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  • 9 février 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le combat de Saati

     

    Le combat de Saati

    D’après « L’Abyssinie en 1896, le pays, les habitants, la lutte italo-abyssine » – Paul Combes – 1896

     

    Quelques escarmouches signalèrent les derniers mois de 1886 et nécessitèrent de nouveaux renforts d’Italie.

    Un ingénieur, le comte Salimbeni, faisant partie d’une mission scientifique et commerciale, organisée par la Société de Géographie de Rome pour explorer le Godjam, alla sur ces entrefaites trouver Ras Aloula dans son camp de Ghinda, à 60 kilomètres environ de Massaouah. Celui-ci retint le comte prisonnier et le força à écrire (14 janvier 1887) une lettre demandant au général Gené d’évacuer les forts avancés de Massaouah et de se borner à occuper l’île même.

    Sur la réponse négative des Italiens, Ras Aloula commença les hostilités. Le 24 janvier, à midi, il établit son camp à 5 kilomètres au Sud de Saati, qu’il attaqua le lendemain, mais inutilement.

     

    Compte-rendu du major Boretti - D’après « Revue du Cercle militaire » – 27 février 1887

    2e Bataillon d’Infanterie d’Afrique

    Saati, le 26 janvier 1887.

    Comme j’ai eu l’honneur de vous en rendre compte, hier matin à cinq heures, j’ai fait faire une reconnaissance vers le camp abyssin, situé à environ cinq kilomètres sur la gauche de notre position. Cette reconnaissance ne put s’approcher à plus d’un kilomètre du camp ennemi par suite des nombreuses décharges qu’elle essuya, mais elle put constater que de grandes forces s’y trouvaient réunies et que des troupes nombreuses se dirigeaient dans la vallée du Desset et dans d’autres petites vallées situées en arrière de nous.

    Vers 11 heures, je vis les hauteurs derrière nous, à deux kilomètres environ, couronnées de nombreuses troupes abyssiniennes ; je fis alors tirer quelques obus qui, quoique bien dirigés, ne purent pas déloger l’ennemi qui continua à se montrer avec ostentation. Néanmoins, peu de temps après, il disparut complètement.

    Prévoyant que les intentions des Abyssins étaient de nous envelopper et que, n’osant pas nous attaquer de front, ils profiteraient des vallons qui les dérobaient à notre vue pour tomber à l’improviste sur notre position, j’envoyai en reconnaissance, un peu après midi, une demi-compagnie et deux buluc de Bachi-Bouzouks sous les ordres du lieutenant Cuomo, pour inquiéter l’ennemi et les amener à combattre sous notre fort.

    Je fis appuyer la colonne d’un feu d’artillerie à environ 2 000 mètres dirigé sur le vallon où les Abyssins se trouvaient certainement en force. Le lieutenant Cuomo arrivé en ordre serré jusqu’à ce point, surprit en effet un groupe de cent hommes massés au fond du vallon, et exécuta contre eux plusieurs feux de salve, auxquels ils répondirent avec la plus grande intrépidité.

    Ce fut comme un signal et aussitôt, comme par enchantement, les hauteurs furent couronnées d’ennemis. Le lieutenant Cuomo fut grièvement blessé ; ses soldats, suivant l’ordre reçu, se retirèrent en combattant, protégés par le feu de notre artillerie et d’une demi-compagnie que j’envoyai occuper une bonne position.

    De nombreuses masses ennemies descendirent alors de toutes parts et attaquèrent notre position avec une intrépidité et un élan auxquels on ne se serait pas attendu. Quelques-uns favorisés par la nature du terrain arrivèrent jusqu’à 300 mètres de nous, en poussant des hurlements sauvages et en faisant preuve d’une agilité surprenante. On voyait de nombreux groupes de cavaliers galoper de droite à gauche avec frénésie et on entendait leurs cris sauvages.

    Un moment, cette ardeur et cet élan inattendus me causèrent quelques appréhensions, mais nos hommes tinrent bon et empêchèrent l’ennemi d’approcher plus près. Vers 4 heures, l’ennemi commença à se retirer et à 4h30, sa retraite se changea en fuite. Nous saluâmes d’un hurrah général ce mouvement qui mettait fin au combat ; à 4h30, toutes les hauteurs étaient abandonnées.

    Les Abyssins étaient armés de Remington et de Martini-Henry et abondamment pourvus de munitions. Généralement ils tiraient trop haut, cependant il y avait parmi eux d’habiles tireurs. Au dire des officiers, leurs forces s’élevaient sans exagération à 5 ou 6 000 hommes. On ne peut se rendre compte de leurs pertes, mais elles ont dû être sensibles, à en juger par le fait qu’à chaque instant, on les voyait emporter leurs morts et leurs blessés et que le terrain qu’ils occupaient était couvert de mares de sang.

    Nos pertes sont de 4 blessés dont 2 sont morts dans la nuit. Les Bachi-Bouzouks ont perdu 3 tués, l blessé et 5 disparus. Les cinq morts ont été inhumés dans la matinée.

    Nous avons brûlé 5 600 cartouches, non compris celles des irréguliers, et tiré 37 obus, 17 shrapnels et 4 coups à mitraille.

    Tous ont fait leur devoir et ont montré un excellent esprit militaire. Les Bachi-Bouzouks pourraient rendre de meilleurs services s’ils combattaient avec plus d’ordre, s’ils avaient plus de calme et s’ils étaient commandés par des chefs plus habiles et plus énergiques.

    Le major Boretti

     

    En prévision d’une nouvelle attaque, le major chevalier Boretti, commandant des troupes retranchées dans la place de Saati, demanda au commandant du poste de Monkullo des vivres, des munitions et du renfort.

    Un convoi de vivres et de munitions quitta donc Monkullo le 25, 5h20 du matin. Trois heures après, en arrivant près de Dogali (village à mi-chemin entre Monkullo et Saati), la colonne fut attaquée par des milliers d’Abyssins. Après plusieurs heures de combat, ayant épuisé toutes ses munitions, y compris celles du convoi, elle fut presque entièrement massacrée. 

    Une colonne de secours, réclamée dès le commencement de l’attaque par le lieutenant-colonel de Cristoforis, n’arriva que pour constater le désastre.

    Le général Gené fit évacuer les postes de Saati, Voua, Arafalli, Arkiko, et demanda des renforts à Rome. Ce fut le signal de la grande expédition italienne en Abyssinie. Un crédit de cinq millions fut voté, et de nombreux renforts expédiés immédiatement.

    Ras Aloula n’ayant pas poursuivi ses succès et faisant de nouvelles offres pacifiques, le général Gené eut la faiblesse, pour obtenir la liberté du comte Salimbeni, de livrer aux Abyssins des fusils à eux destinés, mais sur lesquels le séquestre avait été mis à Massaouah. Pour ce fait, il dut céder le commandement à son prédécesseur, le colonel-brigadier Saletta, promu major général.

    L’expédition fut immédiatement pourvue du matériel de guerre le plus perfectionné. Un chemin de fer Decauville fut construit pour relier entre eux tous les points fortifiés des environs de Massaouah, et poussé jusque Saati. Enfin le camp retranché de Massaouah fut complété par trois forts : le fort Victor-Emmanuel à trois kilomètres de Monkullo, le fort roi Humbert à quatre kilomètres d’Arkiko, et le fort reine Marguerite en position avancée.

    En même temps, le général Saletta cherchait à se faire des alliés parmi certains chefs dissidents de la région comprise entre le Tigré et la Nubie.

    C’est ainsi que, le 18 octobre 1887, eut lieu à Massaouah, l’investiture solennelle, en qualité de chef des Habab, de Hamed Kantibai, qui avait reconnu depuis longtemps la suzeraineté de l’Italie.

     

     

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