Salins, avait reçu l’ordre de rejoindre sans perdre un instant et de prendre position à Charnay.

    Les troupes autrichiennes occupèrent promptement les positions qui, dès la veille, leur avaient été assignées en cas d’attaque :
    Le général Furstenwerther, avec les bataillons de grenadiers Ivrossy et Oklopsia devant Saint-Clément — 16 pièces sur la hauteur des Crais, battant les abords de ce village.
    A droite de la route, le régiment de Simbschen (brigade Haugwitz) ; sur les hauteurs et dans les villages de Vinzelles et Loché, le reste de la brigade Haugwitz.
    3 escadrons de dragons de Wurtzbourg et de hussards, devant Saint-Léger, se tenaient prêts à une contre-attaque.
    En 2e ligne, sur la hauteur des Carteronnes, les brigades Hirsch et Qualemberg. Un bataillon et deux pièces gardaient Saint-Laurent.
    Le reste de la cavalerie, y compris les cuirassiers de Kuttalek, fut porté sur la route de Paris, où Scheiter alla également se reformer.

    Malgré l’importance des forces et la solidité des positions qu’il rencontrait devant lui, Musnier n’hésita pas à attaquer.

    Il prescrivit à Ordonneau de se diriger sur l’éperon de Saint-Léger ; Rémond devait appuyer son mouvement. Le 20e, à droite de la route, et le 67e, à gauche, passeront la Petite Crosne et se porteront sur Saint-Clément. L’artillerie, en batterie à gauche de Varennes, essaiera de répondre au feu de l’ennemi.

    Si furieuse fut l’attaque du 20e, que les grenadiers hongrois de Furstenwerther, culbutés, reculèrent jusqu’aux premières maisons de Saint-Clément. Mais là, quatre pièces, masquées dans les massifs d’une maison de campagne, prennent en flanc ce brave régiment et l’écrasent sous leur mitraille ; il est violemment refoulé derrière la rivière.

    A gauche, le 67e, a, dans un premier élan, repoussé le régiment de Simbschen et le poursuit sur les pentes du côté de Charnay, mais le major Ehrenstein fond sur lui avec les dragons de Wurtzbourg et le ramène.

    Du côté de Vinzelles, Ordonneau, contusionné, ne fait aucun progrès. Notre artillerie, inférieure en nombre et en position, a déjà cinq de ses pièces sur neuf démontées ; ses munitions sont épuisées.

    Il est 5 heures, Bianchi porte en avant ses brigades Qualemberg et Hirsch. Musnier ordonne en hâte la retraite, que le 12e hussards a beaucoup de peine à couvrir contre les charges répétées des dragons de Wurtzbourg et des hussards de l’Empereur.

    Leur poursuite ne s’arrêta qu’à la Maison-Blanche où, le soir même, Scheiter vint reprendre sa position perdue le matin.

    Nous laissâmes aux mains de l’ennemi, faute de chevaux pour les enlever, deux pièces et beaucoup de caissons.

    Nos pertes s’élevaient, suivant Koch, à 93 tués, 230 blessés, dont le général Ordonneau, 360 disparus ; ces derniers furent, en grande partie, faits prisonniers après s’être laissés surprendre, le soir du combat, dans les bâtiments de la ferme du château de Beaulieu, à Varennes. Les régiments les plus éprouvés furent le 20e et le 67e d’infanterie et le 12e hussards.

    Les Autrichiens perdirent 26 officiers et 855 hommes, la plupart de la brigade Scheiter.

    Musnier ramena ses troupes exténuées à Belleville et à la Croisée, pendant qu’Augereau, instruit, à 11 heures du soir, du résultat de la journée, réunissait tout ce qui était disponible à Lyon et avec ce renfort, se portait à Villefranche. Il remplaça à Belleville les troupes de Musnier par celles de Pannetier, posta la brigade Ordonneau et le 12e hussards sur la route de Beaujeu vers Odenas et Saint-Lager et garda le reste sous la main. Dans cette faible position, il attendit ce qu’il plairait à l’ennemi de faire.

    L’ennemi, lui, achevait tranquillement sa concentration à Mâcon : le 11, au soir, le prince de Wied-Runkel y entrait avec 4 000 hommes. Le 15, plusieurs régiments de cavalerie légère, vélites, hongrois, croates, opérèrent également leur jonction, et enfin, le 16, le prince de Hesse-Hombourg arriva lui-même, suivi de 8 000 hommes.

    Le 17, au matin, les alliés avaient sur la rive droite de la Saône plus de 40 000 combattants et 8 à 10 000 sur la rive gauche. Maîtres des ponts, ils avaient de plus, sur nous, l’immense avantage de pouvoir à volonté jeter des troupes sur l’une ou l’autre rive, alors qu’Augereau était obligé de passer par Lyon pour obtenir le même résultat.

    Fort de cette supériorité écrasante, le prince de Hesse-Hombourg se mit en marche sur Lyon, en ne laissant à Maçon qu’un régiment, le régiment Kottolinski, de la brigade Mums (1 080 hommes).

    Augereau tenta vainement de l’arrêter, à Saint-Georges d’abord (18 mars), puis à Limonest (20 mars) ; il dut céder et se replier sur Vienne et Valence, en abandonnant Lyon, où les alliés entrèrent le 21 mars.

    « La défection du duc de Castiglione livra Lyon sans défense à nos ennemis », écrira, un an après, dans sa proclamation au peuple français, l’Empereur débarquant de l’île d’Elbe.

     

     

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