• 12 février 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de Krouty

    D’après « Prométhée. Organe de défense nationale des peuples du Caucase et de l’Ukraine et du Turkestan » – Novembre 1932

     

    Dès le début de la révolution de 1917, les détachements nationaux ukrainiens commencèrent à s’organiser. Ces détachements étaient animés par l’idée libératrice nationale et constituaient des cadres déjà expérimentés et solidement unifiés. Les premiers régiments de l’armée ukrainienne portaient les noms glorieux de leurs chefs de jadis, des Hetmans Bohdan Khmelnitzky, de Poloubotko, de Mazeppa, etc. A la tête d’un corps appelé « les Haïdamaks », se trouvait Simon Petlura, futur ataman en chef des armées ukrainiennes et futur chef d’Etat.

    Guidés par des officiers patriotes ukrainiens, ils étaient unis par une discipline nationale et par un but clair et concret : celui de défendre la liberté du pays. Ce furent d’ailleurs les premiers régiments ukrainiens qui assumèrent la lourde tâche de servir de rempart contre l’invasion rouge après la fameuse révolte du mois d’octobre 1917 qui échoua du reste en Ukraine.

    Cette révolte eut pour effet de hâter l’organisation de l’armée ukrainienne de sorte qu’au moment de la proclamation de l’indépendance ukrainienne (22 janvier 1918), il existait déjà quelques détachements qui étaient prêts à recevoir le choc des armées rouges.

    Quiconque ignore les circonstances dans lesquelles se déroula la révolution de 1917, aussi bien que la manière dont se constitua l’Etat ukrainien, peut se demander pourquoi l’organisation de son armée a pris tant de temps et pourquoi encore, du mois de février 1917 jusqu’en janvier 1918, l’Ukraine n’était arrivée à mettre sur pied que quelques unités nationales. Nous essayerons ici d’éclaircir cette question.

    Il convient tout d’abord de prendre en considération la disposition des forces : les soldats et les officiers de l’armée russe, originaires de l’Ukraine, se trouvaient sur tous les fronts russes, sur le nord, ouest et sud-ouest, c’est-à-dire de la Baltique à la Mer Noire et sur le front du Caucase.

    Lorsque la révolution éclata en Russie, la décomposition des troupes russes marcha à pas de géant, et, tandis que les Russes quittaient en masse le front croyant voir dans la révolution russe la fin de la guerre, les contingents d’origine ukrainienne seuls gardèrent les tranchées. Il est un fait incontestable, c’est que la fameuse offensive de Broussilov en été 1917 sur le front de Galicie fut opérée presque exclusivement par des contingents d’origine ukrainienne. C’est ainsi qu’on constate la présence, au cours de cette opération, du 34e corps, déjà « ukrainisé », lequel était commandé par le général Skoropadsky. Ce corps fut un groupe de choc des plus importants.

    En décembre 1917 même et en janvier 1918, les tranchées du front sud-ouest, c’est-à-dire sur la ligne Pinsk-Galicie-Bucovine, furent gardées par des contingents ukrainiens tandis que les Russes fuyaient en hâte, vendant les munitions, les fusils, les mitrailleuses et jusqu’à des canons à des prix dérisoires : un 75 par exemple se vendait 3 roubles et un 115 pour 6 roubles.

    Ainsi les Ukrainiens incorporés dans l’armée russe se trouvaient, au moment de la révolution, trop éloignés de l’Ukraine, exception faite de ceux du front sud-ouest, aussi ne purent-ils rentrer dans leur pays qu’après l’armistice conclu entre les bolcheviks et les Empires centraux.

    C’est ce qui explique pourquoi les premiers régiments ukrainiens qui se trouvaient lors de la révolution sur le territoire ukrainien étaient si réduits. Ce n’est que quelque temps après que l’armée ukrainienne incorpora tous les contingents nationaux venus des coins les plus éloignés de l’immense territoire de l’ancien empire russe y compris la Sibérie. Elle se compléta au cours des années qui suivirent par le recrutement des volontaires et des mobilisés.

    Il convient de signaler que, deux mois après la révolution, le territoire de l’Ukraine présenta l’aspect d’une véritable fourmilière. Des milliers de gens, de soldats surtout qui, séduits par la propagande des agitateurs révolutionnaires, avaient quitté le front et s’en étaient venus échouer en Ukraine, cherchant du pain, et assiégeant les gares de chemins de fer ; ces bandes affamées présentaient ainsi un matériel susceptible de devenir des instruments dangereux dans les mains habiles des bolcheviks. La désorganisation des transports provoquée par la chute du régime permit à ces bandes de séjourner en Ukraine pendant des mois.

    Ainsi se forma en Ukraine un élément bolchévisant très hostile d’ailleurs à l’idée du séparatisme ukrainien ; aussi les premiers régiments ukrainiens mirent-ils beaucoup de temps pour liquider ces bandes qui pillaient et vagabondaient dans tout le pays.

    Le désordre général qui suivit la chute du tsar, l’incapacité dont fit preuve le gouvernement de Kerenski, son impossibilité de mettre de l’ordre dans ce chaos et l’avènement enfin des bolcheviks en Russie, rendaient d’autant plus difficile aux patriotes ukrainiens leur tentative de former une armée. Cependant, malgré tous les obstacles et des conditions aussi défavorables, ils réussirent néanmoins à former le noyau de l’armée nationale.

    Dans les premiers détachements ainsi constitués s’en trouvait un composé exclusivement d’étudiants voire même de lycéens ukrainiens. Ce fut ce détachement qui fut envoyé vers la fin de janvier 1918 à la rencontre des troupes rouges beaucoup plus nombreuses, et qui subit une sanglante défaite dans la nuit du 29 janvier 1918. Au cours de l’engagement, près de la station de Krouty, au nord de Kiev, près de 70 jeunes gens furent tués. C’était le premier sacrifice de l’Ukraine.

     

     

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