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    Le combat de Driefontein

    D’après « La guerre sud-africaine » – Capitaine Georges Gilbert – 1902

     

    Après Paardeberg, toutes les voies étaient largement ouvertes au feld-marshall victorieux. Les seules ressources organisées qu’on connût encore à l’ennemi, dans la région, étaient les faibles commandos qui avaient, un instant, harcelé l’armée, aux environs d’Osfontein. A la suite de la sévère leçon reçue, le 23 février, à Kitchener’s Hill, ils s’étaient enfoncés vers la haute Modder. L’état-major anglais, qui avait perdu leurs traces, les considérait presque comme une quantité négligeable.

    En l’absence de forces armées tenant la campagne, l’objectif tout désigné était la capitale de l’État libre.

    Maints arguments positifs imposaient, d’ailleurs, son occupation : en première ligne, l’effet moral et politique à en attendre : puis la nécessité de constituer, dans un grand centre, une nouvelle base d’opérations ; les facilités de ravitaillement résultant de la mainmise sur la voie ferrée Bloemfontein-Springfontein et sur ses embranchements vers Norval’s Pont et Bethulie ;  enfin la jonction désirable avec les troupes anglaises de la colonie du Cap.

    Tout conviait, en somme, lord Roberts à marcher sur Bloemfontein. Mais auparavant, il lui fallait évacuer ses prisonniers, reposer ses soldats fatigués et, surtout, assurer son ravitaillement par voie de terre, avec des voitures à bœufs, cheminant péniblement de la station de Modder-River au camp anglais. Pour ces divers motifs, très plausibles, il fit séjour à Osfontein, du 28 février au 7 mars, et il donna ainsi, à son insu, aux troupes de Delarey et de de Wett, le temps de se ressaisir.

    Ceux-ci, en fuyant de Kitchener’s Hill, s’étaient arrêtés à 50 kilomètres de l’armée anglaise, à Abraham’s Kraal, sur la Modder, à peu près au confluent du Kaal Spruit.

    Les présidents Krüger et Steijn leur avaient amené des renforts, tirés du Transvaal ou de nouvelles levées, et, peu à peu, avaient reformé une petite armée de 5 000 à 6 000 hommes. Ils l’avaient établie entre Abraham’s Kraal et Driefontein, perpendiculairement à la Modder, sur une position assez forte mais beaucoup trop étendue pour leur effectif. Ils barraient ainsi l’une des routes conduisant à Bloemfontein par le nord, et ils employèrent le répit qui leur était laissé, à remuer la terre, suivant leur routine ordinaire.

    Les Boers auraient eu, certes, mieux à faire, s’ils avaient adopté, dès lors, la guerre de guérillas, que leur conseillait Villebois-Mareuil et qui fut leur ressource suprême après l’occupation du Transvaal. Débarrassés de leurs encombrants laagers, fractionnés en petits corps hardis et bien montés, ils auraient pu s’élever sur les deux flancs de la longue ligne de communications de lord Roberts.

    De beaux coups de main s’offraient, soit sur la route d’étapes de 80 kilomètres de longueur, entre Modder River et Osfontein, où les convois anglais circulaient sans escorte ; soit encore sur la ligne ferrée de Modder River à De Aar, dont la voie unique suffisait à peine aux transports. C’est ce cordon ombilical, démesurément allongé et ténu qu’il eût fallu trancher pour paralyser l’Anglais, au lieu de s’obstiner à l’arrêter de front (Le succès de Waterval Drift (15 février) aurait dû être une révélation pour les Boers. Ils mettront du temps à comprendre que cet accident aurait dû devenir leur système de guerre.

    Dans l’état, et sur ses hauteurs de Driefontein, la petite armée boer n’avait guère, sur celle de Cronje, que l’avantage de n’être point dans une fosse. Elle subissait la même infériorité numérique, elle était exposée aux mêmes chances d’enveloppement. C’était une nouvelle proie offerte au vainqueur et elle ne dut son salut qu’à l’ignorance où étaient les Anglais, de son existence. En marche sur Bloemfontein, ils vont la heurter à l’improviste, avec une de leurs ailes, qui suffira à faire place nette.

    Le 7 mars, les troupes anglaises commencèrent leurs préparatifs de départ et leur dislocation, en plaçant leurs avant-gardes sur les amorces des chemins à suivre. La cavalerie, prenant les devants le long de la Modder, eut un engagement heureux avec quelques partis avancés de l’ennemi, à Poplar Grove (20 kilomètres au nord-est de Petrusberg).

    Le 8 mars, French, à la tête de sa division, de l’infanterie montée et de 7 batteries à cheval, poursuivit dans la vallée de la Modder, couvrant ainsi, à 4 ou 5 lieues de distance, le mouvement offensif de l’armée.

    Celle-ci devait s’ébranler le lendemain, en trois colonnes, ayant toutes trois comme objectif commun Venter’s Vlei, ferme située sur le Kaal Spruit, à environ 30 kilomètres au sud-ouest de Bloemfontein.

    La 6e division, formant la colonne de gauche, marchait sur les traces de French, c’est-à-dire longeait d’abord la rive sud de la Modder. Elle avait à décrire un large arc de cercle, en passant par Abraham’s Kraal, pour se rendre à Venter’s Vlei.

    La 9e division et la brigade de la garde, constituant la colonne du centre et conduites par le feld-marshall, se dirigeaient en droite ligne sur Venter’s Vlei.

    Enfin la 7e division, formant la colonne de droite, prenait au sud par Petrusberg et devait y marquer le pas, de façon à arriver au rendez-vous de Venter’s Vlei, vingt-quatre heures après les autres colonnes.

    C’était, en somme, un déploiement en éventail, suivi d’une marche en échelons la gauche en avant, puis d’une conversion à droite, dont le pivot mouvant était la 7e division ; le tout aboutissant à converger au point de concentration de Venter’s Vlei.

    Dans cet ensemble de mesures, le dispositif de marche avait visiblement pour objet de se couvrir vers l’est. A l’échelon avancé vers la gauche (6e division et cavalerie) incombait ce rôle protecteur. Quant au choix du point de concentration, il accusait la conception, très juste, que Bloemfontein devait être abordé par le sud, en s’assurant au plus tôt les communications par voie ferrée et l’entrée en relations avec Gatacre. Tout était d’ailleurs correct au point de vue logistique. Le front de l’armée en mouvement ne dépassait pas une largeur maximum de 20 à 25 kilomètres.

    La colonne de gauche (6e division) se mit en route le 9 mars et les deux autres colonnes le 10.

    Le 10 mars au matin, la cavalerie de French et l’infanterie montée vinrent buter, près d’Abraham’s Kraal, contre un kopje marquant la droite de la position, très étendue, que les Boers occupaient entre Abraham’s Kraal et Driefontein.

    Les Anglais ne s’attendaient pas à la vigoureuse résistance qu’ils rencontrèrent sur cette ligne. Il y eut, au début, quelque décousu dans leurs attaques. La 2e brigade de cavalerie parvint, cependant, à déborder la droite des Fédérés et à gagner leurs derrières ; mais leur gauche, à Driefontein, où Delarey défendait une hauteur très élevée, défia longtemps tous les efforts de French. Il fallut, pour en venir à bout, l’intervention de la 6e division qui, forçant la marche et traversant diagonalement la plaine, sous un soleil ardent, arriva, vers 2 heures de l’après-dîner, devant Driefontein. Les troupes même de Kelly-Kenny eurent à donner trois assauts, avant de chasser l’ennemi de son poste, et elles ne s’emparèrent de la crête de Driefontein qu’à la tombée de la nuit, après une dernière charge à la baïonnette.

    Dans cette lutte opiniâtre, les Anglais eurent 421 hommes hors de combat, dont 24 officiers ; les pertes des Boers furent d’environ 150 hommes.

     

     

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