• 13 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

     

    Le combat de Cacabelos

    D’après « L’Espagne et Napoléon » – Charles-Alexandre Geoffroy de Grandmaison – 1908

     

    L’année 1808 unissait sans promettre de repos. Pour les « étrennes », la Fortune réservait une surprise à tout le monde : ce fut un courrier de France qui l’apporta ; il rejoignit l’Empereur au milieu des cherpias boueux d’Astorga.

    Quand Napoléon lut d’alarmantes dépêches de Cambacéres sur les armements autrichiens, à la lueur d’un fagot allumé sur la neige, l’émotion plus que la flamme colorait son front.

    La promptitude qu’il mettait à courir, il la tourna sur-le-champ à s’arrêter. Certes la résolution dut coûter à son espérance si près de mettre la main sur la proie ! La vivacité de son esprit toujours en éveil lui fit modifier en un clin d’œil ses projets. Il irait au plus pressé et reviendrait à Paris conjurer le danger allemand, laissant à son meilleur lieutenant, Soult, le soin d’achever la poursuite anglaise. Déjà il rumine ce dessein en entrant à Astorga, à la nuit noire. Et c’est de la sorte qu’il va célébrer les joies du nouvel an.

    Il se donna quarante-huit heures pour reprendre haleine à cette dernière étape, d’une course vertigineuse et organiser son changement de front. Il remania les éléments de l’armée qu’il laissait au duc de Dalmatie : cinq divisions d’infanterie : Merle, Mermet, Bonnet, Heudelet, Delaborde ; trois de cavalerie : Franceschi, Lorge et, La Houssaye. Ce fut l’affaire du 2 janvier ; le 3, au matin, il faisait sans bruit, demi-tour et, songeur, redescendait sur Benavente.

    Le maréchal Soult n’avait pas attendu son départ pour porter ses cavaliers en avant : sur la route de gauche, vers le col de Fuencebadon par le vieux chemin de Ponteferrada, qui avait vu passer, les légions romaines, Françeschi rejoignait les Espagnols à la Crux de Ferro, les sabrait et gardait 3 000 prisonniers

    Sur la route de droite, se dirigeant à travers le puerto de Manzanal, sous une rafale de neige qui rappelait le passage du Guadarrama, Colbert ramassait les traînards anglais, tombés ivres-morts dans les villages où ils avaient défoncé les caves. Dans l’après-midi du 3 janvier, il se présentait devant les pentes abruptes du village de Cacabelos, couronnées de petits murs de pierres, derrière lesquels les fantassins du général Paget, étagés dans les vignes, ajustaient à coups sûrs leur mousqueterie.

    L’un d’eux admirant l’intrépide immobilité de Colbert qui, très à découvert sur son cheval, excitait de la main l’allure de nos tirailleurs, déclara à ses voisins « qu’il voulait abattre ce gaillard-là » ;  sa balle atteignit dans la joue, sous l’œil, Colbert qui s’affaissa sans un cri. Ce cavalier magnifique, émule et camarade de Lasalle, par sa tournure élancée et hautaine donnait une idée de son caractère ; ses cheveux blonds et sa barbe légère adoucissaient une physionomie où régnait la fermeté qui le faisait distinguer ; il possédait l’étoffe d’un grand général et tout l’avenir d’un homme de trente ans.

    Cet engagement était le premier, depuis Vimeiro, où les Français heurtaient les Anglais. La vivacité de notre attaque éclaira John Moore sur notre résolution à le poursuivre sans merci ; il se décida à prendre du champ, malgré la fatigue extrême de son monde, jusqu’à ce qu’il trouvât une bonne position d’attente. Ses officiers étaient démoralisés, frondeurs, et irrités de voir, sans comprendre, leur général se retirer à grande allure.

    Sous la pluie glacée, dans la fange épaisse, les chevaux de trait ne pouvaient avancer. En se déferrant, ils devenaient inutiles ; les cavaliers les tuaient d’un coup de pistolet, mais, par mesure d’ordre, devaient couper et présenter le pied qui portait le numéro de la monture et du régiment.

    Ainsi ils entrèrent harassés à Villafranca, où, désespérant de s’y maintenir, leur chef prescrivit de brûler les approvisionnements entassés ; les soldats, dépités et furieux, voulurent au moins piller tout ce dont ils se pouvaient charger, et en mettant le feu aux tonneaux de rhum ; plus d’un Anglais, dans ses libations, roula d’ivresse au fond des celliers.

    En arrivant après eux, les Français se butaient dans les rues aux malades abandonnés et aux buveurs assoupis près des débris fumants des hangars en cendre.

     

     

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