• 16 février 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat de Waal Krantz

    D’après « Étude tactique de la guerre sud-africaine, 1899-1900 » – Commandant Emmanuel-François-René Fonville – 1904

     

    Après sept jours de repos, où les troupes perçurent double ration et où l’on se ravitailla en hommes (2000 hommes venus de Chieveley), en vivres, en munitions, le général Buller revient à la charge, avec une obstination qui lui tient lieu d’autre mérite.

    Ayant échoué dans un vaste mouvement tournant par sa gauche (Venterspruit), puis dans une attaque centrale (Spion Kop), il médite d’agir, cette fois, par sa droite sur un front restreint. Il se propose d’atteindre la route du Skiet’s-Drift à Dewdrop, chemin direct de Ladysmith, qui remonte le fond d’une large vallée entre le Waal Krantz et le Doom Kloof.

    Pour y arriver, il faudra, au préalable, se rendre maître du massif de Waal Krantz, où l’on suppose appuyée la gauche ennemie ; quant au Doom Kloof, qui paraît faiblement occupé, on le considère comme en dehors de la position des Républicains.

    L’opération consistera donc à dessiner une menace sur le front, devant Brakfontein, pour y retenir les Boers, à masquer le Doorn Kloof et à diriger le gros des forces sur le Waal Krantz par le chemin de Dewdrop. Le front des attaques, du Krantz Kloof à Waal Krantz, comprendra environ 7 kilomètres.

    Dans les derniers jours de janvier, Buller fit procéder aux préparatifs : de grands travaux (routes, treuils, rampes, épaulements) sont faits pour permettre de hisser les grosses pièces sur le mont Alice et le Zwart Kop ; des reconnaissances cherchent des emplacements pour des ponts à jeter ; une place de rassemblement pour tout le corps de manœuvre est organisée dans le vallon entre le mont Alice et le Zwart Kop ; c’est de là que partira l’attaque.

    Le 4 février, on lève le camp. Les ordres pour le lendemain prescrivent :
    La division Warren (brigades Wynne et Lyttleton) sera en première ligne. La brigade Wynne, qui a relevé la brigade Lyttleton au Krantz-Kloof, exécutera une fausse attaque devant les crêtes de Brakfontein. Les six batteries montées l’assisteront dans cette tâche ; l’artillerie du mont Alice appuiera le mouvement.

    A la faveur de cette démonstration, le génie jettera deux ponts sur la Tugela, le premier à 4 kilomètres en aval du Potgeiters-Drift, le deuxième à 1000 mètres au Sud de la pointe du Waal Krantz.

    Après une canonnade d’une heure et demie environ, les batteries montées se replieront une à une, à intervalles de dix minutes, franchiront la Tugela au pont n° 1 et iront prendre position dans la boucle de la rivière au Nord du Zwart Kop, pour appuyer l’attaque principale.

    Celle-ci sera faite par la brigade Lyttleton, qui s’ébranlera alors, passera au pont n° 2 et enlèvera Waal Krantz par son saillant.

    Pendant ce mouvement, le génie jettera un troisième pont (le pont n° 1 replié) immédiatement au Sud de la pointe de Waal Krantz ; les batteries montées le franchiront et iront prendre position à côté de la brigade Lyttleton, sur l’éperon de Waal Krantz.

    La division Cléry, tenue en deuxième ligne, appuiera l’attaque principale. La brigade Wynne, après la démonstration, viendra la rejoindre et suivra son mouvement. La Brigade de réserve (Coke) restera à la disposition du général en chef.

    Dana la cavalerie, la 1e brigade (brigade régulière) sera attachée à la division Cléry et flanquera la droite de cette division dans sa marche, sans avoir à s’occuper des partisans du Doorn Kloof ;  la 2e brigade (brigade irrégulière), avec une batterie, masquera le Doorn Kloof.

    Le plan du général Buller péchait à la fois par la base et pair les détails. Il reposait sur une erreur fondamentale, la croyance que la gauche des Boers était à Waal Krantz et que cette position était une clef tactique analogue à Spion Kop. Les préparatifs faits par les Anglais depuis une semaine au mont Alice et au Zwart Kop n’avaient pas échappé aux Républicains et, de même que pour l’affaire de Venterspruit, ils avaient opéré une concentration symétrique.

    Ayant laissé de grosses pièces à Spion Kop pour marquer leur droite, ils avaient étendu leur gauche au Doom Kloof, qu’ils avaient fortifié et garni de gros canons. En sorte qu’ils occupaient en réalité un front bastionné de 16 kilomètres d’étendue, dont la courtine était la crête de Brakfontein, dont les saillants étaient Spion Kop et Doorn Kloof. Le massif de Waal Krantz, ainsi que la route de Skiet’s-Drift à Dewdarp, étaient sous le feu de cet ensemble.

    La marche des Anglais devenait donc, au lieu d’un mouvement tournant sur la gauche boer, tout simplement une attaque centrale, où leurs colonnes allaient évoluer dans un fond étroit, battu sur son front et ses deux flancs. L’attaque fût-elle même couronnée de succès, la possession du Waal Krantz ne rendait pas maître du reste de la position.

    A cette erreur de principe s’ajoutaient les bizarreries des dispositions concertées pour l’exécution. Qu’est-ce que cette démonstration à peine esquissée, qui disparaît, puis s’en va grossir l’attaque principale ? Qu’est-ce que ces entrées et sorties de l’artillerie ? Qu’est-ce que cette mission donnée à la cavalerie de masquer une position ? Qu’est-ce que tous ces mouvements en tiroir, réglés quart d’heure par quart d’heure ? Ces instructions semblent s’appliquer à quelque grande parade militaire, plutôt qu’aux réalités de la guerre.

    L’événement le fit bien voir.

    D’abord, ce beau programme fut ponctuellement suivi : Le 5 février, à 7 heures du matin, la brigade Wynne fit sa démonstration : canonnade, puis déploiement au Nord du Krantz Kloof, devant la crête de Brakfontein. A 11 heures, l’artillerie ralentit son feu, puis les batteries se replient une à une, à intervalles de dix minutes. L’infanterie, une fois la dernière partie, se retire à son tour, A midi et demi, toute la fausse attaque a évacué le terrain. L’ennemi ne pouvait s’illusionner sur le véritable caractère de cet épisode.

    Pendant cette démonstration de la gauche anglaise, la droite n’avait pas bougé. Seul, le génie avait travaillé : il avait pu, sans trop de peine, jeter les deux ponts commandés.

    Au moment où la brigade Wynne faisait le vide devant Brakfontein, la brigade Lyttleton entrait en scène.

    Vers midi et demi, ouverture à grand orchestre. C’est la pièce principale qui succède au lever de rideau. Les quatorze gros canons hissés sur le Zwart Kop préludent par une canonnade nourrie. A une heure et demie, les six batteries montées, venues du Krantz Kloof, prennent position au pied septentrional du Zwart Kop et ouvrent le feu. Il y a ainsi soixante-dix bouches à feu en action, ayant pour objectif le massif de Waal Krantz. Les canons boers n’y répondent même pas.

    A 2 heures, la préparation étant jugée suffisante, on lance l’attaque principale.

    La brigade Lyttleton, partant de l’abri du Zwart Kop, se porte au pont n° 2, le franchit et engage sa tête (deux bataillons déployés) dans la vallée suivie par le chemin de Dewdrop. Elle est accueillie par un feu de mousqueterie, venant de droite et de gauche : à droite, c’est d’une ferme au pied du Doorn Kloof ; à gauche, c’est de tranchées au pied du Waal Krantz. Les bataillons font face, en éventail, à ces deux points, gagnent du terrain et enlèvent ferme et tranchée sans grande résistance. Il n’y avait là que des postes avancés.

    A 3 heures, la brigade Lyttleton tient l’extrémité Sud du Waal Krantz. C’est alors, précisément, que les difficultés surgissent et que les erreurs d’appréciation commencent à s’accuser.

    Le promontoire de Waal Krantz s’avance du Nord au Sud, en forme d’arête de toit, sur plus de 3 kilomètres de longueur. C’est un coteau pelé, rocailleux, sans abri. Pour arriver à sa partie Nord, où se concentre la défense, il faut cheminer à découvert sur ses deux pentes, en s’éloignant de plus en plus de l’artillerie de Zwart Kop et en se mettant au contraire de plus en plus sous les canons et les fusils de l’ennemi, qui garnissent Spion Kop, Brakfontein et Doorn-Kloof. Aussi faut-il trois heures à la brigade anglaise pour ne faire que 2 kilomètres.

    A 6 heures, elle est arrivée à hauteur du sommet de la boucle de la Tugela, à 800 mètres de la corne Nord du Waal Krantz. Là, elle est arrêtée net.

    Les Boers, qui avaient deviné le jeu du général Buller, n’avaient pas hésité à dégarnir Spion Kop ainsi que la partie Ouest de Brakfontein pour concentrer toutes leurs forces au point dangereux. Canons et commandos avaient été disposés pour recevoir l’attaque principale au Nord du Waal Krantz.

    Prise de front par la fusillade de Brakfontein, sur ses deux flancs, par les obus de Spion et de Doom Kloof, la brigade Lyttleton ne put tenir. Elle recula jusqu’à la partie Sud du plateau et, la nuit arrivant, s’y retrancha.

    Le lendemain 6, dès l’aube, et jusqu’à 4 heures après-midi, il n’y eut qu’un duel d’artillerie. Vers 4 heures, une tentative d’attaque des Boers sur le retranchement anglais fut repoussée. Le général Buller, estimant trop haut son succès, fit jeter le troisième pont prévu immédiatement à la pointe Sud du Waal-Krantz et le fit passer à une brigade de la division Cléry. Celle-ci se borne à venir relever, sur sa position, la brigade Lyttleton, épuisée par deux jours de lutte.

    Le 7, au matin, reprise de la canonnade. Elle dura tout le jour ; l’infanterie demeura inactive. Des deux côtés, la lassitude était visible.

    Chez les Anglais, c’était du découragement. On se rendait compte de la défectuosité du plan. Pour prendre le Waal Krantz et s’y maintenir, il fallait être maître d’abord de Spion Kop et de Doorn Kloof, c’est-à-dire prendre le taureau par les cornes. Spion Kop avait montré toute sa force de résistance ; le Doorn Kloof était un pâté aride, rocailleux, aux pentes abruptes et déchiquetées, d’où l’on ne pouvait prétendre débusquer les Boers. C’était ce massif, et non celui de Waal Krantz, qui donnait la clef de la route de Ladysmith. A quoi bon s’obstiner à enlever le Waal Krantz, dont la possession ne terminait rien ?

    Le général Buller se résigna à sortir de cette impasse. Après réunion d’un conseil de guerre, dans la soirée du troisième jour, il ordonna la retraite sur Springfield et Chieveley.

    Après un mois d’efforts, l’armée anglaise revenait à son point de départ, appauvrie de 4000 hommes tués ou blessés, sans vivres ni munitions, doutant d’elle-même et de ses chefs.

    Ses tentatives de passage sur la haute Tugela avaient, en résumé, constitué un grand drame en trois actes, avec prologue et épilogue :
    - Prologue : concentration à Springfield et Spearman-Farm ;
    - 1er acte : essai de passage par la gauche (Venterspruit) ;
    - 2e acte : essai de passage par le centre (Spion Kop) ;
    - 3e acte : essai de passage par la droite (Waal Krantz) ;
    - Epilogue : retraite et retour au point de départ.

    Mais, pour infructueuses et pour mortifiantes qu’aient été ces manœuvres, elles ne contribuèrent pas moins à l’accomplissement du plan général du maréchal Roberts ; car, pendant plus d’un mois, elles avaient retenu au Natal les forces principales des Boers et avaient ainsi permis à l’armée principale d’invasion de se concentrer en toute sécurité sur sa base d’opérations.

     

     

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