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  • 12 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de Ngolgol

    D’après « Le Sénégal : la France dans l’Afrique occidentale » – Léon Faidherbe – 1889

     

    En juillet 1863, le général Faidherbe avait repris le gouvernement de la colonie. Dès son arrivée, il s’occupa de la question du Cayor, question urgente à cause des intrigues dangereuses de Lat-Dior, qui cherchait à violer les traités et se livrait sans frein a ses instincts pillards.

    Il était nécessaire d’apporter un remède radical à cette situation. Le ministère de la marine était d’ailleurs disposé à entrer dans cette voie, car il avait accordé en 1863 un crédit de 30000 francs, destiné à la construction du poste de Thiès, et un autre de 70000 francs pour occuper trois autres points dans l’intérieur du Cayor.

    Le gouverneur pensa que, pour établir l’ordre, il fallait nommer et réinstaller un damel, quel qu’il fut, dans la partie centrale de cette province, et détacher du Cayor le Ndiambour, le Mbaouar, du côté de Saint-Louis, et le Sagnokhor, du côté de Gorée, pour les ajouter à nos possessions. Il pensa aussi que, pour soutenir et surveiller le damel dans le gouvernement du central, il importait d’établir un poste solide au cœur même de cette province, à Nguiguis, dans une contrée fertile.

    L’exécution de ces projets fut immédiatement entreprise.

    Le gouverneur, à la tête des troupes de la colonie, partit pour Nguiguis, où l’on voulait construire le poste fortifié qu’on devait, d’après les traités, établir d’abord à Ndande. Nguguis avait été préféré à ce dernier point comme étant plus central. C’était d’ailleurs la résidence du damel Madiodio.

    Le damel Lat-Dior, coupable de tant de violations des traités, n’attendit pas le gouverneur ; quoique ayant réuni toutes ses forces, il battit en retraite devant la colonne, qui le suivit jusqu’à la frontière du Cayor, d’où il se réfugia dans le Baol.

    Une redoute avait été construite le jour même de l’arrivée de la colonne à Nguiguis, capitale du Cayor, où il y a des puits abondants.

    Revenu à Nguiguis et croyant que Lat-lhor renonçait au pouvoir qu’il avait usurpé par sa révolte de 1862, le gouverneur reconnut pour roi du Cayor notre ancien allié Madiodio, et fit avec lui un traité qui nous abandonnait le Kdiambour, le Mbaonar, l’Andal et le Sagnokhor.

    Le général Faidherbe partit alors pour Saint-Louis, afin de pouvoir s’occuper des Maures, chez lesquels il y avait une certaine agitation.

    Il laissa au colonel Pinet-Laprade le soin de poursuivre Lat-Dior avec une colonne de 800 hommes environ. Mais le colonel, malgré la rapidité de sa marche, ne put atteindre que l’arrière-garde de Lat-Dior, à Ndary, dans le Baol ; il lui infligea des pertes sérieuses.

    Lat-Dior avait disparu, son armée était dispersée ; on pouvait donc considérer la campagne comme terminée. Aussi, le 20 décembre, toutes les troupes étaient rentrées dans leurs garnisons, sauf le détachement laissé à Nguiguis.

    Contre notre attente, Lat-Dior rentra aussitôt, à la tête de ses forces, dans le Guet, province extrême du Cayor, vers l’est, et le 24 il était à Ndiagne, venant chercher à Coki, grand village de la province du Ndiambour, un appui à sa cause, comme il l’avait trouve dans sa révolte de 1862 ; mais cette province, qui avait sollicité son annexion complète à la colonie, lui refusa son concours, et le gouverneur envoya à Coki, pour appuyer la résistance de ce village, une petite colonne commandée par le capitaine d’infanterie de marine Flize.

    Lat-Dior s’éloigna aussitôt du Ndiambour, mais il se dirigea vers Nguiguis, annonçant qu’il allait y attaquer son rival Madiodio. La colonne de Gorée reçut l’ordre de rentrer immédiatement dans le Cayor, sous les ordres du lieutenant-colonel Laprade ; et le chef de bataillon d’infanterie de marine de Barolet partit aussi avec des troupes de Saint-Louis. De son côté, le capitaine Flize marcha également sur Nguiguis avec sa colonne.

    Pendant ce temps, le capitaine du génie Lorans, chargé de la direction des travaux à Nguiguis et commandant la garnison, persuadé par Madiodio et Samba-Maram-Khay que, s’il les appuyait avec une partie de sa garnison, ils seraient assez forts pour battre l’ennemi commun, sortit le 29 décembre, dans la nuit, avec une compagnie de tirailleurs, un obusier et 8 canonniers, vingt-cinq spahis, vingt ouvriers du génie, et, suivi des forces de Madiodio, il alla attaquer Lat-Dior à Ngolgol, à trois lieues de dis- tance. La rencontre eut lieu à la pointe du jour.

    L’ennemi se trouva plus nombreux qu’on ne le croyait. L’armée alliée, composée de gens peu aguerris, fit une molle résistance en perdant du terrain, de sorte que la petite troupe du capitaine Lorans eut sur les bras tous les hommes à pied de l’ennemi, en même temps qu’une nombreuse cavalerie, débordant les deux ailes, l’entourait complètement.

    Tout le monde comprit qu’il n’y avait pins qu’à mourir dignement. Le capitaine Lorans et le capitaine des tirailleurs Chevrel, démontés tous deux, et celui-ci blessé, assistèrent stoïquement, jusqu’à ce qu’ils fussent tués eux-mêmes, à la destruction de leurs hommes, tirailleurs et ouvriers, qui combattaient jusqu’au dernier soupir.

    Les sept canonniers et l’adjudant Guichard se firent hacher sur leur pièce. Le peloton de spahis, perdu au milieu d’une affreuse bagarre où il ne reconnaissait plus ni amis ni ennemis, dégagea notre damel Madiodio, et, tout en perdant son chef, le sous-lieutenant Duport de Saint-Victor, et quatre spahis, il parvint à atteindre Nguiguis, ramenant le damel et huit spahis blessés. Les vainqueurs poursuivirent les fuyards jusqu’à la redoute, d’où ils se firent repousser en faisant des pertes sensibles. (30 décembre 1863).

    En somme, de 140 hommes environ dont se composait la colonne, il ne revint que 20 spahis dont 8 blessés, 2 officiers, 1 docteur et 6 tirailleurs dont 5 blessés ; nos alliés perdirent eu outre beaucoup de monde.

    Apres ce désastre, où l’honneur de nos armes était seul resté sauf, Lat-Dior, sachant que trois colonnes convergeaient vers lui, se retira de nouveau sur la frontière du Baol.

    Immédiatement l’ordre fut envoyé aux troupes de faire leur jonction à Nguiguis, sous le commandement du lieutenant-colonel du génie Laprade, et de se mettre poursuivre à outrance Lat-Dior, même dans le Baol.

    On se porta donc à la frontière ; mais Lat-Dior, faisant un détour, nous évita, rentra de nouveau dans le Cayor, et se porta à Ngol, dans le Guet, cauton où il est né et sur lequel il savait pouvoir compter.

    Le lieutenant-colonel Laprade passa quatre jours à punir les villages où il trouva les dépouilles de nos soldats, et à intimider le roi du Baol pour qu’il ne permit plus a nos ennemis de se réfugier chez lui, d’y laisser leurs biens et leurs familles pour venir commettre des agressions dans le Cayor.

     

     

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