• 21 décembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    La bataille des Falkland

    D’après « La Marine française pendant la grande guerre » – Georges Clerc-Rampal – 1919

     

    La guerre maritime lointaine avait été aussi soigneusement préparée par l’Allemagne que la campagne terrestre. Tout un plan d’opérations destinées à interrompre le commerce de l’Entente avait été élaboré.

    Leurs croiseurs-cuirassés du modèle le plus récent occupaient, dès le temps de paix, des positions bien choisies : telle la division d’Extrême-Orient, placée sous le commandement de l’amiral von Spee.

    Cette division comprenait les croiseurs-cuirassés Scharnhorst et Gneisenau (même type, 11500 tonneaux, huit pièces de 210 millimètres, six de 150 millimètres, vingt de 88 millimètres, 23 nœuds), les croiseurs légers Leipzig (3250 tonneaux, dix pièces de 105 millimètres, 23 nœuds), Dresden (3600 tonneaux, dix pièces de 105 millimètres, 24 nœuds) et Nürnberg (3450 tonneaux, dix pièces de 105 millimètres, 24 nœuds).

    Obligé de quitter Tsing-Tao, sous peine d’être bloqué par les Japonais, l’amiral von Spee vint se ravitailler en vivres, charbon et munitions sur les côtes du Chili. Au passage, il bombarda la ville ouverte de Papeete dans la colonie française de Tahiti, coulant notre petit croiseur Zélée, de 680 tonneaux, bâtiment sans valeur militaire. Encore n’eut-il que la faible gloire d’envoyer au fond la coque seule, car le lieutenant de vaisseau Destremau, son commandant, avait pris l’excellente mesure de débarquer l’artillerie – deux pièces de 10 centimètres, quatre de 65 millimètres et quatre de 37 millimètres – afin d’établir une batterie masquée aux vues du large, qui aurait rendu de grands services au cas d’une tentative de débarquement de l’ennemi.

    Mais celui-ci ne s’arrêta pas, envoya quelques coups de 210 millimètres sur la ville et sur la Zélée, et passa outre. Il devait bientôt se heurter à l’une des divisions envoyées à sa rencontre.

    Le 1er novembre 1914, l’escadre britannique de l’amiral Cradock, composée du cuirassé Canopus (13500 tonneaux, quatre pièces de 305 millimètres, douze de 152 millimètres, dix de 76 millimètres, 18 nœuds), des croiseurs-cuirassés Good Hope (14000 tonneaux, deux pièces de 234 millimètres, seize de 152 millimètres, douze de 76 millimètres, 23 nœuds) et Monmouth (9800 tonneaux, quatorze pièces de 152 millimètres, huit de 76 millimètres, 23 nœuds) et du croiseur léger Glasgow (4.800 tonneaux, deux pièces de 152 millimètres, dix de 102 millimètres, 26 nœuds) a connaissance à deux heures et demie de la présence de l’ennemi.

    Cette division anglaise manque d’homogénéité, et ses unités sont déjà anciennes : le Canopus date de 1898, le Good Hope et le Monmouth, de 1900. Seul le Glasgow n’a que quatre ans, mais c’est un bâtiment effilé, ras sur l’eau, peu marin, et la rencontre va avoir lieu par très grosse mer.

    En outre, trompé par les messages de télégraphie sans fil recueillis, l’amiral Cradock croit n’avoir devant lui que les croiseurs légers, et il a envoyé le Canopus seul plus au nord, où il pense que sont le Scharnhorst et le Gneisenau. Cette faute va lui coûter cher, car il devra aborder les unités allemandes sans l’appui des 305 millimètres du Canopus.

    C’est donc avec deux pièces de 234 millimètres qu’il devra soutenir le feu de seize canons de 210 millimètres.

    Tout d’abord cependant, l’amiral von Spee prend chasse et jusqu’au coucher du soleil, les Anglais ne peuvent s’approcher à moins de 15 kilomètres, distance à laquelle leurs pièces de 152 millimètres sont inefficaces. Avec la chute du jour, l’éclairage devient propice aux Allemands placés dans l’ombre, tandis que leurs adversaires se détachent en silhouettes bien tranchées sur les dernières lueurs du crépuscule.

    Von Spee, profitant de cet avantage, accepte alors le combat, et la décision est vite acquise. A huit heures, le Good Hope, en feu, fait explosion ; le Monmouth continue héroïquement la lutte, mais, écrasé par le feu convergent des unités ennemies, il coule à dix heures du soir. Seul, le Glasgow put s’échapper.

    L’amirauté anglaise ne voulut pas rester sur cet échec et, se rendant compte de la valeur de l’amiral von Spee, elle résolut d envoyer contre ce chef habile des forces très supérieures.

    Une puissante division fut réunie sous le commandement de l’amiral Sturdee. Elle comprenait les deux grands croiseurs de bataille Invincible et Inflexible (17500 tonneaux, huit pièces de 305 millimètres, seize de 102 millimètres, 27 nœuds), les croiseurs-cuirassés Carnavon (11000 tonneaux, quatre pièces de 190 millimètres, six de 152 millimètres, 23 nœuds), Cornwall et Kent (frères du Monmouth), et le Bristol, similaire du Glasgow.

    A ces bâtiments, devaient se joindre les survivants de la division Cradock, le Canopus et le Glasgow.

    L’escadre Sturdee quitta l’Angleterre et se dirigea vers les îles Falkland ou Malouines, près du détroit de Magellan, que des renseignements indiquaient comme l’objectif de l’amiral von Spee. Celui-ci, en effet, rejoint par le paquebot Prinz-Eitel-Friedrich, qui lui amenait une compagnie d’infanterie, se dirigeait vers cet archipel, dont il avait l’intention de faire une base pour ses opérations futures.

    Le 8 décembre 1914, à 8 heures du matin, von Spee arrivait devant Port-Stanley, la meilleure rade des Falkland, mais il avait la désagréable surprise de se trouver en présence de l’escadre Sturdee, prête à appareiller.

    La division allemande, rebroussant chemin, cherche à gagner le large, poursuivie par l’escadre anglaise, en tête de laquelle viennent les deux colosses Invincible et Inflexible. La supériorité de vitesse des poursuivants est d’environ 3 nœuds. Aussi la distance diminue rapidement et, vers onze heures, les pièces de 305 millimètres britanniques entrent en action.

    Le Scharnhorst est bientôt en piteux état ; il n’a plus ni mâts ni cheminées ; le feu est à bord, et il coule avec tout son équipage.

    Le Gneisenau subit le même sort quelques instants plus tard ; 180 hommes seulement sur les 800 hommes qui le montaient purent être sauvés.

    Les croiseurs légers Cornwall et Glasgow se sont lancés aux trousses du Leipzig. Ils ont du mal à le rejoindre, car sa vitesse n’est guère inférieure à la leur. Pourtant, ils l’atteignent et l’envoient au fond à neuf heures du soir ; deux survivants furent recueillis par les vainqueurs.

    Pendant ce temps le Kent et le Bristol réglaient de même façon le compte du Nürnberg.

    Le Dresden et le Prinz-Eitel-Friedrich réussirent à gagner le large. Le premier devait être coulé trois mois plus tard près de l’île Juan Fernandez par le Kent et le Glasgow ; le second, réfugié à New-York, y fut interné.

    Le combat des îles Falkland marquait la disparition des divisions allemandes lointaines, mais il y avait en outre nombre de bâtiments isolés, croiseurs légers ou grands paquebots armés en guerre. De tous côtés, l’on s’était mis à pourchasser ces corsaires.

     

     

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