• 20 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La bataille de la Nouvelle Orléans

     

    La bataille de la Nouvelle-Orléans

    D’après « Histoire critique et raisonnée de la situation de l’Angleterre au 1er janvier 1816 – Jean Edmond Tournachon de Montvéran – 1816

     

    Le général Jackson, depuis son expédition contre les Creeks, n’avait qu’un bataillon de l’armée de ligne américaine, dans les territoires de la Louisiane, du Mississipi et de la Mobile. Il rassembla des milices à pied et à cheval ; et, après des représentations inutiles au Gouverneur espagnol sur la violation de la neutralité, il vint attaquer Pensacola, le 6 octobre. Le 7, au point du jour, il se porta sur la ville ; il y fut accueilli à coups de canon; il riposta avec vivacité; et entrant dans la place, malgré les Indiens, les Espagnols et leur gouverneur, il menaça le fort d’un assaut. Les Anglais l’évacuèrent dans la nuit, et s’embarquèrent. Le général Jackson revint ensuite à la Mobile.

    L’amiral Cochrane augmentait sa flotte de treize vaisseaux de ligne, et recevait, aux Bermudes, huit ou neuf mille hommes de troupes de débarquement sous les ordres du général en chef, sir Edouard Packenham et des généraux Gibbs, Keane et Lambert.

    Avec les restes de l’expédition de la Chesapeake, quelques troupes des garnisons des colonies et celles qui avaient déjà paru sur les côtes de la Louisiane, l’armée anglaise réunissait quinze mille hommes.

    Jamais armement plus formidable n’avait paru dans cette partie du golfe du Mexique. Il était destiné à la conquête de la Nouvelle-Orléans et de la Louisiane, qu’à coup sûr l’Angleterre n’aurait pas rendues à la paix.

    Deux mille hommes de la milice de la Nouvelle-Orléans et de celle de la Louisiane, auxquels s’étaient réunies quelques compagnies de noirs et de mulâtres, émigrés de Saint-Domingue, et un millier de soldats de ligne, étaient toutes les forces qui pouvaient être opposées à l’armée anglaise. Mais tous ces hommes étaient Français et défendaient leurs foyers : le général Jackson arrivait, le 2 décembre, de la Mobile pour en prendre le commandement.

    Cinq à six cents pirates, flibustiers et gens sans aveu, qui s’étaient établis dans l’île de Barataria, à l’est de l’embouchure du Mississipi, vinrent se joindre aux Louisianais, et leur rendirent d’importants services (*). Enfin le secrétaire d’Etat de la guerre avait fait passer, par l’Ohio, une grande quantité de munitions de guerre ; mais les petites armes manquaient.

    Le 4 janvier, deux mille cinq cents Kentukiens arrivèrent à la Nouvelle-Orléans, la majeure partie sans armes et sans vêtements. Les forces navales consistaient dans une goélette, un brick et quelques chaloupes canonnières.

    La véritable défense de la Nouvelle-Orléans était dans la position de ses côtes et dans la difficulté de la navigation dans les embouchures du Mississipi. La barre en rend l’entrée dangereuse. On en augmenta les difficultés. On ferma toutes les passes y qui communiquent du fleuve au lac de Pontchartrain et à la côte basse de l’est. On noya, par des saignées et des inondations, les diverses langues de terre sur lesquelles on pourrait arriver du lac à la Nouvelle-Orléans.

    Enfin, le général Jackson avait fait construire sur la rive gauche du Mississipi, entre le fleuve et des bois marécageux, un retranchement de cinq cents toises de longueur avec un fossé profond. Il était défendu par huit redoutes armées de douze pièces de douze. On avait également achevé, sur la rive droite, une batterie de quinze pièces de campagne et des ouvrages, dont le général Jackson avait confié la défense au général Morgan, ayant sous ses ordres quelques troupes de ligne et des milices du Kentucky. Des troupes avaient été réparties dans d’autres postes secondaires, et aux passes du fleuve qu’on avait embarrassées d’arbres et de pilotis.

    La flotte anglaise de soixante voiles parut le 5 décembre, sur les côtes à l’est du Mississipi. Le 13 et le 14, après un combat meurtrier, elle s’empara de vingt-cinq chaloupes canonnières qui défendaient l’entrée et les passes du lac Pontchartrain. L’amiral Cochrane fit commencer le débarquement ;  il exigea du temps, et ne fut effectué en totalité que le 4 janvier.

    Une passe avait été négligée. La trahison la livrait à l’armée anglaise, le 22 décembre. Le général Jackson jugea que le parti le plus convenable était de se porter à la rencontre de l’ennemi, pour le culbuter, avant qu’il eût reçu ses renforts ; et, à six heures du soir, avec environ deux mille hommes, il était sur le canal Rodrigues, à six milles au-dessous de la Nouvelle-Orléans.

    Le 24 au point du jour, au signal donné par le feu des bordées de la Caroline, goélette de guerre américaine, qui s’était placée en travers des bivouacs de l’avant-garde anglaise, il attaqua cette division, commandée par le général Keane. L’engagement fut vif. Un brouillard y mit fin. Les Anglais se retirèrent dans une position plus en arrière.

    Le général Jackson occupa le terrain de leurs bivouacs, et ne rentra que le lendemain matin dans ses lignes; la goélette seule était restée dans le même mouillage. Les Anglais, le 27, établirent une batterie à boulets rouges, et mirent le feu à bord. L’équipage, ne pouvant plus l’éteindre, compléta l’incendie; et, secouru par la Louisia, seul brick qui restait à l’armée américaine, il se retira dans le haut du fleuve.

    Du 27 décembre au 7 janvier 1815, le général Jackson employa le temps, que lui laissait l’ennemi, à perfectionner ses ouvrages, à les approvisionner et à instruire ses troupes de ce qu’elles devaient faire le jour du combat. L’amiral Cochrane mit à terre l’armée et sa nombreuse artillerie, et le général Packenham arrêta son plan de campagne. Il fit creuser un canal depuis les marais qui communiquent avec le lac Pontchartrain. Des bateaux armés y passèrent en grand nombre.

    Le 8 janvier, trois divisions anglaises de près de douze mille hommes, sous les ordres des généraux Gibbs, Keane et Lambert, commencèrent l’action par l’attaque des retranchements des Américains sur la rive gauche du fleuve, tandis que le colonel Thornton et environ trois mille hommes de l’armée et des troupes de la marine se dirigeaient par la rive droite et le fleuve, sur la batterie du général Morgan.

    Sir Edouard Packenham étendait la droite de son armée, dans les bois marécageux sur lesquels s’appuyait la gauche américaine, et il avait à lutter contre les difficultés naturelles du terrain.

    L’attaque générale de la rive gauche fut vive, courte et sans succès ; en vain et à plusieurs reprises, les troupes anglaises furent-elles ramenées à la charge.

    L’artillerie américaine était si bien servie que les régiments anglais, ralliés par leurs officiers, n’arrivaient qu’en désordre au pied des ouvrages ; et la mousqueterie des Américains, presque tous bons tireurs, et ajustant derrière des retranchements, en faisait un carnage affreux : quelle que fût la bravoure de ces troupes, elles ne purent surmonter l’obstacle.

    Les Américains sortirent de leurs retranchements et forcèrent l’armée anglaise à la retraite, qui fut cependant peu inquiétée. Le général Jackson avait trop peu de monde pour compromettre un succès aussi décisif. Les Anglais laissèrent sur le champ de bataille deux mille morts et un plus grand nombre de blessés non transportables.

    Sir Edouard Packenham fut tué dès le commencement de l’action ; le général Gibbs fut emporté du lieu du combat, blessé à mort ; et le général Keane fut blessé grièvement. Le général Lambert ordonna la retraite, et reprit les positions de la veille.

    L’attaque anglaise de la rive droite fut plus heureuse, quoiqu’aussi meurtrière. Les troupes de la droite américaine s’étaient crues tournées, et avaient abandonné leur position. Le général Morgan se défendit quelque temps encore. Il encloua les canons de sa batterie, et vint prendre une position plus rapprochée de la ville. Les fuyards de sa droite l’y rejoignirent.

    Une autre attaque de l’amiral Cochrane sur le fort Saint-Philippe, à une des entrées du fleuve, n’eut aucun succès. L’armée anglaise, réduite à peu près à moitié, devait renoncer à son entreprise. Elle se rembarqua, dans la nuit du 17 au 18 janvier, laissant aux Américains quatorze canons et quelques prisonniers, traînards, etc.

    La victoire de la Nouvelle-Orléans fut le dernier fait de guerre de la campagne de 1814 et l’a honorablement terminée.

     

    (*) L’établissement de ces corsaires, presque tous français, avait été attaqué, plusieurs fois pendant l’été, par les forces navales des Américains. Le colonel Nichols proposa au commandant de ces Baratariens de se joindre aux Anglais, pour attaquer leur ennemi commun. Connaissant toutes les passes du Mississipi, ils pouvaient être des alliés utiles. Ils refusèrent. Le colonel revint à la charge, leur promit des monts d’or : ils persévérèrent dans leur éloignement de l’alliance anglaise ; et ils tirèrent du colonel les plans de l’attaque du fleuve qu’il avait été chargé de dresser. Laflitte, leur chef, vint à la Nouvelle-Orléans, communiqua ce qu’il savait des projets des Anglais, et offrit, à de certaines conditions, les secours de ses gens : il fut accepté. Les Baratariens se conduisirent avec intrépidité, et exécutèrent fidèlement les stipulations faites avec le gouverneur de la Nouvelle-Orléans.

    Presque tous ont quitté la course, et sont devenus d’industrieux cultivateurs.

     

     

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