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     Napoléon Ier quittant l'île d'Elbe

     

    Napoléon Ier quitte l’île d’Elbe

    D’après « Gouvernements, ministères et constitutions de la France depuis cent ans : précis historique des révolutions, des crises ministérielles, présidentielles et gouvernementales et des changements de constitutions de la France, depuis 1789 jusqu’en 1890 » – Léon Muel – 1890

     

    Le gouvernement de Louis XVIII suscitait un mécontentement général en France.

    La masse des mécontents pouvait se diviser en deux catégories principales : les opposants à la marche réactionnaire du gouvernement royal ; les adversaires de la Restauration et des Bourbons.

    Le clergé prêchait ouvertement des maximes d’intolérance et de persécution, l’armée surtout, objet de haine et de méfiance pour le pouvoir nouveau, fut frappée dans ses officiers, dans ses souvenirs de gloire, dans l’honneur de son drapeau, auquel elle vit avec un profond ressentiment substituer les couleurs de Koblentz.

    Rien de ce qui se passait en France n’était ignoré à l’île d’Elbe, ni les violences insensées du parti de l’émigration, ni la haine de la nation pour un régime odieusement réactionnaire, ni les sentiments et les dispositions de l’armée.

    Napoléon avait toujours nourri dans son âme la pensée d’un retour en France : un tel état de choses dut en hâter le moment.

    Le 26 février 1815 à cinq heures du soir, Napoléon s’embarque à Porto-Ferrajo, avec les généraux Drouot et Bertrand, et 400 hommes de sa garde, sur le brick l’Inconstant muni de vingt-six canons et escorté de trois autres petits bâtiments portant 500 hommes de troupe.

    Le 1er mars, il débarque au golfe Juan près de Cannes, d’où il lance deux proclamations : l’une au peuple français, l’autre à l’armée.

    Dans la première, il dit :

    Français, dans mon exil, j’ai entendu vos plaintes et vos vœux : vous réclamiez ce gouvernement de votre choix qui seul est légitime. Vous accusiez mon long sommeil ; vous me reprochiez de sacrifier à mon repos les grands intérêts de la patrie. J’ai traversé les mers au milieu des périls de toute espèce ; j’arrive parmi vous pour reprendre mes droits qui sont les vôtres.

    Dans la seconde, il s’exprime ainsi :

    Soldats, dans mon exil, j’ai entendu votre voix ; je suis arrivé à travers tous les obstacles et tous les périls. Votre général, appelé au trône, par le choix du peuple et élevé sur vos pavois, vous est rendu ; venez le joindre. Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites et qui, pendant vingt-cinq ans, servirent de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore ; vous la portiez dans vos grandes journées.
    Soldats, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef. Son existence ne se compose que de la vôtre ; ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres ; son intérêt, son honneur, sa gloire ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire.
    La victoire marchera au pas de charge ; l’aigle avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame : alors vous pourrez vous vanter de ce que vous aurez fait, vous serez les libérateurs de la patrie.
    Dans votre vieillesse, entourés et considérés de vos concitoyens, ils vous entendront avec respect raconter vos hauts faits ; vous pourrez dire avec orgueil « Et moi aussi je faisais partie de cette grande armée qui est entrée deux fois dans les murs de Vienne, dans ceux de Berlin, de Madrid, de Moscou, et qui a délivré Paris de la souillure que la trahison et la présence de l’ennemi y ont empreinte ».
    Honneur à ces braves soldats, la gloire de la patrie et honte éternelle aux Français criminels, dans quelque rang que la fortune les ait fait naître, qui combattirent vingt-cinq ans avec l’étranger pour déchirer le sein de la patrie !
    Napoléon.

    Ces proclamations produisent un effet prodigieux. Partout sur son passage, Napoléon est acclamé.

    Le 7 mars, il rencontre à la Mure (Isère) un bataillon du 5e de ligne envoyé pour l’arrêter. Il accourt devant le front du bataillon et présente aux soldats sa poitrine découverte. Ceux-ci répondent à ce mouvement par le cri de Vive l’Empereur !

    Le maréchal Ney lui-même qui avait promis d’amener Napoléon « prisonnier dans une cage de fer aux pieds de Louis XVIII », fit le 13 mars à ses troupes à Lons-le-Saunier une proclamation qui devait lui coûter la vie (*) :
    Soldats, s’écriait-il, la cause des Bourbons est à jamais perdue. La dynastie légitime que la France a adoptée va remonter sur le trône.
    C’est à l’Empereur Napoléon, notre souverain, qu’il appartient désormais de régner sur notre beau pays. Soldats ! Je vous ai souvent menés à la victoire. Maintenant je vais vous conduire à cette phalange immortelle que l’Empereur conduit à Paris et qui y sera sous peu de jours ; et là, notre espérance et notre bonheur seront à jamais réalisés. Vive l’Empereur !
    Le maréchal d’Empire, Prince de la Moskowa.

    Partout sur le passage de l’Empereur, les troupes que l’on envoyait contre lui, se rangent à sa voix sous le drapeau tricolore.

    Le 6 mars, Louis XVIII, à la nouvelle du débarquement de Napoléon, convoque extraordinairement les deux Chambres ; le même jour, il rend une ordonnance contenant des mesures de sûreté générale et dont l’article 1er est ainsi conçu :
    Napoléon Buonaparte est déclare traitre et rebelle pour s’être introduit à main armée dans le département du Var. Il est enjoint tous les gouverneurs, commandants de la force armée, gardes nationales, autorités civiles, et même aux simples citoyens, de lui courir sus, de l’arrêter et de le traduire incontinent devant un conseil de guerre qui, après avoir reconnu l’identité, prononcera contre lui l’application des peines portées par la loi.

    Les 11 et 12 mars, Louis XVIII avait adressé aux armées et au peuple français des proclamations pour les engager à rester dans le devoir et à lutter contre Napoléon :
    Des mesures sont prises, disait-il, pour arrêter l’ennemi entre Lyon et Paris. Nos moyens suffiront, si la nation lui oppose l’invincible obstacle de son dévouement et de son courage. La France ne sera point vaincue dans cette lutte de la liberté contre la tyrannie, de la fidélité contre la trahison, de Louis XVIII contre Buonaparte.

    Le 13 mars, Napoléon lance le décret suivant de Lyon, que le comte d’Artois et le duc d’Orléans viennent d’abandonner en toute hâte :
    Napoléon, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc…
    Considérant que la Chambre des pairs est composée en partie de personnes qui ont porté les armes contre la France, etc…
    Considérant que les pouvoirs des députés au Corps législatif étaient expirés, et que dès lors, la Chambre des communes n’a plus aucun caractère national, etc…
    Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
    Art. 1er. La Chambre des pairs est dissoute.
    Art. 2. La Chambre des communes est dissoute.
    Art. 3. Les collèges électoraux des départements de l’Empire seront réunis à Paris, dans le courant du mois de mai prochain, en Assemblée extraordinaire du Champ de Mai, afin de prendre les mesures convenables pour corriger et modifier nos Constitutions, selon l’intérêt et la volonté de la nation, et en même temps, pour assister au couronnement de l’Impératrice, notre très chère et bien-aimée épouse, et à celui de notre cher et bien-aimé fils.

    Le 16 mars, dans son discours d’ouverture de la session extraordinaire de 1815, Louis XVIII fait appel au concours des deux Chambres pour défendre la Charte constitutionnelle qu’il jure de maintenir. Les deux Chambres font au Roi une adresse où elles protestent de leur dévouement et de leur concours au Roi et à la Charte.

    Le 18 mars, Louis XVIII adresse une dernière proclamation à l’armée. Le 19 mars, apprenant que Napoléon se dirige sur Fontainebleau, il fait publier la proclamation suivante :
    La divine Providence qui nous a rappelés au trône de nos pères, permet aujourd’hui que ce trône soit ébranlé par la défection d’une partie de la force armée qui avait juré de le défendre ; nous pourrions profiter des dispositions fidèles et patriotiques de l’immense majorité des habitants de Paris pour en disputer l’entrée aux rebelles ; mais nous frémissons des malheurs de tous genres qu’un combat dans ses murs attirerait sur les habitants.
    Nous nous retirons avec quelques braves que l’intrigue et la perfidie ne parviendront point à détacher de leurs devoirs. Nous reviendrons bientôt an milieu de ce bon peuple à qui nous ramènerons encore une fois la paix et le bonheur.
    A ces causes, nous avons déclaré et déclarons, ordonné et ordonnons ce qui suit :
    Art. 1er. Aux termes de l’article 50, etc. la session de la Chambre des pairs et celle de la Chambre des députés des départements pour 1814 sont déclarées closes. Les pairs et les députés qui les composent se sépareront à l’instant.
    Art. 2. Nous convoquons une nouvelle session de la Chambre des pairs et la session de 1815 de la Chambre des députés. Les pairs et les députés des départements se réuniront le plus tôt possible au lieu que nous indiquerons pour le siège provisoire de notre gouvernement. Toute assemblée de l’une ou de l’autre Chambre qui aurait lieu ailleurs, sans notre autorisation, est dès à présent déclarée nulle et illicite.

    Louis XVIII quitte les Tuileries avec les princes dans la nuit du 19 au 20 mars, pour se rendre à Gand (Belgique).

    Après une marche triomphale à travers la France, Napoléon Ier arrive au Palais des Tuileries le 20 mars à neuf heures du soir, « à la tête des mêmes troupes qu’on avait fait sortir le matin pour s’opposer à son passage ». Il est accueilli par les cris mille fois répétés de Vive l’Empereur !

    Dans la journée, le général Excelmans, revêtu de son uniforme et portant la cocarde tricolore à son chapeau, s’était installé au château des Tuileries et avait fait remplacer le drapeau blanc par un immense drapeau tricolore arboré sur le pavillon de l’Horloge.

     

    (*) Arrêté le 5 août suivant au château de Bessonies (Lot), le maréchal Ney a été traduit le 21 novembre devant la Cour des pairs. Il a eu pour défenseurs Berryer père et Dupin aîné. Condamné le 6 décembre à la peine de mort, comme coupable du crime de haute trahison et d’attentat la sûreté de l’Etat, il a été fusillé le lendemain 7 décembre 1815 sur l’avenue de l’Observatoire, à l’endroit où Napoléon III a fait élever une statue le 7 décembre 1853.

     

     

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