• 10 janvier 2014 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le torpillage du paquebot Ville-de-La-Ciotat

    D’après « La Grande guerre du XXe siècle » – Décembre 1916

     

    Le 28 décembre 1915, une note du ministère de la Marine annonçait que le paquebot Ville-de-La-Ciotat avait été torpillé et coulé, dans la matinée du 24 décembre 1915, en Méditerranée, sans avis préalable, par un sous-marin ennemi.

    Ce navire, qui, comme son nom l’indique, sortait des ateliers et chantiers de construction de la Compagnie de La Ciotat, mesurait 154 mètres de long sur 15 mètres de large. Son déplacement était de 10 790 tonnes.

     

    • Récit anglais

     

    Plusieurs journaux anglais, entre autres le Daily Telegraph et le Daily Mail, portant la date du 29, publient le télégramme suivant, qui leur a été adressé de Malte le 27 :

    J’ai obtenu les informations suivantes concernant le torpillage de la Ville-de-La-Ciotat : Ce navire avait été chargé au Japon pour Marseille, avec 137 passagers, dont 9 de première classe, parmi lesquels un Anglais ; 23 de seconde classe parmi lesquels deux Anglais ; 66 de troisième classe et 37 de quatrième classe, dont des femmes, toutes Françaises, à l’exception de deux Espagnoles. Il y avait à bord 13 enfants. L’équipage comprenait 13 officiers et 168 matelots européens et lascars.

    Quand il fut au large de l’île de Crête, dans la matinée du 24, le steamer aperçut d’abord un vapeur hollandais et, une minute après, un autre vapeur de nationalité grecque. Presque aussitôt une terrible explosion ébranla le navire de part en part. Il y fut une grande irruption d’eau, et chacun, à bord, comprit que le navire allait bientôt couler.

    Simultanément avec l’explosion, un sous-marin sortit, qui arbora immédiatement le pavillon autrichien et s’avança vers le navire torpillé. L’opinion des passagers est que l’un des navires étrangers qui était apparu tout d’abord avait la mission de couvrir le sous-marin.

    La torpille avait atteint la poupe de la Ville-de-La-Ciotat, lui faisant une énorme ouverture.

    Il n’y eut à bord aucune panique et le plus grand ordre y régna.

    L’équipage, avec un grand sang-froid, mit les chaloupes à l’eau, tandis que l’on faisait grouper les passagers sur le pont pour les faire embarquer. Cinq bateaux de sauvetage et deux radeaux furent mis à flot ; mais, malheureusement, un de ces radeaux chavira, entraînant des femmes et des enfants, qui tous furent noyés. L’un des bateaux fut écrasé contre le bord du paquebot naufragé.

    Bientôt la Ville-de-La-Ciotat disparut en plongeant de la poupe, entraînant avec elle tout ce qui était resté à bord.

    Le sous-marin resta sur les lieux jusqu’à cette disparition, puis fit le tour des canots de sauvetage, tandis que les matelots autrichiens narguaient les naufragés, leur disant : « Il y a un steamer anglais derrière vous, il vous recueillera ! ».

    Ce ne fut que deux heures après que survint le vapeur anglais Meroë, qui prit à son bord les naufragés et les conduisit à Malte.

    Quand ces malheureux arrivèrent à Malte, ils étaient affamés, mais tout fut fait bientôt pour leur donner le nécessaire. Les passagers furent distribués parmi les hôtels de la ville, tandis que l’équipage était recueilli sur un navire français.

    Le sous-marin torpilleur avait retiré deux personnes qui se débattaient dans les flots et leur avait donné un radeau qui leur permit de se maintenir jusqu’à ce qu’un canot vînt les recueillir.

    [Petit Marseillais, 1er janv. 1916]

     

    • Rapport du commandant Lévêque

     

    Le commandant du paquebot Ville-de-La-Ciotat a déposé son rapport à l’inscription maritime, à son arrivée à Marseille.

    D’après ce rapport, le 24 décembre, vers 10h10, la vigie avait signalé un remous. Le commandant fit faire route sur l’endroit où il s’était produit, et, la direction à peine prise, une secousse formidable ébranle tout le navire ; à bâbord, une immense gerbe d’eau s’élève. La machine est stoppée et un appel au secours est envoyé par télégraphie sans fil.

    Je m’assure par moi-même de la prompte mise à l’eau de tous nos moyens de sauvetage, ce qui se fait très vite, mais pas sans accrocs : le navire a pris de cinq à dix mètres de bande à bâbord et conserve toujours une vitesse telle que plusieurs embarcations se brisent ou se renversent sous l’effort de l’eau et de leur charge. Malgré que nous voyions le danger de la précipitation et la bonne volonté de tous, les minutes étaient comptées, et il fallait à tout prix amener et larguer canots et radeaux, les faire écarter et se jeter à la mer pour les rejoindre, sous peine d’être engloutis avec le navire. Tous étant munis de ceintures de sauvetage, ceux qui n’étaient pas dans les canots se jetèrent à l’eau.

    Moi-même je sautais à la dernière minute dans la dernière embarcation, quittant le bord à tribord derrière. L’eau arrivait à ce moment sur le pont-promenade arrière, et le temps de nous écarter de quelques mètres, la Ville-de-La-Ciotat, plongeant de l’arrière et se dressant droit l’étrave en l’air, s’engloutissait avec un bruit formidable, et une colonne de feu sortait des cheminées, projetant des cendres à grande distance. Le mât de misaine s’engloutit et frappe l’eau à quelques mètres de mon canot, et nous sommes assez heureux de ne pas être entraînés dans le gouffre. La poste et tous les papiers sont perdus.

    Frappé à 10h15, le navire disparaissait exactement à 10h30, ayant gardé de la vitesse jusqu’au dernier moment.

    Je passe une partie de mon monde sur un radeau, puis, aussi vite que possible, tourne et sauve à la ronde, aidé dans cette tâche et avec toute la bonne volonté possible par tous les canots qui sillonnent sur place dans les débris de toutes sortes revenus à la surface. Tous y mettent diligence et dévouement.

    Au ralliement, nous constatons avec peine la disparition complète de la chaloupe n°2 et de tous les malheureux qui la montaient. Je pense que, se trouvant à bâbord, elle aura été prise sous la nature, les vergues peut-être, qui étaient orientées à bâbord, ou sous la passerelle.

    Le commandant dit ensuite :

    Nous avions près de nous le sous-marin, sur lequel a monté un naufragé à qui l’officier a demandé en bon français le nom du navire coulé, combien nous avions de troupes à bord et pourquoi nous avions un canon à l’arrière. Une fumée étant en vue, le sous-marin a déposé le naufragé sur un radeau, en disant aux occupants : « Voilà un vapeur anglais qui vient et qui va vous sauver ». Ce qui laisse croire que le vapeur du matin était son convoyeur et avertisseur ; puis il a disparu.

    Nous voyons s’avancer vers nous et stopper près de nous le vapeur Meroë, de la Moss Cie de Liverpool, qui, ne voyant pas le sous-marin disparu, nous a tous recueillis, manœuvrant à la rencontre des canots et radeaux, et sur lequel nous avons été reçus avec la plus grande cordialité. Tous les moyens dont disposaient ces braves gens ont été mis à notre disposition, et je puis ajouter qu’ils se sont privés de bien des choses pour pouvoir nous nourrir jusqu’à Malte.

    Le commandant termine en disant qu’il a eu le regret de constater de nombreux blessés et surtout de nombreux disparus.

    [Le Temps, 3 janv. 1916]

     

    En savoir plus sur le paquebot Ville-de-La-Ciotat

     

     

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