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  • 9 février 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le combat de Dogali

     

    Le combat de Dogali

    D’après « Revue maritime et coloniale » – Ministère de la marine et des colonies – 1890

     

    L’attaque du 25 janvier 1887 des Abyssins contre le fort de Saati, ne fut qu’une simple démonstration qui avait pour but de masquer le mouvement en avant du Ras Alula. Celui-ci, en effet, cherchait à s’établir à cheval sur la route de Monkullo, par laquelle il savait que viendraient les renforts attendus à Saati ; or son service de renseignements, parfaitement bien fait, les lui donnait comme peu nombreux.

    Le fort de Saati n’était défendu que par un simple parapet, précédé d’une « zeriba ». Si l’attaque dont il fut l’objet avait été poussée à fond, « il est peu probable qu’il ait pu résister aux masses compactes de l’assaillant ».

    Les Abyssins purent s’avancer à couvert jusqu’à moins de 300 mètres du fort, en mettant à profit les accidents de terrain et les couverts situés à droite du torrent Saati ; de ce point, ils entretinrent pendant quelques heures, contre le fort, un feu peu près inoffensif.

    Une demi-compagnie envoyée en reconnaissance dans la journée sur la route de Monkullo, fut vivement ramenée avec quelques pertes.

    Le reste de la journée se passa en tireries insignifiantes. Au reste, il entre peu dans les usages des Abyssins d’attaquer à découvert un ouvrage fortifié, et les défenseurs de Saati, peu sûrs de leurs auxiliaires, n’osèrent pas sortir de leurs retranchements et se mesurer en si petit nombre avec l’ennemi.

    Le lendemain matin, les renforts qui avaient été signalés au Ras Alula parurent vers huit heures sur la crête qui limite au nord-est la dépression de Dogali.

    Ces renforts se composaient de trois compagnies des 15e, 20e et 41e, de pelotons des 6e et 7e d’infanterie, d’un détachement d’artillerie avec mitrailleuses et de quelques soldats du génie ; au total, un peu plus de 500 hommes ; deux « buluc » d’irréguliers (50 hommes) étaient chargés du service d’exploration. La colonne escortait un convoi de 60 à 70 chameaux chargés de vivres et de munitions à destination du fort de Saati.

    Les pelotons des 6e et 7e d’infanterie étaient débarqués à Massaouah depuis peu ; ils rejoignaient leurs compagnies.

    L’ordre de marche était l’ordre normal, c’est-à-dire une compagnie en avant-garde, deux autres formant le gros et suivies du convoi ; une demi-compagnie fermait la marche. Les irréguliers battaient l’estrade en avant et sur les flancs.

    Le gros des Abyssins était campé autour des puits d’Adeita ; ses vedettes occupaient les hauteurs de l’Aghalo, à 3 ou 4 kilomètres en avant. Lorsque celles-ci aperçurent la masse blanche de la colonne, elles se portèrent immédiatement en avant, en suivant les crêtes, de façon à se rendre compte de sa force.

    Au moment où l’avant-garde italienne passait de la vallée de Dogali dans celle de Tamarisco, les bachi-bouzouks, des hauteurs où ils se trouvaient, découvrirent l’armée abyssine qui se portait à la rencontre de la colonne, en appuyant sur son flanc gauche ; ils la signalèrent nombreuse comme les grains de sable de la mer.

    Le lieutenant-colonel de Cristoforis arrête aussitôt la colonne, appelle autour de lui les capitaines et tient avec eux un rapide conseil.

    Malgré les conditions défavorables dans lesquelles se présentait le combat contre un ennemi de force si supérieure, avec des soldats non entraînés et avec le grave impedimenta du convoi, il fut décidé qu’on prendrait sans retard position sur une hauteur voisine apte à la défense et qu’on y attendrait l’attaque.

    Cette résolution était la seule admissible. Il était évident qu’alourdie par son convoi, la colonne ne pouvait ni se porter rapidement en avant ou en retraite, ni se jeter hors de la route pour éviter l’ennemi.

    En effet, une retraite sur Monkullo aurait eu des résultats moraux désastreux, tant sur l’esprit de la troupe que, sur celui des populations indigènes, sans sauver la colonne ni le convoi.

    L’ennemi l’eût vite rejointe et l’eût attaquée avec une ardeur doublée par cette première apparence de succès. Se replier vers l’Enghessa pour se rapprocher de Saati, nécessitait une marche de 4 kilomètres à travers un terrain difficile, couvert de buissons épineux, où l’infanterie et le convoi eussent été disloqués à chaque pas, avec un ennemi extrêmement agile sur les talons.

    Il n’y avait qu’un parti rationnel : prendre position au plus tôt et se mettre en état de repousser l’ennemi et de sauver le convoi, ou tout au moins de sauvegarder l’honneur des armes italiennes.

    On pouvait du reste espérer que le bruit du combat attirerait au secours de la colonne la garnison de Saati ; mais rien ne pouvait justifier cette espérance, car un nombreux corps d’observation abyssin aurait vigoureusement repoussé toute tentative de sortie.

    Conséquemment à la décision adoptée, le commandant de la colonne ordonna au convoi de battre en retraite en se défilant le long du Desset et de s’établir à couvert dès qu’il aurait trouvé un terrain favorable sur la rive gauche du fleuve.

    La colonne se replia également en traversant obliquement la vallée et alla prendre position sur les hauteurs voisines qui bordent la rive nord du Desset. De cette position, le commandement est excellent sur les terrains avoisinants et on découvre presque jusqu’au pied le versant opposé des hauteurs situées en face. Le convoi s’établit dans un ravin profond, en arrière du bataillon.

    Pour bien saisir les opérations qui vont suivre, il est nécessaire de jeter un coup d’œil sur le théâtre du combat et sur ses abords.

    C’est une vaste dépression, plane en son centre, bordée par une zone irrégulière de terrain capricieusement accidenté, d’où surgissent brusquement plusieurs hauteurs isolées, qui la limitent. La lisière est à peu près hexagonale. La diagonale nord-est sud-ouest que suivait la seule route existant alors, mesure environ 2 500 mètres, tandis que la diagonale nord-sud en mesure à peu près 2 000.

    La caractéristique du terrain est une variété extraordinaire de détails sous un aspect général uniforme. Le long du Desset et de l’Agbalo, sur l’une et l’autre rive, sont des parties planes ; mais, en général, le sol est coupé, bossué, rugueux.

    Aux formes douces et arrondies succèdent des crêtes et des ressauts à arêtes vives. De nombreux ruisseaux dessinent mille méandres et tracent des sillons plus ou moins profonds, à flancs tantôt doux, tantôt abrupts ou rocheux, formés de divers conglomérats. Une végétation basse, épineuse, est irrégulièrement éparse dans les bas-fonds et plus particulièrement le long des torrents, où elle atteint de grandes dimensions. Là, des lianes épineuses l’épaississent au point d’en faire un impénétrable rideau. C’est ainsi que le champ de vision est considérablement diminué du fait de la végétation et du terrain ; partout, une troupe peut arriver à dissimuler en partie ses mouvements.

    Le principal accident topographique est le Desset qui coupe le fond de la vallée de son lit majestueux, bordé à cette époque de haies élevées de verdure. A 1 300 mètres de son entrée dans la vallée, il forme dans le nord-nord-ouest un coude à angle droit et se divise alors en deux branches qui enserrent une île longue de 104 mètres, couverte d’une belle végétation.

    Sur la droite, il reçoit le torrent Uadgmelati, dont le lit est creusé entre deux murailles de lave de 5 à 8 mètres de hauteur ; puis l’Agbalo, qui descend une large vallée par où passe la route de Yura. A l’ouverture de la vallée, il reçoit l’Adeita, déjà réunie au Yangus et au Saati, dont les vallées secondaires forment autant de routes couvertes.

    La seule route qui existait alors, était celle de Monkullo à Saati, allant du nord-est au sud-ouest, traversant le Desset d’abord dans la partie inférieure de son cours, puis les deux bras qui forment l’île ; elle se dirigeait de là à l’embouchure de l’Uadgmelati, puis, à travers la vallée suivante, au confluent de l’Adeita et enfin à l’étroit ravin qui va en serpentant jusqu’à Saati.

    Les hauteurs les plus remarquables de la ceinture se trouvent sur la droite du fleuve et sur les côtés est et sud. A l’est, le mont Gabru-Mariam s’élève à 60 mètres, avec des flancs très rapides de tous côtés et escarpés en plusieurs points ; il se termine par une arête étroite, longue d’environ 100 mètres, orientée sud-est-nord-ouest.

    A un kilomètre vers le sud, entre l’Agbalo et l’Uadgmelati, surgit, haute de 80 mètres, l’élévation sur laquelle fat construite la redoute de Cristoforis (en 1888), à l’angle sud-est de la vallée ; sur le côté opposé, à l’embouchure de l’Uadgmelati, une hauteur de 60 mètres ferme la vallée au sud.

    Sur la rive gauche du fleuve, les hauteurs sont moins élevées et moins difficiles. Tout d’abord, on rencontre un mouvement de terrain de forme conique, terminé en table, situé à 300 mètres sur la flèche de l’arc que décrit le fleuve et s’étendant en pentes douces à 300 mètres vers le nord-est. Derrière lui, un ravin profond et étroit court perpendiculairement au Desset et le sépare d’une nouvelle hauteur qui la domine de quelques mètres et offre une crête presque rectiligne, normale à la rivière, longue de 350 à 400 mètres, terminée sur le fleuve par une berge à pic de 6 à 8 mètres, et, à l’ouest, par un piton conique. C’est la hauteur où eut lieu le massacre et où le monument commémoratif a été construit.

    A 500 mètres derrière le front, un ravin parallèle à la crête; sur sa droite surgit, à 100 mètres de hauteur, une troisième chaîne abrupte, à crête très étroite, terminée par un éperon rocheux à pic. Cette hauteur n’est accessible que de flanc et presque infranchissable, à l’extrémité opposée à l’éperon.

    Toutes ces hauteurs ont ceci de commun que leur versant sud-est extrêmement rapide et difficile, tandis que le versant opposé est plus accessible.

    Le bataillon prit position sur le premier mouvement de terrain ; des tranchées furent creusées sur ses flancs, tandis qu’on élevait sur le sommet un mur en pierres sèches, haut d’environ un mètre, formant les trois côtés d’un carré ; le quatrième côté était défendu par les mitrailleuses.

    Le front était en ordre oblique, la droite en avant sur la corde de l’arc formé par le Desset.

    De cette position, on avait de front un bon commandement s’étendant à 300 mètres jusqu’au Desset ; de même sur la droite, on dominait parfaitement le dos des mouvements de terrain qui s’étendent au loin. Mais, de ce même côté, un affluent de gauche de la rivière permet à une colonne complètement à couvert, d’entourer la position, à la distance de 13 ou 1400 mètres, sauf sur le point où il nait. A partir du Desset, la vue était en partie masquée par la végétation des rives. Sur la gauche, la vue s’étendait à 2 kilomètres en avant mais à l’est, le mont Gabru-Mariam et les mouvements de terrain voisins pouvaient permettre à de fortes colonnes de se glisser inaperçues jusque dans le lit du Desset et, en le suivant, prendre la position à revers.

    En résumé, cette position avait un champ de vision plutôt réduit ; des abords mauvais sur ses flancs, sans point d’appui solide et pouvait être facilement tournée de tous côtés à la distance maximum de 1 500 mètres, avec un terrain aisément accessible sur ses derrières.

    Peu de temps après que les travaux relatés plus haut étaient achevés, l’ennemi apparut, d’abord par petits groupes, sur les hauteurs situées devant le front, à la distance de 1 300 mètres environ. Presque aussitôt le feu est ouvert sur ces groupes.

    Mais quoique devenu rapidement violent, malgré la distance, il leur fait peu de mal grâce à leur mobilité. Les Abyssins descendent promptement des hauteurs et se jettent dans le lit du Desset d’où, masqués par la végétation, ils commencent à répondre par quelques rares coups de fusil au feu de plus en plus des Italiens.

    Les mitrailleuses après avoir tiré pendant une demi-heure environ se détraquent et il fut dès lors impossible d’en faire usage. Peu après on aperçoit, défilant sur les deux ailes de la position à 15 ou 1600 mètres, de nombreuses bandes ennemies. 

    Le danger d’être enveloppé devient évident ; on juge alors nécessaire d’occuper promptement la crête en arrière qui domine la première position à la distance de 400 mètres, donne un meilleur commandement en avant, possède un front mieux déterminé, est moins accessible et a de meilleurs points d’appui sur ses flancs.

    Le commandant de la colonne, après avoir indiqué la nouvelle ligne à occuper aux capitaines et aux officiers qui se trouvent à petite distance, fait sonner la retraite. Le mouvement commence par tout le front à la fois et s’exécute en désordre ; une partie de la ligne l’accroît encore en traversant le convoi. Les conducteurs et les bachi-bouzouks en profitent pour fuir presque tous, avant que la position ne soit entièrement tournée.

    Le convoi en défilant sur les deux flancs de cette dépression ou le long du Desset se porte de nouveau en arrière de la ligne ; mais il est disloqué, désorganisé et entremêlé de soldats italiens. Les mitrailleuses, portées à bras, ne peuvent gravir les pentes et atteindre la nouvelle position ; elles sont abandonnées dans le ravin. On réussit cependant à reformer les hommes le long de la nouvelle crête qui est très saillante ; le feu recommence et en peu de temps devient furieux.

    Un des survivants affirme qu’on songea alors à abandonner la deuxième position pour chercher à occuper le terre-plein de la troisième chaîne. Cela ne parait guère vraisemblable, d’abord à cause de la distance, environ 1000 mètres à par courir en terrain très difficile, et ensuite à cause des difficultés d’accès de cette troisième position ; dans une pareille retraite, toute discipline eût été naturellement perdue et il aurait absolument fallu abandonner le convoi.

    Les Abyssins, qui s’étaient portés sur le front, profitèrent de l’interruption du feu pour traverser d’un bond le terrain découvert qui les séparait de la première position ; non seulement ils purent exécuter ce mouvement impunément mais encore, ce faisant, ils firent éprouver quelques pertes à la colonne. Cependant, de la nouvelle position, part toujours un feu déréglé, dirigé spécialement sur le front ; une épaisse fumée empêche les défenseurs, d’ajuster.

    Quant aux Abyssins, ils s’avancent, enhardis par le mouvement de retraite des Italiens et par le peu d’efficacité de leur feu. Jugeant que ces derniers sont jetés en un désarroi proche d’une panique complète, ils mettent à profit le voile de fumée qui enveloppe la position et ses défenseurs, pour se concentrer sur ses flancs et sur ses derrières ; quelques-uns même apparaissent sur le sommet du plateau de la troisième chaîne. Lorsqu’ils ouvrent le feu de leurs nouveaux emplacements, ils ont complètement enveloppé le bataillon.

    Depuis longtemps les mitrailleuses s’étaient tu ; la fusillade italienne elle-même perdait de son intensité, car les munitions diminuaient, tandis qu’au contraire le feu enveloppant de l’ennemi causait à la colonne des pertes sensibles. On entendit tout à coup d’une hauteur voisine, probablement le mont Gabru-Mariam, le tonnerre de nombreux tambours furieusement frappés, donnant le signal de l’assaut.

    De toutes parts, mais surtout du flanc droit et des derrières de la position, les Abyssins se précipitent avec des hurlements sauvages et une ardeur indescriptible. La mêlée ne dure que quelques minutes. Ceux des soldats italiens, encore en état de résister, vendent chèrement leur vie ; mais aucun d’eux ne se tira sain et sauf de cet assaut furieux. La rage des ennemis s’exerce surtout sur les officiers. Tous, sauf un qu’ils ne reconnurent peut-être pas, furent trouvés transpercés de nombreux coups.

    Puis, après l’assaut, eurent lieu des scènes horribles avec accompagnement de cruautés terribles exercées sur les blessés. Les morts et les mourants furent castrés ; tous furent mis à nu selon la coutume.

    Les armes furent ensuite ramassées puis les Abyssins se jetèrent sur les débris du convoi déjà en partie disloqué ; des luttes acharnées eurent lieu entre les vainqueurs autour des vivres et des cartouches qu’ils se disputaient. Quelques caisses de munitions encore intactes furent mises en pièces. Enfin, lorsqu’il n’y eut plus rien à piller, la retraite commença vers le Yangus par l’Agbalo et l’Abotahana.

    Ras-Alula, qui savait Monkullo gardé par des forces insuffisantes, avait ordonné à divers chefs de rassembler leurs hommes pour attaquer ce fort ; mais tous déclarèrent qu’aucun de leurs guerriers ne les suivraient.

    Les pertes des Abyssins furent nombreuses, et les tumuli qui marquaient dernièrement encore le lieu de combat et la ligne de retraite du Ras-Alula étaient la preuve muette que les Italiens vendirent chèrement leur vie.

    L’ennemi évacua très rapidement Dogali.

    Le combat avait duré de neuf heures du matin à onze heures et demie ; à quatre heures du soir, une compagnie envoyée en renfort, de Monkullo, ne trouvait plus trace de l’ennemi, sauf quelques rares vedettes de cavalerie.

    Le lieutenant Savoiroux, pendant sa captivité, a entendu dire aux chefs abyssins que leurs pertes s’étaient élevées, dans cette journée, à 1 000 tués et 400 blessés.

    Des 500 soldats italiens engagés dans ce combat, 92 furent trouvés blessés le lendemain et purent être sauvés. Beaucoup d’autres eussent pu l’être si les secours étaient venus plus tôt. Un grand nombre d’entre eux moururent sur place, d’autres cherchèrent à regagner Monkullo, mais périrent en route, de soif et de fatigue.

    On ne possède aucune donnée exacte sur les forces abyssines engagées dans ce combat. D’après les dires de plusieurs indigènes, le Ras-Alula disposait de 5 000 fusils et de 5 000 hommes munis d’armes blanches. Il n’avait aucune cavalerie organisée ; ses chefs étaient montés et se réunissaient au nombre de quelques centaines lorsqu’une opération déterminée l’exigeait.

    En tenant compte du corps d’observation laissé devant Saati, on peut admettre que le colonel de Cristoforis eut affaire à 4 000 hommes, dont 3 000 armés de fusils.

    Telle fut la première et unique rencontre en rase campagne des Italiens et des Abyssins. Les renseignements qui précèdent ont été donnés au colonel Luciano par une dizaine de survivants de cette affaire ; ils laissent bien des faits dans l’ombre et doivent être probablement empreints de plusieurs inexactitudes.

    Néanmoins ils suffisent pour préciser avec certitude deux faits principaux : le manque de discipline de feu et le défaut de calme et de cohésion dans la manœuvre. C’est surtout à ces deux causes qu’il faut attribuer la fatale issue du combat.

    Le feu, ouvert à grande distance sur un but de faible étendue très mobile et presque toujours masqué, fut très mal dirigé, sans ordre et sans efficacité ; il causa, en revanche, une consommation excessive et inutile de cartouches, qui firent défaut au moment de la crise finale. Les cartouches gardées en réserve pour cet instant suprême par quelques hommes qui restaient valides et soutinrent l’assaut, eurent un puissant effet, mais furent insuffisantes à arrêter l’élan des masses ennemies.

    Le passage de la première la seconde position, dans les conditions où il s’exécuta, jeta le désordre dans les rangs des Italiens ; l’ennemi l’interpréta comme une déroute. Le spectacle de cette retraite confuse l’enhardit et lui permit de s’approcher sans pertes du front de la nouvelle position.

    Deux autres causes de ce désastre, moins graves cependant, mais importantes néanmoins, se trouvent dans le choix de la première position et de la formation en ligne.

    Le choix de cette position provient probablement de la crainte que l’ennemi, dont on annonçait l’arrivée imminente en grosses masses, réussît à surprendre la colonne en flagrant délit de manœuvre ; peut-être encore la lenteur du convoi et l’abri que lui offrait le ravin adossé à la position entrèrent-ils en ligne de compte. Ces diverses questions d’opportunité firent perdre de vue les défauts du front choisi, qui était dominé sur ses derrières à courte distance et sans obstacles en avant, ainsi que sur le flanc gauche.

    La formation en ligne, en permettant l’emploi simultané du feu sur tout le front, faisait échapper la troupe à l’action des officiers et surtout à celle du commandant de la colonne ; d’où manque de direction et de cohésion.

    Il est difficile d’affirmer qu’en cette circonstance, il eût mieux valu se former en carré de bataillon ou en carrés de demi-bataillons ou de compagnies, avec le convoi au centre. La manœuvre enveloppante des Abyssins et leur feu convergent ne se seraient pas moins produits, causant aux Italiens de grandes pertes. Mais une formation plus compacte et permettant au commandant de la colonne d’exercer son action personnelle, aurait eu pour résultat d’assurer une meilleure discipline et un meilleur emploi du feu et des munitions.

    Le combat aurait été conduit ainsi avec un calme et un ordre qui en eussent imposé à l’ennemi ; il aurait probablement pris toute autre tournure.

    La dépêche officielle du général Gené, accusait 23 officiers et 407 soldats tués ; 1 officier et 90 soldats blessés.

     

     

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