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  • 1 février 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Carte de la bataille de La Corogne

     

    La bataille de La Corogne

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français » – Charles-Théodore Beauvais – 1820

     

    Le 1er janvier 1809, Napoléon, qui avait suivi avec quelques escadrons de sa garde le mouvement du maréchal Bessières, vint établir son quartier-général à Astorga, où l’ennemi ne s’était point arrêté. Le maréchal Soult y arriva dans la soirée, et reçut exclusivement de l’Empereur la mission de poursuivre l’armée anglaise dans sa retraite sur la Galice, et d’empêcher, s’il était possible, son embarquement à la Corogne.

    Cependant, les colonnes françaises semblaient rivaliser d’efforts pour atteindre celles de l’ennemi sur les deux routes qui conduisent d’Asterga à Pontferrada. Dans leur marche précipitée, les Anglais abandonnaient leurs malades, coupaient les jarrets des chevaux qui ne pouvaient plus suivre, et détruisaient en grande partie leurs bagages et leurs munitions. Le 3 janvier, les têtes de colonnes françaises arrivèrent en présence de l’arrière-garde anglaise, au défilé de Cacabellos, entre le village de ce nom et celui de Pierros. Le corps ennemi était fort d’à peu près six mille hommes, dont sept cents de cavalerie. Quoique la position occupée par cette troupe fût belle et d’un accès difficile, le général Merle ne balança point à l’attaquer.

    L’infanterie française s’avança au pas de charge et culbuta les Anglais, qui perdirent plus de trois cents hommes tant tués que prisonniers. Au moment de cette attaque, le général Auguste Colbert s’était porté en avant de sa brigade de cavalerie légère au milieu des tirailleurs fantassins, à l’effet de voir si le terrain s’élargissait, et s’il pouvait former ses escadrons pour charger l’ennemi ; il reçut dans le front une balle qui le renversa de cheval. Revenu un moment à lui, il se fit mettre sur son séant, et, apercevant les Anglais en déroute, il dit aux personnes qui l’entouraient : « Mes amis, je suis bien jeune encore pour mourir ; mais ma mort est digne d’un soldat de la grande armée, puisqu’en expirant je vois fuir les derniers et les éternels ennemis de ma patrie ».

    Ce brave officier, dont les yeux se fermèrent quelques minutes après pour ne plus se rouvrir, emporta dans la tombe les regrets de ses compagnons d’armes, et de tous ceux qui l’avaient connu et apprécié au sein de la société, comme sur le champ de bataille.

    La défaite de leur arrière-garde augmenta encore le désordre qui régnait parmi les troupes anglaises : elles secouèrent, en cette occasion, le joug de leur discipline tant vantée à la guerre. Villafranca devint le théâtre de scènes honteuses d’ivrognerie et de pillage. Cette ville fut entièrement saccagée par les soldats, ivres de vin et de luxure ; on eût dit une place prise d’assaut par des ennemis acharnés, et non occupée par des troupes alliées et amies.

    Quelques efforts que fissent les généraux pour mettre fin aux excès de leurs troupes, il leur fut impossible de les arrêter, et leur voix était méconnue des officiers comme des soldats.

    L’armée britannique parcourut, en quarante-huit heures, les vingt-cinq lieues qui séparent Villafranca de la ville de Lugo, en Galice, où elle arriva le 5 dans la soirée. Mais, pour faire un tel effort, il fallut abandonner une partie du trésor, les gros bagages, des canons, et plusieurs munitions précieuses, qui ne pouvaient plus suivre une marche si précipitée.

    Malheureusement les colonnes françaises n’étaient point en mesure de profiter de la confusion des troupes ennemies, dont l’arrière-garde seule marchait réunie sous la direction spéciale du général en chef sir John Moore.

    Le maréchal Soult était retardé par les mêmes obstacles qui avaient désorganisé les rangs de ses adversaires ; ses troupes ne trouvaient aucune ressource en vivres. Les Galiciens, déjà épouvantés de la conduite odieuse de leurs alliés, et s’attendant à des excès encore plus grands de la part de leurs ennemis, avaient tous pris la fuite dans les montagnes. Des villages incendiés ; des femmes expirantes par suite de la brutalité des soldats ; des fusils, des sacs, des canons, des munitions, des chevaux tués ou mutilés par leurs cavaliers et conducteurs, couvraient la route ; des cadavres revêtus de l’uniforme anglais attestaient aussi la vengeance des paysans espagnols. A quelques lieues de Villafranca, les Français s’emparèrent d’un convoi d’argent évalué à près d’un million, laissé dans des voitures dont les conducteurs avaient emmené les chevaux.

    Le même jour où les Anglais entraient dans Lugo, l’avant-garde du maréchal Soult arrivait à Ferreira ; elle y rencontra une arrière-garde ennemie, qui, en se retirant, voulut faire sauter un pont jeté sur la petite rivière qui coule en avant du village. Une charge de cavalerie suffit pour rendre inutile cette tentative, qui fut renouvelée plus loin, avec aussi peu de succès, au pont de Cruciel. Dans la soirée, les divisions des généraux Lorge et Lahoussaie bivouaquèrent auprès de Constantine.

    Dans l’état de désorganisation où se trouvait la plus grande partie de ses troupes, le général en chef anglais jugea qu’une halte d’un ou deux jours devenait indispensable, avant de continuer son mouvement sur la Corogne, autant pour rétablir un peu de discipline dans l’armée, que pour essayer, par une démonstration inattendue, d’arrêter les troupes françaises dans leur poursuite trop instante.

    Une circonstance, que sir John Moore ne pouvait cependant point connaître encore, le servit merveilleusement dans la résolution qu’il venait de prendre.

    L’Empereur avait espéré que l’occupation de Madrid entraînerait bientôt la soumission moins disputée des autres parties de l’Espagne, alors qu’il aurait mis lui-même les troupes anglaises dans la nécessité d’abandonner la Péninsule, ou de se réfugier en Portugal, en attendant qu’une nouvelle expédition française, dirigée sur ce royaume, réparât complètement l’échec décisif de Vimeiro.

    La fuite précipitée de l’armée de sir John Moore sur la Galice ne pouvait qu’augmenter cet espoir. Mais, d’un autre côté, le cabinet de Saint-James préparait alors par ses intrigues, une diversion bien autrement puissante que le concours des armes anglaises en Espagne, afin d’empêcher l’entière conquête de ce royaume, ou du moins pour la retarder le plus longtemps possible.

    Napoléon venait d’être informé que la cour de Vienne, cédant aux conseils et aux séductions du ministère britannique, se disposait sourdement à reprendre les armes, et à profiter de l’emploi de la plus grande partie des forces françaises au-delà des Pyrénées, ainsi que de l’absence de leur redoutable chef, pour tenter encore une fois le sort des combats, et venger l’humiliation des campagnes précédentes.

    Cette dernière nouvelle, et la situation présente de l’armée anglaise, qui ne pouvait plus être forcée qu’à se rembarquer à la Corogne, avaient déterminé l’Empereur à remettre au maréchal Soult le soin de suivre le général sir John Moore dans sa retraite, tandis que le maréchal Ney contiendrait avec son corps d’armée les troupes espagnoles du marquis de la Romana, dispersées dans les montagnes des Asturies, et à rétrograder avec sa garde sur Valadolid, d’où il partit le 7 janvier pour la France avec une précipitation remarquable.

    En voyant le général anglais arrêté à Lugo, et disposé à recevoir le choc des troupes qui le poursuivaient si vivement, le maréchal Soult, dont les forces ne s’élevaient pas à plus de vingt-quatre mille hommes, crut devoir réunir ses colonnes avant de commencer une attaque décisive. Les Anglais avaient pris position en arrière de Lugo, leur droite appuyée au Minho, et leur gauche à des montagnes ; et, pendant la journée du 6, l’avant-garde française se borna à escarmoucher avec leurs postes avancés.

    Le gros des troupes arriva dans la nuit du 6 au 7 janvier. Au point du jour, le maréchal Soult forma son armée en bataille, et plaça une partie de la cavalerie à l’aile droite, dans le dessein de tourner la gauche de l’ennemi, seulement accessible sur ce point : une division d’infanterie et une batterie d’artillerie légère devaient soutenir la cavalerie dans son mouvement ; mais la journée s’écoula sans qu’il y eût d’engagement sérieux entre les deux partis.

    Cependant le général anglais convaincu, par les dispositions de son habile adversaire, qu’il ne pouvait pas échapper à une défaite certaine en gardant la position qu’il avait prise, se décida à continuer sa retraite sur la Corogne, dont il était encore éloigné de quinze lieues, par le chemin le plus direct. Il fit mettre à l’ordre « que l’armée devait rappeler toute sa constance pour effectuer cette marche ; que l’arrière-garde ne s’arrêtant point, les soldats qui resteraient en arrière subiraient le sort d’être massacrés, ou faits prisonniers par les Français ».

    Le 9, à quatre heures du matin, l’armée française était sous les armes ; mais l’ennemi avait eu la précaution d’allumer de grands feux, et le bruit prolongé de son mouvement de retraite semblait indiquer qu’il se préparait de son côté a recevoir le combat. Le jour dévoila la vérité.

    Les Français, entrés dans Lugo à la pointe du jour, y trouvèrent quinze pièces de canon et quatre cents chevaux, que les Anglais avaient tués sur les glacis ; la route était embarrassée de débris de voitures d’artillerie et de bagages détruites de manière à ce qu’on ne pût en tirer aucun parti. A chaque pas, on ramassait des soldats sans chaussure et à demi morts de faim. L’ennemi, faute de moyens, ne pouvait pas détruire les ponts, et aucun obstacle partiel n’arrêtait la poursuite aussi active que la retraite. Toutefois, comme 1′armée, en se retirant la veille dès neuf heures du soir, avait dix heures de marche sur les colonnes du maréchal Soult, il fut impossible à ces dernières de regagner une pareille avance. La tête de l’avant-garde n’atteignit qu’un certain nombre de traîneurs, qui continuaient de jalonner la route.

    Enfin, après des fatigues inouïes, l’armée anglaise parvint au terme de tous ses efforts. Le 11 janvier, l’avant-garde poussa des cris de joie en apercevant les murs de la Corogne, où toutes les troupes, au nombre de quinze mille hommes, se trouvèrent réunies dans l’après-midi.

    Les Anglais, dans cette retraite désastreuse, avaient perdu huit à neuf mille hommes, presque sans engagement, et par le seul effet des fatigues et de la misère auxquelles ils avaient été en proie. La cavalerie était démontée, six mille chevaux, tant de troupe que du train d’artillerie, avaient péri de lassitude ou de la main même de leurs conducteurs : les magasins, les équipements, la caisse de l’armée étaient perdus.

    Le port de la Corogne (Coruna) est situé à l’extrémité d’un long et étroit promontoire, qui forme, avec celui sur lequel est bâti le Férol, une vaste baie. Défendu par une forte citadelle, il offrait aux Anglais un point d’embarquement sûr. Mais, par une fatalité qui semblait assurer la ruine totale de leur armée, les vaisseaux qui avaient transporté d’Angleterre en Galice les troupes sous les ordres du général Baird, avaient été envoyés à Vigo dès le commencement de la retraite, et quand on ignorait encore quelle serait sa direction.

    Comme le retour de ces bâtiments pouvait être longtemps retardé par les vents contraires, sir John Moore fit travailler à la défense du front étroit par lequel seuls les Français pouvaient approcher de la place. Les habitants, hommes, femmes et enfants, aidèrent à l’ouvrage, sans être découragés par l’idée qu’ils seraient abandonnés par les Anglais à l’arrivée des vaisseaux, et par conséquent livrés à toute la vengeance des troupes auxquelles ils opposaient ces obstacles. La place fut bientôt en état de résister à des forces dépourvues de grosse artillerie.

    Les Français avaient bivouaqué à Betanzos, pendant la nuit du 11 au 12. Arrivés sur la rivière de Mero, ils trouvèrent le pont de Castroburgo rompu, et cet incident arrêta leur marche. Quelques partis ennemis voulurent inquiéter les hommes qui travaillaient à rétablir le passage ; mais ils furent éloignés par deux ou trois volées d’artillerie légère. Le maréchal Soult, informé que l’ennemi n’avait point détruit le pont de Sela, à deux lieues au-dessus de Castroburgo, y envoya le général Franceschi, qui s’avança alors par la route de Sant-Yago de Compostella à la Corogne, s’empara d’un convoi de vivres destiné pour les Anglais, et fit l’escorte prisonnière.

    Le 13, le général Moore fit sauter deux magasins à poudre situés sur les hauteurs de Santa-Margarita, à une demi-lieue de la Corogne. Cette détonation fut terrible, et se fit entendre à plus de trois lieues dans les terres.

    Le 14, le pont de Castroburgo fut entièrement rétabli, et le maréchal y fit passer sur-le-champ l’artillerie et l’infanterie, qui vint prendre position devant l’armée anglaise. Celle-ci occupait sur deux lignes les hauteurs qui couvrent la grande route à trois quarts de lieue environ de la Corogne. La gauche était appuyée aux bords escarpés de la rivière de Mero, et la droite au petit village d’Elvina, situé au bas de l’extrémité du rang de collines sur lequel le front de l’armée était formé. Ce dernier appui présentait peu d’avantages naturels ; aussi, pour obvier à cet inconvénient, sir John Moore plaça une de ses divisions, en échelons, sur un point plus favorable, à quelques centaines de toises en arrière de cette droite. Une réserve était placée en arrière du centre de la ligne générale.

    Le maréchal Soult employa le reste de la journée du 14 à reconnaître cette position des Anglais, et donna des ordres pour accélérer la marche de celles de ses colonnes qui étaient encore en arrière. Le 15, les bâtiments de transport arrivèrent de Vigo, et les Français purent voir l’ennemi embarquer ses malades, ses blessés, une partie de son artillerie et ce qui lui restait de cavalerie, et détruire les batteries de la côte.

    Les divisions des généraux Merle et Mermet eurent ordre d’occuper les hauteurs de Villaboa, où se trouvait une avant-garde ennemie, qui fut culbutée. La droite de l’armée française fut appuyée au point d’intersection des routes de la Corogne à Lugo et à Sant-Yago de Compostella ; la gauche était en arrière du village d’Elvina. Le restant de la journée fut employé à élever une batterie de douze pièces de canons, destinée à riposter à celle qui couvrait le front de la ligne ennemie. Les troupes eurent ordre de se tenir prêtes à l’attaque générale qui devait avoir lieu le lendemain.

    Le 16, le maréchal Soult, ayant été rejoint par les dernières colonnes qu’il attendait impatiemment, fit commencer le combat vers deux heures de l’après-midi. Les Anglais furent abordés franchement par la première brigade de la division Mermet, qui les délogea du village d’Elvina. Le général Jardon, à la tête du deuxième régiment d’infanterie légère, culbuta tout ce qui se présentait sur son passage. La division du général Merle obtint d’abord un succès semblable, et débusqua l’ennemi d’une partie des hauteurs qu’il occupait.

    Le combat devint très vif sur toute la ligne, et prolongea sans avantage marqué pour les Français, dont le principal effort était dirigé contre la droite de l’ennemi. Mais les réserves que sir John Moore avait placées sur ce point, plus faible que sa gauche, arrêtèrent les progrès de l’infanterie, et paralysèrent les belles charges de la cavalerie du maréchal Soult. Les 17e et 27e de dragons firent de généreux efforts pour essayer de culbuter les échelons du général Frazer ; mais ils ne purent réussir à leur faire abandonner le terrain sur lequel ils étaient avantageusement postés.

    Le lieutenant-général sir David Baird eut le bras emporté par un boulet, et peu de temps après le général en chef sir John Moore, ayant reçu une blessure mortelle, fut remplacé dans le commandement par le lieutenant-général sir John Hope. Ces pertes ne découragèrent point les troupes ennemies ; elles continuèrent à se maintenir avec avantage, tant à la droite qu’au centre et à la gauche.

    Au moment de l’arrivée des bâtiments de transport, les généraux anglais avaient décidé que l’embarquement de leurs troupes aurait lieu dans la soirée du 16, et il se serait effectué, si l’attaque du maréchal Soult n’eût forcé le général sir John Moore à combattre.

    La nuit ayant mis fin à cet engagement, le général Hope crut devoir profiter de l’obscurité pour quitter ses positions et rentrer dans la Corogne. Ce mouvement de dernière retraite se fit avec tant d’ordre et de silence, que les Français, malgré l’extrême proximité, restèrent jusqu’au matin dans l’incertitude.

    Le maréchal Soult jeta alors quelques bataillons d’infanterie légère dans les faubourgs de la Corogne, et une batterie, qui fut avantageusement placée, commença à tirer sur la flotte anglaise. Celle-ci leva l’ancre et gagna le large. Une arrière-garde occupait encore les faubourgs du côté du port, et avait coupé le pont qui les sépare de la ville ; elle s’embarqua dans l’après-midi sur quelques bâtiments restés pour la recevoir.

    Le 17 au soir, la majeure partie de la flotte ennemie était hors de vue, et il ne restait plus en rade que quelques bâtiments, qui se disposaient à appareiller. Les Français trouvèrent dans le camp anglais plus de trois mille fusils abandonnés, des munitions, des habillements et autres effets. Ils ramassèrent dans les faubourgs de la place un grand nombre de blessés, d’après le rapport desquels on sut que la perte éprouvée la veille par l’armée anglaise pouvait s’élever à deux mille cinq cents hommes hors de combat.

    C’est ainsi que se termina une expédition dont les Anglais se promettaient sans doute une toute autre issue. Des trente et quelque mille hommes entrés en Espagne, vingt mille hommes à peine venaient de se rembarquer, cinq ou six mille étaient prisonniers, le reste avait succombé de fatigue et de misère. On eût dit qu’ils ne s’étaient mis en campagne que pour défier en quelque sorte les Français de les atteindre à la course.

    Quelques écrivains militaires anglais ont fait de vains efforts pour expliquer les motifs qui engagèrent sir John Moore à compromettre la sûreté de son armée, en se jetant tout à coup sur le maréchal Soult au moment le plus défavorable, et après être resté plus d’un mois à Salamanque dans une inaction complète. Si les événements d’Europe n’eussent pas forcé l’Empereur de revenir sur ses pas lorsqu’il était déjà à Astorga, il n’est pas douteux que l’armée anglaise, poursuivie avec encore plus de vigueur sous les yeux de ce souverain dont la volonté était si ferme, se serait vue dans la nécessité de mettre bas les armes, ou d’être anéantie.

    Les Anglais conviennent eux-mêmes que le devoir du général Moore était, au lieu de faire son mouvement intempestif sur Toro, de se porter, à marches forcées, derrière le pont d’Almaraz, sur le Tage, dans une position presque inexpugnable, et de s’y occuper de la réunion et de la réorganisation des troupes espagnoles. C’était là le seul service qu’il fût en mesure de rendre aux alliés de l’Angleterre, et le plus grand mal qu’il pût faire alors aux Français.

    Il est difficile de concevoir ensuite pourquoi le général anglais, décidé à fuir devant les aigles françaises, ne fit point sa retraite sur le Portugal, au lieu de chercher à gagner si péniblement la Corogne. Qui l’empêchait, étant à Benavente, de descendre la rive droite de l’Esla et de gagner la province de Tras-los-Montes, où il devait supposer que le général Beresford, commandant les troupes anglaises restées dans ce royaume, aurait tout disposé pour protéger sa retraite ? Ce parti eût été beaucoup plus conforme aux intérêts de l’Angleterre et de ses alliés, qu’un embarquement à la Corogne , qui privait tout à coup le Portugal d’une force de vingt mille hommes si nécessaires à sa défense ; car ce général devait croire encore que les Français, dont il connaissait la marche dans la direction de Badajoz, s’empresseraient de mettre à profit cette occasion favorable, pour s’avancer sur Lisbonne, et dès lors, il devenait urgent pour lui de renforcer le corps qu’il avait laissé devant cette capitale.

    Le 18 au matin, le maréchal Soult fit sommer la place de la Corogne d’ouvrir ses portes : la flotte anglaise avait disparu, et il ne restait plus aucun prétexte pour prolonger une résistance au moins inutile ; mais deux régiments espagnols s’y trouvaient renfermés, et le maréchal fut obligé de faire une démonstration d’attaque de vive force pour amener le général Alzedo, qui les commandait, à capituler dans la journée du 20.

    L’entrée des Français à la Corogne rendit la liberté au consul de France, Fourcroy, et à trois cent cinquante autres prisonniers, au nombre desquels se trouvaient le général Quesnel, son état-major, l’officier d’ordonnance Bongars, et l’auditeur au conseil d’état, Taboureau. Les autres étaient des soldats ou marins pris en Portugal et sur le brick l’Atlas que les Anglais avaient abandonné dans le port.

    On trouva dans la place deux cents pièces de canon, vingt mille fusils, six cent mille cartouches, deux cent milliers de poudre, des magasins de vivres et autres objets militaires, et environ cinq cents chevaux vivants dont les jarrets étaient coupés ; douze cents cadavres de ces malheureux animaux étaient en outre épars dans les rues, et commençaient à y répandre une infection dangereuse. L’un des premiers soins du maréchal Soult fut de les faire enlever ; et cette précaution, jointe à la bonne discipline qu’observèrent les troupes, ne contribua pas peu à faire revenir les habitants des préventions fâcheuses que les Anglais leur avaient inspirées sur la conduite que les Français tiendraient envers eux.

     

     

     

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