• 10 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de Kelja

     

    D’après « Journal des débats politiques et littéraires » – 29 décembre 1939

     

    Les opérations de 1939 se terminent en Finlande par quelques soubresauts suprêmes où les Russes sacrifient inutilement du monde. Cet acharnement du joueur qui remet au jeu pour essayer de rattraper ce qu’il a perdu se voit aussi à la guerre et y donne les mêmes résultats. Quand une affaire est manquée, il faut la reprendre par le commencement. Ce n’est pas facile devant un adversaire puissant mais les Russes trouvent là l’avantage de leur supériorité numérique écrasante. Ils peuvent passer leurs échecs par profits et pertes et repartir sur de nouvelles bases lorsque la saison le leur permettra. La faiblesse de la Finlande la condamne à la défense passive, à l’attente.

    La décision finale ne dépend pas d’elle, mais des grandes puissances, suivant qu’elles viendront ou ne viendront pas à son secours.

    Les Russes ont fait leur principal effort par l’isthme de Carélie : ils ne pouvaient, nulle part ailleurs, mettre aussi bien en valeur leur supériorité. Il y avait dans ce couloir deux grandes voies ferrées, trois si l’on compte l’embranchement de Koivisto : on pouvait y concentrer et y entretenir des forces importantes. Malheureusement pour eux, ce couloir de cent kilomètres de large, entre le lac Ladoga et le golfe de Finlande, pouvait être barré par la fortification, appuyée sur les obstacles naturels du terrain, et les Finlandais n’y avaient pas manqué.

    Vainement, les Russes ont accumulé les avions, les chars, l’artillerie, l’infanterie ; vainement, ils ont profité de l’importance de leurs moyens pour renouveler leurs attaques ; elles furent toutes repoussées par les Finlandais.

    C’est dans de telles conditions que se révèle toute la puissance de l’armement moderne, s’il est servi par des hommes dont la main ne tremble pas sous le feu de l’artillerie adverse. Il n’y a plus alors d’autres chances de succès pour l’attaque que la destruction matérielle du rempart qui abrite le défenseur et du défenseur lui-même. Le rôle de l’artillerie redevient capital. Les chars et l’infanterie russes se sont dépensés inutilement ; l’artillerie a été médiocre.

    L’attaque qui se développait en suivant la rive nord du lac Ladoga et le chemin de fer venant de Naistenjaervi offrait plus de chances de succès. Elle avait pour mission de prendre à revers les défenses de l’isthme de Carélie : son importance était donc très grande. Elle s’appuyait sur une région de la Russie où de grandes ressources pouvaient encore être réunies ; elle disposait même pour ses transports de la navigation du lac Ladoga. Là, si une base importante était organisée, les forces de l’U.R.S.S. pouvaient s’étendre de manière à déborder les lignes de résistance finlandaises. Cette attaque médiocrement montée, peut-être faute de temps, fut considérée comme secondaire, et, elle aussi, elle échoua.

    Partout ailleurs, le nombre était impuissant. Il fallait s’enfoncer à travers des forêts impénétrables ou des champs de neige dans la nuit polaire. Les Finlandais avaient incendié leurs maisons et détruit toutes ressources sur la route de l’envahisseur. Des détachements de skieurs enveloppaient les colonnes russes. Celles-ci, perdues dans ces contrées glacées, mal ravitaillées, mal abritées, osaient à peine allumer des feux au bivouac par crainte de s’offrir au feu des mitrailleuses ennemies.

    Aujourd’hui, la Russie se venge par le bombardement aérien sur la population désarmée. Il est urgent de fournir aux Finlandais des avions de chasse et des canons antiaériens pour se défendre.

    Réflexion du Général Duval, en retraite.

     

    L’on publiait, hier soir, à Helsinki, le communiqué suivant : Dans l’isthme de Carélie, vive action de l’artillerie ennemie.

    Au nord du lac Ladoga, à Hatjalahti, l’ennemi a lancé une attaque hier à midi, mais il a été repoussé, perdant huit tanks. Les Russes ont de nouveau essayé de traverser le Suvanto à l’est de Lapinlahti. Cette tentative a échoué. Dans la soirée, à Kelja, l’ennemi a de nouveau tenté de traverser le Suvanto. La bataille est encore en cours.

    Sur la rivière Taipale, une violente attaque russe soutenue par le feu de l’artillerie a été repoussée. Sur la frontière est, la journée a été relativement tranquille.

    Au nord-est du lac Ladoga, l’ennemi a perdu cinquante hommes environ dans des escarmouches d’avant-postes et de patrouilles. Une attaque soviétique dans la direction de Suskyjaervi a été repoussée.

    Au nord-est de Lieksa, l’ennemi bat en retraite vers la frontière, dans la direction de Kivivaara. Nos troupes se sont avancées jusqu’à Laklavaara, prenant sept tanks.

    Au nord de Suomosalmi, au cours d’un combat livré à Piispajaervi, nos troupes ont pris un tank à l’ennemi. Rien d’important à signaler par ailleurs.

    Les informations venues de diverses sources concordent pour estimer à une quarantaine de mille hommes les pertes de l’armée soviétique depuis le commencement des hostilités. Le nombre des morts serait de trente mille. Cette proportion énorme de morts est due assurément à la rigueur de la température.

    L’agence Reuter publie une dépêche de Riga d’après laquelle les Finlandais auraient fait prisonniers cinq mille soldats russes au cours d’une bataille qui se déroula, hier, à l’extrême nord de la Finlande.

     

    D’après « Journal des débats politiques et littéraires » – 30 décembre 1939

     

    Hier soir, on publiait à Helsinki le communiqué suivant :

    Dans l’isthme de Carélie, l’ennemi a continué ses attaques, près du lac de Suvanto, contre Kelja pendant toute la nuit. Dans la matinée du 28, les attaques ont été repoussées et l’ennemi rejeté par une contre-attaque de l’autre côté du lac, où certaines troupes avaient réussi à passer.

    Les combats furent très durs et de nombreux corps à corps eurent lieu. Les Finlandais ont anéanti deux compagnies russes. Sur la glace du lac Suvanto, les Russes ont laissé un grand nombre de morts.

    Entre Hatjalahtenjaervi et Summa, l’ennemi a attaqué au cours de la journée en quatre points différents. Deux autres attaques ont eu lieu entre Sulla et Muolaajaervi, soutenues par des tanks. Toutes les attaques ont été repoussées.

    Dans les autres secteurs, activité assez vive de l’artillerie.

    Sur le front est, au nord du lac Ladoga, vive activité des patrouilles. A l’est de Lieksa, dans le voisinage d’Inari, les combats continuent en territoire soviétique. Au nord-est de Lieksa, dans le voisinage de Kivivaara, l’ennemi a été repoussé jusqu’à la frontière. Au nord de Suomosalmi, autour de Kiantajaervi, les combats ont continué toute la journée.

     

    D’après « Journal des débats politiques et littéraires » – 31 décembre 1939

     

    Voici le communiqué publié hier soir à Helsinki :

    Dans l’isthme de Carélie, l’ennemi a attaqué de nouveau le 28, à l’extrémité nord de Hattahatenjaervi et à l’est de Summa. Ces deux attaques ont été repoussées. Les Finlandais ont détruit cinq chars d’assaut et pris deux tanks.

    L’ennemi a également renouvelé ses attaques contre Kelja, mais il a été repoussé.

    Sur les autres points de l’isthme de Carélie, activité de l’artillerie et des patrouilles.

    Au cours du combat qui a eu lieu à Kelja entre le 26 décembre à 20 heures et le 27 décembre à midi, l’ennemi a perdu plus de 600 tués. Le butin fait par les troupes finlandaises comprend de nombreux fusils, armes automatiques et munitions.

    Sur la frontière est, l’ennemi a attaqué au nord-est du lac Ladoga, en direction de Ruokojaervi, mais l’attaque a été arrêtée devant les lignes de défense finlandaises.

    Au cours de l’attaque qui a eu lieu le 27 en direction de Syskyjaervi, les troupes finlandaises ont pris trois mitrailleuses, dix fusils mitrailleurs et 70 fusils. Les Russes ont laissé trois cents morts sur le terrain.

    Dans le secteur de Kuhmo, nos troupes ont pris un char d’assaut et un autocanon et détruit une colonne de 40 chevaux de trait.

    Au nord de Suomosalmi, les combats ont continué toute la journée autour de Kiantajaervi. Les troupes finlandaises ont rompu les formations serrées de l’ennemi, détruit un tank et pris trois chars d’assaut, ainsi que deux canons.

    Suivant des informations finlandaises, les pertes russes, depuis le début des hostilités, seraient de 25 000 tués, 5 000 prisonniers. 270 tanks détruits, 125 avions abattus.

     

    Les Finlandais continuent de tenir avec la même vigueur. Il n’est pas permis de douter que, s’ils sont soutenus, l’U.R.S.S. n’en aura jamais raison. Mais, laissés à eux-mêmes ou insuffisamment ravitaillés, ils succomberont par usure.

    Dans quelle mesure la résistance finlandaise crée-t-elle un embarras à Hitler ? Dans quelle mesure apporte-t-elle un trouble à l’exécution de ses plans ?

    Ces plans, nous ne les connaissons évidemment pas, mais nous pouvons les déduire de la pensée politique qui domine cette guerre. Cette pensée, c’est de soumettre l’Europe et le monde à l’hégémonie germanique.

    Un partage a certainement été fait des zones soumises à l’influence de l’U.R.S.S. et de l’Allemagne ; chacun sait sur quoi il doit mettre la main et s’empresser de se servir de telle manière que la reconstruction de l’Europe, telle qu’elle a été arrêtée d’un commun accord, soit accomplie par la guerre et donc soumise aux aléas d’une négociation en vue de la paix.

    La réorganisation du nord de l’Europe intéressait surtout la Russie ; le partage de la Pologne étant achevé, il lui appartenait de régler seule et pour elle-même le sort des pays baltes et de la Finlande. Réorganiser l’Europe méridionale, les Balkans en particulier, est une affaire plus délicate et qui impose une certaine coopération. Il est à supposer que l’Allemagne et l’U.R.S.S. devaient s’en occuper ensemble, la conquête de la Finlande une fois terminée.

    Opérations politiques et opérations militaires correspondantes étaient ainsi sériées ; leur ordonnance est rompue par l’échec de l’U.R.S.S. en Finlande. A cet égard, cet échec doit provoquer un dérangement dans les dispositions prévues.

    On a dit que Staline aurait demandé un secours à Hitler pour en finir. Hitler y était en effet intéressé. Mais il n’est pas certain, tant s’en faut, que l’appui du commandement allemand et de quelques officiers d’état-major changerait quoi que ce soit.

    Le succès des Finlandais n’est pas dû seulement à la médiocrité du commandement soviétique, mais aussi aux difficultés offertes par la configuration géographique du pays et à la valeur propre des chefs et des soldats finnois. Hitler doit hésiter avant de consentir une participation qui pourrait lui coûter une partie de son prestige militaire.

    S’il devait renoncer à agir seul dans les Balkans, il ne lui resterait plus pour soutenir l’U.R.S.S. et accomplir ses propres projets, qu’à intervertir l’ordre des opérations et à s’efforcer d’en finir d’abord avec nous. Un succès important sur le front occidental aurait évidemment ses répercussions même en Finlande, et rendrait facile un règlement de comptes consécutif, seul ou à deux, dans les Balkans.

    Hitler est-il en état d’envisager une opération victorieuse contre les armées franco-britanniques ? C’est évidemment, pour lui, aborder le problème de la guerre sous sa forme la plus ardue et la plus risquée, mais aussi la plus décisive. L’oserait-il ? La situation en Finlande, en immobilisant les Russes et en leur interdisant, au moins provisoirement, une intervention dans les Balkans, peut-elle l’y décider ? Je pose la question sans avoir le moyen d’y répondre.

    Réflexion du Général Duval, en retraite.

     

     

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