• 16 février 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La bataille de Tétouan

     

    La bataille de Tétouan

    D’après « La guerre au Maroc : enseignements tactiques des deux guerres franco-marocaine (1844) et hispano-marocaine (1859-1860) – Capitaine Henri-Jean-Jules Mordacq – 1908

     

    Fidèle à son objectif, le général O’Donnel décida de marcher droit sur Tétouan, c’est-à-dire sur le camp de Muley-Ahmet, qui en barrait la route. Nous croyons, cependant, que d’autres considérations poussèrent encore le général O’Donnel à choisir cette direction d’attaque.

    Toutes les fois que des troupes européennes exercées se sont trouvées en face d’adversaires n’ayant reçu qu’une instruction militaire rudimentaire, elles ont presque toujours employé la tactique bien simple qui consiste à les menacer sur un des flancs pour en arriver, enfin, à les tourner. Quelle que soit la valeur individuelle des combattants, s’ils ne sont pas rompus à la discipline, au sentiment du coude-à-coude, il y a de fortes chances pour qu’ils évacuent la position.

    C’est la tactique que nous avons toujours employée contre les Chinois dans nos guerres du Tonkin, et qui, plus récemment encore, a réussi aux Anglais au Transvaal, dans les quelques affaires où ils ont été victorieux.

    Or, en attaquant les Marocains sur leur gauche, par le camp de Muley-El-Abbas, le général O’Donnel était obligé de laisser ses troupes dans un terrain mouvementé, raviné, où elles ne pouvaient manœuvrer ; les Marocains, par contre, y avaient toute facilité pour utiliser leur tactique ordinaire et reprenaient ainsi tous leurs avantages.

    Par la droite, au contraire, c’était la plaine où l’infanterie, puis la cavalerie espagnoles auraient beau jeu des charges désordonnées des cavaliers marocains, et où l’artillerie, ayant partout des vues, pourrait préparer et soutenir constamment les mouvements offensifs des deux autres armes.

    Tels durent être, sans doute, les différents motifs qui poussèrent le général O’Donnel à prendre comme direction d’attaque principale le camp de Muley-Ahmet.

     

    • Dispositif d’attaque.

    Voici en quelques mots quel fut le dispositif d’attaque :

    a) A la droite, le 2e corps (général de Reuss), deux brigades, placées en échelons par bataillon, et disposées de façon à former une sorte de coin ; les deux autres brigades en colonnes serrées par bataillon, ayant au milieu d’elles deux batteries montées et deux batteries de montagne.

    b) A la gauche du 2e corps, le 3e, même dispositif ; toutefois, comme artillerie, il disposait de trois escadrons d’artillerie à cheval (trois batteries) placés également au milieu des brigades.

    Au centre du dispositif général, entre les deux corps d’armée, marchait le régiment d’artillerie de réserve (trois batteries) précédé d’un détachement du génie. En arrière, la cavalerie sur deux lignes. Enfin, le corps de réserve (général Rios) avec deux batteries, dont une montée et une de montagne, ayant pour mission de couvrir sur la droite les mouvements des corps d’attaque et, dans ce but, de prendre comme point d’appui la redoute de l’Etoile.

     

    • 1ère  phase de la bataille (marche d’approche).

    A 8 heures et demie, le général O’Donnel donnait le signal de l’attaque. Les troupes espagnoles se mirent aussitôt en mouvement, traversèrent le rio Alcantara sur quatre ponts que le génie avait jetés pendant la nuit et se formèrent suivant le dispositif indiqué précédemment.

    Elles étaient encore au moins à 2500 mètres des positions ennemies lorsque l’artillerie marocaine ouvrit le feu. Les projectiles, vu la distance, n’atteignirent même pas les premières lignes espagnoles. La marche continua ; mais à 1700 mètres des positions ennemies, le général, craignant que les projectiles de l’artillerie marocaine ne causent des pertes sensibles dans les formations des deux corps d’armée, toutes en profondeur, donna l’ordre à l’artillerie de réserve de se porter en avant et d’ouvrir le feu sur les pièces ennemies.

    Cette artillerie fut précédée de guérillas (tirailleurs) qui devaient constituer son soutien, dans le cas où les Marocains chercheraient à se jeter sur les pièces, ainsi qu’ils l’avaient déjà fait au début de la campagne.

    Mais les projectiles de l’artillerie espagnole ne produisirent eux non plus aucun effet, et l’artillerie de réserve reçut l’ordre de se porter en avant, par échelon. L’artillerie à cheval déboîtait à son tour et se portait à la gauche de l’artillerie de réserve avec mission de battre la droite ennemie.

    L’artillerie marocaine ne tarda pas à diminuer la violence de son tir qui, bientôt, parut presque complètement éteint. Les batteries espagnoles en profitèrent pour faire un nouveau bond en avant, suivies des deux corps d’armée.

    Les deux batteries montées du 2e corps recevaient l’ordre, à leur tour, de s’avancer sur la droite : l’une ayant pour mission d’ouvrir le feu sur l’extrême gauche du camp de Muley-Abbas, qui était situé sur les pentes et des hauteurs de Geleli ; l’autre, de tirer sur des fantassins et des cavaliers marocains que l’on voyait descendre des camps placés sur les hauteurs mêmes.

    Enfin, la brigade de lanciers était envoyée sur la droite pour observer un parti nombreux de cavaliers marocains, qui semblait vouloir menacer l’arrière-garde espagnole.

     

    • 2e phase (combat de préparation).

    Les deux corps avançaient toujours, et cela sans avoir quitté leur dispositif primitif. Ils arrivèrent ainsi à 600 mètres des positions marocaines sans qu’un seul coup de fusil ait été tiré ; les deux artilleries seules avaient été engagées. Mais, à ce moment, apparurent sur la gauche des troupes espagnoles, de nombreux fantassins et cavaliers qui semblaient vouloir exécuter une contre-attaque.

    Deux bataillons, envoyés aussitôt pour soutenir les guérillas, parvinrent à repousser les Marocains et permirent aux Espagnols de continuer leur mouvement.

    Ces deux bataillons constituèrent, dès lors, sur la gauche, avec la brigade de lanciers qui avait été dirigée en toute hâte dans cette direction, une véritable flanc-garde.

    Pendant ce temps, et conformément au plan du général O’Donnel, le 3e corps et l’artillerie à cheval se dirigeaient sur l’aile droite des Marocains et ne tardaient pas à la prendre complètement de flanc.

     

    • 3e phase (attaque décisive).

    Les troupes espagnoles se trouvaient alors à 400 mètres au plus des tranchées ennemies. Malgré le feu violent dirigé par l’artillerie sur les quelques pièces des Marocains, celles-ci, bien défilées derrière les parapets, n’avaient pu être démontées.

    Il est vrai que leur tir n’avait pas causé jusque-là de grosses pertes dans les rangs espagnols.

    Le général O’Donnel résolut de faire donner l’assaut. Toutefois, avant de lancer ses troupes à l’attaque décisive, le général en chef donna l’ordre aux quarante pièces qui étaient en batterie de préparer cette attaque, en redoublant leur feu sur le camp de Muley-Ahmet. Enfin, jugeant bientôt cette préparation suffisante, il donna le signal de l’assaut.

    Dès que les Marocains virent les Espagnols s’avancer au pas de course et la baïonnette croisée, ils se dressèrent au-dessus de leurs parapets, derrière lesquels jusque-là ils s’étaient défilés, et ouvrirent un feu violent de mousqueterie.

    Un marais profond et fangeux, qui s’étendait le long des retranchements marocains, gêna beaucoup la marche des Espagnols, mais ils atteignirent quand même les tranchées, et les franchirent d’un seul élan.

    Les Marocains tenaient toujours et engagèrent avec leurs assaillants une lutte corps à corps ; mais bientôt ils aperçurent les troupes du 3e corps qui débouchaient sur leurs derrières.

    Ce fut alors une véritable déroute ; ils s’enfuirent de tous côtés, laissant entre les mains des Espagnols : artillerie, munitions, tentes et bagages. L’assaut avait à peine duré quarante minutes.

    Cependant tout n’était pas fini. Les forces marocaines qui occupaient les hauteurs de Geleli (camp de Muley-El-Abbas) tenaient toujours et continuaient le feu.

    La 2e division du 2e corps reçut l’ordre d’enlever ces hauteurs. Les Marocains, déjà très impressionnés par la déroute des troupes de Muley-Ahmet, résistèrent assez mollement et s’enfuirent vers l’Ouest.

    La bataille était terminée. Le corps de réserve avait rempli la mission de flanc-garde qui lui avait été confiée et immobilisé les 3000 à 4000 cavaliers ou fantassins qui occupaient les hauteurs de Geleli. Grâce à lui, les 2e et 3e corps avaient pu marcher droit sur leur objectif, le camp de Muley-Ahmet, sans être inquiétés sur leur droite.

    Nous avons vu qu’une flanc-garde de combat, constituée pendant la bataille même, couvrait également leur gauche.

    Les Espagnols, dans cette bataille, s’emparèrent de deux drapeaux, de huit canons et d’un nombre considérable de munitions et de tentes.

    Les pertes furent assez sensibles et se produisirent presque toutes au moment où les troupes se portèrent à l’assaut, dans cette zone qui a été appelée depuis si justement par les Russes « zone de la mort ». Elles s’élevèrent à 67 tués et 780 blessés ou contusionnés.

    Au dire des Espagnols, les pertes des Marocains furent immenses, sans qu’ils puissent d’ailleurs préciser (Le contre-amiral français Jehenne parle de 1000 hommes tués ou blessés). 

    Ce qualificatif « d’immenses » nous laisse assez sceptique car, pendant toute l’action, les Marocains restèrent abrités derrière leurs retranchements, et, après la bataille, il n’y eut pas de poursuite ou, du moins, les auteurs espagnols n’en font pas mention. Or, le général O’Donnel disposait de douze escadrons.

    Il est très curieux de constater que l’histoire militaire nous montre un nombre considérable d’affaires où le commandement ne songea pas à exploiter son succès. Il semble que la joie d’avoir vaincu fasse oublier l’observation de ce principe de tactique pourtant si connu.

    Non seulement, ainsi que nous le disions plus haut, il n’y eut pas de poursuite ; mais ces douze escadrons, qui avaient à peine donné pendant la bataille, n’essayèrent même pas d’aller voir ce qui se passait sinon à Tétouan, du moins aux alentours de la place. Et, cependant, le terrain du champ de bataille en était à peine éloigné de 3 kilomètres.

    Donc l’armée espagnole resta sur ses positions et, le lendemain, le général O’Donnel, après s’être occupé de faire avancer le matériel de siège, engagea des négociations avec la population de Tétouan ; enfin, le 6, il se décida à entrer dans la place.

    La ville n’opposa aucune résistance. Les Espagnols y trouvèrent quatre-vingts pièces de tout calibre (*), deux mille projectiles et des approvisionnements de poudre.

     

    (*) Une partie de ces pièces, très élégantes de forme, surchargées de fines sculptures, provenait, des troupes du roi Sébastien de Portugal, à qui elles avaient été enlevées lors de sa défaite. D’autres avaient été prises par les corsaires aux bâtiments de toutes les nations européennes. Sur l’une d’elles on lisait : « Le comte de Toulouse, grand amiral de France », et leur style dénotait l’époque de Louis XIV.

     

     

     

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