• 19 février 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La bataile de Sobraon

     

    La bataille de Sobraon

    D’après « Le Spectateur militaire » – 1846

     

    Quoique battu sur le Sutledge supérieur, l’ennemi continuait à occuper la rive gauche à Sobraon par une forte tête de pont. Cette tête de pont consistait en un retranchement en terre, très élevé et très épais, ayant la forme d’un demi-cercle, défendu par 70 grosses pièces placées sur des plates-formes soigneusement construites ; une partie des talus était hérissée de baïonnettes et de lames de sabres.

    Sur la rive droite, les Sikhs avaient un camp considérable, et y avaient disposé des batteries d’artillerie, destinées à flanquer les ouvrages situés sur la rive gauche.

    La division sir Harry Smith ayant rejoint l’armée dans la soirée du 8 avec une partie de l’équipage de siège, le général en chef se prépara aussitôt à attaquer audacieusement les fortifications élevées par les Sikhs.

    Dans la nuit du 9 au 10, il fit enlever deux postes d’observation occupés par l’ennemi en avant de Sobraon. Aussitôt après, l’artillerie de siège vint prendre position, embrassant le tour des retranchements ennemis.

    La canonnade commença à la pointe du jour; mais un épais brouillard, restant suspendu sur la plaine, vint ralentir le feu pendant un assez long espace de temps. Les rayons du soleil ayant enfin illuminé la scène du combat, l’action ne tarda pas à recommencer ; l’artillerie fut successivement renforcée par une batterie de 12 et une batterie de fusées.

    Le canon gronde avec une égale énergie de part et d’autre. Cependant l’effet des batteries anglaises ne paraissant pas devoir entamer les retranchements d’une manière efficace, le général ordonna l’assaut.

    Les deux brigades, placées sous les ordres de sir Robert Diks, s’ébranlent au pas de charge, abordent les retranchements à la baïonnette ; les troupes khalsa, immobiles, la main sur la détente de leurs fusils, ouvrent tout-à-coup sur eux un feu de mousqueterie à brûle-pourpoint, et les font reculer.

    Le brigadier Stacy’s vole à leur secours à la tête du 53e et du 10e, sous les ordres du lieutenant-colonel Franks. On se fusille à bout pourtant, on se tue a coups de baïonnette.

    Durant quelques instants, les deux partis, tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, se disputent avec un acharnement incroyable la possession des retranchements. La brigade Ashburton vient rallier et soutenir les troupes engagées ; l’artillerie anglaise mêle les coups de ses obus et de ses boulets à la mousqueterie de l’infanterie, avec les 120 pièces qui grondent dans la vallée du Sutledge.

    Le général anglais, prévoyant l’issue favorable que doit avoir le combat, envoie une compagnie de sapeurs pour faire une tranchée dans le parapet. Le 3e de dragons franchit cet étroit passage cavalier par cavalier ; réunis en un petit nombre qui s’augmente à chaque instant, les dragons s’élancent sur les batteries sikhes, tuent ou blessent les canonniers qui les servent, et se rabattent sur l’infanterie.

    Les divisions Gilbert et sir Harry Smith, entrées à leur tour dans les fortifications, tombent sur le flanc des Khalsa, déjà depuis longtemps aux prises. Ces derniers se défendent avec furie ; mais, épouvantés, ils finissent par perdre leur énergie, et cherchent leur salut dans la fuite. Les gués et le pont de bateaux sont encombrés de monde.

    L’artillerie à cheval, qui a suivi les mouvements de l’infanterie, couvre de sa mitraille le pont du Sutledge, où se presse et tourbillonne la foule des fuyards ; elle en fait un carnage épouvantable.

    Les Sikhs perdirent dans cette bataille 10 000 hommes tués ou blessés et 67 pièces de canon.

    Pertes des Anglais à la bataille de Sabraon : Officiers européens. 13 tués – 101 blessés. Officiers indigènes. 3 tués – 39 blessés. Sous-officiers et soldats. 304 tués – 1 923 blessés. Soit un total de 320 tués et 2 063 blessés.

    Ainsi s’est terminée en moins de 2 mois une campagne qui a conduit les Anglais aux portes de Lahore. L’armée sikhe, quoique privée d’un chef capable, a lutté contre les Anglais dans quatre batailles successives, livrées avec une audace et un héroïsme sans égal. Le royaume de Lahore, élevé à un si haut point de prospérité par le célèbre Runjet-Sing, ira bientôt s’ajouter aux empires disparus de Tippo-Saib, de Timour et d’Holkar.

    L’armée sikhe, redoutable par sa force et sa discipline, était le véritable maître du Punjab, et les Anglais l’ont bien fait voir en décimant pendant deux heures, sous la pluie de leurs balles et de leur mitraille, la milice khalsa, cherchant à traverser le fleuve. Leur première demande, après la victoire, a été d’exiger le licenciement de l’armée nationale. Quelques officiers européens dirigeaient les Sikhs ; mais le général Ventura, qui avait été pendant vingt ans au milieu d’eux, qui les avait formés et organisés, et souvent conduits au combat contre les Afghans, ne s’y trouvait plus.

    La conquête du Punjab est l’événement le plus important de l’histoire de l’Inde, depuis la chute de l’empire de Mysore ; c’est le complément de l’œuvre gigantesque de Clive, poursuivie avec une si persévérante habileté par ses successeurs. L’Angleterre, maîtresse de l’Indus et du Gange, atteint les limites naturelles assignées à son empire. Elle ne cherchera pas à aller plus loin.

    L’enthousiasme excité à Londres par les succès de sir H. Harding a été immense, et on le conçoit aisément. L’annexion du Sinde avait livré aux Anglais le Bas-Indus ;  la conquête du Punjab leur donne le reste du fleuve. Dans peu de temps la vapeur le remontera, semant sur les deux rives les produits de Birmingham et de Manchester, dans un parcours de 500 lieues, de la mer à Attock, au pied des montagnes du Caboul.

    E. Delmas, Capitaine d’état-major.

     

     

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