• 13 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La capitulation de Port Arthur

     

    La capitulation de Port-Arthur

    D’après « revue universelle » – 1905

     

    Port-Arthur a joué, dans la guerre russo-japonaise, un rôle excessivement important, puisque, pendant près de onze mois, cette place a été l’objet d’attaques incessantes de la part des Japonais. La valeur de cette forteresse était d’autant plus grande qu’elle servait de refuge à l’escadre russe, que les Nippons avaient, cela va sans dire, tout intérêt à détruire ou à paralyser.

    Toutefois, le désir ardent de s’emparer coûte que coûte de Port-Arthur a fait commettre aux Japonais une grosse faute stratégique : il les a obligés à immobiliser devant cette place une nombreuse armée (environ 70 000 hommes), et, par suite, à affaiblir leurs forces principales destinées à marcher sur Liao-Yang.

     

    « Quelle que soit l’importance de Port-Arthur, écrivait M. Ross dans le Rousskoie Slovo, sa chute ne saurait avoir une influence décisive sur le reste de la campagne. Ni cet événement, ni la destruction de la première escadre du Pacifique, ne peuvent obliger la Russie à s’avouer vaincue. D’ailleurs l’état-major russe avait prévu la retraite de nos troupes sur Moukden et même sur Kharbine, ainsi que la chute de Port-Arthur.

    Bien que la perte de Port-Arthur soit pour nous un événement pénible, nous devons reconnaître que cette place a résisté encore plus longtemps que nous ne pouvions l’espérer.

    La guerre qui a éclaté d’une façon soudaine en extrême Orient, nous a pris absolument au dépourvu. Il nous fallait gagner du temps pour organiser notre armée avant de prendre l’offensive. Ce temps si précieux pour nous, nous l’avons obtenu, grâce à la longue résistance de Port-Arthur.

    Au début même de la campagne, les Japonais furent obligés de débarquer leurs troupes en Corée, et non pas immédiatement sur le littoral du Liao-Toung. La présence de l’escadre russe mouillée dans la rade intérieure de Port-Arthur a empêché pendant longtemps nos ennemis de débarquer leurs troupes à Inkoou, ce port si important, au triple point de vue politique, militaire et commercial.

    En faisant trainer la campagne en longueur, en nous permettant de gagner du temps, en obligeant l’ennemi à diviser ses forces, en infligeant à l’assiégeant des pertes énormes, Port-Arthur nous a déjà rendu un service important qui, à lui seul, nous dédommage de sa perte.

    La résistance héroïque de ses défenseurs, qui étaient toujours sur la brèche et ne connaissaient pas le repos, a donné à nos soldats un bel exemple de courage et d’abnégation, qui a enthousiasmé leurs cœurs et fait naître en eux le désir de les imiter.

    Dans aucun des sièges que nous connaissons, la résistance n’a été aussi acharnée, aussi soutenue qu’à Port-Arthur.

    Pendant de longs jours, les Nippons ont exécuté coup sur coup des assauts, tous plus sanglants et plus furieux les uns que les autres. Alors que les rangs des assiégés s’éclaircissaient, de jour en jour, d’heure en heure, alors que les ressources de la défense s’épuisaient à chaque instant, et que nos soldats dépensaient dans une lutte inégale leurs dernières forces physiques, les assiégeants, au contraire, étaient continuellement renforcés par des troupes fraîches ».

     

    Rappelons maintenant à grands traits les principales phases de cette lutte qui a coûté tant de victimes aux deux partis.

    Au moment où éclata la guerre, Port-Arthur manquait de munitions, de vivres, d’ouvriers techniques pour réparer les avaries des navires, d’ingénieurs, de docks, et n’avait qu’une garnison insuffisante. Il fallut remédier, dans la mesure du possible, à cet état de choses vicieux, car il était facile de prévoir que l’heure viendrait bientôt où la forteresse serait investie.

    L’autorité militaire s’occupa activement de ravitailler la place en munitions et en vivres et de la doter d’une plus forte garnison. Dès le 21 février, on forma avec les habitants volontaires une droujina (bataillon de milice). Du côté terre, on éleva de nouveaux ouvrages fortifiés, et Port-Arthur se trouva dès lors en état de résister à une attaque de vive force.

    L’heure approchait où la forteresse, bloquée par mer depuis le 9 février, allait l’être aussi par terre. Le 4 mai, débarquèrent à Pi-Tsé-Vo les premières troupes destinées à l’investissement de Port-Arthur. Le 6, le vice-roi Alexiéeff quitta la forteresse après avoir laissé le commandement de l’escadre au contre-amiral Vitheft. En cette même journée, les Japonais détruisirent une partie de la voie ferrée pour couper les communications de la place avec le nord.

    Toutefois, les Russes parvinrent à réparer la voie, et le lieutenant-colonel Spiridonoff, des troupes du chemin de fer, put les 10 et 11 mai faire entrer dans Port-Arthur deux trains chargés de munitions et de matériel de guerre. Grâce à cet exploit hardi, Port-Arthur se trouva en mesure de pouvoir résister de longs mois aux attaques des Japonais.

    Pendant la nuit du 11 au 12 mai, la voie ferrée fut de nouveau coupée, mais cette fois d’une façon définitive. Port-Arthur fut dès lors abandonné à son propre sort.

    Sa garnison était ainsi composée : 4e et 7e divisions de tirailleurs de la Sibérie orientale et un régiment non endivisionné, soit 27 bataillons, comptant ensemble 108 compagnies à 200 hommes chacune et donnant, en chiffres ronds, un effectif total de 22 000 fantassins ; 2 bataillons de réserve ; un régiment d’artillerie de forteresse ; le 2e bataillon de sapeurs de la Sibérie orientale ; la compagnie de sapeurs du Kvantoun ; 2 brigades d’artillerie de campagne ; une batterie de sortie ; une batterie de 57 millimètres et plusieurs unités du corps des gardes-frontières ; soit en tout 35 00 hommes. A ce nombre, il y a lieu d’ajouter les équipages de l’escadre dont l’effectif était, en chiffres ronds, de 10 000 hommes.

    La garnison de Port-Arthur comptait donc 45 000 hommes.

    Le développement du front de défense sur terre était d’environ 20 kilomètres, mais, si l’on comprend dans le front de défense la position de Liao-Ti-Chan, qui au début du siège n’exigeait pas une forte garnison, la longueur totale du front de défense était de 28 kilomètres.

    Jusqu’au dernier moment, les débris de la garnison luttèrent avec un courage inouï, mais l’héroïsme a des limites, et les défenseurs de Port-Arthur durent se résigner à cesser la lutte après s’être couverts d’une gloire immortelle.

    La garnison de Port-Arthur avait épuisé toutes ses ressources ; elle était à bout de forces, manquant d’hommes, de munitions et de vivres. Les derniers succès de l’armée japonaise avaient mis le général Nogi en possession de la principale ligne de défense de la forteresse ; les différents forts et redoutes qui constituaient le front nord-est de la place étaient pris, les Japonais ayant réussi à faire sauter les remparts des forts, puis à les enlever d’assaut. Il restait aux Russes, il est vrai, la possibilité de s’enfermer dans le réduit de Liao-Ti-Chan, au sud-ouest de la ville, mais le manque de munitions et de vivres aurait sans doute rendu illusoire toute tentative d’y prolonger la résistance.

    Le 1er janvier, le général Stessel réunit un conseil de guerre qui décida qu’il était impossible de continuer la lutte, et le 2 janvier, à 9 heures 48 du soir, fut signée une capitulation en vertu de laquelle toute la garnison de Port-Arthur était prisonnière de guerre. Toutefois les officiers pouvaient, en s’engageant sur l’honneur à ne plus servir pendant la durée de la guerre, retourner en Russie.

    Dans la nuit du 1er au 2 janvier, les Russes avaient fait sauter les forts et les navires, sauf six torpilleurs de haute mer et un vapeur de commerce chargé de 800 soldats qui avaient pu forcer le blocus pendant la nuit du 31 décembre au 1er janvier et se rendre à Tchéfou ainsi qu’à Tsingtau.

    Le siège de Port-Arthur a duré 329 jours et son investissement proprement dit 221. Il a coûté aux Japonais 100 000 hommes dont 20 000 tués. Les pertes des Russes ont été les suivantes : 11 000 tués, 8 000 morts par suite de maladies, 16 000 blessés ou malades. Le nombre des prisonniers de guerre, y compris les malades et les blessés, a été de 878 officiers et 23 491 hommes. Sur ces 878 officiers, 441 ont été mis en liberté sur parole.

    La défense de Port-Arthur ajoutera aux annales de la Russie une page des plus glorieuses. Cette héroïque défense n’a pu sauver l’escadre russe, il est vrai, mais elle a probablement préservé l’armée de Kouropalkine d’un irrémédiable désastre.

    On a déjà dit qu’au début des hostilités, et pendant de longs mois encore, l’armée russe de Mandchourie était très inférieure en nombre à l’armée japonaise. Si le maréchal Oyama, aux mois d’août et de septembre, avait pu concentrer devant Liao-Yang ou devant Moukden la totalité des forces japonaises en campagne, il aurait très probablement chassé Kouropatkine de la Mandchourie et l’aurait peut-être même rejeté jusqu’au lac Baïkal. C’est la nécessité de maintenir devant Port-Arthur des forces élevées qui a paralysé, dans une certaine mesure, le généralissime japonais.

     

     

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