• 10 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de Trendon

     

    La bataille de Trenton

    D’après « Washington, Fondation de la république des Etats-Unis d’Amérique » – Jared Sparks – 1851

     

    En décembre 1776, malgré l’extrême susceptibilité que le Congrès avait montrée jusqu’alors par rapport à l’ascendant militaire, la crise était telle que, si elle ne changea pas les sentiments de ceux des membres de cette assemblée qui avaient vu avec défiance toutes les mesures qui pouvaient augmenter l’influence de l’armée, elle les réduisit au silence.

    Le général Washington fut aussitôt investi de pouvoirs extraordinaires.

    Par une résolution formelle, il fut autorisé à former seize bataillons d’infanterie, outre les quatre-vingt-huit qui avaient déjà été votés par le Congrès, et à en nommer les officiers ; à lever et équiper trois mille hommes de cavalerie légère, trois régiments d’artillerie et un corps d’ingénieurs ; à appeler dans tous les États les secours de milice qu’il jugerait nécessaires ; à établir des magasins de provisions ; à déplacer et à nommer tous les officiers au dessous du rang de brigadier, et à remplir les vacances dans tous les corps de l’armée ; à prendre tout ce dont il aurait besoin pour le service de l’armée, en donnant aux habitants un prix raisonnable de leurs fournitures ; à arrêter et à faire enfermer ceux qui refuseraient de recevoir les espèces continentales, ou qui se montreraient opposés de quelque autre manière à la cause américaine, et à les renvoyer, pour être jugés, aux États dont ils étaient citoyens.

    Ces pouvoirs le constituaient sous tous les rapports, dictateur militaire. Ils devaient durer six mois ; et, dans l’usage qu’il en fit, il justifia complètement la confiance que le Congrès avait exprimée dans le préambule de la résolution, où il est dit que ces pouvoirs lui étaient accordés en raison de la parfaite confiance qu’inspiraient sa sagesse, son énergie et sa droiture.

    Dans cette circonstance, comme dans toutes celles où des pouvoirs lui furent remis, soit comme militaire, soit comme magistrat civil, il eut soin de n’en user que pour atteindre le but qu’on avait en vue.

    Intrépide dans l’accomplissement du devoir, et ne reculant jamais devant la responsabilité, il n’avait pas, comme tant d’hommes parvenus à un rang élevé, un sentiment de vanité qui le portât à se donner de l’importance en faisant sentir qu’il était le centre et le principal moteur de toutes les opérations qu’il avait droit de contrôler. Personne ne veillait plus attentivement à ce que tout se fît convenablement ; mais il voyait avec plaisir les autres imaginer et exécuter des plans utiles, et il voulait que chacun eût l’honneur et la gloire de ce qu’il avait fait de bien.

    Ainsi, dans les circonstances que je rappelle, quand le Congrès ou les gouvernements des États le déchargèrent volontairement d’une partie de sa tâche, ce qu’ils firent quelquefois pendant sa dictature, loin de penser qu’ils intervenaient mal à propos ou empiétaient sur son autorité, il exprima toujours sa satisfaction et sa reconnaissance.

    L’important sujet de la réforme et du recrutement de l’armée réclamait alors sa plus sérieuse attention. Pour arriver à ce but, il employa dans toute leur étendue les pouvoirs dont il avait été revêtu.

    La manière de nommer les officiers était un des défauts les plus graves du système récemment établi par le Congrès. Quelques-uns des États avaient négligé de compléter leurs nominations ; et, généralement, elles étaient faites avec si peu de jugement et un tel mépris des règles militaires, qu’on avait mis des officiers sans mérite et sans expérience au dessus de ceux qui étaient accoutumés au service, et qui avaient donné des preuves de leur valeur et de leur habileté. En vertu du pouvoir qu’il avait de destituer et de remplir les vacances, Washington rectifia ces erreurs autant que la prudence le permit. Les nominations pour les seize bataillons additionnels d’infanterie, et pour les nouveaux régiments de cavalerie légère, d’artillerie et d’ingénieurs, étant entièrement à sa disposition, il eut soin de choisir de bons officiers qui avaient été négligés par les États ; ainsi se dissipa leur dégoût pour leur service. L’armée eut un renfort précieux, et beaucoup de soldats, qui avaient partagé le mécontentement de leurs officiers, s’enrôlèrent de nouveau.

    La règle qu’il suivait à cet égard est indiquée dans une lettre d’instructions adressée au colonel Baylor, qui devait commander un régiment de cavalerie légère.

    « Comme rien ne contribue autant à la constitution d’un bon régiment qu’un bon corps d’officiers, et comme il n’y a pas de meilleur moyen de s’en procurer que d’en laisser en grande partie le choix à l’homme qui doit recueillir l’honneur ou partager la honte de leur conduite, je vous accorderai le pouvoir de nommer les officiers de votre régiment, à l’exception des officiers d’état-major, me réservant le droit de rejeter une partie ou la totalité des nominations dans le cas où j’aurais des motifs de soupçonner que vous avez fait un choix peu convenable. Je vous recommande instamment d’être circonspect dans ce choix de vos officiers ; ne prenez que des gens bien élevés (gentlemen) ; ne vous laissez influencer par aucun attachement de localité ; quand on vous fera une demande, que votre bonté naturelle ne vous fasse pas dire oui lorsque vous devriez dire non. Rappelez-vous que c’est pour la cause publique, et non pour un intérêt particulier, que votre choix doit être avantageux ou nuisible ; souvenez-vous aussi que nous n’avons encore eu, dans aucun corps, d’exemple de bonne ou de mauvaise conduite que l’on ne pût faire remonter aux officiers. Ne prenez pas des hommes trop âgés, mais ne remplissez pas non plus votre corps d’enfants, surtout par rapport aux capitaines ».

    Avant que ces mesures pour l’organisation de l’armée fussent mûries, il arriva d’autres événements d’une grande importance, qui donnèrent une nouvelle face aux affaires. Dès que Washington eut passé la Delaware, il s’appliqua à trouver quelque manière de réparer ses pertes, ou au moins d’arrêter les progrès et de déranger les plans de l’ennemi.

    Il y eut pendant plusieurs jours de l’incertitude sur la marche que suivrait le général Howe : la rivière ne gela pas aussi promptement qu’on s’y attendait ; il continua à faire cantonner ses détachements dans les endroits où ils avaient été placés d’abord, le plus considérable étant à Brunswick, et prêt à marcher dans toutes les directions, au premier avis.

    Pendant ce temps, les forces américaines s’accrurent de la division de Lee, des régiments de Ticonderoga et des milices de Philadelphie et des parties orientales de la Pennsylvanie, qui se présentèrent avec zèle et en grand nombre. Ces dernières troupes formaient deux corps, dont l’un était à Bristol, sous les ordres du général Cadwalader, et l’autre, placé presque vis à vis de la ville de Trenton, était commandé par le général Ewing. Les régiments continentaux qui conservaient encore leur première position étaient plus haut, sur les bords de la rivière.

    A la fin, le général Washington résolut de hasarder la tentative hardie de repasser la Delaware et d’attaquer l’ennemi sur son propre terrain. Il y avait à Trenton trois régiments de Hessois, qui comprenaient environ quinze cents hommes, et un corps de cavalerie légère composé d’Anglais.

    Des détachements peu considérables étaient placés à Bordentown, à Burdington, à Black-Herse et à Mount-Holly. Ces derniers postes devaient être attaqués par Cadwalader, qui avait reçu l’ordre de passer la rivière auprès de Bristol, tandis que Washington la traverserait au dessus de Trenton, et Ewing un peu plus bas, et de prendre part à l’attaque dirigée contre les Hessois qui étaient en cet endroit. La nuit du 25 décembre fut désignée pour cette attaque.

    Lorsqu’il commença à faire sombre, les troupes continentales choisies pour ce service, et commandées par le général Washington en personne, se mirent en mouvement. Elles comptaient deux mille quatre cents hommes, et étaient accompagnés de vingt pièces d’artillerie. Elles commencèrent à traverser la rivière à Mac Konkey’s Ferry, à neuf milles au dessus de Trenton, et l’on supposait que le passage serait terminé à minuit.

    Mais la glace flottante retarda tellement les bateaux qu’il était près de quatre heures du matin lorsque l’artillerie et tous les soldats furent débarqués sur le bord opposé de la rivière, et se trouvèrent prêts à marcher. On forma alors deux divisions : la première, commandée par le général Sullivan, suivit la route qui longeait la rivière ; et l’autre, conduite par le général Greene, prit un chemin vers la gauche, qu’on appelait Pennington Road. Le général Washington était avec cette dernière division.

    Ces deux routes conduisaient à deux entrées différentes de la ville, et, comme elles avaient à peu près la même longueur, on avait l’intention de commencer simultanément l’attaque. A huit heures, la division de gauche arriva auprès des gardes avancées de l’ennemi, et presque au même instant, on entendit tirer sur la droite, ce qui montrait que l’autre division était arrivée.

    Elles poussèrent toutes deux en avant dans la ville, et ne rencontrèrent que peu d’obstacles, à l’exception de deux ou trois pièces d’artillerie, qui furent bientôt prises. Les Hessois, chassés de la ville et serrés de près, parurent vouloir se retirer du côté de Princeton, mais ils furent arrêtés par un corps de troupes envoyé pour les couper. Se voyant entourés, et n’ayant aucun autre moyen d’échapper, ils se rendirent tous prisonniers de guerre.

    On prit ainsi vingt-trois officiers et huit cent quatre vingt-six soldats. On en trouva d’autres cachés dans les maisons, ce qui porta le nombre total à environ mille hommes.

    La cavalerie légère anglaise et quatre ou cinq cents Hessois s’échappèrent au commencement de l’action par le pont de l’Assanpink, et s’enfuirent à Bordentown. Six pièces de campagne en bronze et un assortiment d’armes pour mille hommes furent les trophées de la victoire.

    Le colonel Rahl, brave officier qui commandait les Hessois, fut mortellement blessé. Six autres officiers furent tués, ainsi que vingt ou trente soldats. Les Américains eurent deux hommes tués, et deux autres moururent de froid. Le capitaine William Washington, qui se distingua plus tard dans la même guerre, comme officier de cavalerie, et le lieutenant Monroe, qui fut depuis président des États-Unis, furent blessés en attaquant avec bravoure et succès l’artillerie de l’ennemi.

    Il fallait que le froid fût bien rigoureux pour que deux hommes mourussent gelés. Il tomba de la grêle et de la neige pendant toute la marche. La glace s’était formée si vite au dessous de Trenton, que les troupes commandées par Cadwalader et Ewing ne purent traverser au moment convenu. Cadwalader réussit à débarquer un bataillon d’infanterie ; mais la glace qui bordait la rivière était dans un état tel qu’il était impossible de débarquer l’artillerie, et toute la troupe y s’en retourna. Si Ewing avait passé, comme on l’avait projeté, et s’était emparé du pont situé du côté du midi, le corps qui avait pris la fuite aurait été coupé et pris, et il est très probable que Cadwalader aurait été aussi heureux contre les détachements placés plus bas, ou qu’il les aurait poussés vers Trenton, où ils auraient rencontré une armée victorieuse. Cette partie du plan ayant manqué, et l’ennemi étant en force à Princeton et à Brunswick, le général Washington jugea à propos de ne rien hasarder de plus, surtout avec des soldats épuisés de fatigue. Il repassa la Delaware avec ses prisonniers, dès le même jour, et retourna à son campement, sur l’autre rive.

    Les troupes anglaises et hessoises, postées à Bordentown et aux environs de cette ville, se retirèrent immédiatement à Princeton, de sorte que toute la ligne des cantonnements de l’ennemi, le long de la Delaware, se trouva rompue et repoussée en arrière.

    Aussitôt que ses troupes furent remises de leurs fatigues, le général Washington passa de nouveau la Delaware, et établit ses quartiers à Trenton, décidé à poursuivre l’ennemi ou à prendre les autres mesures que sa position pourrait justifier. Cependant le général Cadwalader réussit à traverser la rivière avec dix-huit cents miliciens de la Pennsylvanie, qui furent suivis par un autre corps aussi considérable, commandé par le général Mifflin, et toutes ces troupes rejoignirent la grande armée à Trenton.

    Dans ce moment critique, le temps de service de plusieurs régiments expira, l’ancienne armée devant être dissoute le dernier jour de l’année ; et les soldats, épuisés par les fatigues extraordinaires de la campagne, parurent d’abord décidés à partir tous en corps et à rentrer dans leurs foyers. Cependant, grâce aux raisonnements, aux efforts des officiers et à une prime de dix dollars, accordée à chaque homme, on réussit à faire consentir plus de la moitié des hommes à servir encore six semaines.

     

     

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