• 29 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    La bataille de Coatit

    D’après « A travers le monde » – 1895

     

    Le 17 juillet 1894, les Italiens, entraînés vers l’ouest dans leur lutte contre les Derviches, entraient à Kassala. Dans le but de donner à leur colonie quelque sécurité, et éloignant leurs adversaires en distendant le cercle qui entourait d’abord Massaouah, peu à peu ils avaient dû porter leurs forces jusqu’à cette lointaine région, y laisser un poste à demeure, y élever des fortifications permanentes pour tenir en respect les anciennes troupes du Mahdi.

    A la mi-novembre, le major Turitto avait poussé une reconnaissance de Kassala jusqu’à la vallée du fleuve Atbara, dans la direction d’El-Facher, et une escarmouche assez vive avait eu lieu.

    Surveiller les agissements des Derviches n’est pas chose aisée. A travers le désert, les bruits les plus contradictoires sont colportés et, en passant de bouche en bouche, dénaturés. C’est ainsi qu’on annonçait tantôt que le khalife Abdullah, le successeur du Mahdi, était prêt à marcher avec toutes ses bandes, tantôt que celles-ci se désorganisaient et que son autorité sur elles diminuait de jour en jour.

    Il y avait là pour les Italiens de l’Erythrée un premier motif d’inquiétude. Un autre souci venait s’y joindre. La fidélité de certains chefs abyssins, soumis ou alliés, était des plus suspectes. Il ne fallait perdre de vue aucune de leurs menées, sous peine de s’exposer à une surprise des plus périlleuses.

    Soupçonnant sans doute quelque danger, le général Baratieri, qui, dans cette dernière campagne, a montré beaucoup d’activité et de décision, entreprit dans son gouvernement une tournée d’inspection. Le 28 novembre il était à Ghinda, le 30 à Asmara, le 6 décembre à Keren. Il resta là pour se trouver à portée de la ligne d’opérations de Kassala à Agordat, en prévision d’une pointe offensive des Derviches.

    Ce fut à Keren que, le 15 décembre, le général Baratieri reçut la nouvelle de la révolte du ras Bata Agos. L’attaque ne venait donc pas du côté d’où on l’attendait. Bata Agos avait essayé de soulever la région limitrophe du Tigré abyssin, qui est connu sous la dénomination d’Okoulé Kousai. Il avait montré les Italiens s’appropriant les terres, brûlant les forêts, construisant les routes pour mieux tenir le pays, prêts enfin à exiger un désarmement ; cette opération était en effet dans la pensée du général Baratieri. Bref, Bata Agos s’était déclaré chef indépendant.

    Aussitôt il attaqua à Halai le capitaine Castellazzi, qui n’avait que 250 fusils pour résister aux 1600 hommes de Bata Agas.

    Enfermé dans Halai, le capitaine Castellazzi gagna du temps en pourparlers, puis, lorsqu’il fut attaqué, il sut tenir pendant, trois heures un quart, économisant ses munitions, jusqu’à l’arrivée du major Toselli, qui le dégagea.

    Bata Agos avait été tué dans l’action. Le pays se soumit et remit aux autorités italiennes 1200 fusils.

    Bata Agos était de connivence avec le ras Mangacha, vice-roi du Tigré abyssin. Celui-ci, fils de l’ancien négus Jean, n’avait pu lui succéder. Fort de la bienveillance des Italiens, son cousin Ménélik était monté sur le trône. Mangacha avait fini par se réconcilier avec Ménélik et avait reçu de lui cette vice-royauté. Mais il avait sans doute gardé quelque rancune à ses voisins de l’Erythrée.

    Mangacha n’osa pas d’abord se déclarer franchement après la mort de Bata Agos. Il félicita les Italiens de leur victoire et continua à leur donner les assurances de son amitié. Il était toujours bruit d’une attaque imminente des Derviches sur Kassala. C’était ce moment que Mangacha attendait pour agir.

    Le général Baratieri était dans une situation délicate. Mangacha n’était que menaçant ; il n’avait pas fait acte d’agression. Cependant s’éloigner vers Kassala en le laissant en armes, c’était s’exposer à une attaque par derrière ou en flanc. Baratieri voulut l’intimider.

    Quittant Keren en hâte, ramassant des troupes à Asmara et à Godofelassi, il annonça qu’il allait marcher sur Adoua, capitale du Tigré. Il s’y fit précéder d’un manifeste, annonçant sa venue, sans aucune idée hostile, dans le seul dessein d’imposer le respect de la paix solennellement jurée sur la croix. Puis, envoyant de tous côtés des émissaires chargés d’affirmer ses intentions pacifiques, il franchit le fleuve Mareb, frontière du Tigré, et avec 3500 hommes, il se dirigea hardiment sur Adoua.

    Il y entrait le 30 décembre, reçu par le clergé et la population avec une grande apparence d’amitié, comme l’avait été, en janvier 1890, le général Orero.

    Mangacha promit de désarmer. C’était le résultat que le général Baratieri attendait de sa manifestation militaire. Pour laisser au chef abyssin le temps d’accomplir ses promesses, il repassa la frontière et s’établit à Adi Ougri, derrière le Mareb.

    Mangacha se prépara aussitôt à l’attaque. Cette seconde entrée des Italiens à Adoua, suivie, comme la première, d’une évacuation immédiate, n’était pas de nature à donner au vice-roi du Tigré une plus haute idée de leur hardiesse que de leurs forces.

    Le ras Mangacha, à la tête de 12000 hommes armés de fusils, dont environ 6000 réguliers, plus une troupe de 7000 hommes armés de lances ou sans armes, pénétra sur le territoire de l’Erythrée, peu de jours après la retraite des Italiens, le 12 janvier. Le 11, le général Baratieri, en prévision de ce mouvement, s’était porté à Chenafena.

    Le 13, les deux armées se trouvèrent en présence à Coatit, et la bataille s’engagea. Les Italiens avaient été renforcés des troupes amenées par le major Toselli. Le général Arimondi commandait en second, sous les ordres du général Baratieri.

    La lutte fut extrêmement vive. Les Abyssins, trois fois plus nombreux, essayèrent d’envelopper leurs adversaires, qui eurent peine à arrêter ce mouvement.

    Une compagnie du bataillon Galliano fut un moment compromise, pour s’être laissé presque entourer par une bande d’ennemis qui s’étaient donnés comme des auxiliaires en retraite.

    On cite comme épisode la défense par l’aide-major Virdia, avec l’aide des muletiers et des plantons, d’un cimetière et d’une petite église où étaient recueillis les blessés.

    Cette première journée n’avait pas été décisive. Les Italiens passèrent la nuit dans l’attente d’une surprise. Elle ne se produisit pas. Dès l’aube, ils attaquèrent les Abyssins avec leur artillerie et s’en servirent même pour incendier des espaces considérables couverts d’herbe sèche. Cependant l’ennemi tenait encore, et son feu ne cessa qu’à la brune. On sut cependant que les troupes de Mangacha commençaient à se décourager.

    Au contraire, bien qu’ayant eu un assez grand nombre de tués et de blessés, les Italiens et leurs troupes indigènes étaient pleins d’ardeur. Dans la journée, une caravane venue d’Adi Ougri les avait largement ravitaillés de vivres et de cartouches.

    Le soir, un prêtre copte essaya d’entamer des négociations pour la paix ou pour un armistice. Baratieri répliqua qu’il n’entrerait en pourparlers que lorsque les Tigrétains auraient repassé la rivière Belesa.

    Un peu plus tard, un prisonnier qui venait de s’échapper vint dire que les Abyssins se préparaient à la retraite. Les privations commençaient, ils avaient fait des pertes sensibles, ils prenaient peur. Enfin, après minuit, le prêtre copte négociateur revint. Il n’avait plus retrouvé le ras Mangacha. Au lever de la lune, celui-ci était parti avec ses guerriers, dans la direction du sud-est.

    Le lendemain 15, dès le matin, les troupes italiennes s’ébranlaient, descendaient des hauteurs de Coatit et traversaient le camp abyssin abandonné. Il n’était pas difficile de suivre à la trace la route de Mangacha. Ses soldats l’avaient jonchée d’armes, de cartouches, d’objets abandonnés.

    Après un repos à Toconda, vers midi, les Italiens et leurs troupes indigènes reprenaient leur poursuite, malgré toutes les fatigues des jours passés et les difficultés de la marche. Le bois de Cascassé fut traversé avec précautions. Enfin vers le soir, en arrivant sur une éminence, on aperçut le camp des Abyssins auprès de Sénafé. Une batterie fut aussitôt mise en position.

    La déroute fut instantanée. Les troupes du ras Mangacha n’avaient pas su inquiéter, par les flancs, la marche en avant de l’ennemi. Elles n’eurent pas le courage de faire tête et se sauvèrent vers la frontière, dans la direction d’Adigrat.

    Les Italiens passèrent la nuit sur la hauteur. Le lendemain, ils descendirent dans l’espèce de cirque que domine Sénafé, à l’entrée duquel restait, abandonné, le camp de Mangacha. Le commandant en chef entra dans la tente du ras, et l’on trouva dedans toutes sortes d’objets laissés là dans le désordre de la fuite, parmi lesquels, un coffret contenant la correspondance avec Bata Agos et Ménélik, et une montre d’or, cadeau offert au vice-roi du Tigré, en des jours meilleurs, par le général Baratieri lui-même.

    Les succès des armes italiennes avaient amené de nombreuses soumissions. Un chef, le Dégiac Agos Ouold Tafari, qui prétendait avoir des droits sur certaine province du Tigré, s’était montré fidèle aux Italiens et avait confié son fils à leur commandant en chef.

    Pour ne pas laisser trop dégarnis les postes du nord, à cause des Derviches, toujours soi-disant menaçants, le général Baratieri ne voulut pas alors franchir la frontière du Tigré. Mais le Dégiac Agos Ouold Tafari fut laissé libre d’agir à sa guise et de revendiquer ses droits, en prenant, s’il le voulait et le pouvait, la ville d’Adigrat.

    Quant au général, il sembla considérer comme achevées les opérations de ce côté. Il laissa à Sénafé le major Galliano avec 420 hommes, pour appuyer moralement Agos Tafari. Au lendemain même de sa victoire, le 18 janvier, il partit. Le 20, il ordonnait de construire un fort pour des troupes européennes à Saganeiti et faisait occuper par deux compagnies de troupes indigènes Adi-Sadi et Adi-Loié.

    Le 23, eut lieu à Asmara la dislocation du corps expéditionnaire. Depuis, l’allié des Italiens, Agos, a occupé Adigrat. Le général Baratieri, tranquille en ce moment du côté de Kassala, est redescendu au sud ; le 25 mars, il a fait une entrée pacifique à Adrigat, où il a été reçu par Agos, dont le rival malheureux s’enfonce de plus en plus en Abyssinie.

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso